Débats houleux, I : la prostitution

Les conflits qui parcourent le féminisme ont provoqué les dernières années des bousculades dans les cortèges du 8 mars. Comme je le regrette, je me risque à produire une série sur les débats qui le scindent, afin de tâcher d’induire à la réfléxion, au débat apaisé et, peut-être, de surmonter nos divergences. Je sollicite l’indulgence, car c’est un exercice risqué, mais nécessaire.

Le débat sur la prostitution est, à n’en pas douter, un des ceux qui divisent le féminisme. Les abolitionnistes de la prostitution y voient un esclavage et une exploitation patriarcale du corps des femmes ; les favorables à la prostitution arguent de la liberté individuelle de chacun et la dépeignent comme empowerment de la femme.

Je me suis déjà souvent exprimé à ce propos : tout positionnement invoquant la liberté de chacun me semble biaisé, bancal, suspect. En effet, il est difficile, sinon impossible, de dire véritablement quand est-ce que quelqu’un est véritablement libre de faire quelque chose, pour la simple est bonne raison que la liberté de conscience est en fait une situation rare, difficile à atteindre, dans un monde où l’on se trouve dès le départ façonné par les idéologies qui informent le social, puis soumis à tant d’injonctions et de conditionnements externes, que les médias ne rendent que plus présents. Il me semble d’autant plus difficile de l’invoquer en ce qui concerne la prostitution, qu’il est largement prouvé qu’un grand nombre de femmes prostituées ont subi des violences sexuelles, ou les subissent lors de leur entrée dans les maisons closes. Cela a en effet déjà été largement étudié : subir des violences sexuelles altère le rapport au corps, l’individu les ayant subies éprouvant souvent par la suite une sorte de rupture, une sorte de détachement par rapport au corps. Cela n’empêche pas de vivre, mais cela constitue une condition inusuelle chez le sujet qui s’adonne à la prostitution. Dans le féminisme actuel, la question de la défense de la prostitution au nom de la liberté de chacun et au détriment du système que, de fait, celle-ci constitue, témoigne sans doute par ailleurs de l’invasion de l’ultralibéral qui s’est glissé dans beaucoup de domaines de notre vie quotidienne. La fausse image que l’individue autonome, libre de ses choix, existe en dehors de toute contrainte sociale et économique constitue en effet une des bases de cette doctrine. En ce sens, la position pro-prostitution dérivant de la défense à outrance de la liberté individuelle est à lire à n’en pas douter comme influencée par elle.

L’idée que se prostituer pourrait constituer un empowerment découle, quant à elle, de ce que l’échange monétaire du corps témoignerait d’une hypermaîtrise de celui-ci, puis du fait que s’amuser des outils de domination patriarcaux reviendrait à les transcender. Je reviens tout d’abord sur ce qui a déjà été dit dans le paragraphe précédent : il est difficile de concevoir comme hypermaîtrise les conséquences de rupture avec le corps qu’engendrent les violences sexuelles. Si les femmes se prostituant dans une réelle hypermaîtrise du corps, non découlant d’agressions, existent, il est évident qu’elles sont très minoritaires. Par ailleurs, s’il est entendu qu’il arrive parfois à toute femme contestataire de « s’amuser » des codes patriarcaux, il ne fait pas de doute que « s’amuser » de la pratique prostitutionnelle est un jeu dangereux, car cette pratique renforce l’outil qui réduit tant d’autres femmes à des conditions allant de la souffrance morale à l’esclavage pur et simple.

Admettant, donc, que peut-être un nombre restreint femmes se prostituerait en liberté et faisant un pied-de-nez à l’oppression patriarcale, il me semble qu’il faut toutefois s’obliger à regarder en face le réel et convenir qu’on ne peut pas se contenter, pour aborder un tel débat, de brandir un argumentaire qui ne peut concerner que des individus isolés, dès lors qu’on fait face, comme c’est le cas, à un système où s’insèrent les deux sortes d’individus, libres et aliénés.

