Célébration

Une autre année va s’abîmer dans l’excès. La plupart de ceux qui peuplent les pays aisés vont enterrer 2008 sous des litres d’alcool et des kilos de bouffe. Les autres…

Dans cette course à l’oubli de soi, à l’oubli du monde, les organes de presse s’adonnent à un rituel aussi étrange que récurrent : la manie de la rétrospection. Recenser, rappeler, remontrer, classer, classifier. Ranger. Passer à autre chose.

Que deviendrait l’homme sans ses cycles temporels ? Jours, semaines, mois, saisons, années ? Tenir jusqu'à demain, jusqu’au week end, jusqu'à Noël, passer l’hiver, recommencer… Avancer à petits pas vers un dérisoire objectif, reprendre son souffle jusqu’au prochain…

Demain 2009. 2008 emballé, pesé, fini. C’est comme ça. The past is a grotesque animal. A quoi bon ? La France regardera pour la énième fois les mêmes films à la même période, les mêmes bêtisiers, comme si le temps n’existait pas. C’est comme ça. 2008 dans l’histoire, histoire d’en rire.

 

 

 

J’me souviens plus d’janvier ca fait loin tu crois pas, l’autre qui a essayé de sauter dans le lac, chantage affectif classique, fais attention à moi j’existe un peu, dans la boîte africaine les gens plus tristes les uns que les autres derrière les beaux culs déhanchés, un cul il en a eu un le roi, un ptit cul chantant bien comme il faut mais il était pas l’premier, il a trouvé que ça à dire à la Frence si si sérieux, ça a l’air fumeux mais dla fumée yen a plus beaucoup, bref en janvier on s’est bien marré, yavait des zozos en Afrique qui sauvaient des gamins sauf qu’on les croyait pas, yavait Jéjé, héros national, 63 753 millions d’adorateurs, 5 milliards de patates (sans OGM) évaporées, un bon gars, on s’enfonce dans l’hiver à moins qu’on se rapproche du printemps jsais pas trop j’ai toujours froid aux pognes, février les momies Fidel et Edith, la mort rôdait déjà, on préfèrerait oublier mais le roi ne veut pas, Alzheimer la plus belle des maladies c’est son affaire, on va devoir vraiment tout se farcir jusqu'à en vomir, quel pauvre con, bon avec le printemps fallait s’occuper comme d’habitude rien à branler en Frence juste s’enfiler des 8.6 regarder la Chanchan crever le Michel cabotiner et les droits-de-l’hommistes comme ils les appellent commencer à s’agiter tu penses bien avec les beaux jours Tibet Tibet avec le faux cul en robe rouge aussi mielleux que le pape qui ramollit toujours autant il s’est vite fait calmer mais c’était un beau bordel assez télégénique y paraît enfin moi jmen fous j’ai pas la téloche, putain c’est toujours le printemps, ça en finit pas les consanguins s’agitent dans les stades et sortent des caves autrichiennes ou l’inverse les premiers cyclones occupent les journaux, quelques grèves pour fêter ça et permettre aux potes d’aller chercher la palme à Kannes, pour le défilé de haute couture et le salon de l’auto, comme c’est chouette on aura jamais tout ca alors on va se saigner pour en avoir un peu, consomme et tais-toi, c’est déjà l’été les minettes sont à la fête, les soldats gonflés de testostérone dégomment les passants du côté de Karkassonne bon tu vois jpourrais continuer comme ça jusqu’en décembre mais ya aucun intérêt, le mec moyen se souviendra en gros que la marionnette de 20h a été remplacée par une marionnette blonde, que l’Ingrid en a eu marre de vivre dans la jungle, et qu’elle est rentrée en grande pompe, que les socialistes ont fait les clowns toute l’année, que la finance s’est bien fendue la gueule, qu’il a fallu aider tous les riches un peu inquiets, qu’un noir a relancé l’utopie et le mythe américain un peu essoufflé, quelques-uns moins nombreux vont te dire que les libertés ont été bien entamées en 2008, mais y sont pas nombreux et quand vous voyez les terroristes qui traquent la Frence ya dquoi trembler non, ca va finir comme à Bombay ou en Grèce tu verras, alors heureusement ya encore le foot pour nous faire rêver même s’ils sont nuls, mais c't'année j’ai bien aimé aussi le tennis, le rallye, même l’athlétisme et la nage tu vois d’habitude c’est chiant mais là non j’allais avec mon pote Roger chez Konfo yavait que ça sur les téloches, bref jpense aussi à ceux qui nous ont quittés moi c’est surtout Carlos qui va me manquer. Ciao et bon vent.

 

Dédé.

 

 

 

Aller, pour finir, Régis Jauffret : « Le bonheur est à portée de main. Je l’attrape souvent comme un papillon entre le pouce et l’index, même si je finis toujours par lui rendre sa liberté. »

 

2008 est mort, vive 2009. Rideau.

 

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