Heptalogue pour une Non-Violence politique, 6 : pour une géopolitique de l’humain

Nous revenons à l’heptalogue…

La planète se déchire de façon régulière, divisée en alliances plus ou moins variables, qui suivent des intérêts économiques et politiques de pouvoir. Pendant une portion importante du XX siècle, c’est la guerre froide qui en a donné le cadre. Il y avait eu, avant cela, la question coloniale et les problématiques des pays émergeants ; les disputes familiales des dynasties monarchiques ; bien évidemment les religions ; également les questions territoriales. C’est ce que l’on connaît comme géopolitique. En cela comme en d’autres thèmes, la vie ne s’est jamais trouvée au centre ; l’humain ; les vies incomptables qui n’ont aucune importance officielle. Précisément, voilà une autre question qu’un monde Non-Violent se doit de changer. D’autant plus que la résurgence, plus ou moins homogène, du conservatisme, sujette à bien peu d’exceptions, par delà l’étiquette politique qu’on lui applique sur l’échiquier politique, est une réalité mondiale incontournable. Les sujets subalternisés, qui ont mis si longtemps à conquérir leurs droits, et qui ne les ont pas encore conquis dans bien de latitudes de la planète, constatent avec inquiétude qu’ils doivent de nouveau intensifier leurs luttes.

Il y a les problèmes déjà anciens : les occurrences récurrentes de viols dans des pays comme l’Inde qui, depuis le viol collectif qui, en 2012, mena l’étudiante Nirbhaya à la mort, n’a jamais vraiment réussi à résoudre cette problématique. Il y a des pratiques sauvages et anciennes telles que l’excision, que l’on pratique dans certains pays africains. Le manque d’assurance maladif de la masculinité dominante a choisi en ce cas de se palier en privant les femmes de toute possibilité d’éprouver du plaisir lors d’un rapport sexuel, les condamnant par là même bien souvent et dans bien de cas à une douleur à vie et à mourir d’hémorragies, en raison de l’ablation complète ou partielle du clitoris, seul organe du corps humain uniquement destiné au plaisir. Evidemment, la persécution de l’homosexualité, punie sous certaines latitudes par des châtiments qui vont du viol correctif jusqu’à l’adoption récente par la loi de la lapidation à Brunei.

A ceux-là sont venus s’ajouter des problèmes plus récents tels que le viol systématisée en tant qu’arme de guerre, une pratique déjà observée dans le conflit de désagrégation de l’ex-Yougoslavie et dans bien des récents conflits africains et arabiques (Ruanda ; esclavage sexuel de la communauté yézidi aux mains de l’Etat Islamique). Cependant, au delà de la pratique de domination que constitue le viol, celui-ci est devenu, depuis quelques années, une technique génocidiaire, touchant par le biais des femmes la capacité de reproduction sociale de communautés entières : soit par l’expansion de la communauté de l’agresseur, au travers des naissances produit des viols, soit par l’exclusion dont font l’objet les victimes, qui sont bien souvent expulsées de leurs familles. La pratique en soi fasciste a d’ailleurs trouvé un corollaire dans la récente –et inadmissible- décision de Donald Trump de vider de sens la résolution de l’ONU qui devait affronter ce problème, obligeant à la dépouiller de toute mention à la « santé reproductive » en raison de son opposition à l’avortement, de plus en plus exhibée. Monsieur Trump prétend obliger les femmes violées par de multiples agresseurs, et bien souvent torturées au delà de cela, à accoucher.

