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Le Club de Mediapart ven. 26 août 2016 26/8/2016 Dernière édition

Le PCF à l’heure de choix fondamentaux

Les communistes ont choisi à près de 75% la « base commune » autour de laquelle s’organisera le débat du futur congrès. Outre le lyrisme poétique de son titre (« Il est grand temps de rallumer les lumières », d’Apollinaire), on peut y noter plusieurs aspects positifs.

Les communistes ont choisi à près de 75% la « base commune » autour de laquelle s’organisera le débat du futur congrès. Outre le lyrisme poétique de son titre (« Il est grand temps de rallumer les lumières », d’Apollinaire), on peut y noter plusieurs aspects positifs.

La prise en compte d’éléments majeurs

Il comporte une spectaculaire reprise des thèmes de lutte contre les oppressions de tout type (de genre ou d’orientation sexuelle en particulier) et une conscience aigüe des questions de racisme et d'islamophobie (sans parler des roms). Les questions sont les bonnes : « Comment faire face à la fragmentation de la société, lutter contre les divisions, combattre les visions ethnicisées du monde, affronter l’individualisation des rapports sociaux… ? Comment construire une conscience de classe de notre temps ?". Même si les réponses sont compliquées pour tout le monde.

Tout aussi remarquable est la prise de conscience environnementale et des problèmes d’ampleur civilisationnelle que comporte la crise écologique. Comme de l’impossibilité de s’y attaquer dans le cadre du capitalisme, même verdi. D’inévitables bémols quand même. Déjà l’attachement implicite au nucléaire civil, ce qui n’est ni une surprise ni une petite affaire. Puis le fait que nombre de communistes soient du mauvais côté à Notre Dame des Landes. Enfin que la question écologique ait encore tendance à être traitée à part alors qu’elle devrait irriguer l’ensemble. En particulier avec la nécessité de s’attaquer au fond au problème des productions qu’il faudra abandonner. Comment sinon « donner un tout autre contenu à la croissance » comme dit le texte ? Avec donc le difficile problème du maintien de l’emploi des travailleurs malgré les inévitables reconversions. Et il y a une question plus théorique. Le terme même de « productivisme », central dans la perspective écologique, fait effectivement son apparition (est-ce une première dans un texte de congrès ?), mais une seule fois et c’est dans un cadre limité (« Il est grand temps de sortir du cycle infernal productivisme-consumérisme »). Malgré tout, l’entrée de ces thèmes avec une telle insistance dans une résolution du PCF est un signe positif. D’autres, à l’extrême gauche ou au PG, ont aussi d’abord choisi ce chemin hésitant avant que la logique d’ensemble écosocialiste ne s’impose.

Dans la description de la crise de l’économie capitaliste mondialisée, la tonalité est très antilibérale, comme il se doit. Avec d’indéniables accents altermondialistes. Toutes les solutions sont cherchées dans un cadre européen, loin des traditionnels replis nationalistes que tutoyait parfois ce parti dans un passé pas si lointain (ce qui d’ailleurs lui est reproché par d’autres textes, minoritaires). Comme pour d’autres formations du FG, les issues proposées sont intermédiaires entre l'antilibéralisme classique et une dose d'anticapitalisme, ce terme pris ici au sens d’incursions profondes dans le droit de propriété. La défense et l’extension de services publics sont largement présentes : « un mix énergétique entièrement public…constitution d’un pôle financier public…grand service public de l’éducation » Et en particulier concernant les « biens communs » : « Nous voulons ouvrir des droits garantis par des services publics dans les domaines du logement, de l’information, de la communication, des transports, de la santé, ou du crédit. Nous voulons développer la gratuité de ceux qui sont essentiels à la vie de chacune et chacun." Mais le contrôle de la finance ne va pas jusqu’à son indispensable socialisation complète. Le terme de « nationalisation » n’intervient qu’une seule fois et de manière assez abstraite : « Des nationalisations doivent être opérées dans plusieurs secteurs stratégiques et pour reconquérir la gestion de biens communs. Nous voulons, sous de multiples formes, engager un grand mouvement d’appropriation sociale ». Sans préciser lesquelles ni quels secteurs privatisés par la droite ou la gauche il faudrait rendre à la propriété sociale. Florange nous rappelle pourtant combien la question est loin d’être formelle. Au final, si l’ampleur et la gravité des désastres des politiques libérales et de la financiarisation sont amplement décrites, si les mesures premières pour imposer une autre politique sont bienvenues et représenterait une rupture déjà fondamentale, l’enjeu est certainement encore plus profond et demanderait à être débattu plus avant. En prenant d’ailleurs au pied de la lettre ce que dit à juste titre le texte : « Le capitalisme a atteint un stade sans précédent historique de sa crise ».

