Débats houleux, III : le voile

Les conflits qui parcourent le féminisme ont provoqué les dernières années des bousculades dans les cortèges du 8 mars. Comme je le regrette, je me risque à produire une série sur les débats qui le scindent, afin de tâcher d’induire à la réflexion, au débat apaisé et, peut-être, de surmonter nos divergences. Je sollicite l’indulgence, car c’est un exercice risqué, mais nécessaire.

Le débat du voile est moins clivant que les deux précédents, mais il est ancien. Je me suis déjà exprimée en d’autres occasions à ce sujet : je pense qu’on lui donne une importance qu’il n’a pas. Je m’explique : le voile me semble un instrument du marquage du corps -de sexualisation du corps- comme il y en a d’autres (mini-jupes, maquillage, débats anti-crop top…) et c’est à ce statut que nous devrions le ramener, car lui donner autant d’importance constitue en réalité pour lui une force. Ce qui distingue le voile des autres instruments de sexualisation est son caractère religieux, qui est en fait soumis à débat dans toutes les religions, des secteurs entiers remettant en question sa nécessité. Bien qu’il soit dans la représentation publique plus associé à l’islam, il faut rappeler que se couvrir les cheveux a été en réalité préconisé par toutes les religions monothéistes, y compris la catholique à certaines périodes historiques. Aujourd’hui, les Juifs ultra-orthodoxes continuent, eux aussi, à couvrir les cheveux de leurs femmes. Il faut donc à mon avis dans un premier temps dissocier le débat du voile d’un ancrage dans la communauté musulmane, car il est un mécanisme de sexualisation parmi d’autres, d’une part, et d’autre part, son usage adossé à un argumentaire qui serait religieux n’est pas spécifique à la communauté musulmane.

La question du voile est aussi à insérer dans deux autres questions bien plus larges, qui le dépassent : le débat sur l’attitude à adopter par le féminisme envers les religions ; le débat sur la question coloniale. Tous les monothéismes assoient la subordination des femmes, l’option de resignifier leur message pour leur donner une plus large place en leur sein est en ce sens considéré avec un certain scepticisme par des secteurs entiers des féminisme, mais c’est une option qui existe. Les femmes chrétiennes ont ainsi effectué un travail de resignification, valorisant les figures féminines existantes, traquant les abus d’interprétation des textes sacrés, militant pour que l’exercice de fonctions religieuses plus significatives (la possibilité de devenir prêtre) soit autorisé pour les femmes… Les femmes musulmanes sont en train de faire ce même travail à présent. Etant athée, je ne souhaite pas émettre de jugement de valeur sur cette option, dans la mesure où la croyance religieuse est un choix personnel, mais il me semble évident que le débat sur la signification que recouvre le port du voile est à insérer dans ce débat, plus large. Quelles sont les possibilités pour des systèmes philosophiques et de croyance dans lesquels la subordination des femmes est inscrite de leur faire une place les situant à égalité de droits avec les hommes ?

Puis, la question du voile est aussi à inscrire dans la problématique coloniale. La colonisation économique et la colonisation de l’être et du savoir n’est pas terminée. Du fait de leur souffrance passée et présente, les anciens pays colonisés recèlent parfois des pans entiers de population gagnée par un sentiment anti-occidental plus ou moins grand. Ce sentiment peut parfois trouver des sympathies en Europe, ce qui peut se comprendre à la vue des démonstrations de racisme qui perdurent encore. Depuis la chute de l’URSS et le déclin du communisme comme possible idéologie concurrentielle à ancrage géographique du capitalisme, l’islam a peu à peu gagné de la place pour occuper cette fonction d’idéologie authentiquement autochtone, d’idéologie qui serait décoloniale. Ces vues sont tout simplement fausses car, d’une part le colonisateur s’est aussi servi parfois de l’islam pour asseoir sa domination ; d’autre part, il est très clairement colonial d’affirmer qu’une posture philosophique-ontologique niant l’existence d’un être suprême ne peut pas naître dans les anciens pays colonisés, que l’existence de scepticisme religieux y est impossible. Cependant, telle est la place que l’islam a occupé idéologiquement déjà depuis les années 1920 dans certains secteurs, et de façon plus étendue depuis la chute de l’URSS, l’idée gagnant des secteurs plus importants de la société. Des groupes ont activement travaillé à la reprendre déjà depuis les années 1920. Les Frères Musulmans, nés en Egypte puis étendus à l’international, et le wahhabisme saoudien se trouvent parmi eux. Comme on le sait, ces mouvements prônent un retour aux pratiques et croyances musulmanes les plus traditionnelles et conçoivent le voile comme quelque chose d’inhérent à la vision religieuse du monde. Cependant, on l’a dit, cette idée ne semble pas contenue dans les textes sacrés et donne par là même lieu à des débats au sein même de la communauté des croyants, y compris parmi les imams, qui peuvent frontalement la remettre en question. Il n’empêche, ces mouvements ont adopté ce message, en partie pour leurs vues religieuses et en partie pour leurs vues impérialistes, car les Frères Musulmans ont ouvertement théorisé le voile comme instrument de conquête idéologique en territoire européen.

