Sexe, patriarcat, domination

La nouvelle législature n’a pas commencé en Espagne que le débat féministe qui y occupera probablement le centre fait déjà rage. Il concerne l’évolution de la situation légale de la prostitution. C’est une question d’autant plus épineuse que différents horizons idéologiques y sont sollicités, pas toujours à bon escient.

L’Espagne s’apprête peut-être à aborder la période avec un nouveau gouvernement susceptible de prendre des mesures féministes. De ce fait, outre l’adoption de mesures plus ou moins consensuelles concernant les possibilités de conciliation des femmes, leurs droits professionnels ou encore la lutte contre les violences machistes, il devra sûrement se confronter à des choix épineux, comme faire évoluer la situation légale de la prostitution. Pour l’instant celle-ci est tolérée, mais elle si normalisée, que l’Espagne est devenue le quatrième pays au monde de destination pour la traite de personnes. Solliciter les services d’une prostituée est devenu relativement fréquent pour toute festivité masculine qui implique le collectif. L’enjeu relance un débat déjà houleux au sein du féminisme.

Sur la scène du féminisme espagnol, ce débat politique oppose les tenant(e)s du féminisme radical et celles/ceux des théories queer, cependant il s’agit plutôt du queer qui se détache des politiques de l’identité. L’Espagne, on le sait, a beaucoup avancé en matière législative pour donner à l’individu la possibilité de définir de lui-même son appartenance de genre. Seulement, cela a eu parfois des conséquences perverses en matière de droits des femmes, dénoncées par les tenantes du féminisme radical, en particulier si elles sont juristes. Paula Fraga (1) signalait ainsi que le cas du Canada illustre les dérives possibles dans des domaines aussi divers que les compétitions sportives, les quotas ou l’accès à des espaces fermés réservés aux femmes. Elle mettait par ailleurs en garde sur la Proposition de Loi au droit à la libre détermination de l’identité sexuelle et de l’expression de genre présentée par Unidas Podemos, qui selon elle aborde le genre en tant que catégorie de la personnalité. Ce faisant, la loi adopte une optique opposée à celle du féminisme radical : là où celui-ci refuse les attributions de genre et voit l’être humain comme individu à définir, les perspectives émanant de cette conception du queer renforcent dans leur application lesdites attributions, par la possibilité même qu’elles offrent d’évoluer du masculin au féminin ; là où les perspectives émanant du féminisme radical rendent floues dans leur application les attributions de genre, celles émanant du queer les affirment.

La place que les perspectives émanant du queer ont pris dans leur application influence de plusieurs façons le débat sur la prostitution : en l’occultant, tout d’abord, car la question des identités est somme toute moins subversive pour le patriarcat que la question du démantèlement du système prostitutionnel ; en renforçant les imaginaires genrés du masculin et du féminin ; en renforçant parfois la représentation que fait le patriarcat de la sexualité.

Féministes radicales et tenantes du queer s’affrontent déjà, de ce fait, en politique comme dans les universités. Les deux perspectives émanent d’un même constat -le système subordonnant et oppresseur mis en place par le patriarcat pour asseoir sa domination pose des limites artificielles aux droits et aux possibilités existentielles de certains sujets-, pourtant porter leur logique à l’extrême finit par les opposer. En définissant le sexe comme construction, les perspectives émanant du queer nous éloignent de la possibilité de définir l’oppression sexuelle -qui, elle, est liée à l’attribution à un sexe de certaines caractéristiques- dit Paula Fraga. Si l’observation est judicieuse, on peut tout de même la nuancer en rappelant que le féminisme radical doit se garder, lui aussi, de tomber dans l’essentialisme et que la propre Simone de Beauvoir avait dit « On ne naît pas femme, on le devient ». Pour autant, il serait dommage de permettre qu’une utilisation patriarcale perverse de certaines théories finisse par opposer, à terme, deux catégories d’opprimés : nous devons nous prémunir de cela.

