ALGERIE. DRS ou ANP, that is the question

 

Pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie, le débat public a été engagé sur le rôle des services de renseignement. On sait que le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), contrôle encore directement la vie politique en Algérie. Les Algériens semblent suivre ce débat, avec certes leur distance prudence habituelle, mais aussi avec un intérêt grandissant.

 

 

Mais chassez le naturel, il revient au galop: des opérations médiatiques "spéciales" ont été déclenchée pour vider ce débat prometteur de son contenu politique. La finalité des "dépassements" ultra-médiatisés télécommandés des derniers jours semble être de mettre fin aux débats sérieux sur la nécessité de changer de logiciel pour l'Algérie (voir notre billet précédent). L'objectif est sans doute de pousser les Algériens à se replier dans l'habituel "laissons-les se bouffer entre eux." Une affaire de soudards et de gladiateurs où l'on frappe en dessous de la ceinture... Kharroubi Habib l'analyste du Quotidien d'Oran semble fortement impressionné par ces opérations, lorsqu'il écrit : "Le pays a été transformé en pire qu'une république bananière : un Etat maffieux sur lequel règnent des «rboubas» (petits dieux ndlr) autrement plus pernicieux et abominables que les parrains de la Cosa Nostra. Ces «rboubas» se sont déclarés la guerre et se la livrent en recourant aux plus abjectes des méthodes. Chacun a ses «tueurs» stipendiés qu'il a lancés contre l'autre clan".

 

 

Le chef de l'Etat serait tenté de "siffler la fin de la partie" estime un commentateur, après la récente déclaration de Abdelaziz Bouteflika à l'occasion du crash de l'Hercule 330 de l'armée de l'air près de Ain-Mlila. Evoquant les "dépassements" médiatiques en cours, le chef de l'Etat, encore "absent", déclare : "L'acharnement a pris une ampleur que notre pays n'a jamais connu depuis l'indépendance" et affirme son soutien à l'Armée nationale populaire (ANP), sans évoquer le DRS mis en cause par le responsable du FLN.

 

Par un curieux détournement de sens, la contestation du rôle anti-contitutionnel des services secrets, dénoncée par le responsable du principal parti politique algérien, est présentée dans les médias et parmi des personnages en vue de l'establishment politiques, proches des services, comme une attaque contre l'ANP, l'armée de ligne, généralement peu contestée par les Algériens.

 

 Mustapha Hammouche, met le doigt sur le quiproquo, ce matin dans Liberté: "Mais, au-delà du surplus de détérioration de l’image d’un système qui, désormais, ne peut même pas entretenir sa vitrine, il reste à connaître la véritable signification de l’intervention de Bouteflika. S’agit-il de se démarquer des excès de langage de Saâdani et de désamorcer les répliques qui commencent à se faire nombreuses et violentes ? Ce qui permet enfin aux plus hésitants, partis et syndicats, de “défendre” enfin... l’Armée. Alors que ce qui était en cause et à l’origine de la polémique, c’était le DRS. Et peut-être même que ce qui constitue l’enjeu de cette bagarre, c’est justement cette singularisation du DRS par rapport à l’Armée en général… "

 

Il y a un an, dans une note datée du 19 mars 2013, j'écrivais : "En Algérie, le service de renseignement de l’Armée a effectué une Opa sur la parole militaire (...). Le DRS a longtemps utilisé la couverture ANP pour s’arroger un rôle exhorbitant et a-constitutionnel. Les réorganisations des années de pseudo-présidentialisme chadliste ont transformé les services d’espionnage et de contre-espionnage encolonne vertébraledu régime.

 

 

 

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