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Billet de blog 3 décembre 2016

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Quelles raisons pour revenir vers les lettres et les sciences humaines ?

En ces temps où elles ne sont plus en vogue, réflexion sur la place des lettres et des sciences humaines dans les sociétés capitalistes.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le monde est devenu rapide, pragmatique, immédiat. Nous courrons. Nous brillons. Nous dépensons. Par un même mouvement, les médias reflètent et propagent cet univers, dans ses représentations glamour et ses valeurs éphémères. Ils installent surtout deux des idées qui président à notre socialisation : le besoin de se définir soi-même par rapport au regard qu’ils installent et qu’ils nous font identifier au regard de l’autre ; la logique de la prévision à court terme à laquelle nous avons toujours tendu et qui nous caractérise maintenant.

Le reflet ainsi créé est séduisant. Si nous brillons, c’est pour les autres ; si nous dépensons, c’est à cause des autres ; si nous courrons c’est pour gagner une course qu’on nous a donné pour incontournable et que nous ne remettons pas en question. Et cependant, comme dans une fiction fantastique,  il existe une réalité plus sombre, de l’autre côté du miroir. Le reflet n’est pas à la portée de tous et, confrontés tel Tantale à une sorte de mirage, nous vaquons, de frustration en frustration, cumulant des malaises que nous réussissons à peine à qualifier. Ceux qui accèdent au reflet et qui y habitent, courant, brillant, dépensant, n’atteignent pas non plus pour autant ce Graal fragile et capricieux que l’on appelle le bonheur et qui apparaît et disparaît, depuis la nuit des temps, sans que nous en sachions le motif.

Ainsi vont nos vies, vertébrées par cette logique de courts termes qu’une civilisation matérialiste et hédoniste ancre par son culte du plaisir et de l’apparence, refusant de voir que, même si cela nous pèse, l’être humain est aussi une créature de longs termes. Car, comment nommer sinon ce besoin de transcendance que nous avons tous et que chacun a toujours satisfait à sa manière –fondant des familles, créant des œuvres d’art, déambulant à travers les mirages du pouvoir, tentant de laisser une trace dans l’histoire? Un décalage se met ainsi en place entre la logique de la sensation immédiate, que nous avons appris à rechercher, et le besoin de donner aux choses un sens profond, qu’il est difficile que nous trouvions puisque nous ne savons même pas par où commencer à le chercher.

Bien souvent, nous n’avons même pas tout à fait conscience d’éprouver ce besoin, car nous sommes éduqués pour identifier ce plaisir immédiat, et finalement éphémère, que vantent les médias avec un bonheur plus complet. Nous évoluons de la sorte, isolés dans le cadre de nos existences individuelles, de nos corps, de nos fantasmes. Chacun pourvu de ses œillères, nous nous efforçons de ne pas voir le prochain, qui ne nous est plus nécessaire en lui-même, emplis de la sensation qu’aucune des expériences négatives qui ont pu lui échoir pourraient un jour nous concerner, car tous nous amène à penser que, s’il en est là, c’est en raison d’un défaut qui lui est propre et que nous n’avons pas : imprudence, manque d’effort, nature de looser

En toute honnêteté, cela n’est même pas reprochable : une civilisation majoritairement utilitariste, installée depuis si longtemps, basée tant dans la satisfaction immédiate des passions et des aspirations propres que dans la coutume de mesurer notre valeur au référent externe de l’oppression d’autrui, plutôt qu’au référent interne du contenu humain cumulé, amène fatalement à rompre l’empathie. Et, bien qu’il puisse sembler nécessaire de résister, la résistance ne peut se faire sans conscience ; la conscience n’advient pas en l’absence de sens critique ; développer un sens critique est impensable sans le concours des lettres et des sciences humaines. La déroute de la raison face au monde engendre chez nous une souffrance clairement perceptible sur les points de l’iceberg où cette douleur émerge à l’état brut : criminalité, dépressions, lynchages médiatiques, bullyings… Convaincus comme nous le sommes du fait que nous concentrer sur nous-mêmes constitue le seul chemin conduisant au bonheur, nous ne remettons cependant pas en question l’ensemble.

Dans un tel contexte, ni la réflexion ni la jouissance esthétique sont en vogue. Quiconque ayant des penchants pour l’une ou pour les deux sera remis en question et aura dû développer des qualités lui permettant de remplir une fonction sociale, tandis qu’il se livre à ces passions presque sur le mode de la contrebande. Longtemps nous avons vécu ainsi et néanmoins les choses évoluent. Il ne s’agit pas de fixer des limites au capitalisme et à la logique culturelle qui l’accompagne ; il s’agit de reconnaître qu’ils en ont : ceux de la planète, ceux de l’ordre social. Par delà le fait que cet ordre ait pu avoir une utilité historique et un temps, débat que je laisse à d’autres, ce qui semble évident c’est que la conjoncture a changé et que la logique de l’individuel et de l’immédiat s’adapte de moins en moins à ce changement. Bien sûr, l’on pourra objecter que le capitalisme est protéiforme et qu’il a survécu à tant de changements de conjoncture qu’il serait même difficile de les compter. Impossible cependant de nier que, pour la première fois, nous ne pouvons ni contester l’évidence que les ressources de la planète sont limitées, ni feindre d’ignorer que la capacité de destruction que nous avons atteinte est telle que restreindre par des moyens intellectuels le désir, voire le besoin, de destruction constitue peut-être une voie à explorer sérieusement.

