Demain sera un autre jour. Pire ou meilleur ?

On regarde sans y croire. Et pourtant le triomphe de la droite et le niveau insupportable du vote FN étaient annoncés de toutes parts. Demain sera un autre jour ? Certes : mais évitons qu’il soit pire encore.

On regarde sans y croire. Et pourtant le triomphe de la droite et le niveau insupportable du vote FN étaient annoncés de toutes parts. Demain sera un autre jour ? Certes : mais évitons qu’il soit pire encore.

 

La défaite du PS et de ses alliés vient de loin. Des promesses trahies, d’une politique de droite, de l’arrogance d’élites devenues sourdes à la colère qui gonfle encore et encore. Manque d’unité disent ses chefs. Sauf que même l’addition bien abstraite de tout ce qui vote encore « à gauche » met celle-ci à un plus bas niveau historique. Sauf que le second tour montre bien que l’arithmétique et la politique ne font pas toujours bon ménage. Sauf que si une part de l’électorat de gauche ne vote pas PS, c’est qu’il est profondément hostile à la politique menée. Que des dirigeants hors PS répondent positivement à l’appel de Cambadélis pour se rassembler autour de lui, et ce sera comme le survol du triangle des Bermudes. Ils y disparaîtront, et les voix qui se portent sur leurs listes avec. D’autant que d’une manière sidérante le pouvoir socialiste appelle au secours, mais en maintenant à la virgule la politique qui l’a conduit où il est…

Et nous avec. Si le FG s’est tiré à peu près correctement du premier tour, il est vrai que cette stabilité à un niveau trop faible ne compense en rien la fuite vers l’abstention et l’effondrement du PS. Pas d’effet Syriza ou Podemos martèlent Valls, Cambadélis et Placé. Avec raison pour le coup. Et alors la course pour contrer le FN et le retour de la droite, déjà très mal engagée depuis 2012, est en grand danger d’être perdue. La volonté incontestable d’une majorité droite/gauche du pays de faire barrage au FN n’aura qu’un temps et renforce d’évidence le discours victimaire du FN contre « l’UMPS ». Et par définition n’engage certainement pas une évolution vers une vraie politique de gauche. Et donc oui, le manque de puissance suffisante de la gauche radicale et des écologistes non gouvernementaux, c’est bien entendu un problème. Plus, c’est « le » problème, puisqu’en dehors de cette possibilité, l’avenir est définitivement bouché.

Nous ne sommes pas arrivés à le résoudre ? Oui, mais il faut chercher encore comment avancer.

La défaite entraîne la division, c’est une vielle règle en politique. Et la gauche radicale n’y échappe pas, ne serait-ce qu’avec les débats quant aux raisons de son état. Bien malin celui ou celle qui prétendrait disposer des clés, et pourtant que de jugements péremptoires ici et là. A défaut des bonnes réponses, qui restent à construire, on peut quand même jauger des mauvaises. Toute conversion à l’unité autour du PS sans changement de sa politique sera encore plus désastreuse. Et plus : laisser entendre que cette politique pourrait être substantiellement modifiée sans que le PS soit battu sur sa gauche est parcourir à nouveau le grand chemin des illusions.

Illusion aussi, moins grave sans doute, mais illusion quand même, la croyance que le FG ou une toute alliance cartellisée entre partis serait à même de réussir demain ce qui ne l’a pas été au moment où c’était possible. Il y a à cela des racines profondes, certaines remontant à la chute du Mur, avec les bilans à tirer et toujours en cours, des catastrophes, des échecs, des impasses de la gauche du siècle dernier. On ne pourra pas s’y atteler avec succès en vase clos, mais seulement appuyés sur un renouveau des mouvements de fond, d’en bas, pour l’émancipation humaine. L’atonie sociale en France n’incite pas à l’optimisme c’est vrai. Mais, raison de plus pour réussir les mobilisations sociales et écologistes en cours, et, par exemple, celle du prochain 9 avril. Puis, en bons internationalistes, on peut s’appuyer sur ce qui naît et se développe ailleurs, sous des formes diverses, en Grèce et dans l’Etat espagnol. De l’avenir de ces potentialités dépendra en fait beaucoup de choses ici même.