Le problème de la géopolitique de la violence trouve des prolongations dans les intérêts économiques qui occultent opportunément tant les droits humains en général, que plus spécifiquement les droits des humains subalternisés. Un exemple tristement notoire est l’Arabie Saoudite. Au-delà de l’atteinte connue aux droits des femmes, dans le cadre de laquelle le système terrible de tutelle leur empêche même d’aller consulter un médecin sans recevoir l’autorisation de leur mari, leur père ou leur frère, le pays semble avoir enclenché un procès de blanchiment qui tombe bien, destiné à faciliter son insertion et son acceptation dans le nommé premier monde. Il y parvient, peut-être, au-delà du pétrole, grâce aux multiples entreprises et clubs de football que ses cheiks y ont acquis ces dernières décennies. L’Arabie Saoudite a accordé aux femmes le droit de conduire en 2018 et celui de voter en 2015. Ce qui aurait pu être une bonne nouvelle dans le cadre d’une progression légale, au delà du fait qu’elle soit lente ou plus rapide, devient une déplorable nouvelle dans le cadre de la persécution renouvelée des militantes qui ont acquis ces droits : la plupart d’entre elles ont été mises en prison, certaines ont été d’autres torturées, l’on promet à d’autres encore la peine de mort.

Non seulement l’Arabie Saoudite n’a pas été sanctionnée par ce que l’on dénomme premier monde, mais elle intègre en outre confortablement la Commission des droits des femmes de l’ONU. L’organisation internationale dit bien, du simple fait d’accepter au sein de ce type d’organisme ce pays, les dysfonctionnements internes alarmants dont elle est objet actuellement. D’autant plus que l’Arabie Saoudite n’est pas le seul pays dont l’appartenance est plus que peu conforme : directement, scandaleuse. L’Iran, qui a condamné récemment l’avocate Nasrine Sotoudeh à 38 ans de prison et 148 coups de fouet pour avoir défendu les femmes condamnées en raison de leur activisme contre le port obligatoire du hijab, siège, lui aussi, dans cette Commission. La question que cela pose va de soi : à quoi servent ces organismes internationaux ? quelles sont leurs possibilités réelles de faire avancer la condition des femmes dans le monde ? Dans le cas de l’ONU cette question se pose d’autant plus qu’il a été impossible de voir une femme en devenir la Secrétaire Générale, en dépit du fait que plusieurs candidates parfaitement capables d’assumer une telle responsabilité avaient présenté leur candidature. Les scandales récurrents dont les casques bleus ont été l’objet en raison des violences sexuelles commises sur des personnes en situation d’extrême vulnérabilité, dans le cadre de conflits armées ou de désastres naturels, ne rassurent pas non plus sur la capacité de l’organisme à faire évoluer de façon déterminante la question.

Nous soulignions il y a quelque temps que la problématique d’un non respect des droits dans le cadre légal s’étend jusqu’aux portes même de l’Europe, avec le recul que l’on a observé dans la condition des femmes, comme conséquence probable d’une confluence de facteurs orchestrée par le président Erdogan. La persécution systématique de la seule société égalitaire de la région, les kurdes, bien évidemment ; l’utilisation donnée à la figure soumise de son épouse dans le cadre de sa communication politique ; le retrait d’enseignements tels que le darwinismes des contenus des manuels scolaires.

Cependant, la géopolitique de l’humain peut également adopter des contours plus implicites, comme c’est le cas en Amérique Latine, où on ne compte plus le nombre de militant(e)s écologistes et indigénistes tombé(e)s en combat contre les grandes multinationales. Sans entrer, évidemment, dans des essentialisations malvenues, le fait est que, sans doute parce qu’elles sont culturellement chargées d’assurer que soient réunies les conditions de reproduction de la vie, une majorité sont des femmes. Ce sont elles qui le plus souvent choisissent de défendre contre vents et marées la notion de territoire, conçu comme espace de possibilité de la vie.

Pour avancer réellement, nous avons besoin de faire en sorte que la géopolitique prenne les contours de l’humain : que l’on expulse de la commission des droits des femmes de l’ONU les pays qui ne parviendront pas à assurer un seuil minimum légal et vital international établi pour les droits de ce pourcentage de la population. Et il faut aller au delà du cas des femmes : les dissidences sexuelles ; les identités transgenre ; toute victime désignée de violence en raison d’une quelconques caractéristique la séparant de la norme. Il faut que nos gouvernements mettent enfin au centre de leurs préoccupations les êtres vivants humains et non humains, de même que le contexte nécessaire à leurs conditions de vie, la planète.