Le voile est une question si complexe, que le seul salut en vue d’obtenir un consensus, pour les non-extremistes, me semble de le ramener à sa dimension réelle : un outil patriarcal de sexualisation du corps ; un élément intégrant une certaine vision religieuse, partagé par plusieurs religions, et n’emportant l’adhésion de toute la communauté pour aucune des religions concernées. En ce sens, je pense que le féminisme doit tâcher de normaliser cette question, en dépit de l’hystérie ambiante, et l’aborder comme une question de plus. Il doit se focaliser sur les femmes et ne pas se cantonner aux femmes européennes, mais entendre aussi les femmes des anciens pays colonisés, dont les militantes anti-voile finissent parfois, comme l’avocate iranienne Nasrine Sotoudeh, par écoper de lourdes peines de prison (30 ans) et d’archaïques punitions corporelles (148 coups de fouet). Le féminisme doit soutenir et défendre aussi ces femmes-là, car il a tendance aujourd’hui à ignorer leurs vues et leurs combats, sa position de « défense de proximité » finissant, involontairement, ça ne fait pas de doute, par constituer un appui pour ceux qui, depuis les positions plus obscurantistes, entendent instrumentaliser le voile. Nous devons ménager un espace de respect pour les femmes souhaitant porter le voile, tout en faisant entendre haut et fort que leurs positions ne représentent pas toute la communauté de croyants, d’une part, et que d’autre part les non-croyants du monde arabe et des communautés culturellement proches du monde arabe d’Europe et d’Amérique existent et ont le droit d’exister. Donc, que toutes ces personnes là doivent être aussi en droit de ne pas porter le voile sans encourir des coactions ni des dangers.

 

En France nous soutenons le Parti pour la Decroissance et le NPA:

zdecrois
znp

 

 

sphinxmoreau

 Gustav Moreau, Le Victorieux Sphinx (détail), 1886.

 

Debates agitados, III: el velo

 

Los conflictos que recorren el feminismo han provocado estos últimos años peleas en las manifestaciones del 8 de marzo. Como lo lamento, me arriesgo a escribir una serie sobre los debates que lo escinden, con el fin de intentar mover a la reflexión, al debate sereno y, quizá, a sobreponernos a nuestras divergencias. Solicito indulgencia, pues es un ejercicio arriesgado, pero necesario.

 

El debate del velo está menos polarizado que los anteriores, pero es antiguo. Ya me había expresado en otras ocasiones a este propósito: pienso que no debemos darle una importancia que no tiene. Me explico: el velo me parece un instrumento de marcado del cuerpo -de sexualización del cuerpo- como otros (minifaldas, maquillaje, debates anti-crop top…) y deberíamos devolverlo a ese estatus, pues darle tanta importancia constituye en realidad una fuerza para él. Lo que distingue al velo de otros instrumentos de sexualización es su carácter religioso, que en realidad se encuentra sujeto a debate en todas las religiones, ya que sectores enteros cuestionan que sea de carácter obligatorio. Aunque en la representación pública se le asocie más al islam, hay que recordar que cubrirse el pelo es algo en realidad que ha sido recomendado por todas las religiones monoteístas, incluida en algunos periodos históricos la católica. Hoy en día, los judíos ultraortodoxos siguen también cubriendo el pelo de sus mujeres. En un primer momento creo que hay que empezar por disociar el debate sobre el velo de su asociación con la comunidad musulmana, pues es un mecanismo de sexualización entre otros, por una parte, y, por otra parte, su uso asociado a un argumentario de origen religioso no es algo especifico a esa comunidad.

