ALGERIE-"Colonne vertébral" et "coeur atomique" au service de la reconversion ultra-libérale du "Système"

 

 

C'est article publié hier dans le Quotidien d'Oran qui motive ma bouteille à la mer. Dans cette chronique intitulée "Candidat à l'élection présidentielle, pourquoi faire". Abed Charef, l'un de nos faiseurs d'opinion affirme : "Mais s'il fallait un seul repère pour juger l'élection présidentielle de 2014, ce serait celui-là : rien ne peut se faire sans l'armée, ni contre elle (...) Il sera impossible d'y mener une politique contre l'avis de l'armée et des services de sécurité.(...) De même, il n'est pas possible de lutter contre la corruption, ni de vouloir imposer la transparence économique contre l'avis de ces institutions".  

     

Cela veut-il dire que le président élu en 2014 devra obligatoirement consulter l'Armée avant d'engager la lutte en faveur de la transparence et contre la corruption ? Non, il ne s'agit pas de cela. Le chroniqueur, coincé entre entre le 19 juin, anniversaire d'un coup d'Etat et le 29 juin celui de l'assassinat d'un président, semble nous dire: "Chat échaudé craint l'eau froide". Il met les point sur les i :  "Il ne suffit pas que l'armée et les  services de sécurité soient neutres, il faudrait qu'ils soient favorables au projet. Car en cas de coup dur, la neutralité peut rapidement se muer en hostilité". 

 

La chronique pourrait  donc  s'intituler  : "à quoi bon des élections présidentielles en 2014?".  Des élections présidentielles démocratiques serait donc impossible en Algérie. Il ajoute pour étayer cet axiome : "De plus, il n'y a, aujourd'hui, aucune force politique capable de s'engager dans une grande aventure politique". Le journaliste est catégorique: "En l'état actuel des choses, vouloir imposer un changement contre l'avis de    l'armée et de son " cœur atomique ", le DRS, peut se révéler dangereux".  

 

"Serait-on alors dans une situation bloquée, une impasse totale ?" s'interroge le chroniqueur. Il nous rassure : "  Pourtant, Chafik Mesbah, ancien officier supérieur du DRS, reconverti dans l'analyse politique, avance une issue possible. Parlant de son ancien    patron, Toufik Mediène, le puissant patron du DRS, il lui suggère de devenir une sorte d'Andropov pour l'Algérie. D'être l'homme des services spéciaux qui permettrait de débloquer la situation,    pour précisément aller vers une transition négociée et contrôlée". (lire le généralToufik à la tête d'une perestroika algérienne)

 

Abed Charef se jette à l'eau et consent : (...): "la    situation du pays parait mûre pour une telle initiative".  

 

Récemment, j'ai commenté la trouvaille d'un journaliste qui avait défini le DRS comme "colonne vertébral du système". Ce matin, Abed Charef enrichit le descriptif biologique en en faisant  "le cœur atomique" de l'ANP. L'idée factieuse de confier officiellement le sort de    l'Algérie au chef des services de renseignement fait son chemin parmi ces élites, essentiellement parmi celle qui veulent lever les barrages qui bloguent la libéralisation-ultra de l'économie . C'est sans doute au "cœur atomique" que s'adresse    aussi ce trader de la City de Londres "favorable à l’instauration d’une    Seconde République reposant sur un meilleur partage du pouvoir "pour qu’il puisse être plus efficace", à l’image du modèle institué par Issad Rebrab, PDG de Cevital, qui a su     « déléguer » et « permettre aux jeunes de prendre leur responsabilité ».  

    

Que dire de la conversion d'un faiseur d'opinion jusqu'ici démocrate intransigeant  à cette hégémonie du DRS. Abed Charef nous invite à accepter une camisole de force pour aller de l'avant. Cette  conversion semble  confirmer, parmi certaines "élites" algériennes formées dans le giron du Système né d'un coup d'Etat réussi, la persistance de la fascination pour l'efficacité des "Services". Quelque soit leur couleur, les "républiques prêtes à porter" seront des camisoles de force imposée à une société qu'on empêche de trouver les voies et moyens démocratiques d'émancipation. Kémalistes ou islamistes, les jeunes loups ultralibéraux se partageant déjà les postes et le business, en espérant dominer, sans doute conjointement,  toute la machine de cette nouvelle république qui leur serait offerte par le général major Mediène, directement ou par l'intermédiaire du général Zéroual.

 

La candidature "virtuelle" du chef du DRS semble avoir été avancée comme repoussoir pour que l'opinion accepte la sortie du "brave général Zeroual" de sa retraite de Batna. Au cours de son premier mandant interrompu en 1999, le débonnaire général était sous la coupe d'un ancien  chef du DRS. Pour son prochain rôle, il aura le chef en exercice pour le chaperon.

   

Toute démarche venant du coeur du système, pour en assurer la conversion ultra-libérale à l'occasion de la succession de Bouteflika, s'efforcera de museler l'intervention du peuple, dans sa diversité. Elle sera sans doute combattue par les citoyens libres, qui ne sont pas dépendants de l'agenda de l'une ou de l'autre faction du système. Dans notre pays, comme ailleurs, lors des grands tournants de l'histoire, l'avenir est toujours une création humaine collective. Et toujours inattendue. Aucune force ne détient la clef    de cet avenir, fut-elle un "cœur atomique". En Algérie, chaque individu, chaque force politique et sociale aspire à agir pacifiquement au mieux de ses intérêts. Sans être obligé de déléguer    son libre arbitre à une force bâtie sur le secret. Nous trouverons la clef de nos impasses dans le courant général anonyme, qui, jour après jour, s'enrichit de l'action et de la pensée des    citoyens libres où qu'ils se trouvent-y compris dans les partis, y compris dans l'institution militaire, laquelle ne se réduit pas à son prétendu cœur atomique secret. D'une année sur l'autre,    sans doute découvrirons-nous le dénominateur commun démocratique et social de la destinée nationale. C'est dans la force des choses. Quand ? Rabi yaâlem.  

   

   

Saoudi  Abdelaziz,    28 juin 2013  

   

   

 

 

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