Débats houleux, II : transexualité et féminisme

Les conflits qui parcourent le féminisme ont provoqué les dernières années des bousculades dans les cortèges du 8 mars. Comme je le regrette, je me risque à produire une série sur les débats qui le scindent, afin de tâcher d’induire à la réflexion, au débat apaisé et, peut-être, de surmonter nos divergences. Je sollicite l’indulgence, car c’est un exercice risqué, mais nécessaire.

Parfois la place à donner aux femmes transexuelles au sein des mouvements féministe a pu susciter des débats, mais ce sont plutôt les lois concernant ce qu’on appelle la « libre autodétermination de genre » qui ont conduit à des désaccords, par la répercussion qu’elles peuvent avoir sur la situation des femmes, plutôt que par une quelconque volonté d’éloigner les transexuels de l’acquisition de leurs droits.

Commençons par le premier point : la plupart des mouvements féministes ménagent, à ma connaissance, une place aux femmes transexuelles. Ceci est normal puisque le féminisme est une philosophie et une idéologie politique, qui peut par conséquent accueillir en son sein toute personne intéressée, par-delà sa condition et ses circonstances vitales. On a d’ailleurs vu parfois des hommes défendre aux côtés des femmes l’égalité politique : Poullain de la Barre, William Godwin, Pierre Bourdieu… sont ainsi des exemples d’intellectuels ayant cheminé à leurs côtés.

Une première occurrence de réticence adressée aux femmes transexuelles au sein du féminisme est celle des groupes basant leur militance sur l’idée d’une spécificité des femmes, qu’elles exaltent dans une démarche visant à réinvestir des valeurs jusque-là minorées par le système de domination. Bien qu’il s’agisse là sans doute de groupes plus réticents à l’intégration en leur sein des femmes trans, il n’y a pas à ma connaissance non plus d’attitudes que l’on pourrait qualifier d’haineuses envers elles, car le féminisme reste une philosophie de l’intégration sociale.

Je ne pense pas que, de façon générale, le féminisme de la différence soit sur la voie la plus pertinente. En effet, bien que la voie du réinvestissement positif de valeurs concurrentielles jusque-là minorées puisse être salutaire, je pense qu’il faut garder à l’esprit que, le système de domination étant l’ennemi que nous combattons, le renverser pour le reconstruire en inversant les pôles ne saurait être une solution. C’est à faire disparaître le système lui-même que le féminisme aspire. En ce sens, toute démarche de réinvestissement concurrentiel doit garder pour horizon le but final : une société où l’égalité politique soit effective. Pour ce motif, les femmes transexuelles, comme les hommes affranchis des schémas patriarcaux et convaincus de leur démarche, doivent pouvoir être intégrés. Cela ne signifie pas qu’il ne puisse pas avoir à l’occasion des cercles des paroles où les hommes sont priés de partir (notamment pour échanger sur le sujet des violences sexuelles, le sujet étant trop intime et spécifique pour qu’il soit utile d’échanger en leur présence).

Une deuxième occurrence de réticence adressée aux femmes transexuelles au sein du féminisme, plus fondée, est celle qui cible la question du sujet politique. Le féminisme part de l’analyse, à mon sens juste, que la masculinité et la féminité sont des constructions culturelles intégrant un système de domination et adossées à la réalité biologique du sexe : on partage ainsi les mâles et les femelles de l’espèce humaine. Bien que l’on puisse concevoir que la sexualité est, elle aussi, culturelle, tout comme l’attribution des rôles genrés, je pense qu’il faut garder à l’esprit que nous possédons une réalité biologique, comme les autres espèces animales, et se garder de tomber dans un essentialisme qui serait « spirituel » plutôt que matériel. En effet, essentialiser les rôles revient à se trouver dans une position qui n’est pas si éloignée que cela de celle des défenseurs les plus obtus du patriarcat. Je pense qu’on peut défendre les droits des autres sujets opprimés par un même système hétéronormé, tout en gardant à l’esprit que les rôles genrés ne sont qu’une convention que l’on a adossée à une réalité biologique, celle sur laquelle reposent ces constructions.

Oublier cela lorsqu’on défend le droit pour les transexuels d’identifier librement leur identité sociale revient en effet à gommer le sujet politique du féminisme, qui est l’individu socialement assigné au rôle femme sur la réalité des organes sexuels féminins qu’il possède. Effacer cette assignation en effaçant le sexe revient à dissoudre le sujet politique, et donc à rendre plus difficile une progression qui reste à parfaire. Par ailleurs, comme j’ai déjà pu le signaler, les violences de genre exercées sur les femmes étant causées par les rôles sociaux eux-mêmes (elles sont une pathologie du système), confirmer les rôles en les essentialisant ne peut que plonger de nouveau ces violences dans l’invisibilité, tout en les développant.

