Un débat avec Bruno Dumont. Saynète.

La semaine dernière, le réalisateur Bruno Dumont est venu tailler une bavette avec les spectateurs d'un cinéma Art & Essai après la projection de son dernier film, Hadewijch. Voici une transcription fictive et furtive des débats.
HADEWIJCH sur www.bandes-annonces.fr © millefilms
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La semaine dernière, le réalisateur Bruno Dumont est venu tailler une bavette avec les spectateurs d'un cinéma Art & Essai après la projection de son dernier film, Hadewijch. Voici une transcription fictive et furtive des débats.

 

Une Dame : Qu'est-ce que c'est que ce titre imprononçable Hadviche, hein, c'est musulman, c'est l'Islam hein ?

B.D. : Hadewijch d'Anvers, c'est une mystique, une poétesse, une folle de l'amour, celle qui a porté le désir d'amour à son pinacle (murmures dans la salle)

La Dame : Le Christ, quel plus bel amour ?

B.D. : Sur le plan poétique sans doute, Jésus c'est de la poésie, un idéal, et l'idéal existe au risque de son dévoiement.

La Dame (interloquée) : Mais, mais, Jésus existe, c'est pas de la poésie !

B.D. : Il existe comme le théâtre existe, c'est à dire qu'il n'existe pas, mais c'est encore plus beau.

La Dame (tremblante) : Mais non !

B.D. : Vous êtes une petite fille, Madame (elle doit bien avoir 80 ans et la remarque fait son effet, personne ne semble prêt à prendre la défense de Jésus, ou de la dame, mais c'est kif-kif.)

Un Jeune Homme : Comment dire, votre film, j'ai rien contre votre film hein, votre film est un peu... lent. On pourrait pas dire la même chose plus vite, être profond, mais faire plus court ?

B.D. : C'est quoi lent ? Vous voulez que je fasse les bouses médiocres qui inondent les écrans formatés ? Vous voulez un montage clip pré-mâché, qui vous évite de penser ? Ya pas assez de médiocres comme ça ? (Le jeune homme regarde furtivement sa jeune amie qui regarde fixement ses doigts tripotant son jean's délavé)

Plusieurs questions suivent sur la psychologie des personnages, sur l'identité des bonnes sœurs, sur le discours social du film, sur le décor de l'appart de l'Ile Saint Louis, sur comment vous avez fait ci et comment vous avez fait ça etc.

B.D. : Je fais des films. J'ai des outils de cinéaste. Je mets en scène. Les parents n'ont pas de consistance, l'appartement c'est la métaphore du cœur brûlant d'Hadewijch (murmures dans la salle), de discours social il n'y en a point, les bonnes sœurs n'ont jamais été bonnes sœurs, l'actrice principale est athée et c'est pour ça que ça marche bordel, je veux pas tourner avec des actrices connues ça marche pas de toute façon on les voit partout c'est navrant, rien est vrai et tout est vrai, ce qui compte c'est l'exploration de l'infini de l'amour, d'un être amoureux de l'amour, du vertige, du rejet du charnel et c'est pour ça que c'est mon film le plus érotique, (mon voisin de rangée se parle à lui-même: ouais ben ça m'a pas trop excité moi) de caresser la folie, et tout ça c'est pas au 13e siècle mais aujourd'hui. Au-jour-d'hui.

La Dame : Donc à la fin elle plonge dans l'eau, c'est comme un baptême, une renaissance et elle tombe dans les bras du Christ.

B.D. : (en hyperventilation) : Oui, si vous voulez, oui (la salle rit, quand même).

 

 

Rideau

 

Postface : Ne pas créer en pensant au public qui de toute façon ne comprendra rien. (B.D. : Vous croyez que j'en ai quelque chose à foutre du public ?)

Et c'est ainsi que Dumont est grand.

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