A la suite de son décès le 28 décembre 2025, médias et réseaux sociaux se sont déchaînés à propos de Brigitte Bardot. Bien que le personnage ne me passionne pas, c’est à observer la récupération qu’en a fait l’extrême-droite et le désolant prêt-à-penser déversé par la gauche que je me suis sentie presque dans l’obligation de lui consacrer un billet, malgré la difficulté de le faire.
La difficulté à parler de Bardot tient, évidemment, aux errances haineuses qui à l’âge mûr ont écorné le mythe, à propos de la population racisée comme de la LGBT – elle a été condamnée cinq fois pour haine raciale. Elle a aussi fustigé féministes et vague MeToo, qu’elle a estimées répressives pour des hommes victimes de persécution et destructrices de rapports plaisants entre les hommes et les femmes – elle n’a jamais été harcelée et trouve adorable qu’on lui dise qu’elle a un joli petit cul, déclare-t-elle.
L’intérêt à parler de Bardot tient, lui, au fait que son personnage aux multiples facettes aura marqué une époque de la France et pesé sur l’évolution de la condition féminine. Puis, ne pas reconnaître que les traumas encaissés à la suite de la maltraitance qu’elle a reçue de la part des réalisateurs et du public ont pu jouer un rôle dans cette dérive haineuse me semble réducteur. Après tout, ce qu’elle a subi à l’époque est aujourd’hui illégal.
Brigitte Bardot naît en 1934, dans une famille bourgeoise catholique parisienne. Elle reçoit une éducation très stricte : constamment surveillée, elle endure parfois des châtiments corporels. Elle attribuait son esprit rebelle à cette éducation. Enfant, Bardot était très complexée : souffrant d’un strabisme paralytique à l’œil gauche, portant des lunettes et un appareil dentaire, elle se trouvait laide. C’est pourtant durant l’enfance qu’elle se passionne pour la danse classique, sa première entreprise artistique. L’activité a sculpté son corps et généré le maintien qu’on lui a connu. Ses premières expériences professionnelles se font dans ce domaine, ainsi que dans le mannequinat. De cette époque viennent les initiales B.B., affichées à la demande de sa famille, qui ne voulait pas voir apparaître son nom complet.
Rapidement, Bardot devient un mannequin fétiche du magazine Elle. Le réalisateur Marc Allégret la repère dans une couverture et l’auditionne pour un film. Il ne se fera pas, mais elle fait une rencontre cruciale : Roger Vadim, à l’époque assistant d’Allégret. Immédiatement liés par une estime mutuelle, ils entament une liaison secrète. Dès cette époque, à moins de dix-huit ans, Bardot surprend par ses choix et sa force de caractère. Elle commence sa carrière cinématographique en 1952, acquérant dès ce moment une autonomie financière. Elle joue déjà à l’international. Elle respecte l’interdiction faite par ses parents d’épouser Vadim avant ses dix-huit ans, mais avorte en secret, avec son aide.
En 1956, le film Et Dieu… créa la femme, tourné par son désormais mari, propulse Brigitte Bardot à la célébrité internationale et en fait le mythe érotique qu’on connaît. Bien que relativement ignoré en France au début, le film revient après le succès fulgurant rencontré à l’international : Etats-Unis, Angleterre, Allemagne. Partout, il est condamné par les milieux conservateurs, faisant de BB une figure aussi admirée que détestée. Elle y joue le rôle de Juliette Hardy, personnage à travers lequel Vadim dit vouloir restituer le climat d’une époque, en particulier dans l’évolutions des mœurs. Libre et souveraine, Juliette vit ses relations amoureuses affranchie du tabou social.
La Bardotmania que déclenche le film fait de Bardot l’actrice la mieux payée du cinéma français. Malheureusement, la gloire lui inflige aussi un supplice qui la marquera : les persécutions avides de la presse et du public. Elles atteindront des extrêmes : en 1960, lorsqu’elle accouche de son fils dans son appartement, faute de pouvoir atteindre l’hôpital à cause de la presse, un journaliste essaie de s’y introduire se faisant passer pour un gynécologue ; lorsqu’elle fait une tentative de suicide cette même année, l’ambulance qui la transporte est empêchée d’avancer par les photographes. Dès 1958, Bardot trouve refuge dans la demeure qu’elle acquiert à Saint-Tropez, La Madrague. Elle y construit un havre de paix, rigoureusement fermé au monde.
