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Billet de blog 4 juin 2014

MONDE ARABE. Métamorphose ou remake de la doctrine américaine?

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Le Printemps arabe a revigoré le terrorisme", titre l'Expression, "Le Printemps arabe a renforcé les capacités des groupes terroristes", renchérit Liberté. C'est "venu sur son coeur" dit l'adage. Le Printemps arabe a bon dos dans les quotidiens algériens. 

 Ces titres accrocheurs sont inspirés par une phrase du ministre algérien des Affaires étrangères, tirée d'une intervention prononcée hier : «Ce qui est communément appelé le (printemps arabe) a permis aux groupes terroristes locaux d'accroître leur influence idéologique et leur force matérielle". M. Lamarma a pourtant précisé ensuite : "Aujourd'hui, le nouveau front d'instabilité lié à la situation libyenne a eu des répercussions régionales qui étaient prévisibles et contre lesquelles l'Algérie avait mis en garde».

Qui donc a ouvert ce "front d'instabilité"? Les terroristes? Les peuples concernés? Le ministre ne le dit pas, il ne veut sans doute pas mettre les points sur les i en désignant la stratégie occidentale qui a conduit en Libye, comme en Irak dix ans plus tôt, à la destruction des fondements du fragile Etat libyen, en premier lieu son armée nationale. Le ministre se contente de noter les conséquences de cette stratégie du choc : «les conséquences directes de la guerre en Libye se sont manifestées notamment par le flux de tous types d'armes en grand nombre en Afrique du Nord comme au Sahel».

Hillary Clinton dans son communiqué du 26 août 2011, rassurait pourtant les Algériens à propos des armes détenus par les milices rebelles : « Nous allons les observer pour s'assurer que la Libye remplit ses responsabilités en matière de traités, qu'elle s'assure que ses stocks d'armes ne menacent pas ses voisins ou tombent entre de mauvaises mains et qu'elle se montre ferme face à la violence extrémiste».

Qui a révigoré le terrorisme, sinon l'Empire occidental, qui dès le début de 2011 a mis en oeuvre en Libye puis en Syrie la stratégie d'appui sur les djihadistes qui a fait ses preuve contre l'Union soviétique. Les Américains se sont senti capables d'utiliser, encore une fois, leurs points d’appui dans la nébuleuse terroriste. Cette fois-ci l'ennemi commun ce sont les "Apostats souverainistes" arabes, désignés comme le nouveau Grand Satan, obstacle principal immédiat au début d'avénement du khalifa. La mort, en temps choisi, de Ben Laden a sans doute favorisé cette révision conceptuelle.

Un an après la déclaration rassurante de Hillary Clinton, cette alliance -honteuses et inavouées pour les contractants- est touchée à mort à Benghazi, où des djihadistes assassinent, en décembre 2012, l’ambassadeur américain et quatre fonctionnaires des services secrets, venus pourtant négocier la récupération de missiles sol-air pour les rebelles syriens. Choisie comme bouc émissaire de l'échec de cette stratégie, Hillary Clinton perdra rapidement son portefeuille.

A propos des levées en masse des peuples au Maghreb et au Machrek, affublées du vocable de "printemps arabe" par les médias occidentaux, les historiens retiendront sans doute ce récit qui a ouvert une nouvelle séquence historique dans le Monde arabe : c’est au début de l’année 2011 que les peuples tunisien et égyptien ont pris de court les maîtres du monde, bouleversant les agendas et les timings des stratèges de la domination.

Qui a engagé les djihadistes dans la militarisation de la révolte en Libye et en Syrie? On le sait mieux aujourd’hui, ce sont les opérations combinées de l'empire occidental et des monarchies pro-saoudiennes. Leur objectif était d’empêcher, après les révolutions en Egypte et en Tunisie, ne se répande la présence exigeante des peuples dans l’espace public, revendiquant la revision radicale des politiques extérieure et intérieure. La militarisation vise à fermer la voie de la recherche des voies démocratiques de l'accomplissement national. Il faut empêcher qu'émergent de nouvelles pratiques souveraines dans les Nations.

Cette motivation d'essence antidémocratique vise à perpétuer le contrôle sur les ressources nationale. Elle reste  le  lieu de connivence entre les visées de l'Empire et les secteurs qui dans les régimes nationalistes agissent contre un aggiornamento démocratique patriotique.

Un premier décrochage militaire en Syrie, facilite les succès militaires de Assad. Dans le monde arabe, Obama semble aujourd'hui estimer que l'appui sur le bon vieux nationalisme autoritaire à la moubarak peut, de nouveau être inévitable, pour assurer les arrières au Maghreb et au Machrek. Le "pieux" Sissi est plus autoritaire que nationaliste estiment les dirigeants Saoudiens, qui emboîtent le pas. N'excluons pas que Bachar Assad, possiblement victorieux par abandon, pourrait un jour, contre mauvaise fortune bon coeur, sortir de la liste noire américaine.

Sur fond de perte de l'initiative historique, cette nouvelle adaptation de la doctrine américaine de domination est un remake de la décentralisation autoritaire qui a connu ses plus beaux jours dans les années 80. Années fastes du néocolonialisme, pendant lesquelles était abandonné le crédo du développement indépendant et émergeait la Nouvelle Religion de l'Argent Facile, servie par des acteurs "nationalistes" accommodants : Moubarak, Benali, Saleh, Chadli, Assad-père... Trois ans après le "Printemps arabe", les USA misent de nouveau sur les héritiers de ces leaders. Encore plus autoritaires que leurs prédecesseurs, encore moins nationalistes, et souvent carrément asservis, ils sont aujourd'hui inscrits dans le casting du remake occidental.

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