L’ « islamo-gauchisme » : une dangereuse polémique

L’ « islamo-gauchisme » est une catégorie sans valeur scientifique que sous-tend pourtant une certaine réalité. Que l’incompétence de Mme Vidal ne retourne pas à l’invisibilité une dérive qu’on commence à peine à réussir à pointer.

Une déclaration de Mme Frédérique Vidal, Ministre de la Recherche, a fait polémique ce mois-ci et, bien que beaucoup d’encre ait déjà coulé à ce sujet, il me semble qu’elle mérite d’être creusée. C’est en effet au début du mois que Mme Vidal déclarait que « l’islamo-gauchisme » gangrénait la société et que l’université n’y échappait pas, motif pour lequel elle avait décidé de commanditer au CNRS une enquête sur la question.

Une première remarque, qui a déjà été abondamment signalée, est que cette catégorie n’a tout simplement pas d’usage scientifique valide. Outre le fait qu’elle a pu sans doute être utilisée à des fins racistes et islamophobes, elle a plutôt servi, à ma connaissance, à des personnalités critiques de l’Islam, mais issues de ses sphères culturelles, à pointer la dérive de la gauche qui consiste à identifier monde Arabe et Islam, surtout lorsque celui-ci est pensé en plus dans sa version plus extrême.

Je ne suis pas sûre de les avoir entendu employer précisément ce terme-là, mais deux personnalités emblématiques de ce type de discours sont Zineb El Rhazoui et Waleed Al-Husseini. Tous deux issus de la sphère culturelle musulmane, il se positionnent pourtant résolument contre la complète phagocytation du monde Arabe par l’Islam et défendent bec et ongles une laïcité qu’ils considèrent salutaire. Consternés par l’aveuglement dont la gauche fait preuve de façon récurrente à propos de l’Islam, ils ont souvent pointé ses dérives. Arborant un long parcours militant, tous deux savent sans doute de quoi ils parlent. Rappelons-le, Zineb El Rhazoui a été co-fondatrice du Mouvement alternatif pour les Libertés individuelles (MALI) au Maroc, porte-parole de Ni putes ni soumises, journaliste à Charlie Hebdo puis survivante de l’attentat qui mit un terme à la vie de plusieurs de ses dessinateurs et journalistes. Fervente défenseure de la laïcité, elle a été la cible de nombreuses menaces visant à infléchir ses positions. Waleed Al-Husseini, lui, est un essayiste et écrivain athée palestinien qui a acquis une notoriété internationale en 2010, à la suite de l’emprisonnement et la torture qu’on lui a infligé en Palestine en rétorsion pour ses positions critiques sur l’Islam. Obligé de s’exiler, il vit désormais en France, où il défend ouvertement la laïcité. Auteur de l’autobiographie Blasphémateur ! Les prisons d’Allah, il a également écrit l’essai Une trahison française, où il dénonce les « collaborationnistes de l’Islam radical ». Très critique de l’Islam, donc, il a fondé en 2013 le Conseil des ex-musulmans de France, sur le modèle d’initiatives ayant cours en Allemagne et en Grande-Bretagne. Al-Husseini défend l’athéisme, appelle de ses vœux une meilleure situation pour les femmes dans le monde musulman et prône un autre type de rapport homme-femme.

Bien que le terme « islamo-gauchisme » n’ait pas de valeur scientifique, il me semble que c’est plus de ce type d’horizon que vient l’idée d’un laxisme qui sévirait à gauche concernant l’Islam. Il est très regrettable que Mme Vidal espère s’en servir pour détourner l’attention des nombreux problèmes que connaît le monde universitaire, ou de plusieurs réformes bien douteuses. Cependant, puisque la polémique que ses déclarations a engendrée a permis d’enterrer ce type d’alertes, pour porter à croire que le concept serait une pure invention du racisme, notons tout de même que, à défaut d’avoir une valeur descriptive, le concept évoque, hélas, une réalité : une certaine attitude qui sévit parfois à gauche, attisée par l’évident poids sous-jacent de la faute coloniale, et qui la porte à ne pas réagir contre les attaques obscurantistes qu’il y a régulièrement à l’encontre des éléments progressistes dans le monde musulman, alors même qu’elle réagit à juste titre contre les attaques racistes qu’il peut y avoir à l’encontre des musulmans.

