Bienvenue à Vogica -Docufiction

Là–bas, vous ne seriez pas déçus. Dans l’espace d’exposition, on irait immédiatement à votre rencontre. Une jeune femme fonctionnelle vous accueillerait, la main tendue et le visage barré d’un sourire dévoilant des dents parfaites.

Là–bas, vous ne seriez pas déçus. Dans l’espace d’exposition, on irait immédiatement à votre rencontre. Une jeune femme fonctionnelle vous accueillerait, la main tendue et le visage barré d’un sourire dévoilant des dents parfaites.

 

« Veuillez me suivre. »

 

Et vous suivriez, heureux, légèrement ivre.

Sur un écran dans lequel vous chercheriez votre reflet en haletant légèrement derrière son épaule, elle inscrirait votre nom, votre adresse, votre numéro de téléphone. Elle rajouterait quelques renseignements que vous transmettriez bien volontiers, légèrement euphorique.

Puis, brutalement, elle vous passerait à un vendeur.

Vous n’auriez pas le temps de protester. Vous vous retrouveriez assis. Devant vous, un homme en costume sombre, carrure imposante supérieure à la moyenne, quoique mal proportionnée. La sueur sur son front et les mouvements nerveux de ses doigts gras accapareraient votre attention et vous donneraient l’impression de répondre de façon un peu inappropriée à ses premières questions. Vous vous efforceriez ensuite de rire à ses traits d’esprit et d’écouter ses anecdotes. Puis les questions reprendraient. Vous commenceriez à vous sentir pris au piège.

Bientôt, le regard légèrement fou, l’homme n’attendrait plus vos réponses se contenterait de vous suggérer des réponses de les noter sans attendre. Il vous expliquerait avoir tout à fait compris ce qu’il vous fallait. Il vous signalerait qu’il consentait, en accord avec ses supérieurs hiérarchiques -qu’il disait aller consulter à la dérobée, à débloquer exceptionnellement des avantages imbattables. Pour vous, aujourd’hui, votre jour de chance.

Vous chercheriez des lignes de fuite qui se heurteraient aux angles lisses des cuisines équipées et des baignoires scintillantes qui accompagneraient votre bien-être. Vous seriez tentés de vous affaler dans les larges coussins vert pomme situés juste derrière vous, dans lesquels des enfants étrangement calmes suivraient hypnotisés les aventures d’animaux facétieux.

Vous sursauteriez. L’homme imposant se serait levé brutalement. Ce que vous auriez pris pour une carrure imposante ne se révèlerait être qu’un pénible gabarit doublé d’une forte claudication. Vous seriez soudain envahi de tendresse pour votre docile tortionnaire. Il reviendrait bientôt avec un dessin numérisé en trois dimensions matérialisant un rêve que vous n’auriez pas encore fait.

 

« Cela vous plaît ? »

 

Vous balbutieriez. Il répondrait à votre place.

A l’annonce du prix, vous seriez pris d’un léger vertige. Mais après trois heures de garde à vue, comment ne pas passer aux aveux ?

 

« Vous la prenez ? »

 

« Le prix vous gène ? »

 

Une ombre passerait alors sur le visage du vendeur auquel se substituerait celui glabre et performant de son responsable hiérarchique. En quelques mots il rabaisserait son inférieur tassé à ses côtés –intuitions de tendresses confirmées- et avec ostentation griffonnerait quelques chiffres sortis à regret de son stylo Mont Blanc.

 

« Ca vous va ? »

 

Le souvenir embarrassé de quelque marchand de tapis rencontré lors d’un séjour organisé s’opposerait alors à une réponse nette de votre part.

 

Soudain agacé par votre aspect chronophage et inutile, il s’emploierait alors à vous rabaisser aussi, vous et vos habitudes frileuses de pauvre type avant de se rediriger tout aussi vite vers d’autres captifs.

Vous vous lèveriez, le regard vague, vous salueriez maladroitement la main moite de la masse tassée, et, comme dans un automate devenu brutalement inutile, vous sortiriez de l’espace d’exposition.

Le titre d’un film oublié agiterait votre esprit. Bienvenue à Vogica.

 

 

 

©Mocozet

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