Le PS, « too big to fail » ?

Qu’importent ses responsabilités propres : quand une grande institution financière privée se trouve en difficulté, elle est sauvée sur deniers publics. Fi du « laisser faire » libéral, vive l’irresponsabilité. Dans ce cas, elle est dite « too big to fail », trop grosse pour faire faillite, au vu des conséquences possibles. Voilà que de toutes parts s’élèvent des voix pour transférer le raisonnement au PS.

Qu’importent ses responsabilités propres : quand une grande institution financière privée se trouve en difficulté, elle est sauvée sur deniers publics. Fi du « laisser faire » libéral, vive l’irresponsabilité. Dans ce cas, elle est dite « too big to fail », trop grosse pour faire faillite, au vu des conséquences possibles. Voilà que de toutes parts s’élèvent des voix pour transférer le raisonnement au PS. Bien sûr nous dit-on nul n’ignore la responsabilité propre de Hollande/Valls et de la majorité du PS dans la chute de la gauche et la montée du FN. Mais s’ils s’effondrent pour de bon, la catastrophe ne serait-elle pas encore pire ?

Sauf qu’en la matière, et contrairement au domaine de la finance, il n’existe pas de « prêteur en dernier ressort » qui agisse en connivence. Ou alors c’est le peuple lui-même, par ses mobilisations et par ses votes. Par quel raisonnement alors arrive t-on à l’idée qu’il sera convaincu de sauver le PS ? Et de le faire en dépit de la politique détestable que conduit ce dernier ? Au contraire, son verdict sera sans appel, qui peut en douter ?

On en a peur là encore au vu des conséquences, dont celle effectivement dramatique d’une possible victoire du FN. Mais depuis quand la peur évite t-elle le danger ? C’est le danger lui-même qu’il faut parer, ce qui suppose une autre politique. Les secteurs socialistes critiques en ont-ils les moyens ? Est-il sérieusement envisageable qu’ils imposent un réel changement de cap au gouvernement ? L’est-il qu’ils renversent la majorité au sein du PS lui-même ? Contre tout réalisme (pessimisme de l’intelligence au moins) à ce propos, admettons quand même que l’optimisme de leur volonté parvienne à leurs fins. La scène serait donc changée (dans quelle mesure, il serait temps de voir). Mais alors il ne s’agirait plus de sauver un attelage Hollande/Valls/Cambadélis qui justement aurait été battu. Sauf que si ce n’est pas le cas (et franchement, c’est quand même le plus probable, non ?) ça ne ferait que renforcer le rejet de l’attelage, lui qui serait resté sourd même aux appels timides venus des propres rangs socialistes.

J-V Placé et les siens à EE placent leur ambition encore au-delà. Une alliance allant du FG au Centre, en passant par eux-mêmes et le PS, voilà pour eux la clé du sursaut. Un rêve éveillé sans doute inaccessible compte tenu des institutions actuelles. Et qui a tout du cauchemar en réalité, si on en mesure les conséquences éventuelles en termes de disparition historique de la gauche. Comme ce fut le cas en Italie (combien de fois faudra t-il rappeler que Renzi prend bien soin de ne pas se dire « de gauche » au sens commun du terme ? Et que d’ailleurs, il a parfaitement raison sur ce point !).

Les faits étaient et demeurent têtus. S’accrocher au PS en dépit de la politique de Valls ne ferait pas gagner même un millimètre dans la lutte contre le FN et la droite. Mais tuerait définitivement toute possibilité de construire une issue qui leur fasse réellement barrage à gauche. Ce serait juste ajouter le déshonneur à une défaite certaine. Au contraire, battre cette politique est le pas premier, indispensable, pour ouvrir un autre espoir.

 

Pour y parvenir l’essentiel réside dans le surgissement souhaitable et massif de celles et ceux « d’en bas » sur la   scène où se joue leur sort. C’est le sens des appels venant de multiples parts, comme encore le plus récent, celui d’Edwy Plenel sur Médiapart (« Notre responsabilité »). Sauf qu’on sait bien que si ces appels ne sont jamais inutiles, ils ne créent pas par eux-mêmes la mobilisation souhaitée. Si elle vient (et elle viendra) ce sera en raison de la confluence de multiples canaux souterrains dont la vue nous échappent en général. D’où ceci que, l’appel lancé, on n’en a pas fini. Au contraire, une fois admis et répété que la solution effective ne viendra pour l’essentiel d’aucune des sphères « politiques » actuelles, il reste à mettre en œuvre en attendant ce qui ne dépend que de nous. Tout le monde a pu constater que la gauche radicale n’a pas répondu aux espoirs placés en elle. Pour son extrême, c’est une confirmation. Pour le FG aussi, plus stable électoralement, mais à un bas niveau et largement entraîné dans le discrédit général de la gauche. Pour ce dernier, l’heure est à un premier bilan qui s’avère difficile. Certes il faut préserver précieusement ce cadre, l’ancrer à la base, dépasser la simple cartellisation. Mais déjà on sait que ce sera insuffisant. Il faut viser plus large. Même si on le voulait on ne peut pas « sauver le PS » avec sa politique actuelle. Mais on peut encore chercher urgemment à bâtir un large front social et politique contre l’austérité, une gauche de gauche selon la formule que chérissait Bourdieu. Beaucoup de secteurs étaient déjà de la manifestation du 12 avril 2014 qui ne doit pas rester sans lendemains. Et il faut aller plus loin, avec le FG et ses composantes, la partie du NPA qui y serait prête, les secteurs liés aux listes féministes, Nouvelle Donne si elle y consent, tous les secteurs liés aux écologistes et aux socialistes qui se détacheront des liens à la politique gouvernementale, les parties du mouvement social qui s’y montreraient disponibles. Un front où, selon le souhait de Roger Martelli, ce ne serait pas seulement la défense (indispensable) des acquis du passé qui serait seule en cause, mais qui constituerait le creuset d’une nouvelle démarche émancipatrice des temps contemporains. Des armes nouvelles donc, disponibles pour le futur mouvement « d’en bas » qui les utilisera comme il voudra, et créera les siennes. Ce choix serait clair ; il ne dépend que d’une décision réfléchie, pas de l’attente de bougés dans le mouvement du peuple qui ne dépendent pas de nous. Une décision qui ne résoudrait pas tout, mais constitue l’échelon à portée. Et qui ne saurait trop attendre sans des dommages encore plus graves.

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