Les exemples de cela sont nombreux, mais s’il ne faut en citer qu’un récent, pensons à celui de la militante des droits humains et des droits des femmes Loujain Al-Hathloul, qui a été libérée en février en Arabie Saoudite après plus de deux ans et demi de prison. En effet, elle avait été condamnée à cinq ans de prison par un tribunal spécialisé dans les affaires anti-terroristes. Al-Hathloul est en réalité une des militantes à qui les saoudiennes doivent d’avoir obtenu en 2017 le droit de conduire : sa première interpellation par l’autorité saoudienne fait suite d’ailleurs à cette militance et découle de la publication en 2013 d’une vidéo où on la voit conduire sur la route de l’aéroport de Ryad. Cependant, les causes qu’Al-Hathloul a défendues ont été multiples : la fin du port du voile obligatoire, la fin de la tutelle masculine qui pèse sur les femmes en Arabie Saoudite… Puis, elle a été candidate aux élections municipales en 2014, après qu’une loi autorise les saoudiennes à voter et à se présenter comme candidates. Sa candidature y a cependant vraisemblablement été boycottée, car son nom ne figurait sur aucun bulletin. En 2018, Loujain Al-Hathloul est ainsi interpellée en même temps que d’autres personnes militant pour le droit des femmes : on l’accuse d’avoir communiqué avec des journalistes étrangers et d’avoir tenté de candidater à un poste à l’ONU, soit, « d’avoir tenté de porter atteinte à la sécurité et à la stabilité du royaume ». Elle a subi durant son séjour en prison des très mauvais traitements, destinés de toute évidence à venir à bout de sa résistance : empêchée de voir sa famille, elle a aussi été torturée par des éléctrochocs et des simulacres de noyades, puis battue et menacée de mort. Elle a également subi des attouchements sexuels. Bien que soutenue à l’international par une mobilisation citoyenne et quelques personnalités comme Anne Hidalgo, ce n’est qu’en février que Loujain Al-Hathloul, détentrice de plusieurs prix récompensant la lutte pour les droits humains, a été libérée.

Comme pour d’autres cas de répression exercée à l’encontre des démarches progressistes en terre d’Islam, on peut noter à propos de Loujain Al-Hathoul le silence d’une partie importante de la gauche. Et ce alors même qu’Al-Hathoul incarne certaines des valeurs qui sont les siennes -séparation de la sphère religieuse et la sphère étatique ; égalité homme-femme ; progrès social- et qu’une certaine conception de l’Islam piétine. Il faut bien admettre qu’une partie de la gauche se comporte dans le cas de l’Islam comme si la croyance en Dieu et la subordination des femmes relevaient de l’exception culturelle. Nous nous sommes déjà exprimées en d’autres occasions à ce propos : il me semble bien plus colonial d’envisager les choses de cette façon que de ranger l’Islam à la même enseigne que les autres monothéismes : comme une croyance qui relève du crédo personnel et qui ne doit pas avoir pignon sur rue dans la sphère publique.

Très récemment, pour faire réponse à une tribune signée de 90 personnalités publiée dans Le Monde et intitulée « Jusqu’où laisserons-nous passer la haine des musulmans ? », 100 personnalités musulmanes de France signaient dans Marianne un billet collectif intitulé « Le voile est sexiste et obscurantiste » qui, comme son titre l’indique, disait explicitement que le port du voile répond à une vision rétrograde de l’Islam. Ils/elles se présentaient comme « Français de culture ou de confession musulmane, humanistes, progressistes et féministes » et attribuaient l’engouement grandissant pour le voile à l’influence des prédicateurs extrémistes. Ils revendiquaient donc les clivages existant au sein de la communauté musulmane à propos du voile et signalaient que ceux-ci n’avaient rien de nouveau et existaient même depuis le VIIe siècle. Non seulement pour eux le voile ne saurait être considéré comme un « signe religieux » mais correspondrait même à un fétichisme matériel reprouvé par l’Islam, qui lui se vit dans le cœur et dans la tête. Il n’en saurait être autrement, cette initiative soulève une interrogation qui commence malheureusement à être habituelle : pourquoi trouve-t-elle à gauche moins d’écho que les initiatives qui défendent le voile, alors qu’à première vue les valeurs qu’elle affiche sont communes aux valeurs qui ont traditionnellement fait la gauche ? Il faut se rendre à l’évidence : la gauche opère à propos des problématiques qui affectent à la sphère islamique une sélection presque systématique informée par l’idée -à mon sens très coloniale- que la mainmise de la religion sur la société et la subordination des femmes relèvent de l’exception culturelle. C’est de la mise en lumière de cette dérive qu’a dérivé l’expression sans valeur scientifique « islamo-gauchisme » et il ne convient pas, me semble-t-il, pour une maladroite manœuvre de la ministre de la Recherche, visant de toute évidence à occulter ses responsabilités et faire passer des réformes malvenues, d’occulter le dangereux fond de réalité qui la sous-tend.