Et ne nous trompons pas dans l’analyse globale. En France, les forces qui pourraient se rallier à une perspective de rupture à gauche n’ont pas disparu. Si elles sont affaiblies, elles demeurent encore tout à fait conséquentes comparées à l’Italie par exemple. Elles sont divisées en particulier parce qu’elles ne voient pas s’ouvrir la possibilité d’un regroupement gagnant. Refuge dans le ressentiment et l’abstention (politique ou/et sociale). Rêve d’un dépassement des partis actuels sans voir que si le rêve est utile, la difficulté à le réaliser signale une difficulté objective : en France, pour l’instant, rien n’est venu les remplacer. Ou encore, soutien au PS en rejetant sa politique, avec les bons vieux arguments du moindre mal, souvent le plus court chemin vers le mal tout court. Qui enfin, sans y croire complètement, continue à se servir des seules armes directement disponibles, au FG ou chez les écologistes en rupture. C’est l’équation que nous avons à résoudre : comment de cette diversité, conflictuelle qui plus est, faire richesse et union ? De plus en plus d’entre nous considèrent (et j’en fais partie) que ce processus ne pourra pas aboutir sans que les structures actuelles acceptent un dépassement dans une nouvelle perspective. Après tout, voilà un point commun à Syriza et à Podemos, l’autre étant la distance revendiquée par rapports aux partis socio-libéraux. Les éléments de programme font partie de l’équation à résoudre, bien entendu, pour bâtir une perspective éco-socialiste. Comment faire en sorte que les luttes contre toutes les oppressions, au lieu de s’opposer parfois, se renforcent l’une l’autre en renforçant la volonté commune d’émancipation ? Comment concilier les indispensables préoccupations écologistes avec les traces bien visibles du vieux productivisme de gauche dans ce camp potentiel ? Si l’idée d’une rupture indispensable avec le carcan des traités libéraux européens fait consensus, cela doit-il se faire en mobilisant jusqu’au bout les marges de manœuvre d’un pays majeur de l’Union comme la France, et le combat en faveur d’une Europe sociale ? Ou cette dernière est-elle définitivement hors d’atteinte et alors la sortie de l’euro est-elle l’issue inévitable ? Quels contenus à une sixième République alors que tout le monde constate l’épuisement de la cinquième ? Et d’autres questions encore… Mais, comme le montrent les exemples grec et espagnol, c’est le processus qui doit venir en premier. Lui qui, en permettant de toucher du doigt les potentialités, pourrait donner le cadre, les moyens, la volonté d’avancer sur ces questions de fond. Avec en son centre un choix, encore plus fondamental. Celui de la démocratie. Tant que les discours sur « la nouvelle façon de faire de la politique » seront quotidiennement démentis par les actes, rien ne sera possible. Tant que le courage manque pour remettre réellement un tel processus dans les mains des exploité-e-s et opprimé-e-s eux/elles mêmes, rien ne sera possible.

C’est une voie étroite qu’il nous faut explorer. Déjà avec les forces de gauche clairement en rupture avec le social-libéralisme, qu’elles soient au NPA, au FG, dans la partie de EELV qui refusera de retourner dans le giron, et chez les socialistes qui accepteront, enfin, de sauter le pas qui sépare une fronde d’une rupture. Avec une ambition forte, malgré les difficultés, sans laquelle l’échec sera au bout, une fois encore. En s’appuyant sur toutes les initiatives qui suivent le même chemin. Jean Luc Mélenchon vient de lancer un appel convergent avec ces préoccupations, pour viser un large regroupement, appuyé sur l’engagement d’en bas. Il faut s’en féliciter. C’est la voie déjà engagée par les « chantiers d’espoir » qui vont se mettre en place en ce début avril, et dont le succès sera un point d’appui majeur au processus souhaitable. Comme le disait Daniel Bensaïd, nous ne pouvons promettre que la lutte. Sans certitude quant à l’issue. Mais en l’absence, les lendemains sont garantis. En pire.

 

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