Suisse : il faut sauver la forteresse !

Les minarets, en Suisse, ne font plus parler que quelques gentils démocrates qui voudraient toujours plus de tolérance. Parce que les minarets, c'est déjà has been.

Les minarets, en Suisse, ne font plus parler que quelques gentils démocrates qui voudraient toujours plus de tolérance. Parce que les minarets, c'est déjà has been. Tout le monde s'en foutait, même avant la votation d'ailleurs. Ce qui comptait vraiment c'était « le coup de poing dans la gueule » de ces barbares de musulmans. Une manchette qui en a réjoui plus d'un, Maurice Dantec en tête. Selon ce crypto-descendant hystérique et illuminé d'un autre Maurice (Barrès), la Suisse serait une « forteresse du monde libre, une citadelle de la civilisation chrétienne et européenne. » Un tombeau blanchi.

L'UDC est une machine à initiatives. Un peu comme l'UMP qui veut légiférer sur tout et n'importe quoi. La prochaine trouvaille que ce parti voudrait soumettre au peuple, 'Pour le renvoi des étrangers criminels ‘, ratisse plus large : tout le monde à la maison ! Et qu'on nous laisse bouffer notre raclette en paix. Le Conseil des Etats est dans ses petits souliers. Va-t-on laisser le peuple souverain foutre tout le monde dehors dans la pure logique de la démocratie directe -et essuyer les critiques, justement, de démocrates- ou va-t-on avoir le courage de modérer ce peuple turbulent -et essuyer les critiques, toujours, de démocrates (mais pas les mêmes, vous suivez ?). Parce qu'il y a démocrate et démocrate. Mais c'est un autre débat.

Tous les étrangers sont des délinquants, c'est bien connu. Ou s'ils n'ont encore rien fait c'est qu'ils fomentent quelque chose. Ou qu'ils profitent du système social. Ou qu'ils fraudent le fisc -ah non, ça, c'est encouragé.

Tenez, ce vilain roumain qui plumait un pigeon à Genève. Dehors ! Voulait-il dénoncer par analogie le traitement que lui réservait la Suisse, son pays d'accueil ? Que nenni ! Certains de ses compatriotes contraints -suisses donc- ont pris l'analogie à leur compte. « On nous prend pour des pigeons. On se fait plumer pour ces vauriens d'étrangers... » Dieu ! Ce qu'ils sont susceptibles...

D'accord, les étrangers dehors, mais l'argent des étrangers chez nous : le Tessin, après le Jura, s'apprête à voter une amnistie fiscale pour que les ronds des Italiens reviennent dans les caisses de la forteresse. Une forteresse dont les murs se sont tout de même un peu craquelés après le déballage de Hervé Falciani. Ce soi-disant idéaliste au grand cœur -qui palpait quand même 150000 euros par an- a brisé l'omerta bancaire avant d'être lui-même dénoncé par un proche, animé d'un étrange « esprit de camaraderie » (sic). Résultat, tout le monde, dans le milieu bancaire, se méfie de ces traitres d'étrangers : «Deux banques genevoises auraient déjà pris des mesures pour que leurs clients français ne soient plus conseillés par des frontaliers.» Il faut sauver la forteresse. By all means necessary.

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