Que le sujet politique « femme » n’est pas un sujet réaliste avait été constaté bien avant Judith Butler, sans être théorisé, par Kimberlé Crenshaw, lorsqu’elle a mis en place le concept d’intersectionnalité ; par Sojourner Truth, lorsqu’elle interpellait le monde en clamant « Ne suis-je pas une femme » ; par Gayatri Spivak, lorsqu’elle pointait l’oppression spécifique des femmes des pays colonisés ; par tant d’autres : les femmes étant sujettes à des conditions multiples, elles ne peuvent pas constituer un sujet politique homogène. Pour autant, l’inquiétude concernant la possible -et prévisible- récupération patriarcale des perspectives queer pour retourner à son invisibilité des violences majeures comme la prostitution est tout à fait recevable, je m’étais déjà exprimé à ce sujet (2). Il nous faut, me semble-t-il, faire un effort collectif pour distinguer une théorisation de son application, et à plus forte raison de sa récupération.

Le queer signale que les identités genrées sont construites, il n’est pas le seul à le faire. Dans son aspiration à ce que chaque individu se définisse librement -et s’en amuse-, mal compris il peut finir, il est vrai, par renforcer les attributions de genre. Car là où le véritable queer garde son esprit de performance, voire de jeu, les politiques identitaires reviennent presque à une essentialisation qui serait non plus corporelle mais spirituelle. D’autre part, des référents de ce courant de pensée, tels que Paul B. Preciado, développent dans leurs écrits des imaginaires identitaires et sexuels directement hérités des conceptualisations patriarcales, cela n’est tout de même pas très surprenant : l’imaginaire identitaire et sexuel de chaque individu est conformé par la norme dominante de la société. Il convient néanmoins, concernant le queer qui n’a de cesse de revendiquer sa subversion, supposée lorsqu’il est mal compris, d’en faire état.

C’est moins la prétendue opposition des deux courants de pensée que sont le féminisme radical et le queer qu’il faut pointer à mon sens que l’utilisation perverse que le patriarcat peut faire des conceptualisations émanant du queer -en perdant volontairement de vue la revendication qu’il fait de l’artifice- et d’une figure comme celle de Preciado, dont les imaginaires émanent de la société dont il est issu, une société patriarcale.

Comme beaucoup de systèmes de domination, le patriarcat assimile les théories afin de faire perdurer les privilèges des sujets hégémoniques. Dans ce cas, il semble décidé à mettre en avant sa conception très partielle du queer pour retourner à son invisibilité des privilèges tels que la possibilité d’acheter le corps d’individus qu’il a au préalable pratiquement rendu esclaves. Bien plus : il esthétise des fantaisies telles que celles développées par Paul B. Preciado -dont certaines pages n’ont parfois rien à envier à celles d’Henry Miller, comme le signale Ana De Miguel- pour effacer la réification à laquelle elles aboutissent pour de milliers d’êtres humains sur la planète. De Miguel signale que Preciado présente dans Testo Junkie le corps et l’être féminin comme passifs et le désir sexuel comme agressif ; qu’il y décrit la jouissance sexuelle que procurerait l’agression. Elle y trouve à redire, évidemment, en particulier sur l’impact que ces représentations ont sur les violences faites aux femmes, dont celles exercées par l’industrie du sexe.

Les débats qui font rage sont parfois difficiles à trancher tant le patriarcat est ancien, car ils sollicitent des éléments inhérents à l’humain. Le prétendu caractère inhérent de la violence au désir sexuel est cependant, lui, à peu près tranché : elle ne l’est pas. Non seulement les études scientifiques concernant nos cousins les primates supérieurs démontent l’argument biologique -si chez les chimpanzés les mâles sont agressifs et tombent dans la maltraitance des femelles, les bonobos ne le sont pas et les femelles décident même en matière sexuelle- mais il est en outre largement vérifié sur l’humain qu’une sexualité basée sur la communication et l’interaction existe bel et bien. La violence n’est pas inhérente au désir sexuel, elle constitue néanmoins un fantasme, qui s’est trouvé développé à l’extrême par le régime patriarcal.

