La neige a recouvert tout le Pays

La neige a recouvert tout le Pays. La télévision l'a bien montré. Elle était partout. Elle a même franchi les portes de la capitale. Elle était partout.

La neige a recouvert tout le Pays. La télévision l'a bien montré. Elle était partout. Elle a même franchi les portes de la capitale. Elle était partout. Ici, une vieille dame figée dans la pénombre de son logis adresse un long regard de reproche à l'extérieur hostile et glissant. Là, un conducteur maladroit patine. Son bolide se cambre et hurle devant tant d'impuissance. Rien n'y fait. Derrière, une file fumante de voitures mises au pas. Plus loin, des enfants jouent et rient. La neige a recouvert tout le Pays. Les trains sont à l'arrêt. Les avions au sol. Leurs ailes de géants gelées les empêcher de voler (sic). L'univers technologique s'achève dans quelques centimètres de poudre pulvérulente. Ceux qui travaillent encore sont des héros. La triste banalité des images, la simple candeur des paroles, réconforte. On est tous pareils. Ou presque. Le temps d'un instant, la neige est le ciment d'une nation. Le lot de tous.

Apaisée par ce linceul propice, la pensée s'arrête. Dépassant le trivial télévisuel, enveloppée de silence, elle s'en va danser avec les flocons distraits. Le temps s'arrête enfin, et ces mots de Joyce comme heureuse épitaphe :

« His soul swooned slowly as he heard the snow falling faintly through the universe and faintly falling, like the descent of their last end, upon all the living and the dead. »

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