La prostitution est, en effet, un système. En tant que système monde, la prostitution est un système inséré dans le monde global, qui fournit les hommes des pays développés en femmes de pays émergents. Il met pleinement à profit les inégalités économiques mondiales pour ce faire. Parfois ces femmes sont hautement vulnérables : sans papiers, victimes de traite, dupées par des stratagèmes ne souffrant d’aucun scrupule… Puis, en tant que système d’asservissement de l’individu, la prostitution est aussi un système bien huilé : les viols « initiatiques » sont monnaie courante dans les bordels ; l’induction ou l’encouragement d’addictions aussi. Il en résulte que, si on ne peut pas totalement exclure qu’un petit pourcentage de femmes s’adonnent « librement » à la prostitution, un grand nombre de femmes prostituées sont, elles, victimes de ce système. En effet, il est possible de trouver dans l’univers prostitutionnel des souffrances extrêmes : soit par le nombre de passes à effectuer dans la journée, qui peut être aberrant, soit par les pratiques demandées, qui vont jusqu’au rapport collectif entre un groupe d’hommes et une seule femme enceinte de six mois dans les bordels allemands. Cela sans compter que, en rendant possible à l’imaginaire collectif l’achat d’un individu, la prostitution le déprécie et facilite l’exercice de violences sur les femmes en général. En effet, cette pratique intègre un clivage, résultat d’une assignation de genre : 85% des personnes prostituées sont des femmes. Normaliser la prostitution revient donc, en l’état actuel des choses, à normaliser cette assignation, qui non seulement suppose une exploitation non voulue pour les femmes ne souhaitant pas se prostituer, mais qui, en outre, une fois effectuée, a des répercussions sur la socialisation de toutes les femmes, en ce sens qu’elle facilite l’exercice de violences à leur encontre. La prostitution intègre donc pleinement en tant que système celui plus général d’asservissement et subordination de toutes les femmes, prostituées ou non. Il est par conséquent impossible de défendre la prostitution pensée en tant que système prostitutionnel.

Pour parer à la division féministe, il faudrait donc s’attacher à réfléchir à la manière de rendre impossible que la prostitution se constitue en système prostitutionnel, tout en préservant la possibilité des femmes supposées agir entièrement de leur propre volonté. C’est l’appât du gain qui a forgé le système prostitutionnel, la possibilité pour des tiers de s’enrichir sur l’activité qu’exerce la femme prostituée. Peut-être pourrions-nous donc dépasser nos clivages non pas en réclamant la fin de l’exercice de la prostitution, mais en réclamant qu’il soit impossible qu’il existe un intermédiaire entre la femme prostituée et son client. Bien évidemment, cela est sans doute plus facile à dire qu’à faire : il ne s’agit pas de revenir, pour les pays ayant adopté des lois qui pénalisent les clients, à la situation d’avant cette mesure, pour l’instant la plus efficace pour diminuer le nombre de victimes de traite. Car, en effet, avant que cette mesure ne s’applique, les proxénètes étaient officiellement poursuivis, sans que le succès de cette politique soit réel à une quelconque échelle. Peut-être serait-il donc possible d’exiger une mise en place progressive de ce type d’organisation, pensée sur plusieurs années, et qui reste simultanée à la pénalisation du client le temps de son installation. Les nouveaux fonctionnements devraient néanmoins être pensés en sollicitant de véritables spécialistes de la question, comme il en existe parmi les intellectuelles féministes, afin de ne laisser que la possibilité d’un rapport direct, prostitué(e)-client, sur lequel l’enrichissement d’un tiers, quel que soit celui-ci et quel que cet enrichissement soit, résulte impossible. Puis, il faudrait également rendre la possibilité d’intégrer un parcours de sortie de la prostitution plus performante que celles que proposent les actuelles loi de pénalisation du client. En effet, ceux-ci restent pour l’instant jusqu’à un certain point précaires, intégrer l’un d’eux étant encore facilement refusé aux candidates. Or, c’est leur situation sociale marginale qui pousse parfois les femmes à intégrer les files de prostituées : cela fait partie de la réalité sociale et économique générale où les femmes restent encore subordonnées aux hommes. Il faut donc impérativement œuvrer à modifier le système global, puis proposer aux candidates à la sortie de la prostitution des options plus valables. Enfin, ce sont les imaginaires eux-mêmes de la sexualité qu’il faut infléchir, afin de les dépouiller de la charge patriarcale dont ils sont investis, car il ne fait pas de doute que celui-ci constitue le véritable problème de fond qui sous-tend la pratique de la prostitution.