Dès cette époque, elle commence à peser sur les évolutions de la société française. Outre sa liberté sexuelle et sentimentale, elle détermine des silhouettes emblématiques, telles que le vichy à carreaux, les cheveux longs et blonds et les ballerines. Pourtant, elle n’hésite pas à s’affirmer dans des domaines où on ne l’attend pas… Jamais elle ne cachera que la maternité ne l’attire pas et elle cède sans s’y opposer à Jacques Charrier la garde de leurs fils Nicolas lors du divorce. Elle verra peu l’enfant par la suite, qui grandit à l’écart des médias. Concernant son empreinte sur la société, il ne fait pas de doute qu’elle est un des éléments qui ont conduit à mai 68.
Bardot poursuit sa carrière d’actrice jusqu’en 1973, elle tourne quarante-huit films. Un film emblématique est La vérité, tourné en 1960 par Henri-Georges Clouzot. C’est le plus grand succès commercial de la carrière de Bardot et elle le considère son plus grand rôle. Malheureusement, il illustre bien la maltraitance qu’elle a subi parfois de la part des réalisateurs. Outre leurs nombreux différends, Clouzot va jusqu’à lui proposer, pour tourner une scène de suicide, un verre d’eau avec de l’aspirine, qui s’avère contenir en réalité des barbituriques. Elle met quarante-huit heures à se réveiller.
Un trait curieux de la carrière de l’actrice est que, à plusieurs reprises, ses films la récréent, elle, dans la fiction. On pense évidemment à Et Dieu… créa la femme, mais aussi à L’Ours et la Poupée (1970), de Michel Deville ou à Vie privée (1962), de Louis Malle, adapté de sa propre vie. Alors que le personnage qu’elle incarne dans La Vérité lui ressemble déjà beaucoup, sa tentative de suicide fait écho aux deux tentatives de Bardot.
La contrepartie est que ces rôles renforcent la dimension de mythe érotique un peu bête qui a phagocyté l’actrice, créant une sorte de dynamique d’entraînement : les rôles récréent Bardot, mais elle se voit cantonnée à cette image. C’est un peu le ras-le-bol qui détermine sa décision de mettre fin à sa carrière. Elle déclare : « Je me suis trouvée franchement ridicule, tellement cruche, le cinéma me gonflait depuis longtemps ». Un autre facteur est d’avoir vu sa vie réquisitionnée par la presse et les tournages. Lorsqu’elle s’arrête en pleine gloire, elle le fait explicitement pour se consacrer à la cause animale.
Dès les années 1970, elle acquiert une autre notoriété en ce domaine. Par son engagement, elle obtient la généralisation du pistolet d’abattage et l’interdiction de l’importation de peaux de phoques en France, qui s’étend aux pays de l’Union européenne. Elle s’oppose à la chasse, aux combats animaux et à l’expérimentation sur eux. En 1986, elle crée la Fondation Brigitte Bardot pour la protection des animaux, qu’elle réussit à développer grâce à la vente d’objets de son ancienne gloire. Elle est reconnue d’utilité publique en 1992. Pour toutes ses causes, elle mobilise l’opinion et sollicite l’appui de nombreuses personnalités, y compris à l’international. Bien que l’activité de sa Fondation ait obtenu de vraies conquêtes, faisant évoluer le regard de la société sur les animaux, l’aspect parfois excessif de la façon dont Bardot mène ses combats, et l’enfermement où elle se cloître, disent aussi sa dimension traumatique…
Brigitte Bardot est un personnage d’ombre et de lumière, et finalement insaisissable. On ne peut la réduire ni aux errances haineuses de l’âge mûr, ni à la ravissante idiote qu’elle incarne dans sa jeunesse. Par-dessus tout, on ne peut pas nier ses choix forts et autonomes, surtout à une époque si précoce : avorter, refuser la maternité, arrêter sa carrière en pleine gloire, conquérir l’autonomie financière avant sa majorité… Malgré son refus du féminisme, Bardot aurait-elle été un prélude à l’émancipation des femmes ?