Doit-on réprimer catégoriquement l’expression de ces représentations comme le suggère De Miguel ? Vaste question. Elles sont préjudiciables pour la condition des femmes : la violence normalisée peut s’exercer d’autant plus si on la perçoit comme légitime –parce qu’elle produirait de plaisir, parce que l’être-cible serait constitué pour la recevoir- ; le sujet hégémonique peut d’autant plus se penser hégémonique –et avoir besoin de le faire- qu’on le dépeigne de la sorte à l’envie. Cependant, la question du fantasme de pouvoir est complexe. Si complexe que l’orientation sexuelle de l’individu n’y change probablement rien : les couples homosexuels peuvent reproduire les rôles genrés au sein de leurs relations amoureuses ou non, ce sont des questions indépendantes. Ceci dit, si tant de couples, hétérosexuels ou homosexuels, se passent aussi de ce type de fantasme, et de ce type de dynamique, elle n’a rien de naturel, ni d’inéluctable.

Le temps est venu de nous assurer que les forces politiques envisagent enfin une évolution en ces domaines sur le long terme, axée sur l’éducation et la diversification des discours, susceptible d’infléchir durablement les représentations et les mentalités. Sans céder un pouce à l’éventualité d’une avancée dans l’autre sens –car c’est bien la normalisation de la réification de l’humain qui est en jeu dans la tolérance envers la prostitution et la pornographie-, il faut peut-être, pour être efficaces, accepter que pour l’instant le fantasme de domination existe, que peut-être ne disparaîtra-t-il complètement jamais et que la meilleure façon de le combattre est de le reléguer clairement dans le domaine de la fiction, tout en transmettant l’impératif de laisser émerger la nature humaine telle qu’existant hors des système de subordination en vigueur. Une nature humaine qu’on connaît forcément mal, puisque ces systèmes sont parfois millénaires, mais dont on est certain qu’elle ne correspond pas aux traits qu’ils dépeignent.

Il importe que le monde politique, en Espagne et ailleurs, cesse de gérer des combats aussi fondamentaux par des logiques sur le court terme, peu éclairées ou portées par des modes intellectuelles. En cela, malheureusement, le populisme et la soif de pouvoir d’une force comme Unidas Podemos est spécialiste. La force épouse avec enthousiasme les combats les plus dans l’air du temps, tels que la lutte contre les violences machistes ou la liberté pour chacun de définir son appartenance de genre, mais évite volontiers les plus radicaux, tels que le démantèlement du système porno-prostitutionnel. Un de ses fleurons politiques, la maire de Barcelone, Ada Colau, constitue un exemple notoire de cette attitude. Pour un obscur personnage tel que Pablo Iglesias, elle semble être telle une pierre brillante susceptible, grâce aux succès qu’elle a obtenu en matière de municipalisme, de posséder une grande rentabilité électorale et de peaufiner l’image de force politique de pointe qu’il souhaite donner au parti, alors même que son caractère d’imitation est déjà visible. Les images de la police expulsant violemment les migrants vendant dans la rue des bibelots à la sauvette ou les étudiants indépendantistes ; ses alliances avec Manuel Valls ou, bien entendu, ses positions en matière de prostitution l’ont largement laissé émerger. Barcelone est devenue une Mecque de la prostitution, et Colau a largement participé à ce qu’il en soit ainsi : non seulement la mairie a octroyé des subventions à l’association de proxénètes Aprosex pour ses très suspects « cours de professionnalisation de nouvelles prostituées », que les élèves paient, mais Colau a publiquement soutenu la création du syndicat OTRAS, finalement avortée, qui défend en réalité les intérêts de l’industrie du sexe et du tourisme sexuel. L’université de Barcelone a permis que se tiennent dernièrement des séminaires vantant les mérites du « travail sexuel », dûment interrompus par des militantes radicales. La bataille qui se livrera en Espagne semble toute dessinée, il serait dommage qu’elle affronte pour autant deux catégories d’opprimés par un même système. Le féminisme peut connaître des différends, comme tout courant de pensée, il ne doit pas pour autant laisser le patriarcat le diviser.

 

(1)              Paula Fraga, La teoria queer y la institucionalización de la misoginia, Publico, 25/11/2019, https://blogs.publico.es/otrasmiradas/25997/la-teoria-queer-y-la-institucionalizacion-de-la-misoginia/

 

  • Sara Calderon, Le débat de la prostitution en Espagne et les modes intellectuelles, 2/9/2018, Blog de Sara Calderon, Mediapart, blogs.mediapart.fr/sara-calderon/blog/020918/le-debat-de-la-prostitution-en-Espagne-et-les-mode-intellectuelles

 

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 Gustav Moreau, Le Sphinx Victorieux (détail), 1886.