 

En France nous soutenons le PPD et le NPA:

zdecrois
znp

sphinxmoreau

Gustav Moreau, Le Victorieux Sphinx (détail), 1886.

 

Debates agitados, I : la prostitución

                                                                                                          

Los conflictos que recorren el feminismo han ido creciendo hasta provocar estos últimos años peleas en los cortejos de las manifestaciones del 8 de marzo en varios países. Como encuentro que es una lástima voy a arriesgarme a escribir una serie a propósito de algunos de los debates que dividen al feminismo, con el fin de mover a la reflexión, a un debate apaciguado y, quizá, tentar de sobrepasar nuestras divergencias. Pido a mis lector.a.e.s indulgencia, pues es un ejercicio arriesgado, pero necesario, me parece. La primera de esas reflexiones trata sobre la prostitución.

 

El debate de la prostitución es sin duda alguna uno de los que divide al feminismo. Las abolicionistas de la prostitución ven en ella una esclavitud y una explotación patriarcal del cuerpo de las mujeres; las que son favorables a la prostitución invocan la libertad individual de cada un@ y la describen como un empowerment de las mujeres.

Me he expresado ya a menudo al respecto: todo posicionamiento que invoca la libertad de cada individuo me parece inexacto, poco fundado, sospechoso. En efecto, es difícil, si no imposible, decir cuando alguien es verdaderamente libre de hacer algo, por la sencilla razón de que la libertad de conciencia es en realidad una situación rara, difícil de alcanzar, en un mundo en el que cada un@ se encuentra desde el inicio constituido por las ideologías que informan lo social, y sometid@ a muchos mandatos y condicionamientos externos, que los medios de comunicación potencian. Me parece tanto más difícil invocarla respecto a la prostitución en la medida en que está ampliamente demostrado que un gran número de mujeres prostituidas han sufrido violencias sexuales, o las sufren en los burdeles. En efecto, el fenómeno ha sido ya largamente estudiado: sufrir violencias sexuales altera la relación al cuerpo del individuo; la persona que las ha sufrido vive después una suerte de ruptura, de desapego, con relación a su cuerpo. Ello no impide vivir, pero constituye una condición inusual en el sujeto que se libra a la prostitución. Por otra parte, en el feminismo actual, la defensa de la prostitución en nombre de la libertad individual y en detrimento del sistema que, de hecho, constituye la prostitución, da sin duda testimonio, por otra parte, de la invasión del ultraliberalismo que se ha deslizado en muchos ámbitos de nuestra vida cotidiana. La falsa idea de que existe el individuo autónomo, libre para tomar sus decisiones fuera de todo condicionamiento social y económico, es en efecto una de las bases de esa doctrina. En ese sentido, el posicionamiento pro-prostitucion derivado de la defensa a ultranza de la libertad individual debe sin duda leerse como influenciado por ella.

La idea de que prostituirse podría constituir un empowerment deriva de la tesis según la cual el intercambio monetario del cuerpo necesitaría un hipercontrol de este, y de la perspectiva según la cual burlarse de las herramientas de la dominación patriarcal equivaldría a transcenderlas. Remito en primer lugar a lo que ya ha sido dicho en el párrafo anterior: es difícil concebir como hipercontrol las consecuencias de ruptura con el cuerpo que engendran las violencias sexuales. Si algunas mujeres se prostituyen en un real hipercontrol del cuerpo, no derivado de agresiones, es evidente que son minoritarias. Además, si es obvio que toda mujer contestataria se burla a veces de los códigos patriarcales, no cabe duda de que “burlarse” de la práctica prostitucional es un juego peligroso, pues dicha práctica refuerza la herramienta que reduce a tantas otras mujeres a condiciones que van del sufrimiento moral a la esclavitud pura y simple.

Admitiendo pues que quizá un número restringido de mujeres se prostituyan en libertad y burlándose de la opresión patriarcal, me parece no obstante que es necesario obligarse a confrontar la realidad y convenir que no puede un@ contentarse con abordar semejante debate aferrándose a un argumentario que solo puede concernir a individuos aislados, pues lo que que una confronta en este caso es un sistema en el que se insertan dos tipos de individuos: libres y alienados.

