L'Armée algérienne va-t-elle intervenir aux côtés de l'Otan?

Les Occidentaux empêtrés en Libye puis au Mali, incitent l'Algérie à intervenir militairement, tout en sabordant les propositions algériennes d'accords politiques entre les fractions en conflit. Le pouvoir algérien veut-il changer de fusil d'épaule, en modifiant la constitution pour autoriser l'ANP à faire la guerre à l'extérieur.

Les processus de changements engagés au début de la décennie dans des pays du Maghreb et du Machreq ont été sabordés par la puissante contre-offensive des monarchies du Golfe. Elle a consisté, avec l’aide des services occidentaux, à "militariser" la révolte. Ces contrefeux ont permis la destruction du débat politique parmi les peuples.

Mais, ni les Occidents, ni les monarchies n’ont pu contrôler durablement la Libye profonde, locale et plurielle, plus facile à bombarder qu’à assujettir. L'assassinat des diplomates et agents secrets américains à Benghazi en septembre 2012 -qui a historiquement compromis Hillary Clinton-, fut un tournant. Il a entraîné la révision de la doctrine américaine d'appui sur les Islamistes, jugés dorénavant incapables de "tenir" les Jihadistes. Le général Khalifa Haftar sera alors lancé pour parachever politiquement l’intervention de l’Otan dans ce pays où le pétrole abonde. En mai 2014 nous écrivions « Des politologues du microcosme médiatique algérois proposent ce matin que l'Armée algérienne aille en Libye prêter main forte au "joker américain en Libye" ainsi décrit par l'Institut tunisien des relations internationales.

Le 22 février 2012 le président malien, Amadou Toumani Touré (ATT), accusait l'intervention de Otan en Libye d'être responsable du développement des groupes terroristes passe au Mali et dans la bande sahélo-saharienne. Il dénonçait le fait que la Libye soit «devenue un magasin d'armes à ciel ouvert». Il s'interrogeait «Comment une colonne de près de 100 véhicules bourrés d'armes sophistiquées pouvaient échapper au contrôle de l'Otan et traverser tout le Sahel, y compris certains pays de la région pour atterrir au Mali ?» Un mois plus tard, le 23 mars 2012 alors que s'enclenchait au Mali le coup d'État qui allait l'emporter, des journalistes des grands quotidiens parisiens bénéficiait en direct, au Quai d'Orsay, des analyses d'un diplomate chargé de ce dossier à mesure que les nouvelles lui parvenaient sur son téléphone portable.

Le président malien a été destitué parce qu’il s’opposait à la ligne du tout sécuritaire excluant les discussions avec les groupes armés, préconisée par les Français. L’intervention militaire française au Mali sera déclenchée au début de janvier 2013. Quelques jours plus tard, dans un entretien paru le dans TSA, le 17 janvier, Mohamed Chafik Mesbah, ancien du DRS et proche du général Tewfik, est interrogé sur la crise malienne. Présenté par TSA comme « officier supérieur de l’ANP en retraite, politologue et analyste en relations internationales et questions stratégiques », il affirme : « La solution militaire était, en perspective, incontournable ». Il ajoute : « Dans une large mesure, les cadres algériens diplomates, militaires ou officiers de renseignement ont été dupés puisque tous leurs efforts ont été focalisés, délibérément, sur le volet politique de la crise ». Il confie à Hadjer Guenanfa : « Je ne suis pas niais au point de considérer que les slogans éculés du non-alignement sont toujours de mise. Désormais, Il n’existe plus d’alternative au dialogue stratégique avec l’Occident ». Sept ans après, le président Tebboune le nomme à la tête d'un organisme de réflexion stratégique.

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