Reste à savoir, pour terminer ce billet, si l’inopinée sortie de Mme Vidal n’apporte pas de l’eau au moulin d’un débat qui fait feu depuis un moment dans l’université française et qui concerne sa tradition intellectuelle. Peut-être parce que c’est le pays qui a engendré la catégorie d’universel il y a longtemps, à l’époque des Lumières, la France a encore beaucoup de mal à faire place à la pensée de la différence. C’est ainsi que les études de genre et les études décoloniales, qui prospèrent dans les pays anglosaxons, rencontrent parfois encore de très sérieux obstacles dans l’université française : ceux-ci vont depuis les embûches pour recevoir des financements et ouvrir des diplômes jusqu’à des clivages assumés concernant les recrutements. C’est un état de fait que nous sommes nombreu.x.ses à regretter, mais qui est indéniable. Le féminisme l’a établi depuis longtemps : bien que l’universel soit une catégorie qu’il est bien entendu souhaitable d’atteindre, elle ne peut être pensée, dans un monde informé par divers systèmes de domination, que comme but à atteindre, et non comme donnée objective de départ. Et l’atteindre passe, inévitablement, par l’étude de la différence ; donc par l’intégration des études de genre et des études décoloniales. J’ai beau affirmer cela, je ne présuppose pas pour autant du rapport qu’entretient l’Islam à la colonisation : en fin de compte celui-ci a été abondamment utilisé aussi comme outil d’asservissement par le colonisateur ; et il me semble difficile d’imaginer une attitude plus coloniale que celle de présupposer que la croyance religieuse est inhérente à l’altérité. Cependant, il me semble évident que le temps est venu de donner la parole à d’autres sujets que l’homme blanc hétérosexuel occidental. Une parole pleine, autonome, librement façonné depuis la position dans le monde des sujets autres et non informée par les catégories de pensée élaborées par les dominants pour asseoir leur domination.

 

En France nous soutenons le Parti pour la Décroissance et le NPA:

 

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Gustav Moreau, Le Victorieux Sphinx (détail), 1886.

 

 

El ”islamo-izquierdismo”: una categoría sin valor científico, pero en la que subyace una cierta realidad

 

Que la incompetencia de la Sra. Vidal no regrese a la invisibilidad una deriva que apenas comenzamos a lograr señalar

 

Una declaración de la Sra. Frédérique Vidal, ministra de la investigación, ha suscitado una amplia polémica este mes y, aunque ya se haya escrito mucho a su respecto, me parece que merece ser comentada. Es en efecto a principios de mes cuando la Sra. Vida declaraba que el “islamo-izquierdismo” gangrenaba la sociedad y que la universidad no escapaba a ello, motivo por el que había decidido encargar al CNRS una investigación sobre el tema.

Una primera observación, que ya ha sido abundantemente señalada, es que dicha categoría simplemente no tiene un uso científico válido. Más allá del hecho de que sin duda ha podido ser utilizada a fines racistas e islamófobos, mas bien ha servido, por lo que yo sé, a personalidades críticas con el Islam, pero provenientes de su esfera cultural, para señalar la deriva de la izquierda que consiste en identificar mundo árabe e Islam, sobre todo cuando éste es pensado además en su versión más extrema.

