La libéralisation des CFA, danger ou opportunité?

Le président Macron souhaitait réformer l'apprentissage en profondeur. Depuis la loi Avenir professionnel, promulguée en septembre 2018, le secteur des CFA s'est donc libéralisé. Désormais de nombreuses structures peuvent prétendre devenir CFA et le financement repose sur le coût par contrat. Un petit bouleversement.

La petite histoire rejoint la grande. Reçue en entretien il y a peu, mon poste de professeur d'anglais en CFA BTP est prolongé, et l'on me propose quelques heures supplémentaires à dispenser dans une matière "d'initiation" obligatoire. Toutefois, je me rends compte, lors de la longue conversation, riche d'échanges, avec le directeur, que le marché est extrêmement libéralisé, que les CFA pourront globalement voir leur chiffre d'affaires baisser si les contrats d'apprentissage ne sont pas assez nombreux et qu'à terme, certains centres pourraient courir à leur perte. J'entends, totalement surprise, évoquer le mot "produits à offrir" (en stock!). Puis nous parlons de la polyvalence nécessaire des salariés et prestataires extérieurs qui sont formateurs au même titre, de l'attractivité des CFA, mais aussi de ces jeunes qu'il convient de motiver et de faire aimer à la fois leur métier et leurs enseignements généraux (ce qui implique une motivation des enseignants tout aussi importante, voire plus, que dans l'Education nationale).

Quand on me dit que n'importe qui peut se déclarer formateur désormais et que de nombreuses entreprises peuvent également effectuer la démarche afférente, je me questionne sur la solidité de l'enseignement dispensé dans de tels cas. Et lorsque je lis dans Les Echos (https://www.lesechos.fr/economie-france/social/la-reforme-de-lapprentissage-suscite-un-engouement-surprise-1026912) et sur le site d'UIMM Lyon (https://www.uimmlyon.com/document/apres-ladoption-definitive-projet-de-loi-avenir-professionnel-va-changer-cfa) que les directeurs de CFA vont se transformer en chefs d'entreprise, je ne peux que le confirmer après l'entretien professionnel auquel j'ai participé.

Désormais les CFA doivent être attractifs, se battre davantage pour décrocher des contrats d'apprentissage, en d'autres termes, séduire de futurs candidats. Les concurrents vont devenir bien plus nombreux, les enjeux vont basculer.

Attendons de voir comment évoluera le secteur après 2020 puisque des subventions pourront être versées pour les dépenses d'investissement à partir de là...Mais je m'interroge une dernière fois sur la pertinence de cette réforme...les jeunes y trouveront-ils leur compte? Est-elle vraiment opportune ? Les professeurs et formateurs seront-ils toujours motivés, ceux ayant le statut de fonctionnaires ne seront-ils pas dégoûtés de cette évolution, moins habitués à la flexibilité, parfois, que les formateurs issus du petit entrepreneuriat, ou que les formateurs freelances? Car, finalement, ce qui compte, ce sont les apprentis...et faire en sorte que leur passage dans nos salles de cours, et ateliers soit un moteur dans leur vie qui commence.

 

 

 

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