L’attachement au FG est affirmé (il l’est aussi dans un autre texte minoritaire, si bien qu’au total plus de 80% des votants s’y réfèrent positivement). Sans que pour autant il apparaisse clairement la nature des propositions et initiatives avancées pour réaliser « l’ambition d’en faire un grand mouvement ». Un « mouvement » qui devrait alors inévitablement être plus ouvert et ancré à la base, dépassant vraiment le seul cartel électoral.

 

Sur la nature de la « révolution citoyenne »

Toutes questions à discuter, qui sont au cœur même des débats de tout le FG. Comme l’est la manière de rendre effective dans la pratique de tous les jours (où certains vieux réflexes paraissent toujours difficiles à surmonter) la très salutaire pétition de principe en faveur de la démocratie à tous les niveaux sur laquelle revient largement la base commune : « sans démocratie, respect des libertés et des droits de l’homme particulièrement, il ne saurait y avoir d’émancipation humaine".

D’autres questions restent plus problématiques, comme celles tenant à la manière de faire advenir le changement souhaité. Le texte affirme « C’est pourquoi nous parlons de révolution. Une révolution citoyenne, pacifique, démocratique, et non pas la prise de pouvoir d’une minorité. ». En peu de mots, que de questions de fond ! Dans le passé, on a pu observer maintes révolutions confisquées par des minorités, des « partis dirigeants » par exemple conduisant au désastre stalinien. Mais de vraies révolutions qui soient le fait « d’une minorité », jamais. Elles sont toujours conduites ou soutenues par une majorité, ou alors elles échouent. Pas de problème sur ce point. La vraie question vient ensuite. Même soutenue par une majorité, il arrive que les révolutions soient battues C’est même malheureusement le cas le plus courant, comme en Iran récemment. Faut-il alors qu’elles annoncent à l’avance qu’elles se refusent à être « pacifiques »? La réponse est non. La révolution menée par Gandhi fut « pacifique », d’évidence. Et un penseur comme Balibar n’hésite pas à rapprocher avec quelque raison les stratégies de Lénine et de Gandhi… Les révolutions qui ont produit et accompagné la chute du stalinisme à l’Est de l’Europe furent aussi largement pacifiques. De plus, et ce n’est pas le moindre élément à prendre en compte, comme le dit Bensaïd « la violence met en branle quelque chose d’obscur qu’on n’est jamais sûr de pouvoir contrôler ». Il vaut donc mieux l’éviter. Mais voilà, pour être certain qu’on y sera pas entraînés, il faut être deux. Qui donc a décidé de la violence au Chili en 1973 ou lors du coup d’État contre Chavez en 2002 ? Pour parler encore comme Bensaïd, « Comment désarmer les dominants, et comment éradiquer les éradicateurs » ? Si nos camarades de Syriza gagnent les élections et s’attaquent à la Troïka, pense t-on que « les dominants » resteront passifs ? Qu’ils n’auront pas l’oreille de ceux qui à l’extrême droite et dans l’armée grecque n’ont rien oublié de la dictature des colonels ? Si la rupture est vraiment engagée, les urnes ne suffiront pas. « Pacifique » versus « violente » n’est pas la bonne manière de poser la question. Toujours de Bensaïd : « Il faut une hypothèse stratégique qui consiste à reconnaître l’existence d’une épreuve de force, d’une discontinuité dans l’ordre du droit et d’une double légitimité ou dualité de pouvoir dans les institutions existantes…et le pouvoir émergent. ». Il y faudra l’appel au peuple dans sa majorité. C’est une donnée permanente de tous les combats, à chaque étape. Sous quelle forme, dans quelles conditions ? On ne sait pas : l’histoire inventera sa voie. « By any means necessary », comme répondit Malcom X à la même question (par tous les moyens nécessaires).

 