 

En France nous soutenons le Parti pour la Décroissance et le NPA :

 

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Sexo, patriarcado, dominación

 

La nueva legislatura aun no ha comenzado en España pero el debate feminista que probablemente ocupe el centro ya se desarrolla con fuerza. Concierne la evolución de la situación legal de la prostitución. Es tanto mas espinoso por cuanto que diferentes horizontes ideológicos ya se ven implicados en él, no siempre con total pertinencia.

 

España se encamina a iniciar quizá una nueva etapa, en manos de un nuevo gobierno susceptible de adoptar medidas feministas. Precisamente por ello, además de tomar decisiones mas o menos consensuales a propósito de las posibilidades de conciliación que tienen las mujeres, sus derechos profesionales o la lucha contra las violencias machistas, también tendrá que confrontar decisiones problemáticas, como hacer evolucionar la situación legal de la prostitución en España. De momento es tolerada, pero esta tan normalizada que España se ha convertido en el cuarto país del mundo de destino para la trata de personas. Solicitar los servicios de una prostituta se ha vuelto relativamente frecuente para toda festividad masculina que implique al colectivo. Ello devuelve al primer plano un debate ya agitado en el ámbito de feminismo.

En la escena del feminismo español, el debate político opone a l@s partidari@s del feminismo radical y a l@s de las teorías queer, sin embargo se trata mas bien del queer  que se desprende de las políticas de identidad. España, como se sabe, ha avanzado mucho en materia legislativa para dar a cada individuo la posibilidad de definir por si mismo su pertenencia de género. Sin embargo, ello ha tenido a veces consecuencias perversas en materia de derechos de las mujeres, denunciadas por las adeptas del feminismo radical, en particular cuando son juristas. Paula Fraga (1) señala así que el caso de Canada ilustra las posibles derivas en ámbitos tan diversos como las competiciones deportivas, las cuotas o el acceso a espacios cerrados reservados a las mujeres. También alerta contra la Proposición de Ley del derecho a la libre determinación de la identidad sexual y expresión de género presentada por Unidas Podemos, que desde su perspectiva aborda el género en tanto que categoría de la personalidad. Con esto, la ley adopta una óptica opuesta a la del feminismo radical: donde éste rechaza las atribuciones de género y ve en el ser humano individuos a definir, las perspectivas que emanan de esa concepción de lo queer refuerzan en su aplicación dichas atribuciones, por la propia posibilidad que ofrecen de evolucionar desde lo masculino a lo femenino; donde las perspectivas que emanan del feminismo radical difuminan en su aplicación las atribuciones de género, las que emanan de lo queer las reafirman.

El lugar que las perspectivas que emanan de lo queer han tomado en su aplicación incide de varias maneras en el debate sobre la prostitución: lo ocultan, en primer lugar, pues la cuestión de las identidades es menos subversiva para el patriarcado que la cuestión del desmantelamiento del sistema prostituyente; refuerzan los imaginarios de género de lo masculino y de lo femenino; refuerzan a veces la representación que el patriarcado hace de la sexualidad.

Radicales y partidari@s de lo queer se afrontan ya, en política como en las universidades. Las dos perspectivas emanan de una misma constatación -el sistema subordinante y opresor puesto en marcha por el patriarcado para asentar su dominación pone limites artificiales a los derechos y a las posibilidades existenciales de algunos sujetos-, sin embargo, llevar su lógica al extremo termina por oponerlos. Al definir el sexo como constructo, las perspectivas que emanan de lo queer nos alejan de las posibilidades de definir la opresión sexual -que va vinculada a la atribución a un sexo de ciertas características- dice Paula Fraga. Si la observación es pertinente, es posible matizarla recordando que el feminismo radical debe cuidarse también de caer en esencialismos y que la propia Simone de Beauvoir dijo “no se nace mujer, se llega a serlo”. Sin embargo, seria una lastima permitir que una utilización patriarcal perversa de algunas teorías termine por oponer, en ultima instancia, dos categorías de oprimidos: debemos guardarnos de ello.