Défendre les droits des transexuels ne peut conduire vers de nouvelles essentialisations, d’ordre « spirituel ». D’autre part, il faut admettre que, bien qu’opprimés par un même système hétéronormé, l’oppression constitutive qu’intègre leur parcours vital n’est pas exactement de la même nature que celle vécue par les femmes nous dirons « biologiques », et que par conséquent tenir compte de ce paramètre, sans tomber dans une exclusion non fondée, ne semble pas invraisemblable. Une intégration des femmes transexuelles semble non seulement possible mais souhaitable, du moment qu’elle passe, comme toujours, par beaucoup de dialogue, qui puisse présider non seulement à la militance quotidienne, mais aussi à la mise en place de conceptualisations. Puis, elle passe aussi par la consolidation d’expériences communes fortes susceptibles de pallier le fait que l’expérience sociale de départ, formatrice de l’individu, ne soit pas exactement la même.

Un deuxième point d’achoppement est celui du vote des lois visant à reconnaître les droits des transexuels. L’Espagne, qui se trouve en ce moment en plein processus de légiférer pour leur donner plus de reconnaissance, en est un bon exemple : un clivage très houleux s’est produit à ce motif dans le féminisme du pays. Je pense pour ma part qu’il est plus dû aux incompétences en termes de conceptualisation et de rédaction des porteurs du projet qu’à une opposition fondamentale de qui que ce soit au sein du féminisme à l’acquisition des droits des transexuels. La crainte que les lois puissent confirmer les rôles genrés que le féminisme universaliste cherche à abolir, en les essentialisant en outre sur une base qui serait « spirituelle » plutôt que matérielle, constitue la principal source d’opposition. Il semble évident qu’elle peut être levée par une simple conceptualisation et rédaction qui prendraient en compte cette crainte : les rôles genrés restent des constructions sociales auxquelles chacun.e peut s’identifier comme il/elle l’entend. Un pays pionnier en matière de lutte contre les violences faites aux femmes, comme l’est l’Espagne, ne peut que fortement défendre ce point-là, car sa loi cadre, qui existe depuis 17 ans, a très largement contribué à en ancrer la conscience.

Puis, la question des mineurs transexuels est aussi à la source de bien de réticences. En l’occurrence, le projet de loi espagnol prévoit qu’à partir de l’âge de 16 ans les mineurs puissent changer leur « détermination de genre », et entreprendre en ce sens toutes les démarches qui leur semblent opportunes, sans consultation médicale, tout comme le feront les adultes, et sans l’accord de leurs parents. Je me suis déjà exprimée à ce sujet, pour ma part cette mesure me semble excessive : on ne peut pas à cet âge décider des individus les plus à même de prendre entre leurs mains les rênes du gouvernement d’un pays, pourquoi pourrait-on prendre une décision aussi grave, à vie, sans aucune assistance externe ? En fin de compte les individus ayant entrepris ce type de changement et qui le regrettent existent déjà dans les pays anglo-saxons… Ce sont des individus qui se retrouvent, au final, eux aussi, en profonde souffrance. Je pense que des mesures doivent être prévues pour écarter la possibilité que des individus affectés par d’autres formes de souffrance existentielle se retrouvent engagés dans cette voie, ce qui peut arriver, surtout s’ils sont si jeunes. Par ailleurs, pour revenir sur la question des rôles genrés, il faut continuer à les combattre et installer dans l’hégémonie culturelle l’idée que y déroger ne signifie pas que l’on doive systématiquement s’identifier à la biologie à laquelle on fait adhérer l’autre construction culturelle, mais être lu comme l’évidence que ces rôles sont artificiels, absurdes et une convention.

Pour finir avec ces réflexions, peut-être qu’il est possible de toucher deux mots sur quelques craintes évoquées par des groupes féministes à propos de l’inclusion des femmes transexuelles dans certains des espaces réservés aux femmes. Une première réserve a été émise à propos des compétitions sportives, car les femmes transexuelles seraient plus à même de battre les records établis par les femmes. Je ne pense pas qu’il faille céder à cette crainte : les sportives transexuelles ne sont pas si nombreuses, puis la réalité biologique n’est pas non plus aussi systématique. Rappelons le scandale que constituent les tests de féminité, mis en place lorsque la performance sportive est jugée impossible pour une femme. Ces tests sont un scandale, car ils constituent une humiliation très grande pour l’individu en question, d’une part, puis d’autre part ils constituent aussi l’énième plafond culturel pour toutes les femmes, en ce cas appliqué à l’univers du sport. Aujourd’hui, au moins ils nous permettent de rappeler que la réalité biologique n’est peut-être pas systématique au point de devoir exclure des compétitions féminines les femmes transexuelles.

