A nos mères, à nos sœurs… Nawal el Saadawi…

En mars ont coïncidé la célébration du 8 mars et la disparition d’une des intellectuelles et activistes féministes les plus significatives du monde arabe. De ce fait, je souhaite rappeler l’importance de la filiation féminine et rendre hommage à quelqu’un qui toute sa vie a lutté pour que les femmes puissent avoir une vie digne, pleine et libre de violences.

Un des rouages dont le patriarcat s’est traditionnellement servi pour subordonner les femmes est celui d’effacer leur mémoire, les privant par la même occasion de modèles leur permettant de construire leurs propres aspirations. Il n’en est que plus important de défendre et de construire notre propre mémoire, la relayant et rappelant aux plus jeunes, non seulement ce qu’elles doivent à leurs aïeules, mais aussi que toutes les conquêtes dont elles peuvent se pourvoir sont aussi à leur portée si elles le souhaitent. Bien de femmes pourraient être citées à cette occasion, mais, puisque c’est la grande Nawal el Saadawi que l’on a vu disparaître ce mois-ci, c’est à elle que sera consacré ce billet.

Nawal el Saadawi était l’une des intellectuelles et activistes féministes les plus prééminentes du monde arabe, elle est décédée dans son pays, l’Egypte, le 21 mars, à l’âge de 90 ans. Née en 1931 dans un village près du Caire, el Saadawi a confronté dès l’enfance l’oppression patriarcale, telle qu’elle se configure au XXe siècle dans le monde arabe : à l’âge de 10 ans elle a échappé à un mariage forcé, grâce entre autres au soutien de sa mère ; à 6 ans elle n’a malheureusement pas pu échapper à la mutilation génitale féminine (MGF), fléau que subissent encore beaucoup de filles malgré son interdiction en Egypte en 2008. El Saadawi documente cette épouvantable expérience dans son livre The Hidden Face of Eve (La face cachée d’Eve) et fera campagne toute sa vie contre les MGF, y compris après leur interdiction en 2008, veillant à ce que la réalité arrive bien un jour à se conformer à la législation.

Malgré ces éléments d’oppression, Nawal el Saadawi a pu bénéficier des perspectives progressistes de ses parents et recevoir une éducation qui lui a permis d’obtenir en 1955 un diplôme de médecine au Caire. Elle a travaillé en tant que médecin puis s’est spécialisée en psychiatrie. Elle est ensuite devenue directrice de la santé publique pour le gouvernement égyptien, mais a été licenciée après la sortie de son livre Women and Sex, qui dénonçait les mutilations génitales féminines et l’oppression sexuelle des femmes. Cela ne sera pas la seule fois où ses combats allaient lui valoir des représailles, qu’elle a toujours affronté avec courage, persévérance et dignité. Ainsi, en 1973, le magazine Health, qu’elle avait fondé quelques années auparavant, a aussi été fermé.

En 1975, el Saadawi publie Woman at Point Zero, un roman basé sur le récit de vie d’une femme dans le couloir de la mort qu’elle avait rencontré. The Hidden Face of Eve, publié par la suite, en 1977, raconte non seulement sa propre expérience de la MGF, mais aussi les expériences dont elle a été témoin en tant que médecin de village : l’essai fait ainsi état d’abus sexuels, de « crimes d’honneur » et des récits de vie de femmes prostituées. Il lui a valu d’abondantes critiques, de la part d’une opinion qui l’accusait de renforcer les stéréotypes sur les femmes arabes.

Préoccupée toute sa vie pour fournir une réflexion qui aille au-delà de l’appartenance et soit susceptible de réunir toutes les femmes, el Saadawi intègre le groupe de femmes qui fonde en 1977 l’Association de femmes africaines pour la recherche sur le développement (AFARD), une association panafricaine non gouvernementale dont l’objectif est d'entreprendre des activités de recherche nécessitant la participation des femmes et visibilisant leur participation aux processus de changements politiques, économiques, sociaux et culturels. Elle cherche à créer des réseaux de communication entre les chercheures et les personnes concernées par les problèmes de développement en Afrique, ainsi qu’à encourager la formation professionnelle et la création de groupes nationaux de recherche.