No estoy segura de haberles oído utilizar precisamente ese término, pero dos personalidades emblemáticas de ese tipo de discurso son Zineb El Rhazoui y Waleed Al-Husseini. Ambos provienen de la esfera cultural musulmana y se posicionan sin embargo de forma decidida contra la completa fagocitación del mundo árabe por el Islam, defendiendo con uñas y dientes una laicidad que consideran bienvenida. Consternados por la ceguera que la izquierda demuestra de forma recurrente tener a propósito del Islam, a menudo han señalado sus derivas. Puesto que ambos tienen un largo recorrido militante, sin duda saben de qué están hablando. Recordémoslo, Zineb El Rhazoui es la co-fundadora del Movimiento alternativo para las Libertades Individuales (MALI) de Marruecos, ha sido portavoz de Ni putas ni sumisas, periodista en Charlie Hebdo y superviviente del atentado que acabó con la vida de varios de sus dibujantes y periodistas. Ferviente defensora de la laicidad, ha sido a menudo blanco de amenazas destinadas a amedrentarla. Waleed Al-Husseini es por su parte un ensayista y escritor ateo palestino que adquirió notoriedad internacional en 2010, después de que fuese encarcelado y torturado en Palestina como medida de retorsión por sus posturas criticas con el Islam. Se vio incluso obligado a exiliarse y vive ahora en Francia, donde defiende abiertamente la laicidad. Autor de la autobiografía ¡Blasfemador! En las prisiones de Ala, también ha escrito el ensayo Una traición francesa, en el que denuncia a los “colaboracionistas del Islam radical”. Increíblemente crítico con el Islam, fundó en 2013 el Consejo de los exmusulmanes de Francia, que toma modelo sobre iniciativas similares llevadas a cabo en Alemania y en Gran-Bretaña. Al-Husseini defiende el ateísmo, desea una mejor situación para las mujeres en el mundo musulmán y trabaja por obtener otro tipo de relación entre hombres y mujeres.

Aunque el término “islamo-izquierdismo” no tenga valor científico, me parece que es mas bien de ese tipo de horizonte de donde viene la idea de que cierto laxismo adolece a la izquierda en lo que al Islam se refiere. Es lamentable que la Sra. Vidal espere utilizarla para desviar la atención de los numerosos problemas que conoce el mundo universitario, o de diversas reformas cuanto menos dudosas. Sin embargo, puesto que la polémica generada por sus declaraciones ha permitido enterrar ese tipo de alertas, para dejar creer que el concepto sería sólo una pura invención del racismo, notemos no obstante que, a falta de tener un valor descriptivo, el concepto evoca, por desgracia, una realidad: se observa a veces en la izquierda cierta actitud, cimentada por el evidente peso subyacente de la falta colonial, que la lleva a no reaccionar ante los ataques obscurantistas que se dan de forma regular hacia iniciativas e individuos progresistas en el mundo musulmán, incluso cuando si que reacciona como de hecho se debe hacer ante los ataques racistas que pueden darse hacia los musulmanes.

Abundan los ejemplos de ello, pero si hay que dar uno solo y reciente, pensemos en el de la militante de derechos humanos y de los derechos de las mujeres Loujain Al-Hathloul, que ha sido liberada en febrero en Arabia Saudí tras dos años y medio de cárcel. En efecto, había sido condenada a cinco años de cárcel por un tribunal especializado en combatir el terrorismo. Al-Hathloul es en realidad una de las militantes a quienes las saudíes deben el haber obtenido en 2017 el derecho a conducir: su primera interpelación a manos de la autoridad saudí deriva de hecho de esa militancia, es consecuencia de la publicación en 2013 de un video en el que se la ve conducir en la carretera del aeropuerto hacia Ryad. No obstante, las causas que Al-Hathloul ha defendido son múltiples: el fin del velo obligatorio, el fin de la tutela masculina que pesa sobre las mujeres en Arabia Saudi… Además, ha sido candidata en las elecciones municipales de 2014, después de que una ley autorizase a las mujeres saudíes a votar y a presentarse como candidatas. Sin embargo su candidatura fue por lo visto boicoteada, pues su nombre no figuraba en ninguna papeleta. En 2018, Loujain Al-Hathloul fue así interpelada al mismo tiempo que otr@s militantes por los derechos de las mujeres: se la acusaba de haber comunicado con periodistas extranjeros y de haber intentado presentar candidatura a un puesto de la ONU, esto es, “de haber intentado dañar la seguridad y la estabilidad del reino”. Ha sido victima de maltrato durante su estancia en la cárcel, a todas luces destinado a vencer su resistencia: se le impidió ver a su familia, fue torturada con electrochocs y simulacros de ahogarse, golpeada y amenazada de muerte. También sufrió tocamientos y violencias sexuales. Aunque ha sido apoyada en la esfera internacional por una movilización ciudadana y por algunas personalidades como Anne Hidalgo, no es sino en febrero cuando Loujain Al-Hathloul, que ha sido premiada por varios premios que recompensan la lucha por los derechos humanos, ha sido liberada.

