Un retour européen

Voici un texte que j'ai écrit il y a deux ans, au retour d'un voyage en Inde.

 

 

 

Il est 7 heures. L'avion décolle de Zurich. Au dessus-du lac, des vapeurs cristallisées par le froid vif attendent la caresse du soleil. Les paysages se dévoilent à regret. Il émane d'eux une paix presque suspecte. On dirait une toile de Vermeer. Au loin, les montagnes resplendissent et renvoient les premiers rayons de l'aube glacée. Du Cervin au Mont-Blanc, je me perds dans la contemplation du firmament.

Quelques heures plus tôt, l'air moite et épais de Mumbaï ralentissait mes pas, des mains implorantes, des regards intenses. Quelques jours plus tôt, un enfant me demandait si la neige était bleue. Lui, et quelques millions d'autres, rêveront toute leur vie de cette Suisse fantasmée, paradisiaque et froide qu'ils situent quelque part près du pôle Nord. Mais la neige est bien blanche, aveuglante et neutre, comme ces gens que je côtoie de nouveau depuis quelques heures. Un gros contrat avec les indiens, on a failli conclure. Voix sans enthousiasme, monotonie des ventures sans lendemain. Pendant plusieurs jours, l'ôcre de la terre, la cacophonie des rues, les multitudes bigarrées. Des mains tendues, des regards, des sourires. Des sensations mal digérées, abondantes, si fugaces.

What do you think of Indians? Amusé par une question aussi naïve, Krishnamurti avait répondu: Opinions are not important. (...) What is important is to see facts as they are without opinion, without judgement, without comparing. (...) The Indians have certain manners, certain customs of their own, but fundamentally they are like any other people. They get bored, they are cruel, they revolt within the prison of society, just as people do everywhere else. (...) They have a heavy tradition about renoucing the world and trying to be saintly; but they also have deep rooted ambitions, hypocrisy, greed, envy, and they are broken up by castes (...) Here in India you can see more closely the whole phenomenon of what is happening in the world. We want to be loved, but we don't know what love is, we are unhappy, thirsting for something real,and we turn to books, to the Upanishads, the Gita, or the Bible, so we get lost im words, in speculations.

Il me faudra du temps, mais je reviendrai sur cette expérience. Le silence est pour le moment le bienvenu. En attendant, je vais essayer de me réadapter à mes tristes compatriotes.

S.

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