Toute sa vie el Saadawi confrontera cependant les forces réactionnaires patriarcales, qui sévirent avec plus ou moins d’intensité suivant les périodes. Ainsi, elle est arrêtée en 1981, dans le cadre d’une rafle ciblant les dissidents, menée par le président Anwar Sadat. Elle connaît trois mois de prison, au cours desquels elle écrit sur du papier toilette ses mémoires, à l’aide d’un crayon à sourcil que lui avait fourni une prisonnière prostituée. En réalité, el Saadawi a sans cesse mené un combat sans merci pour dire au monde sa vérité, qu’elle qu’en soit le prix à payer. Bien qu’elle ait par la suite été libérée, son travail a été censuré et ses livres interdits. Elle a aussi reçu de nombreuses menaces de mort de la part des fondamentalistes religieux, puis elle a été poursuivie en justice. Elle s’est finalement exilée aux Etats-Unis, où elle a continué à mener ses combats contre la mainmise de la religion sur la vie des femmes, le colonialisme et l’hypocrisie occidentale. Outre les MGF, elle a combattu le port obligatoire du voile musulman, la polygamie et l’inégalité des femmes et des hommes face à l’héritage. Soucieuse de poursuivre ce qu’elle nommait la « féminité tyrannique » -l’image de la femme telle que renvoyée par la société et la famille-, elle a aussi critiqué la façon dont le maquillage et les vêtements marquent et sexualisent eux aussi le corps des femmes.

El Saadawi a acquis une grande reconnaissance internationale, ses livres étant traduits dans plus de 40 langues. Elle a reçu de nombreux diplômes honorifiques universitaires de pays de tout le monde et a été couronnée des prix Gibran en 2008 et Stig-Dagerman en 2012. En 2002, Time la désigne comme l’une de ses 100 femmes de l’année et lui consacre une couverture. Toute sa vie elle regrettera cependant de ne pas recevoir la reconnaissance de son pays, l’Egypte. Y retournant néanmoins en 1996, el Saadawi poursuivra là-bas son cheminement militant et politique : elle se présente à l’élection présidentielle de 2004 et participe au soulèvement de 2011 contre le président Hosni Moubarak. Elle passe ses dernières années au Caire, entourée de son fils et de sa fille.

Nawal el Saadawi reste un modèle pour les générations suivantes, dont sans doute les militantes et féministes du monde arabe et africain diront mieux que moi la valeur motrice et de progrès social. A un moment où elles se battent avec les autres femmes pour seul soutien, partiellement délaissées aussi par l’Occident, il me semble indispensable de lui adresser notre reconnaissance et de l’honorer de notre mémoire.

En France nous soutenons le PPD et le NPA:

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 Gustav Moreau, Le Victorieux Sphinx (détail), 1886.

 

A nuestras madres, a nuestras hermanas… Nawal el Saadawi…

 

Han coincidido este mes la celebración en todo el mundo del 8 de marzo y la desaparición de una de las intelectuales y activistas feministas más significativas del mundo árabe. Por ese motivo, deseo recordar la importancia de la filiación femenina, en un mundo que todavía tiende a olvidar a las mujeres tan pronto desaparecen, y rendir homenaje a alguien que toda su vida ha luchado para que puedan tener una vida digna, plena y libre de violencias.

 

Uno de los engranajes a los que tradicionalmente ha recurrido el patriarcado para subordinar a las mujeres es el de borrar su memoria, privándolas de modelos que les permitan construir sus propias aspiraciones. Es tanto más importante defender y construir nuestra propia memoria, transmitiéndola y recordando a l@s más jóvenes, no sólo lo que les deben a sus antepasadas, sino también que todas sus conquistas están también a su alcance si así lo desean. Se podría citar a muchas mujeres pero, puesto que es la gran Nawal el Saadawi la que ha desaparecido este mes, es a ella a quien se referirá este artículo.

Nawal el Saadawi era una de las intelectuales y activistas feministas más preeminentes del mundo árabe, ha fallecido en su país, Egipto, el 21 de marzo, a la edad de 90 años. Nacida en 1931 en un pueblo cerca del Cairo, el Saadawi se confrontó desde la infancia a la opresión patriarcal, tal y como ésta se configura en el siglo XX en el mundo árabe: a la edad de 10 años escapó a un matrimonio forzado, entre otras cosas gracias al apoyo de su madre; a la edad de 6 años no pudo por desgracia escapar a la mutilación genital femenina (MGF), horror que todavía sufren muchas niñas en Egipto a pesar de su prohibición en 2008. El Saadawi documentó esta terrible experiencia en su libro The Hidden Face of Eve (La cara oculta de Eva) y toda su vida combatió la MGF, inclusive tras su prohibición en 2008, luchando para que la realidad llegue a conformarse algún día a la legislación.