Que el sujeto político “mujer” no es un sujeto realista ya había sido constatado, sin ser teorizado, antes de Butler por Kimberlé Crenshaw, cuando ideó la noción de interseccionalidad ; por Sojourner Truth, cuando clamaba al mundo “no soy yo una mujer” ; por Gayatri Spivak, cuando denunciaba la opresión especifica que sufren las mujeres de países colonizados; por tantas otras: las mujeres están sujetas a múltiples condiciones, no pueden constituir un sujeto político homogéneo. Sin embargo, la preocupación respecto de la posible -y previsible- recuperación patriarcal de las perspectivas queer para regresar a su invisibilidad violencias ingentes como la prostitución tiene total pertinencia, ya me había expresado al respecto (2). Creo que tenemos que hacer un esfuerzo colectivo para distinguir una teoría de su aplicación, con mayor motivo de su recuperación.

Lo queer subraya que las identidades de género son un constructo, no es el único en hacerlo. En su aspiración a que cada individuo se defina libremente -y hasta que lo haga por juego-, mal entendido puede terminar por reforzar las atribuciones de género, bien es cierto. Pues ahí donde el verdadero queer conserva su espíritu de performance, y hasta de juego, las políticas identitarias incurren en una esencializacion que ya no seria corporal sino espiritual. Por otra parte, referentes de esa corriente de pensamiento, como Paul B. Preciado, desarrollan en sus escritos imaginarios identitarios y sexuales directamente heredados de conceptualizaciones patriarcales, ello no es muy sorprendente: el imaginario identitario y sexual de cada individuo esta conformado por la norma dominante en la sociedad. A propósito de lo queer, que no cesa de reivindicar su carácter subversivo, en parte supuesto cuando es mal entendido, conviene sin embargo señalarlo.

Es menos la pretendida oposición entre las dos corrientes de pensamiento que son el feminismo radical y lo queer lo que en mi opinión hay que señalar, que la utilización perversa que el patriarcado puede hacer de conceptualizaciones que emanan de lo queer -perdiendo voluntariamente de vista la reivindicación que hace del artificio- y de una figura como la de Preciado, cuyos imaginarios emanan de la sociedad de la que es producto, la sociedad patriarcal.

Como muchos sistemas de dominación, el patriarcado asimila con el fin de que perduren los privilegios de los sujetos hegemónicos. En este caso, parece decidido a que prevalezca su concepción bastante parcial de lo queer para devolver a su invisibilidad privilegios tales como la posibilidad de comprar el cuerpo de individuos que se ha tomado antes la molestia de reducir prácticamente a la esclavitud. Mucho mas: estetiza fantasías como las desarrolladas por Paul B. Preciado -que como señala Ana de Miguel tiene paginas que poco tienen que envidiar a las de Henry Miller- para desdibujar la reificación a la que conducen a miles de seres humanos en el planeta. De Miguel señala que Preciado presenta en Testo Junkie el cuerpo y el ser femeninos como pasivos y el deseo sexual como agresivo; que describe el goce sexual que procuraría la agresión. Evidentemente, de Miguel objeta el impacto que esas representaciones tienen sobre las violencias machistas, entre las cuales las que ejerce la industria del sexo.

El patriarcado es tan antiguo que los debates que se dan son a veces difíciles de dirimir, pues solicitan elementos inherentes a lo humano. La cuestión del pretendido carácter inherente de la violencia al deseo sexual esta no obstante mas o menos dirimida: no le es inherente. No solo los estudios científicos sobre nuestros primos los primates superiores desmontan el argumento biológico -si entre los chimpancés los machos son agresivos y caen en el maltrato hacia las mujeres, los bonobos no lo son e incluso son las hembras las que deciden en materia de sexualidad- sino que esta además ampliamente comprobado que existe dentro de lo humano una sexualidad basada en la comunicación y la interacción. La violencia no es inherente al deseo sexual, constituye sin embargo una fantasía, que el régimen patriarcal ha desarrollado.