Un autre univers pour lequel des réserves avaient été émises est l’univers juridique et carcéral. Des féministes s’étaient inquiétées que les femmes transexuelles, surtout si elles n’avaient pas encore subi d’opération, puissent exercer des violences, notamment de nature sexuelle, sur les femmes incarcérées. Je pense que cette crainte est peut-être elle aussi excessive et qu’il suffit de s’assurer, par quelque mécanisme que ce soit, que l’adhésion à l’identité sociale de femme est bien sincère. Les féministes craignaient par ailleurs en Espagne que, pour ce qui est des violences de genre, des agresseurs puissent échapper à un procès et à une condamnation en se sortant de la catégorie « hommes » par ce mécanisme, ce qui les ferait tomber hors du cadre formulé par la loi destinée à contrer ces violences. La critique me semble là plus fondée, car malheureusement les hommes les plus violents sont capables d’absolument tout, depuis tuer leurs propres enfants jusqu’à, sans doute, se déclarer socialement femmes. Cependant, peut-être faut-il prendre ce problème là à contrario : en effet, les violences relationnelles structurelles étant liées à la construction de l’identité sociale, elles sévissent aussi malheureusement entre les couples homosexuels, échappant à la loi pour l’instant lorsqu’elles se produisent entre personnes du même sexe. Peut-être faut-il saisir l’opportunité de réflexion collective qu’offre le vote sur la loi des droits des transexuels pour élargir le cadre de la loi contre les violences de genre, afin qu’elle puisse sanctionner aussi ce type de violence lorsqu’elle sévit dans les couples homosexuels ? Cela prémunirait d’une conséquence non désirable malheureusement possible de la loi pour les droits des transexuels, tout en comblant un vide de l’actuelle loi sur les violences de genre.

Les transexuels sont, en effet, un collectif qui a historiquement été terriblement discriminé. Leur expérience vitale peut en plus constituer un apport réel pour le féminisme classique. Il faut toutefois se prémunir contre le fait qu’une simplification excessive d’une réalité complexe revienne à réinstaller une essentialisation qui serait spirituelle plutôt que matérielle : ne perdons pas de vue contre quoi nous nous battons tou.te.s depuis toujours : le système de domination de sexe.

 

En France nous soutenons le Parti pour la Décroissance et le NPA:

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Gustav Moreau, Le victorieux Sphinx, 1886 (détail), Gustav Moreau.

Debates agitados, II : transexualidad y feminismo

 

Los conflictos que recorren el feminismo han provocado estos últimos años peleas en los cortejos del 8 de marzo. Como es algo que lamento, me arriesgo a escribir una serie sobre los debates que lo escinden, con el fin de tratar de mover a la reflexión, al debate apaciguado y, quizá, a sobrepasar nuestras divergencias. Solicito la indulgencia, pues es un ejercicio arriesgado, pero necesario.

 

La cuestión del lugar que deben ocupar las mujeres trans en el movimiento feminista suscita a veces debates, pero son quizá más las leyes sobre la “libre autodeterminación de género” lo que ha llevado a desacuerdos, por la repercusión que esas leyes puedan tener sobre la situación de las mujeres, más que por una supuesta veleidad de alejar a los trans de sus legítimos derechos.

Comencemos por abordar el primer punto: la mayoría de los movimientos feminista reservan, creo, un lugar a las mujeres transexuales. Esto es normal puesto que el feminismo es una filosofía y una ideología política, que puede por consiguiente acoger en su seno a toda persona interesada, más allá de su condición o de sus circunstancias vitales. Se han visto a veces hombres defender junto a las mujeres la igualdad política: Poullain de la Barre, William Godwin, Pierre Bourdieu… son así algunos ejemplos de intelectuales que se han unido a ese combate.

Una primera reticencia expresada hacia las mujeres trans en el seno del movimiento feminista viene de los grupos que basan su militancia sobre la idea de una especificidad femenina, que exaltan con el objetivo de resignificar valores hasta hace poco minorados por el sistema de dominación. Aunque estos grupos sean sin duda algo más reticentes a su integración, tampoco hay por lo que yo se actitudes que se podrían calificar de odio hacia ellas, pues el feminismo es una filosofía de integración social.