Nous vivons actuellement suivant la fausse prémisse que rien ne nous lie aux autres ou à la nature mais, que cela nous plaise ou non, nous avons besoin de notre environnement et nous sommes interdépendants : ce qui adviendra à l’un aura tôt ou tard une répercussion sur nous-mêmes.

Si le bien-être et la satisfaction personnels engendrent une atmosphère dans la société, il en est de même pour le mal-être et la violence, qui grandissent et se multiplient aussi exponentiellement. Difficile donc de concevoir un bonheur réel sans un minimum de lettres et de sciences humaines, car le monde aura toujours ses tragédies, individuelles ou collectives, qu’il sera impossible de rationnaliser et, bien entendu, de surmonter en l’absence des outils intellectuels appropriés. La meilleure preuve en est que, face à la tragédie suprême, la mort, aucun être humain est capable de s’assumer dépourvu de sens, de transcendance, périssable. Et bien qu’un recours pour ne pas le faire se trouve dans les religions, l’autre et unique option réside dans les lettres et les sciences humaines. Sans elles la douleur demeure à l’état brut, blessant en nous l’animal, avec tout le danger que cela implique.

Nous pouvons nous obstiner à ne pas comprendre cela, comme cela fait si longtemps que nous le faisons, mais la différence substantielle avec le passé récent est que nous avons atteint la limite de notre logique actuelle, qui est l’autodestruction. Autodestruction par la destruction de l’environnement qui nous est nécessaire ; autodestruction parce que nous avons la capacité de nous détruire complètement les uns les autres. Ainsi, même si les partisans d’un matérialisme et d’une immédiateté absolus continueront sans doute à qualifier d’idéalistes les partisans des lettres, le fait est que nous n’avons pas d’autre chemin pour construire un monde viable que de trouver d’autres sources de satisfaction, construire notre estime de soi-même sur d’autres bases et percevoir notre individualité comme quelque chose qui s’insère dans un contexte social et naturel, toutes choses qui semblent difficiles d’obtenir sans l’éminent patrimoine culturel plus canonique et le patrimoine culturel, naissant ou existant mais encore très méconnu du grand public, produit par d’autres sujets que l’homme blanc occidental hétérosexuel.

¿Por qué las letras y las humanidades?

En tiempos en que no están en boga, reflexión sobre el papel de las letras y las humanidades en sociedades capitalistas.

El mundo se ha vuelto rápido, pragmático, inmediato. Corremos. Brillamos. Gastamos. En un mismo movimiento, los medios de comunicación lo reflejan y propagan en sus representaciones glamour, en sus valores fugaces. Instalan sobre todo dos de las ideas rectoras de nuestra socialización : la necesidad de autodefinirse con relación a la mirada que elaboran y que nos hacen identificar con la mirada ajena ; la lógica de cortos plazos a la que siempre tendimos y que ahora nos caracteriza.

El reflejo así creado es atractivo. Si brillamos, es para los otros ; si gastamos, es por los otros ; si corremos es para ganar una carrera que nos han dado por incuestionable y que no cuestionamos. Y sin embargo, como en una ficción fantástica, existe otra realidad más oscura, al otro lado del espejo. El reflejo no está al alcance de todos y, confrontados como Tántalo a una suerte de espejismo, vagamos, de frustración en frustración, acumulando malestares que ni siquiera acertamos a calificar. Pero, quienes alcanzan el reflejo y viven en él, corriendo y brillando y gastando, tampoco acceden siempre a ese Graal frágil y caprichoso que llamamos felicidad y que aparece y se va, desde el principio de los tiempos, sin que sepamos por qué.

Así se desarrollan nuestras vidas, vertebradas por esa lógica de cortos plazos que una civilización materialista y hedonista afianza con su culto del placer y de la apariencia, negándonos a ver que, por más que nos pese, el ser humano es también una criatura de largos plazos, ¿o cómo llamar si no a la necesidad de transcendencia que todos tenemos y que cada quien ha satisfecho siempre a su manera –fundando familias, creando obras de arte, perdiéndose en los espejismos del poder, haciendo por dejar un nombre en la historia...? Se genera así un desfase entre la lógica de la sensación inmediata, que nos han enseñado a anhelar, y la necesidad de un sentido profundo, que es difícil que encontremos porque ni siquiera sabemos por dónde empezar a buscarlo.