Pese a estos elementos de opresión, Nawal el Saadawi pudo beneficiarse de las perspectivas progresistas de sus padres y recibir una educación que le permitió obtener en 1995 un diploma de medicina en el Cairo. Trabajó como médica y se especializó en psiquiatría. Después ejerció como directora de salud pública para el gobierno egipcio, pero fue despedida tras la publicación de su libro Women and Sex, que denunciaba las mutilaciones genitales femeninas y la opresión sexual de las mujeres. No iba a ser la única vez en que sus combates le valiesen represalias, que siempre confrontó con valor, perseverancia y dignidad. De este modo, en 1973, la revista Health, que había fundado algunos años antes, también fue cerrada.

En 1975, el Saadawi publicó Woman at Point Zero, una novela basada sobre el relato de vida de una mujer en el corredor de la muerte que había conocido. The Hidden Face of Eve, que fue publicado a continuación, en 1977, refiere no sólo su propia experiencia de la MGF, sino también experiencias de las que fue testigo en tanto que médica de pueblo: el ensayo refiere abusos sexuales, “crímenes de honor” y relatos de vida de mujeres prostituidas. Le valió abundantes críticas por parte de una opinión que la acusaba de reforzar los estereotipos sobre las mujeres árabes.

Toda su vida se preocupó por proporcionar una reflexión que fuese más allá de la pertenencia cultural y fuese susceptible de reunir a todas las mujeres, de este modo el Saadawi integra por ejemplo el grupo de mujeres que fundó en 1977 la Asociación de mujeres africanas para la investigación y el desarrollo (AFARD), una asociación panafricana no gubernamental cuyo objetivo es llevar a cabo actividades de investigación que necesiten la participación de mujeres y visibilicen su participación en procesos de cambio político, económico, social y cultural. Trata de crear redes de comunicación entre l@s investigadores y las personas concernidas por los problemas de desarrollo en Africa y de incentivar la formación profesional y la creación de grupos nacionales de investigación.

El Saadawi confrontó no obstante a lo largo de toda su vida las fuerzas reaccionarias patriarcales, con mayor o menor intensidad según los periodos. De este modo, es detenida en 1981, en el marco de una racha de arrestos orientada hacia los disidentes llevada a cabo por el presidente Anwar Sadat. Estuvo tres meses en la cárcel, durante los que escribió sobre papel higiénico sus memorias, con la ayuda de un lápiz para cejas que le había proporcionado una prisionera prostituida. En realidad, el Saadawi llevó permanentemente un combate encarnizado para decirle al mundo su verdad, fuese cual fuese el precio a pagar por ello. Aunque después se la liberase, su trabajo fue censurado y sus libros prohibidos. También recibió numerosas amenazas de muerte por parte de los fundamentalistas religiosos, y denunciada. Finalmente se exiló a los Estados Unidos, donde continuó sus combates contra el peso de la religión sobre la vida de las mujeres, el colonialismo y la hipocresía occidental. Además de la MGF, combatió la obligación de llevar el velo islámico, la poligamia y la desigualdad entre hombres y mujeres frente a los derechos de herencia. Preocupada por luchar contra lo que denominaba la “feminidad tiránica” -la imagen de la mujer que vehiculan la sociedad y la familia-, también criticó la forma en que el maquillaje y la ropa marcan y sexualizan el cuerpo de las mujeres.

El Saadawi ha adquirido un gran reconocimiento internacional, sus libros han sido traducidos en más de 40 idiomas. Ha recibido numerosos diplomas honoríficos de distintas universidades de países del mundo entero y ha sido distinguida con los premios Gibran, en 2008, y Stig-Dagerman, en 2012. En 2002, Time la designa como una de sus 100 mujeres del año y le dedica una portada. Siempre tuvo que lamentar no obstante no ser reconocida en Egipto, su país, lo que no le impidió volver a él en 1996. El Saadawi prosiguió allí su recorrido militante y político: se presentó en 2004 a la elección presidencial y participó en el levantamiento de 2011 contra el presidente Hosni Moubarak. Pasó sus últimos años en El Cairo, rodeada de sus hij@s.

Nawal el Saadawi es un modelo para las generaciones venideras, sin duda las militantes y feministas del mundo árabe sabrán decir mejor que yo el valor motor y de progreso social que tuvo. En un momento en que se baten con las otras mujeres casi como único apoyo, parcialmente olvidadas también por Occidente, me parece indispensable dirigirle nuestro reconocimiento y honorarla con nuestra memoria.

En Espania apoyamos a Iniciativa Feminista y a PACMA:

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