De forma general, no creo que el feminismo de la diferencia sea la vía más pertinente. En efecto, aunque la vía de la resignificación positiva de valores competidores hasta ahora minorados pueda ser buena, creo que hay que mantener en mente que, ya que el sistema de dominación es el enemigo que combatimos, invertirlo para reconstruirlo no puede ser una solución. Es a hacer desaparecer el propio sistema a lo que aspiramos. En ese sentido, todo propósito de resignificación competidora debe mantener por horizonte el propósito final: una sociedad en la que la igualdad política sea efectiva. Por ese motivo, las mujeres transexuales, así como los hombres liberados de los esquemas patriarcales y convencidos con lo que hacen, deben poder ser integrad@s. Ello no significa que no pueda haber de tanto en tanto círculos de palabra en los que los hombres no sean aceptados (sobre todo cuando se intercambia a propósito de las violencias sexuales, un tema demasiado íntimo y específico para que sea útil el intercambio en su presencia).

Una segunda reticencia expresada hacia las mujeres transexuales dentro del movimiento feminista, más fundada, viene a propósito del sujeto político. El feminismo parte del análisis, a mi modo de ver exacto, de que la masculinidad y la feminidad son construcciones culturales que integran un sistema de dominación y van adosadas a la realidad del sexo biológico: se divide así a los machos y a las hembras de la especie humana. Aunque se pueda concebir que la sexualidad es también cultural, al igual que la atribución de roles de género, pienso que hay que mantener en mente que poseemos una realidad biológica, al igual que las otras especies animales, y guardarse de incurrir en esencialismos de índole “espiritual” en lugar de material. En efecto, esencializar los roles viene a ser situarse en una posición no fundamentalmente distante de la de los defensores más obtusos del patriarcado. Pienso que puede un@ defender los derechos de otros sujetos oprimidos por un mismo sistema heteronormativo, manteniendo en mente que los roles de género no son sino convenciones que se han adosado a una condición biológica, sobre la cual se basan dichas construcciones.

Olvidar esto a la hora de defender el derecho de los transexuales a identificar libremente su identidad social viene a constituir en efecto un borrado del sujeto político del feminismo, que es el individuo socialmente asignado al rol de mujer en base a la realidad de los órganos sexuales femeninos que posee. Borrar dicha asignación al borrar el sexo viene a ser disolver ese sujeto, y por tanto hacer más difícil la progresión que le queda por hacer. Además, como ya lo he señalado, las violencias de género ejercidas sobre las mujeres son causadas por los propios roles sociales (son una patología del sistema); confirmar los roles al esencializarlos sólo puede desarrollarlas y devolverlas a la invisibilidad.

Defender los derechos de los transexuales no debe conducir a nuevas esencializaciones, de orden “espiritual”. Por otra parte, hay que admitir que, aunque estén oprimid@s por un mismo sistema heteronormativo, la opresión constitutiva que integra su recorrido vital no es exactamente de la misma naturaleza que la vivida por las mujeres que diremos “biológicas”, y que por consiguiente tener cuenta ese parámetro, sin incurrir en exclusiones infundadas, no parece inverosímil. Una integración de las mujeres transexuales parece no sólo posible sino deseable, como siempre, a partir del momento en que intervenga en ello mucho diálogo, que presida tanto en la militancia cotidiana como en la puesta en marcha de conceptualizaciones. La integración debe darse también a partir de la consolidación de experiencias comunes fuertes, susceptibles de compensar que la experiencia social de partida, formadora del individuo, no sea exactamente la misma.

Un segundo punto de desencuentro es el de las leyes orientadas a reconocer los derechos de los transexuales. España, que se encuentra en estos momentos en pleno proceso de ampliar el reconocimiento que reciben, es un buen ejemplo de ello: se han producido divisiones muy agudas con este motivo en el feminismo del país. Dichas divisiones son sin embargo más debidas sin duda a la incompetencia de l@s portador@s del proyecto, Unidas Podemos, en términos de conceptualización y de redacción que a una oposición fundamental de nadie dentro del movimiento feminista a la adquisición de derechos por parte de los transexuales. Ya se ha evocado la preocupación existente a propósito del hecho de que las leyes puedan afirmar los roles de género que el feminismo universalista quiere abolir, esencializándolos además a partir de una base que sería “espiritual” y no ya material. Parece evidente que una simple conceptualización y redacción que tengan en cuenta ese punto podría solventar el diferendo: los roles de género son construcciones sociales, a las que cada un@ puede identificarse como le parezca. Un país pionero en materia de lucha contra las violencias hacia las mujeres como lo es España sólo puede defender con fuerza esa idea, pues su ley marco, que existe desde hace ya 17 años, ha contribuido ampliamente a anclar la conciencia de ello.

