8 mai 1945. Le massacre qui a accéléré l'Histoire de l'Algérie.

Trois transformations politiques majeures s'étaient mises en branle en Algérie, dès le lendemain de ce massacre qui avait confirmé que l'impasse coloniale doit radicalement être levée.

La radicalisation de la jeune intelligentsia algérienne. L'un des symboles les plus connus en fut Kateb Yacine, qui avait 16 ans lors de l'évènement. Elève au lycée de Sétif, il participe aux manifestations, ce qui lui vaut d'être arrêté et détenu durant deux mois. Exclu du lycée, il entreprend de se libérer de la sujétion spirituelle, s'empare du "tribut" de la langue française  pour refonder la mémoire de la résistance millénaire à l'oppression et renouer avec la "férocité des ancêtres". « Ce jour-là j’ai vieilli prématurément. L’adolescent que j’étais est devenu un homme. Ce jour-là le monde a basculé », dira Houari Boumediene, élève de la Zitouna. De son côté, dès le lendemain du massacre, Mohamed Boudiaf, alors jeune fonctionnaire, basculera radicalement dans l'action clandestine de l'Organisation secrète (l'OS), aux côté d'autres jeunes gens, futurs dirigeants de l'insurrection, comme Aït Ahmed et Ben Bella.

La constitution des premiers maquis "expérimentaux", dans les mois qui suivent les massacres de Sétif, essentiellement en Kabylie et dans le nord Constantinois, dans leurs montagnes côtières, très boisées, particulièrement propices à l'implantation des maquis. Une expérience qui s’avérera très utile par la suite.

La politisation accélérée du mouvement social. En une dizaine d'années, la revendication indépendantiste devient une revendication de masse. Ce processus est restitué de manière vivante par Sadek Hadjerès dans ses mémoires "Quand une nation s'éveille".

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Ce triple processus a permis l'adhésion massive des Algériens à l'insurrection et la formation préalable de son encadrement. La décision de insurrection du 1er novembre sera favorisée par un facteur externe dont Ben Youcef Ben Khedda un des présidents du gouvernement provisoire de la République algérienne se souvient: « Le 7 mai 1954, l’armée d’Ho Chi Minh inflige au corps expéditionnaire français au Vietnam l’humiliant désastre de Dien Bien Phu. Cette défaite de la France agit en puissant détonateur sur tous ceux qui pensent que l’option de l’insurrection à court terme est désormais l’unique remède, la seule stratégie possible"

L'insurrection nationale a été déclenchée avec une année d'avance sur les prédictions du général Duval qui avait dirigé la répression de mai 1945. Dans un rapport prémonitoire,  il avait averti les Français d'Algérie, le 9 août 1945 : «Je vous ai donné la paix pour dix ans, mais si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement de façon irrémédiable»

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