 

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 GRAF, Groupe de Réflexions et Actions Féministes, Nice

GRAF, Grupo de Reflexiones y Acciones Feministas, Niza

 

 

Heptálogo para una No-Violencia política, 6 : geopolítica de lo humano

 

Reanudamos el heptálogo…

 

Regularmente el planeta se desgarra, en alianzas más o menos variables, que siguen intereses económicos y políticos de poder. Durante una importante porción del siglo XX la guerra fría marcó las pautas. Antes de eso estuvieron la cuestión colonial y las problemáticas de países emergentes ; las peleas familiares de dinastías monárquicas ; por supuesto las religiones ; cuestiones territoriales. Es lo que se conoce como geopolítica. En esto como en otros temas, jamás la vida estuvo en el centro ; lo humano ; las incontables vidas que oficialmente no importan. Precisamente por ello, eso es otro aspecto más que un mundo No-Violento debe cambiar. Tanto más porque la resurgencia, más o menos homogénea, del conservadurismo, sujeta a contadas excepciones, al margen de la etiqueta que adopte en el tablero político, es una realidad mundial innegable. Los sujetos subalternizados, que tanto han tardado en conquistar sus derechos, y que de hecho siguen sin conquistarlos en numerosas latitudes del globo, ven de nuevo con inquietud cómo deben intensificar la lucha.

Están los problemas ya antiguos : las ocurrencias recurrentes de violaciones en países como la India que, desde la violación colectiva que en 2012 llevara a la estudiante Nirbhaya a la muerte, no consigue realmente confrontar esta problemática. Están prácticas salvajes y antiguas como la escisión, vigente en mayor o menor medida en muchos países de África. La enfermiza inseguridad masculina eligió en este caso paliarse privando a las mujeres de toda posibilidad de sentir placer en el transcurso de una relación sexual, condenándolas incluso en muchos casos a un dolor de por vida y a morir desangradas, por la ablación completa o parcial del clítoris, único órgano del cuerpo humano únicamente destinado al placer. Por supuesto, la persecución de la homosexualidad, punible en algunas latitudes con castigos que van desde la violación correctiva hasta la reciente adopción legal de la lapidación en Brunei.

Se han añadido a éstos problemas recientes como la violación sistematizada como arma de guerra, práctica ya observada en el conflicto de disgregación de la ex-Yugoslavia y en muchos de los recientes conflictos africanos y arábigos (Ruanda ; esclavismo sexual de la comunidad yezidi a manos del Estado Islámico). Más allá de la práctica de dominación que es en sí la violación, ésta ha sido llevada desde hace unos años a técnica de genocidio, tocando a través de las mujeres la capacidad de reproducción social de comunidades enteras : ya por expansión de la propia comunidad, a través de los nacimientos productos de violaciones, ya por la exclusión de que son objeto las víctimas, en muchas ocasiones expulsadas de su familia. La práctica de por sí fascista ha encontrado de hecho un corolario en la reciente –e inadmisible- decisión de Donald Trump de vaciar de contenido la resolución de la ONU enfocada a confrontar este problema, obligando a despojarla de toda mención a la « salud reproductiva », por su cada vez más exhibida oposición al aborto. El señor Trump pretende obligar a dar a luz a mujeres violadas por múltiples agresores, y muchas veces torturadas más allá de eso.