Le Victorieux Sphinx (détail), Gustav Moreau, 1886.
Brigitte Bardot, entre luces y sombras
El fallecimiento de Brigitte Bardot este 28 de diciembre ha generado múltiples debates. Aunque el personaje no me entusiasme, los excesos de unos y otros me han incomodado…
Después de que falleciera el 28 de diciembre de 2025, medios y redes sociales se han desatado sobre Brigitte Bardot. Aunque el personaje no me apasiona, observar la forma en que la extrema derecha lo ha recuperado y las opiniones formateadas vertidas por la izquierda me ha hecho sentirme prácticamente obligada a consagrarle un artículo, pese a lo difícil que resulta escribirlo.
La dificultad para hablar de Bardot proviene, obviamente, de las múltiples incitaciones al odio que han desdorado al mito en su edad madura, a propósito de la población racializada o de la LGBT – cinco veces condenada por odio racial. También ha despotricado sobre el feminismo y el movimiento MeToo, que estima represivos para los hombres, perseguidos, y destructores de las agradables relaciones entre hombres y mujeres -nunca la han acosado y encuentra adorable que le digan que tiene un culito precioso, declara.
Lo interesante de hablar de Bardot tiene que ver con que su personaje multifacético haya marcado una época en Francia e incidido sobre la evolución de la condición femenina. Además, no reconocer que los traumas que ha encajado a causa del maltrato recibido por parte de directores y público han podido desempeñar un papel en esa deriva de odio me parece reductor. Después de todo, lo que encajó entonces hoy es ilegal.
Brigitte Bardot nace en 1934, en una familia burguesa católica parisina. Recibe una educación estricta: constantemente vigilada, a veces se la somete a castigos corporales. Ella atribuye su espíritu rebelde a esa educación. Siendo niña, Bardot está muy acomplejada: sufre un estrabismo paralítico en el ojo izquierdo, lleva gafas y aparato, se encuentra fea. Es sin embargo en la infancia cuando se apasiona por el baile clásico, su primera labor artística. La actividad ha modelado su cuerpo y generado el porte que se le conoce. Sus primeras experiencias profesionales son de bailarina y modelo. De entonces vienen las iniciales B.B., presentadas a petición de la familia, que no quiere ver aparecer el nombre completo.
Rápidamente, Bardot se convierte en la modelo preferida de la revista Elle. El director Marc Allégret la ve en una portada y la convoca a una audición. La película no se rueda, pero conoce a alguien determinante: Roger Vadim, asistente de Allégret por aquel entonces. Surge entre ellos una mutua estima y emprenden una relación en secreto. Desde esa época, con menos de dieciocho años, Bardot sorprende por sus decisiones y su fuerza de carácter. Empieza la carrera cinematográfica en 1952, momento en que adquiere una autonomía financiera. Ya actúa en otros países. Respeta la prohibición de sus padres de no casarse con Vadim antes de los dieciocho, pero aborta en secreto, con su ayuda.
En 1956, la película Y Dios… creo a la mujer, rodada por su ahora marido, propulsa a Brigitte Bardot a la fama internacional, convirtiéndola en el mito erótico que se conoce. Aunque relativamente ignorada en Francia al principio, la película vuelve a salir tras el éxito fulgurante que tiene en el extranjero: Estados Unidos, Gran Bretaña, Alemania. Por todas partes, los medios conservadores la condenan, haciendo de BB una figura tan admirada como odiada. Interpreta el papel de Juliette Hardy, personaje a través del que Vadim dice querer restituir el clima de una época, sobre todo en la evolución de las mentalidades. Libre y soberana, Juliette vive las relaciones amorosas desligada del tabú social.