Como en otros casos de represión ejercida hacia las iniciativas progresistas que se dan en tierra de Islam, se puede notar a propósito de Loujain Al-Hathoul el silencio de una gran parte de la izquierda. Y ello aun cuando Al-Hathloul encarna algunos de sus valores -separación de la esfera religiosa y la esfera estatal; igualdad entre hombres y mujeres; progreso social- mientras que cierta concepción del Islam los pisotea. Hay que admitir que parte de la izquierda se comporta en el caso del Islam como si la creencia en Dios y la subordinación de las mujeres se debiesen atribuir a la excepción cultural. Ya me he expresado en otras ocasiones a este propósito: me parece mucho mas colonial enfocar las cosas de ese modo que tratar al Islam del mismo modo que se trata a los otros monoteísmos: como una creencia que es personal y que no debe exhibirse en la esfera pública.

Recientemente, para responder a una tribuna firmada por 90 personalidades publicada en Le Monde y titulada “¿Hasta donde vamos a dejar prosperar el odio hacia los musulmanes?”, 100 personalidades musulmanas de Francia firmaban en Marianne un artículo colectivo titulado “El velo es sexista y obscurantista” que, como su título indica, decía explícitamente que llevar velo derivaba de una visión retrógrada del Islam. Se presentaban como “franceses de cultura o de confesión musulmana, humanistas, progresistas y feministas” y atribuían la creciente popularidad del velo a la influencia de predicadores extremistas. Reivindicaban por tanto disensiones existentes en el seno de la comunidad musulmana a propósito del velo y señalaban que éstas no tenían nada nuevo y existían incluso desde el siglo VII. No sólo para ell@s el velo no puede ser considerado como un “signo religioso” sino que es signo de un fetichismo material condenado por el Islam, el cual debe vivirse en la cabeza y en el corazón. Como no podría ser de otro modo, esta iniciativa plantea un interrogante que por desgracia empieza a ser habitual: ¿por qué encuentra en la izquierda menos eco que iniciativas que defienden el velo, cuando a primera vista los valores que encarna son comunes a los valores que tradicionalmente informan el pensamiento de izquierda? Hay que rendirse a la evidencia: la izquierda opera a propósito de las problemáticas referidas al Islam una selección casi sistemática informada por la idea -en mi opinión muy colonial- de que el dominio de la religión sobre la sociedad y la subordinación de las mujeres son rasgos atribuibles a la excepción cultural. Es de señalar esa deriva de donde ha resultado la expresión sin valor científico “islamo-izquierdismo” y no conviene, me parece, que la torpe maniobra de la ministra de investigación, a todas luces encaminada a ocultar sus fracasos y a hacer que se acepten reformas dudosas, oculte el peligroso fondo de realidad que en ella subyace.

Queda por saber, para terminar este artículo, si la inopinada intervención de la Sra. Vidal no tiene que ver con un debate que se da desde hace tiempo en la universidad francesa y que se refiere a su tradición intelectual. Quizá por ser el país que engendró hace tiempo, en la época de la Ilustración, la categoría de “universal”, a Francia le cuesta todavía mucho darle cabida al pensamiento de la diferencia. De este modo, los estudios de género y los estudios decoloniales, que prosperan en países anglosajones, encuentran todavía numerosos obstáculos en el seno de la universidad francesa: estos van desde las trabas para recibir financiamientos y abrir diplomas hasta los filtros asumidos en materia de contratación de personal. Es una situación que much@s lamentamos, pero que es innegable. Hace mucho que el feminismo ha establecido que aunque lo “universal” sea por supuesto una categoría que es deseable alcanzar, no puede ser pensada, en un mundo informado por diversos sistemas de dominación, de otro modo que como objetivo a alcanzar, y no como dato objetivo de partida. Y alcanzarlo pasa, inevitablemente, por el estudio de la diferencia; esto es, por la integración de los estudios de género y de los estudios decoloniales. Por más que esté afirmando esto, no presupongo en absoluto por ello del tipo de relación que el Islam tiene con la colonización: a fin de cuentas ha sido abundantemente utilizado también como herramienta de dominación por el colonizador; y me parece difícil imaginar una actitud más colonial que la de presuponer que la creencia religiosa es inherente a la alteridad. Sin embargo, me parece evidente que de sobra ha llegado el momento de darle la palabra a otros sujetos que el hombre blanco heterosexual occidental. Una palabra plena, autónoma, libremente moldeada desde la posición en el mundo de otro tipo de sujetos y en la que no subyazcan las categorías de pensamiento elaboradas por los dominantes para asentar su dominación.

 

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