Otra fuente importante de conflicto se sitúa en torno a los menores trans. El proyecto de ley español prevé que a partir de los 16 años los menores puedan decidir libremente su “determinación de género”, y emprender en ese sentido todo lo que estimen oportuno, sin consulta médica, al igual que lo harán los adultos, y sin el acuerdo de los padres. Ya me he expresado en otras ocasiones a propósito de esto, esa medida me parece excesiva: no puede un@ decidir a esa edad qué individuos le parecen más aptos para tomar las riendas del gobierno de un país, ¿por qué podría tomar una decisión tan grave, de por vida, sin ninguna asistencia externa? A fin de cuenta ya existen en los países anglosajones individuos que, tras haber transitado ese camino, lo han lamentado… Son también individuos que se encuentran al final en profundo sufrimiento. Creo que se deberían prever medidas que alejen la posibilidad de que individuos afectados por otras formas de sufrimiento existencial sean orientados hacia esa vía, lo que puede suceder, sobre todo si son tan jóvenes. Además, para volver a la cuestión de los roles de género, hay que continuar combatiéndolos para instalar en la hegemonía cultural la idea de que derogar a ellos no significa que un@ tenga necesariamente que identificarse a la biología con la que se hace corresponder la otra construcción cultural, sino que debe ser leído como la evidencia de que esos roles son artificiales, absurdos y una convención.

Para terminar con estas reflexiones, es quizá posible decir dos palabras sobre los temores evocados por algunos grupos feministas a propósito de la inclusión de mujeres trans en algunos espacios reservados a las mujeres. Una primera reserva ha sido formulada a propósito de las competiciones deportivas, pues las mujeres transexuales tendrían más fácil batir los records establecidos por las mujeres. No creo que haya que ceder a ese temor: las deportistas transexuales son poco numerosas, y la realidad biológica tampoco es tan sistemática. Recordemos el escándalo que suponen los test de feminidad, solicitados por los jueces cuando la prestación deportiva es estimada imposible para una mujer. Dichos test son un escándalo, pues constituyen una enorme humillación para el individuo en cuestión, por una parte, y por otra parte constituyen también el enésimo techo cultural que tienen todas las mujeres, en este caso aplicado al ámbito del deporte. Hoy permiten al menos recordar que la realidad biológica no es quizá sistemática hasta el extremo que se deba excluir a las mujeres trans de las competiciones femeninas.

Otro universo para el cual han sido emitidas reservas es el universo jurídico y penitenciario. Algunas feministas han alertado sobre el hecho de que las mujeres trans, sobre todo si no han sido todavía operadas, puedan ejercer violencias, principalmente de índole sexual, sobre las mujeres encarceladas. Quizá ese temor sea también excesivo y baste con asegurarse, con el mecanismo que sea, de que la adhesión a la identidad social “mujer” es realmente sincera. Las feministas temen por lo demás en España que los hombres violentos de género puedan escapar a un juicio y a una condena al salir de la categoría “hombre” con ese mecanismo, lo que los situaría fuera del ámbito formulado por la Ley contra la violencia de género. La crítica me parece aquí más fundada, pues por desgracia los hombres más violentos son capaces absolutamente de todo, desde matar a sus propios hijos hasta, sin duda, declararse socialmente mujeres. Sin embargo, quizá haya que tomar ese problema al revés: en efecto, las violencias relacionales estructurales se vinculan a la construcción de la identidad social, por tanto también se dan entre parejas homosexuales, escapando cuando se producen entre personas del mismo sexo, de momento, a la ley. ¿Se podría quizá tomar la oportunidad de ejercer una reflexión colectiva que ofrece el voto de la ley trans y ampliar el marco de la ley contra la violencia de género para que pueda sancionar también ese tipo de violencia cuando se da en parejas homosexuales? Hacerlo impediría una consecuencia no deseable, por desgracia posible, de la ley en favor de los derechos trans, a la vez que supliría un vacío de la actual ley sobre la violencia de género.

Los transexuales son, en efecto, un colectivo que ha sido históricamente terriblemente discriminado. Su experiencia vital puede constituir un aporte real para el feminismo clásico. No obstante, hay que cuidar que la simplificación excesiva de una realidad compleja no reinstale una esencialización, esta vez “espiritual” más que material: no perdamos de vista contra qué luchamos tod@s desde siempre: el sistema de dominación de sexo.

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