La Bardotmania que desencadena la película hace de Bardot la actriz mejor pagada del cine francés. Por desgracia, la gloria también le inflige un suplicio que la marca: la ávida persecución de la prensa y el público. Alcanza extremos: en 1960, cuando da a luz a su hijo en su piso, por no poder alcanzar el hospital a causa de la prensa, un periodista intenta introducirse, haciéndose pasar por ginecólogo; ese mismo año, después de que la actriz intente suicidarse, los fotógrafos bloquean la ambulancia que la transporta. Ya desde 1958, Bardot se refugia en la villa que adquiere en Saint-Tropez, La Madrague. Construye allí un refugio, rigurosamente cerrado al mundo.
Influye desde esa época en la evolución de la sociedad francesa. Más allá de la libertad sexual y sentimental, lanza siluetas emblemáticas, como el vichy de cuadros, el pelo largo y rubio y las bailarinas. Y sin embargo no duda en afirmarse cuando no se la espera… No niega que la maternidad no la atrae y cede a Jacques Charrier cuando divorcian la custodia de su hijo Nicolas, sin oponerse. En lo que respecta a su impronta, no cabe duda de que Bardot es uno de los elementos que conducen a mayo del 68.
La carrera de Bardot se extiende hasta 1973, rueda cuarenta y ocho películas. Un emblemática es La verdad, rodada en 1960 por Henri-Georges Clouzot. Es el mayor éxito comercial de la carrera de Bardot y ella lo considera su mejor papel. Por desgracia, ilustra el maltrato que ha sufrido por parte de algunos directores. Además de las peleas, Clouzot va hasta proponerle, para rodar una escena de suicidio, un vaso de agua con aspirina, que en realidad contiene barbitúricos. Despierta cuarenta y ocho horas más tarde.
Un rasgo curioso de la carrera de la actriz es que en varias ocasiones las películas la recrean, a ella, en la ficción. Se puede pensar por supuesto en Y Dios… creo a la mujer, pero también en El oso y la muñeca (1970), de Michel Deville o en Vida privada (1962), de Louis Malle, adaptada de su propia vida. Si el personaje que interpreta en La verdad se le parece, su tentativa de suicidio constituye un eco a las dos de Bardot.
La contrapartida es que ese tipo de papel refuerza la dimensión de mito erótico un poco tonto que fagocita a la actriz, creando una suerte de circulo vicioso: los papeles recrean a Bardot, pero ella queda reducida a esa imagen. Es en parte el hartazgo lo que la lleva a terminar con su carrera. Declara: “Me encuentro francamente ridícula, tan tonta, hace mucho que el cine me cansa”. Otro factor es que la prensa y los rodajes se hayan adueñado de su vida. Cuando se detiene en plena gloria, lo hace explícitamente para dedicarse a la causa animal.
Desde los años 1970, esa actividad le procura otra fama. Obtiene con su compromiso que se generalice la pistola para ganado y se prohíba importar pieles de foca a Francia, esto se extiende a los países de la U.E. Se opone a la caza, a los combates de animales y a que se experimente sobre ellos. En 1986, crea la Fundación Brigitte Bardot para la protección de los animales, que desarrolla vendiendo objetos provenientes de su gloria pasada. Su Fundación se reconoce de utilidad pública en 1992. Para todas sus causas, moviliza a la opinión y solicita el apoyo de numerosas personalidades, incluso de la esfera internacional. Aunque la actividad de su Fundación haya llevado a verdaderas conquistas, cambiando la forma en que la sociedad considera a los animales, los excesos en que a veces ha podido caer Bardot durante sus combates, y el encierro en que se sume, desvelan una dimensión traumática…
Brigitte Bardot es un personaje de luces y sombras, indescifrable. No se la puede reducir ni a los desvaríos furibundos de la edad madura ni a la deslumbrante idiota que encarna en la juventud. Por encima de todo, no se pueden negar sus decisiones fuertes y autónomas, sobre todo en una época tan temprana: abortar, rechazar ser madre, detener su carrera en plena gloria, conquistar la autonomía financiera antes de la mayoría de edad… Pese a que rechace el feminismo, ¿puede haber sido Bardot un preludio de la emancipación femenina?