¿Se deben reprimir categóricamente la expresión de ese tipo de representaciones como lo sugiere De Miguel? Amplia pregunta. Que perjudican a la condición de las mujeres es una certeza: la violencia normalizada puede ejercerse tanto mas por cuanto que es percibida como legitima -porque se supone produce placer, porque el ser que se da por blanco se supone esta constituido para recibirla-; el sujeto hegemónico puede pensarse tanto mas como hegemónico -y necesitar hacerlo- cuanto que se le describe sin cesa de ese modo. Sin embargo, la cuestión de la fantasía de poder es en efecto compleja. Tan compleja que la cuestión de la orientación sexual de cada individuo no incide probablemente en nada: las parejas homosexuales pueden reproducir los roles de género dentro de sus relaciones amorosas o no hacerlo, son cuestiones independientes. Dicho esto, hay que reconocer, incluso para los recalcitrantes, que si tantas parejas heterosexuales u homosexuales prescinden también de ese tipo de fantasía, y de ese tipo de dinámica, ésta no tiene nada de natural, ni de ineluctable.

Quizá debamos asegurarnos de que se contemple por fin una evolución a largo plazo, centrada sobre la educación y la diversificación del discurso, susceptible de cambiar las representaciones y las mentalidades. Sin ceder ni un palmo a un avance eventual en el  otro sentido -pues es la normalización de la reificación de lo humano lo que esta en juego en la tolerancia hacia la prostitución y la pornografía-, sin embargo, para ser eficaces, quizá haya que aceptar que  de momento la fantasía de dominación existe, que quizá no desaparezca nunca y que la mejor manera de combatirla es relegarla claramente al ámbito de la ficción, a la vez que transmite el imperativo de dejar emerger la naturaleza humana tal y como existe fuera de los sistemas de subordinación actualmente en vigor. Una naturaleza humana que forzosamente conocemos mal, puesto que esos sistemas a veces son milenarios, pero que no corresponde a los rasgos que describen.

 Importa que el mundo político, en España como en otros lados, cese de gestionar combates tan fundamentales con lógicas a corto plazo, poco lucidas o llevadas por modas intelectuales. El populismo y la sed de poder de una fuerza como Unidas Podemos es por desgracia especialista en ese tipo de cosas. La coalición se vuelca con entusiasmo en los combates que mayor adhesión reciben, como el de la violencia machista o la libertad para cada quien de definir su pertenencia de género, pero evita los mas radicales, como el de desmantelar el sistema porno-prostitucional. Una de sus mas vistosas insignias políticas, la alcaldesa de Barcelona, Ada Colau, constituye un ejemplo notorio para dicha actitud. Para un oscuro personaje como Pablo Iglesias, Colau parece ser como un abalorio brillante susceptible, gracias a los éxitos que ha cosechado en materia de municipalismo, de tener gran rentabilidad electoral y de mejorar la imagen de fuerza política progresista que el partido desea dar, aun cuando su carácter de mera imitación ya es visible. Las imágenes de la policía municipal expulsando con violencia a los manteros o a los estudiantes independentistas; sus alianzas con Manuel Vals o, por supuesto, sus posicionamientos en el ámbito de la prostitución lo han demostrado ampliamente. Barcelona se ha convertido en una Meca de la prostitución, y Colau ha participado ampliamente en que así sea: no solo la alcaldía ha proporcionado subvenciones a la asociación de proxenetas Aprosex para sus mas que sospechosos “cursos de profesionalización de nuevas prostitutas”, por los que las inscritas pagan, sino que Colau ha apoyado públicamente la creación del sindicato OTRAS, finalmente abortada, que defendía los intereses de la industria del sexo y del turismo sexual. La universidad de Barcelona ha permitido que se desarrollen seminarios que alaban los méritos del “trabajo sexual”, que han sido debidamente interrumpidos por militantes radicales. La batalla que se dará en España parece ya trazada, sin embargo seria una lastima que afronte dos categorías de oprimidos por un mismo sistema. Como toda corriente de pensamiento, el feminismo puede conocer diferendos, pero no debe permitir que el patriarcado divida sus fuerzas.

 

(1)              Paula Fraga, La teoria queer y la institucionalización de la misoginia, Publico, 25/11/2019, https://blogs.publico.es/otrasmiradas/25997/la-teoria-queer-y-la-institucionalizacion-de-la-misoginia/

 

  • Sara Calderon, El debate de la prostitucion en Espana y las modas intelectuales, 2/9/2018, Blog de Sara Calderon, Mediapart, blogs.mediapart.fr/sara-calderon/blog/020918/le-debat-de-la-prostitution-en-Espagne-et-les-mode-intellectuelles

 

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