Comment ne pas faire avec le PS

Bien avant d’être rendus à ce point, la question stratégique rencontre un autre obstacle, qui est en fait le principal dans l’immédiat. Très bien résumé dans le questionnement de « la base commune » d’ailleurs. « Alors que le clivage droite-gauche continue de structurer l’électorat, comment nous y situons-nous ? Quel sens recouvre aujourd’hui l’idée de gauche ? Comment se positionner face à l’impasse sociallibérale en France et en Europe » ? Mais on ne trouvera pas de réponses décisives à ces questions. D’un côté, et très justement, il est indiqué que « il n’y a plus de marges hors l’impulsion de vraies ruptures avec les logiques du système ». Mais alors, la mutation social-libérale du PS est-elle réversible ? Je ne parle pas là des électeurs socialistes ou de EE – sans lesquels évidemment aucune alternative n’est possible - ni même des secteurs de ces partis dont le rejet formel du libéralisme ne fait pas de doute. Mais de la structure et de l’idéologie profonde de ce qu’est devenu le PS. Il dispose aujourd’hui de toutes les institutions centrales. Et il mène la politique que l’on sait, avec une rapidité qui fait dire à certains que l’on a 83 sans avoir eu 81. Comment défendre que cette gauche là peut être compatible avec la nôtre, comme l’a affirmé pourtant Marc Dolez en démissionnant du PG ? Le doute à ce propos est tellement fort que la « base commune » se montre particulièrement hésitante. Elle indique bien : « Une réorientation politique est la seule hypothèse pour laquelle notre parti serait prêt à participer à l’exercice du pouvoir afin d’apporter son concours à la construction du changement", laissant entendre donc que ce serait possible. La phrase qui précède immédiatement indique comment y parvenir : "Du Front de gauche, nous portons l’ambition d’en faire un grand mouvement capable de bousculer le rapport de force à gauche jusqu’à rendre majoritaires les options de transformation sociale en son sein." Mais ceci constitue en fait une rupture avec plusieurs décennies d’histoire du PCF puisque nulle part il n’est indiqué explicitement que l’objectif fût exclusivement un gouvernement commun avec le PS. Preuve qu’on ne croit plus vraiment à cette possibilité, ou alors à moitié. Certes il est affirmé « le gouvernement devra faire face à d’importantes contradictions auxquelles il doit trouver des solutions ». Peut-être, mais on ne sait pas par quoi le remplacer si l’on suit la base commune. Peut-on lui imposer des reculs par les luttes ? Bien évidemment : c’est même possible avec des gouvernements de droite ! Jusqu’à obliger la direction du PS à changer de politique cap sur cap ? Qui peut le croire ? Où cela s’est-il produit dans toute l’Europe et même au delà ? De plus dans le cadre de ces mobilisations socio-politiques, nous ne trouverions pas en face de nous un gouvernement hésitant entre sa gauche et sa droite, entre le mouvement social et le Medef. Ses choix, négatifs, sont faits et de plus amplement et justement critiqués par la base commune. Il faudra lui imposer nos avancées par le rapport de forces. Ce qui n’est possible qu’on assumant une évidence : une opposition déterminée aux politiques d’austérité qu’elles soient de gauche ou de droite. En disant cela il ne s’agit nullement de rester l’arme au pied et d’attendre d’être « un recours » en 2017. Mais de ne pas prendre l’ombre d’une responsabilité dans l’échec programmé de la politique du PS au gouvernement. Si nous ne le faisons pas, vers qui se tourneraient les secteurs populaires de plus en plus nombreux qui rejetteront ces politiques, sinon vers le FN ? Car voilà : cette fois sera « la fois de trop » dans la longue liste des attentes déçues du PS au pouvoir depuis des décennies.

D’où la question : comment faire sans le PS comme appareil ? C’est une question ancienne pour de nombreuses formations de la gauche radicale, mais elle est nouvelle pour le PCF et la difficulté est très bien expliquée dans le texte même. Car n’hésitons pas à le dire, c’est une question compliquée. Il est en effet parfaitement vrai que « le clivage droite-gauche continue de structurer l’électorat ». Et qu’on ne peut confondre droite et gauche, non du point de vue des politiques suivies (elles sont les mêmes sur le terrain économique fondamental), mais du point de vue de l’histoire et du l’attachement encore largement maintenue à « l’idée de gauche ». Vrai aussi que le système bipartisan qu’on veut renforcer en haut lieu maintiendra le fait que le vote PS continue à être utilisé par une partie de la gauche contre la droite. La question va se poser dès les municipales où il faudra se décider malgré tout pour l’indépendance avec des listes de large rassemblement anti-austérité et réellement écologistes. Qui pourrait comprendre en effet qu’il n’y ait aucune relation entre les votes nationaux et les politiques locales ?

La bonne formule pour rendre compte de ces données qui ne poussent pas toutes dans le même sens, même si elle est apparemment contradictoire, est qu’il y a bien deux gauches définitivement incompatibles au sein… de la gauche, au singulier, dont « l’idée » comme la réalité persistent. Proposer une alternative en opposition à la gauche libérale est alors indispensable. En termes de contenus de programme comme de formule de rassemblement pour un gouvernement anti-austérité. Comment cette alternative peut gagner une majorité dans les luttes et les élections n’en reste pas moins une question difficile, même si on sait au moins que la réponse principale est dans l’irruption en masse du peuple lui-même sur la scène sociale et politique. Et, pour le coup, ce questionnement dépasse les orientations du seul PCF. Il n’y a rien de plus urgent à débattre pour le FG, pour toute la gauche radicale et la partie des écologistes attachée à une réelle sortie du système.


Samy Joshua est membre de la Gauche Anticapitaliste ; ce texte n’engage que son auteur

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analyse assez juste