La cuestión del velo también debe insertarse en otras dos cuestiones mucho más amplias, que la sobrepasan: el debate sobre la actitud a adoptar por el feminismo hacia las religiones; el debate sobre la cuestión colonial. Todos los montoeísmos implican la subordinación de las mujeres, en ese sentido la opción de resignificar su mensaje para darles mayor cabida en su seno a las mujeres es considerada con escepticismo por sectores enteros del feminismo, pero es una opción que existe. Las mujeres cristianas efectuaron ya de este modo un trabajo de resignificación, valorizando figuras femeninas existentes, persiguiendo los abusos interpretativos de los textos sagrados, militando para que el ejercicio de funciones religiosas significativas (la posibilidad de ser sacerdotisa) se le autorice a las mujeres… Las mujeres musulmanas están haciendo ahora ese mismo trabajo. Siendo atea, no deseo emitir un juicio de valor a propósito de esa opción, ya que la creencia religiosa es una elección personal, pero me parece evidente que el debate sobre el significado que tiene llevar el velo hay que insertarlo en ese debate, más amplio. ¿Cuáles son las posibilidades para sistemas filosóficos y de creencias en los cuales está inscrita la subordinación de la mujer de situarla en condiciones de igualdad de derechos con los hombres?

La cuestión del velo también hay que inscribirla dentro de la problemática colonial. La colonización económica y la colonización del ser y del saber no han terminado. A causa de su sufrimiento pasado y presente, los antiguos países colonizados incluyen a veces sectores enteros de población embargados por un sentimiento antioccidental más o menos grande. Dicho sentimiento puede a veces encontrar simpatías en Europa, lo que puede entenderse a la vista de algunas de las demostraciones de racismo que todavía perduran. Desde la caída de la URSS y el declive del comunismo como posible ideología competidora con anclaje geográfico del capitalismo, el islam ha ganado poco a poco la posibilidad de ocupar esa función de ideología auténticamente autóctona, de ideología que sería decolonial. Esas perspectivas son simplemente falsas, pues, por una parte el colonizador también ha utilizado a veces el islam para asentar su dominación, por otra, es claramente colonial afirmar que una postura filosófico-ontologica que niegue la existencia de un ser supremo no puede existir en los antiguos países colonizados, que la existencia de un escepticismo religioso es imposible. Sin embargo, tal es el lugar que el islam ha ocupado ideológicamente en algunos sectores ya desde los años 1920, y de forma más extendida desde la caída de la URSS, cuando la idea ha llegado a sectores más amplios de la sociedad. Algunos grupos han trabajado activamente para retomarla ya desde los años 1920. Los Hermanos Musulmanes, que nacieron en Egipto y se extendieron hacia otros países, y el wahabismo saudí se encuentran entre ellos. Como se sabe, dichos movimientos abogan por un regreso a las prácticas y creencias musulmanas más tradicionales y conciben el velo como algo inherente a la visión religiosa del mundo. Sin embargo, como se dijo, esa idea no parece contenida en los textos sagrados y suscita por ello debates en el propio seno de la comunidad de creyentes, inclusive entre los imams, que pueden cuestionarla abiertamente. A pesar de ello, dichos movimientos han adoptado ese mensaje, en parte a causa de sus perspectivas religiosas y en parte por su voluntad imperialista, pues los Hermanos Musulmanes han teorizado abiertamente el velo como instrumento de conquista ideológica en territorio europeo.

El velo es una cuestión tan compleja, que la única esperanza de obtener un consenso, para los no extremistas, me parce ser devolverlo a su dimensión real: una herramienta patriarcal de sexualización del cuerpo; un elemento que integra cierta visión religiosa, que varias religiones tienen en común, y que no se lleva la adhesión de toda la comunidad en ninguna de ellas. En ese sentido, me parece que el feminismo debe tratar de normalizar esta cuestión, a pesar de la histeria ambiente, y abordarla como una entre tantas. Debe centrarse en las mujeres y no limitarse a las mujeres europeas, sino escuchar también a las mujeres de los antiguos países colonizados, cuyas militantes antivelo terminan a veces, como la abogada iraní Nasrine Sotoudeh, por ser castigadas con pesadas penas de cárcel (30 años) y arcaicos castigos corporales (148 latigazos). El feminismo debe apoyar y defender también a esas mujeres, pues tiene hoy tendencia a ignorar sus perspectivas y sus combates, de modo que su posición de “defensa de proximidad” termina a veces, involuntariamente, no cabe duda, por constituir un apoyo para aquellos que, desde las posiciones más oscurantistas, pretenden instrumentalizar el velo. Debemos conquistar un espacio de respeto para las mujeres que desean llevar el velo, haciendo oír alto y claro que sus posiciones no representan tampoco a toda la comunidad de creyentes, por una parte, y que por otra parte los no creyentes del mundo árabe y de las comunidades culturalmente próximas del mundo árabe de Europa y América existen y tienen derecho a existir. Por tanto, que todas esas personas deben tener también el derecho de no llevar velo sin sufrir por ello ni coacciones ni peligros.

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