Littérature et Internet

Why Books Still Matter Yale University Press at 100 © YaleUniversity
Why Books Still Matter Yale University Press at 100 © YaleUniversity

Les interfaces entre Internet et littérature sont de plus en plus nombreuses. Quand certains se font les hérauts, avec peu de distance, des nouveaux outils multimedia appliqués à l'écriture, tel François Bon - http://www.tierslivre.net/ -, d'autres, tout en les utilisant, adoptent une attitude plus critique et fustigent certaines dérives, tel Juan Asensio - http://stalker.hautetfort.com/ -

Le risque majeur d'Internet serait celui d'un affadissement et d'une superficialisation (pardonnez ce néologisme) de l'outil littéraire devenu pré-texte.

L'autre problème d'Internet est son aspect chronophage. Les entreprises, les couples, les familles en savent quelque chose. Internet, c'est la dictature de l'instant et l'attente infinie de la nouveauté. Dans ce contexte, comment la littérature, qui est aux antipodes de ces préoccupations, pourrait-elle exister ?

C'est avec ces questions en tête que j'ai décidé d'une expérience littéraire sur Twitter. Je voulais au départ écrire une petite nouvelle en dix twitts (soit 1400 caractères). Un de mes contacts twitter (Virginie Spies, sémiologue) a proposé de se joindre à moi: naissait alors la possibilité d'un texte collectif. Idéalement, dix participants étaient nécessaires. Nous n'étions que deux hier soir.

Voici le texte twitté après assemblage... Ce n'est certes pas cela qui sauvera la littérature mais c'est une invitation à la lecture et à l'écriture, une incitation à regarder ailleurs que sur l'écran lumineux dans lequel se reflète nos traits fatigués.

 

 

Repu, les sens engourdis. La terre en sourdine. Je déambule dans l'immensité des rues désertes. Chaque pas m'éloigne de la réalité. Il faut dire que pour cette première soirée de l'été, je m'attendais à croiser du monde, écouter des sons et vibrer. Mais, pensif, j'ai dérivé vers des chemins délaissés... "Two roads diverged in a wood, and I— I took the one less traveled by". Les mots de Robert Frost résonnaient dans ma tête, avec la certitude qu'il me fallait prendre le chemin le moins fréquenté. Je m'éloignais... Je ne cherchais plus de réponses, porté par l'évidence de l'instant. "Listen to the dark" me soufflait Emilia. Tant de choses étaient arrivées, en si peu de temps finalement. Mais la magie fut tout à coup troublée par un événement inattendu, (attendu que toute magie ne prend forme qu'au moment même où elle s'anéantit me dis-je)... Néanmoins, je n'en crus pas mes oreilles et je compris que certains instants, tels que la magie et le bonheur, ne se reconnaissaient qu'au bruit qu'ils faisaient en partant… Alors je me remis en route, pèlerin sans dieu, arpenteur sans arpent, vagabond sans retraite, avec pour seul horizon la perspective d'autres demains, du soleil qui se lèvera, du temps qui passera, portant ses promesses. Pour d'autres soirs d'été…

 

@heraclite et @semioblog

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.