Economie algérienne. Le scénario idyllique du professeur Bouzidi

Après les débordements médiatiques des élections présidentielles, le débat semble se se recentrer dans la presse qui multiplient la publication d'articles de fonds sur les choix économiques. Longue contribution dans El Watan.com de Abdelmadjid Bouzidi,  professeur d'économie et ancien conseiller du président Zeroual. C'est d'abord sur une réfutation des "recommandations" du FMI que l'économiste amorce la conclusion de sa contribution. Cependant, cette réfutation ne conteste pas la démarche du FMI: "la politique de l'offre", qui reste fondamentalement une politique libérale", réconnaît-il. Il  pense que les Algériens peuvent éviter les souffrances de cette politique. "Grâce à la rente, l’Algérie peut réaliser ce qui est irréalisable sous d’autres cieux, c’est-à-dire faire une politique de l’offre sans abandonner la politique de redistribution et de justice sociale". Les Maîtres de l'offre, accepteront-ils ce scénario idyllique? 

 EXTRAIT

 La thérapie du FMI constitue-t-elle une solution ?

Pour le FMI, qui se rappelle régulièrement à notre bon souvenir, l’amélioration des performances économiques de l’Algérie passe par l’application de dix mesures :

1- Assurer la stabilité macro-économique et financière (entendez : gérer la demande). 2- Supprimer progressivement les subventions et établir un système de transfert social ciblé pour protéger les couches sociales défavorisées (entendez : diminuer les transferts sociaux et assurer un rôle brancardier). 3- Eliminer progressivement les subventions des produits énergétiques (entendez : aligner les prix internes des produits énergétiques sur les prix internationaux). 4- Contenir la masse salariale (entendez : adopter une politique de modération salariale). 5- Améliorer la compétitivité coûts (entendez : la variable d’ajustement pour améliorer la compétitivité doit être les salaires et les prélèvements obligatoires). 6- Assurer la flexibilité du marché du travail (entendez : alléger les procédures de licenciement et développer les contrats à durer déterminée). 7- Augmenter les taux d’intérêt et réduire la dépense publique et les crédits à l’économie (entendez : politique monétaire restrictive et rejet de la politique budgétaire expansionniste). 8- Promouvoir un secteur privé fort (entendez : mettre fin à l’effet d’éviction engendré par le gouffre à dépense que constitue le secteur public). 9- Développer la concurrence dans le secteur bancaire (entendez : faciliter l’installation de banques privées). 10- S’intégrer au commerce mondial en accélérant l’adhésion à l’OMC (entendez : promouvoir le libre-échange). Il est facile de constater une nouvelle fois que le FMI reste vraiment un mauvais élève qui ne tire aucune leçon des échecs de ses thérapies libérales appliquées en tous lieux et en toutes circonstances de la même manière.

Il y a pourtant des particularités à l’économie algérienne qui permettent d’éviter cette thérapie de cheval antisociale et économiquement récessionniste.

Dans notre pays, l’alternative à l’Etat investisseur est encore à construire et pour y parvenir il faut que l’investissement productif privé soit facilité et encouragé par l’Etat.

 

La mandature qui s’ouvre devra être axée résolument, au plan économique, sur une politique de l’Offre

L’économie algérienne ne souffre plus aujourd’hui d’une insuffisance de la demande : les plans de relance I, II et III ainsi que la revalorisation des salaires ont suffisamment dynamisé la demande et poursuivre dans cette voie c’est aller vers plus d’importations (signalons que les importations ne cessent d’augmenter : +7% en 2010, +2,9% en 2011, +7,2% en 2012 et +6% en 2013, soit pour cette dernière année 55 milliards de dollars auxquels il faut ajouter 11 milliards de dollars d’importations de services non facteurs) et plus d’inflation (9% en 2012, 5% en 2013).Le défi qu’aura à relever la prochaine mandature est celui de la stimulation de l’offre.

 

Qu’est-ce qu’une politique de l’Offre ?

C’est une politique économique pro-entreprise axée sur des aides à l’entreprise et s’appuyant sur l’analyse selon laquelle «la faiblesse de la croissance économique, à certaines périodes dans certains pays, réside dans les freins et les obstacles que rencontrent les acteurs économiques : cotisations sociales et impôts, salaires insuffisamment soumis à la concurrence du marché, complexité des démarches pour créer une entreprise, régulation excessive des marchés, difficultés d’accès au crédit… La politique de l’offre repose sur l’idée que les producteurs sont étranglés par des surcoûts qui empêchent les entrepreneurs de produire du dynamisme.

Dans le cas de l’Algérie, plus particulièrement, qui dispose d’une importante rente, la politique de l’offre, qui reste fondamentalement une politique libérale, n’est pas antinomique d’une politique de redistribution. Grâce à la rente l’Algérie peut réaliser ce qui est irréalisable sous d’autres cieux, c’est-à-dire faire une politique de l’offre sans abandonner la politique de redistribution et de justice sociale.

En effet, ici plus qu’ailleurs, la croissance économique ne doit pas se faire au détriment du progrès social. Et le progrès social, c’est le droit à être soigné lorsque l’on est malade, le droit à un logement pour s’abriter, le droit à des prestations décentes en cas de cessation d’activité, le droit à l’éducation et à la formation. Tout cela doit se faire sous la conduite de l’Etat par des politiques macro-économiques actives et notamment politique budgétaire et politique monétaire ; le marché doit être encadré par des institutions, la protection sociale et la redistribution doivent être assurées, la propriété publique et la propriété privée doivent être reconnues.

On le voit bien, l’économie algérienne a besoin d’un souffle nouveau, d’une nouvelle approche. Et pour revenir à la crise politique, on peut commencer à en dénouer les fils pour une économie qui fonctionne, qui produit des richesses, de l’emploi et du pouvoir d’achat et qui procurera incontestablement une aération de la société, une marge de manœuvre appréciable pour affronter les problèmes politiques avec plus de sérénité et de lucidité (...).

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