McFear attitude et autres broutilles

«N'ayez pas peur.» Une formule qui, répétée à l'envi, file franchement la trouille.
Campagne de pub "Le Parfait", Making Of © breew

«N'ayez pas peur.» Une formule qui, répétée à l'envi, file franchement la trouille.

Alors, pour soulager les angoisses existentielles — souvent fictives — entretenues par la logorrhée des commentateurs-hommes politiques-spécialistes-analystes-experts, rien de tel qu'une mise au vert. Plus d'Internet, plus de TV, plus de radio pendant une semaine.

J'ai essayé. Ca marche.

J'oubliais. Sélectionner soigneusement ses fréquentations pendant la dite semaine. Eviter les rabats-joie. Pour ce faire, se saisir de quelque bouquin inactuel - le Grand Meaulnes fera l'affaire.

Au bout de la semaine contemplative; rallumer.

Tout coule disait Héraclite. C'est le cas.

De retour parmi les hommes (hideux), j'ai d'abord feuilleté distraitement un hebdo suisse qui titrait à la fois sur la crise financière et l'envahissement du net par la religion. Savoureux. Pendant que le patron de Novartis se faisait dézinguer et que le Crédit Suisse promettait le remboursement des actifs de Lehman Brothers aux clients ayant investi 500 000 CHF dont au moins la moitié dans Lehman -donc deux clients- je songeai que ça faisait beaucoup de virtuel tout ça (Dieu, les actifs LB, Internet).

Du vent. Vanité...

J'ai ensuite accueilli avec joie le ig Nobel de la Paix pour la Suisse (paix au plantes vertes, mon âme est avec vous), avant de réaliser que les institutions de ce même pays, au prix de ratiocinations kafkaïennes- mais surtout au mépris de 80 % de la population du canton de Genève- avaient réintroduit la cigarette dans les lieux publics. "Pourquoi débattre de la fumée dans les lieux publics alors que les banques suisses sont menacées de faillites" grondent les journaux. C'est vrai : pourquoi nourrir le monde alors qu'on peut donner 700 milliards à l'économie ? (ACF -Action contre la Faim-estime ainsi à 3 milliards d'euros par an les fonds nécessaires pour traiter les cas de malnutrition sévère, qui touchaient 20 millions d'enfants dans le monde en 2007). C'est un point de vue.

Du vent.

Une semaine plus tard donc, tout va toujours aussi mal, mais au lieu d'angoisser, je souris doucement en repartant sur les chemins imaginaires d'Augustin Meaulnes.

 

Les gens ont toujours le trouillomètre à zéro mais certains ont retrouvé le sens de l'humour. Tel ce Bill Gross, managing director de PIMCO (non ce n'est pas un biscuit) qui lance la McFear attitude:

 

People are frozen in “McFear.” After the failure of Lehman Brothers – an investment bank which took orders at one window, and promised to pay at another for trillions of dollars of those CDS, swaps, and other derivative “sandwiches” – institutional investors said that they’d prefer to stay at home and have peanut butter instead of risking their money ordering a Big Mac. And so their money goes into that figurative mattress instead of the register at McDonald’s, people are laid off, profits go down, bank loans become less available, our economic center cannot hold.

http://www.pimco.com/LeftNav/Featured+Market+Commentary/IO/2008/Investment+Outlook+Gross+October+2008+Fear.htm

 

 

 

Ce que nos amis d'Eco89 adaptent comme suit:

 

« Imaginez que vous êtes en train de commander un Big Mac dans un “drive in”. Au premier guichet, vous commandez et vous payez, et au second, 20 mètres plus loin, vous récupérez votre repas. Mais que se passerait-il si vous étiez persuadé qu'après avoir payé au premier guichet, votre sandwich aux 1 000 calories ne vous attendait pas au second ? Vous refuseriez probablement de payer.

C'est ce qu'il se passe sur les marchés financiers. Après la faillite de Lehman Brothers -une banque d'investissement qui prenait les commandes à un guichet, et promettait ensuite des milliards de dollars en crédits et autres “sandwiches” financiers-, les investisseurs institutionnels ont préféré rester chez eux à manger du beurre de cacahuète, plutôt que de risquer de perdre de l'argent en commandant un BigMac.

Leur argent reste donc sous le matelas plutôt que d'être dépensé chez MacDonald's, des gens sont licenciés, les bénéfices diminuent, les prêts des banques se raréfient, et l'économie ne peut pas tenir. »

 

 

 

Mais ya pas qu'en économie qu'on peut se marrer. En revenant de ma semaine monastique voici ce à quoi la Suisse était occupée:

http://www.leparfait.ch/

 

Du vent.

 

Car, comme le dit Ionesco (et Labul), "rien n'est grave puisque tout passe"...

 

Parfaitement.

 

 

 

 

 

 

 

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