En no pocas ocasiones ni siquiera sabemos que el sentido profundo nos hace falta, ya que estamos aleccionados para identificar ese placer inmediato, y finalmente efímero, que venden los medios con una felicidad más plena. Y así evolucionamos en el mundo, aislados en el marco de nuestra existencia individual, de nuestro cuerpo, de nuestros fantasmas. Cada quien provisto de sus anteojeras, hacemos por no ver al prójimo, que ha dejado de hacernos falta per se, evolucionando con la sensación de que ninguna de las vivencias negativas que le puedan acontecer podrían un día ocurrirnos, ya que todo nos induce a pensar que si él está allí es por un defecto que le es propio y que no tenemos : imprudencia, falta de esfuerzo, madera de perdedor…

Pero esto último ni siquiera es en toda honestidad reprochable : una civilización mayoritariamente utilitarista instalada desde hace tanto tiempo, basada tanto en la satisfacción inmediata de las pasiones y aspiraciones propias como en un medir la propia valía con el referente externo de la opresión ajena, más que con el referente interno del contenido humano acumulado, lleva fatalmente a romper la empatía. Y, por más que pueda parecer necesario resistir, la resistencia no se hace sin conciencia, a la conciencia no se llega sin crítica, la crítica es impensable sin letras y humanidades. La falta de armas de la razón frente al mundo engendra en nosotros un sufrimiento claramente perceptible en esos puntos del iceberg en los que el dolor emerge en bruto : criminalidad, depresiones, linchamientos mediáticos, bullyings… Pero no cuestionamos el sistema, convencidos como estamos de que concentrarnos en nosotros mismos es el único camino hacia la felicidad.

En semejante contexto, ni la reflexión, ni el goce estético están en boga. Toda persona con inclinación por una o por ambas se verá cuestionada y habrá tenido que desarrollar otras cualidades que le permitan tener una función social mientras practica estas dos cosas casi como de contrabando. Hemos evolucionado así por mucho tiempo y sin embargo las cosas cambian. No es que haya que ponerle límites al capitalismo y a la lógica cultural que lo acompaña, es que tienen límites : los del planeta, los del orden social. Más allá de que su orden haya podido o no tener una utilidad histórica y un tiempo, debate que dejo a otros, lo que parece claro es que la coyuntura ha cambiado y que la lógica de lo individual y lo inmediato cada vez se adapta menos a ella. Claro que se podrá objetar que el capitalismo es proteiforme y que se ha adaptado ya a tantos cambios de coyuntura que incluso costaría contarlos. Pero lo cierto es que ésta es la primera vez que ni podemos negar la evidencia de que los recursos del planeta son limitados, ni ignorar que la capacidad de destrucción que hemos alcanzado es tal que quizá restringir por medios intelectuales el ansia y hasta la necesidad de destrucción sea una vía a explorar seriamente.

Actualmente vivimos sobre la falsa premisa de que nada nos vincula ni a los otros ni al mundo, cuando la realidad es que, nos guste o no, precisamos de nuestro entorno y somos interdependientes : lo que le suceda a uno acabará repercutiendo tarde o temprano en nosotros.

Si el bienestar y la satisfacción personal acaban generando un ambiente en la sociedad, ocurre lo mismo con el malestar y la violencia, que también crecen y se multiplican exponencialmente. Y lo cierto es que sin un mínimo de humanidades no hay felicidad real porque el mundo siempre tendrá sus tragedias, individuales o colectivas, que no se podrán racionalizar ni desde luego sobrepasar sin herramientas intelectuales. La mejor prueba de ello es que, frente a la tragedia suprema, la muerte, ningún ser humano es capaz de asumirse sin sentido, intranscendente, perecedero y si bien un recurso para no hacerlo son las distintas religiones, la otra y única opción son las letras y las humanidades. Sin ellas el dolor permanece en su estado bruto, hiriendo nuestra  parte animal, con todo el peligro que eso supone.

Podemos obstinarnos en no entender esto, como de hecho llevamos tanto tiempo haciéndolo, pero la diferencia esencial con el pasado reciente es que hemos alcanzado el límite natural de nuestra actual lógica, que es la autodestrucción. Autodestrucción por destrucción del entorno que nos es necesario ; autodestrucción porque tenemos la capacidad de destruirnos del todo mutuamente unos a otros. Por ello, aunque los partidarios de un materialismo y una inmediatez absolutos sigan sin duda tachando a los partidarios de las letras de idealistas, lo cierto es que no nos queda otro camino para fraguar un mundo viable que encontrar otras fuentes de satisfacción, construir nuestra autoestima sobre otros principios y percibir nuestra individualidad como algo inserto en un contexto social y natural, algo que parece difícil de hacer sin el eminente acervo cultural más canónico y el incipiente, o existente pero aún muy desconocido, acervo cultural creado por otros sujetos que el hombre blanco occidental heterosexual.

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