El problema de la geopolítica de la violencia encuentra prolongaciones en los intereses económicos que oportunamente opacan tanto los derechos humanos en general, como más específicamente los de los derechos de los humanos subalternizados. Un ejemplo tristemente notorio es el de Arabia Saudí. Al margen de su ya conocida vulneración de los derechos, en el marco de la cual el terrible sistema de tutela que impide a las mujeres ir incluso al médico sin recibir la autorización de un marido, padre o hermano, el país parece haber puesto en marcha un proceso de oportuno lavado de cara destinado a propiciar su inserción y aceptación en el llamado primer mundo. Lo consigue, quizá, más allá del petróleo, gracias a las múltiples empresas y clubes de fútbol que sus jeques han adquirido en él en las últimas décadas. Arabia Saudí ha otorgado a las mujeres el derecho a conducir en 2018 y a votar en 2015. Lo que podría haber sido una grata noticia en un marco de progresión legal, más allá de que fuera más lenta o más rápida, se convierte en una nefasta noticia en el marco de la renovada persecución de las militantes que han obtenido esos derechos : la mayoría de ellas ha sido encarcelada, algunas de ellas han sido torturadas, a otras más se les promete pena de muerte.

No sólo Arabia Saudí no ha sido sancionada por el llamado primer mundo, sino que integra confortablemente la Comisión de derechos de las mujeres de la ONU. La organización internacional dice, con la simple aceptación en este tipo de organismo de este país, los alarmantes disfuncionamientos internos de que es objeto actualmente. Tanto más porque Arabia Saudí no es el único país cuya pertenencia es más que inconforme : directamente escandalosa. Irán, que ha condenado recientemente a la abogada Nasrine Sotoudeh a 38 años de cárcel y 148 latigazos por haber defendido a las mujeres condenadas por su activismo en contra del hijab obligatorio, también se encuentra en dicha comisión. La pregunta que esto plantea es evidente : ¿para qué sirven estos organismos internacionales ? ¿cuáles son las posibilidades reales que tienen de hacer avanzar a las mujeres en el mundo ? El caso de la ONU se plantea tanto más por cuanto ha sido imposible que una mujer fuese elegida como secretaria general, a pesar de disponer de varias candidatas del todo formadas a asumir semejante responsabilidad, y por los escándalos recurrentes de que los cascos azules han sido objeto a causa de las violencias sexuales cometidas sobre personas de extrema vulnerabilidad en el marco de conflictos o de desastres naturales.

Subrayábamos que la problemática del no respecto de los derechos en el marco legal llega hasta las puertas mismas de Europa, con el retroceso que se ha observado en Turquía en los derechos de las mujeres, como consecuencia probable de una confluencia de factores orquestada por el presidente Erdogan. La persecución sistemática de la única sociedad igualitaria de la zona, los kurdos, claro ; el uso dado a la figura sumisa de su esposa en el marco de su comunicación política ; la retirada de enseñanzas como el darwinismo de los manuales escolares.

Pero la geopolítica de lo humano puede cobrar también contornos más implícitos, como en América Latina, donde no se cuentan ya el número de militantes ecologistas e indigenistas caíd@s en el combate contra las grandes multinacionales. Sin entrar, por supuesto, en esencialismos, lo cierto es que, sin duda porque son las culturalmente encargadas de asegurar las condiciones de reproducción de la vida, una mayoría de ell@s son mujeres. Ellas son las que mayormente se asocian a la defensa de la noción de territorio, concebido como espacio de posibilidad de la vida.

Para avanzar realmente, necesitamos que la geopolítica cobre los contornos de lo humano : que se expulse de la comisión de los derechos de las mujeres de la ONU a los países que no cumplan un mínimo internacional establecido en los derechos de este porcentaje de la población. Y no hay que detenerse en el caso de las mujeres : las disidencias sexuales ; las identidades transgénero ; toda víctima designada de violencia por alguna de las características que la separen de la norma. Necesitamos que nuestros gobiernos pongan por fin en el centro a los seres vivos humanos y no humanos, así como el contexto necesario de sus condiciones de vida, el planeta.

 

 

yo-voto-pacma
      En España, la No-Violencia política vota PACMA

 

 

 

 

 

 

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