La prostitución es, en efecto, un sistema. En tanto que sistema mundo, la prostitución es un sistema inserto en el mundo global, que provee a los hombres de países desarrollados en mujeres de países emergentes. Explota plenamente las desigualdades económicas mundiales para ello. A veces esas mujeres son altamente vulnerables: sin papeles, víctimas de trata, engañadas por estratagemas desprovistos de todo tipo de escrúpulo… Y, en tanto que sistema de alienación de la voluntad individual, la prostitución también es un sistema bien rodado: las violaciones “iniciáticas” son corrientes en los burdeles; la inducción o el favorecimiento de dependencias también. Resulta de ello que, si no puede excluirse totalmente que un pequeño porcentaje de mujeres se prostituyan “libremente”, un gran número de ellas son víctimas de ese sistema. En efecto, es posible encontrar en el universo prostitucional sufrimientos extremos: ya sea por el número de clientes a recibir en un día, que puede ser aberrante, ya sea por las prácticas solicitadas, que van hasta la relación de un grupo de hombres a una sola mujer embarazada de seis meses en los burdeles alemanes. Todo ello sin mencionar que, al volver posible en el imaginario colectivo la compra de un individuo, la prostitución deprecia a las mujeres en general, facilitando el ejercicio de violencias sobre ellas. En efecto, la practica de la prostitución integra una división, que resulta de una asignación de género: un 85% de las personas prostituidas son mujeres. Normalizar la prostitución equivaldría por tanto en el estado actual de las cosas a normalizar esa asignación, que no sólo supone una explotación impuesta para las mujeres que no desean prostituirse, sino que, además, una vez efectuada, tiene repercusiones sobre la socialización de todas las mujeres, en el sentido en que facilita el ejercicio de violencias hacia ellas. La prostitución integra por tanto plenamente en tanto que sistema el sistema más general de alienación y subordinación de todas las mujeres, prostituidas o no. Es por consiguiente imposible defender la prostitución en tanto que sistema prostitucional.

Para tratar de remediar la actual división feminista habría que intentar reflexionar por consiguiente sobre la manera de hacer imposible que la prostitución se constituya en sistema prostitucional, preservando la posibilidad de las mujeres que se supone actúan íntegramente por propia voluntad. Es el deseo de enriquecerse lo que ha forjado el sistema prostitucional, la posibilidad para terceras personas de lucrarse sobre la actividad que ejerce la mujer prostituida. Quizá podríamos tratar de sobrepasar esas divisiones no reclamando el fin del ejercicio de la prostitución, sino que sea imposible que exista un intermediario entre la mujer prostituida y su cliente. Por supuesto, esto es sin duda algo más fácil de hacer que de decir: no se trata de volver, para los países que han adoptado leyes de penalización del cliente, a la situación anterior a esta medida, que es de momento la más eficaz para combatir el número de víctimas de trata. En efecto, antes de la aplicación de esta medida los proxenetas eran oficialmente perseguidos, sin que ello llevase a un resultado concluyente. Quizá sea posible exigir la puesta en marcha progresiva de ese tipo de organización, pensada sobre varios años, y simultánea a la penalización del cliente durante el tiempo de su instalación. Los nuevos funcionamientos deberían no obstante ser pensados solicitando a verdaderos especialistas de la cuestión, como existen entre las intelectuales feministas, con el fin de excluir cualquier otro tipo de relación que la relación directa, prostitut@-cliente, sobre la cual el enriquecimiento de una tercera persona resulte imposible, sea quien sea esa persona y sea cual sea dicho tipo de enriquecimiento. También habría que mejorar la opción de integrar un recorrido de salida de la prostitución que actualmente ofrecen las leyes de penalización del cliente. En efecto, éstos siguen siendo de momento hasta cierto punto precarios, la integración de uno de ellos siendo aun fácilmente negada a las candidatas. Es sin embargo su situación social marginal lo que empuja a veces a algunas mujeres a integrar las filas de la prostitución: esto es algo que integra la realidad social y económica general, en la que las mujeres siguen estando subordinadas a los hombres. Es por tanto imperativo tratar de modificar el sistema global, y proponer a las candidatas a salir de la prostitución opciones más válidas. Finalmente, hay que pensar en incidir sobre los propios imaginarios de la sexualidad, con el fin de despojarlos de la carga patriarcal de la que de momento son portadores, pues no cabe duda de que ese constituye el verdadero problema de fondo que subyace en la práctica de la prostitución.

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