Lettre ouverte à la victime de la Meute, 3 : mon expérience de la dépréciation

J’ai commencé en raison de la décision de justice un cycle de conseils adaptés au contexte vital de la victime de la Meute, qui émanent de mon expérience, qui est différente mais qui a été confrontée à des dynamiques similaires. Cet article ferme ce cycle.

Puisque j’ai consacré deux articles à cette fille que je ne connais pas, peut-être est-il possible de lui consacrer un troisième et dernier volume. Ces conseils sont destinés à bien plus tard, mais ils sont indispensables, car nous ne savons pas qui l’entoure, ni qui l’entourera plus tard.

Comment intégrer le matériel vital d’une violence sexuelle ? Bonne question. Pour ce qui est d’elle-même, elle fera ce chemin. Pour ce qui est des autres… il va lui falloir choisir. Le dire ou ne pas le dire ? J’ai la chance de pouvoir écrire cet article en pouvant avoir relativement recours à l’humour, bien que sur le moment les faits n’étaient pas tout à fait drôles. Raison de plus pour écrire cela, au cas où elle se confronterait à une situation similaire, qu’elle puisse passer à la case « rire », sans trop demeurer sur celle de malaise. Un troisième phénomène violent lié à la violence de genre, c’est la dépréciation, c’est-à-dire, le fait de se voir dévaluer socialement. C’est une moindre violence comparativement à celle que recèle l’objectivation pour la simple est bonne raison que, puisque les schémas sociaux sont en évolution, ce n’est en rien une réaction universelle que de percevoir une survivante de violences en être dévalué. Mais c’est une réaction qui existe. Cette série de conseils est donc destinée à ce qu’elle puisse prendre de la façon la plus sereine et rationnelle possible la décision de faire part ou non à son entourage de son contexte vital.

Il est connu que, du point de vue culturel, les stigmates associés à la violence sexuelle et à la violence de genre sont multiples. S’il est vrai que dans tous les pays occidentaux c’est quelque chose que l’on peut assumer sans beaucoup d’autre problème que d’être en règle avec soi-même, dans beaucoup de pays de la planète, la violence sexuelle à laquelle sont confrontées les femmes les fait abandonner leur ville ou leur village pour vivre à la marge de leur société. La construction irrationnelle de l’utérus féminin conçu comme propriété privée inviolable possession de l’homme auquel correspond ce corps pèse toujours sur elles. Cette construction est perceptible dans la valeur que l’on donne à la virginité, le stigmate qui retombe sur le viol ou la pratique de l’excision – qui n’est jamais qu’une pratique destinée à minimiser les risques d’infidélité par le chemin bien étrange de s’assurer que la femme ne ressente aucun type de plaisir sexuel, de s’assurer qu’elle ressente d’ailleurs, une douleur atroce à chaque rapport sexuel. Cher est le prix de la virilité. Cette construction s’est partiellement effondrée dans nos pays, où la femme peut être pensée plutôt comme sujet dans le domaine de la violence. Cependant, comme l’évolution sociale n’est pas homogène, il n’est pas impossible que cette fille, si tant est qu’elle décide de le raconter, se heurte à des personnes qui lui fassent sentir le phénomène de la dépréciation. La bonne nouvelle est qu’il s’agit d’un phénomène moins nocif que celui de l’objectivation, puisqu’il dépend de la façon dont elle aura construit son corps dans sa subjectivité, de l’incidence de paramètres comme l’impact des cadres de pensée qu’établissent les religions, par exemple. Je ne sais rien de cette fille, il lui correspondra donc d’évaluer sa subjectivité. Si elle ne considère pas qu’avoir subir de la violence la dévalue en tant que personne, se confronter à la dépréciation du prochain la fera se sentir mal à l’aise, mais ce n’est qu’une question de temps pour que cela la fasse réagir avec amusement ou mépris, au delà du fait que le prochain puisse persister à la percevoir dépréciée.

Si le risque à courir pour l’avoir raconté est celui d’être dépréciée, quel est l’avantage ? L’avantage est la possibilité d’atteindre une plus grande harmonie avec soi-même si l’entourage ne prend cela que comme un paramètre ; si l’entourage a l’intelligence et une perception suffisante d’elle comme sujet pour en conclure qu’il est possible qu’elle soit plus sensible à l’objectivation, qu’il est possible que certaines situations la stressent davantage, dans le cas de la sexualité, que son rapport au corps est devenu plus complexe. Comme il lui correspondra de décider si le raconter ou non en fonction des conséquences possibles, pas tout à fait comme celui qui joue à la roulette, car elle pourra plus ou moins mesurer qui elle a en face, avant de décider de le raconter, mais quelque peu comme celui qui joue à la roulette, en ce sens qu’il est plus de personnes que ce que l’on pourrait penser sans l’intelligence émotionnelle suffisante pour déduire cela ou qui la percevront majoritairement plus comme un objet que comme un sujet.

J’ai toujours fait le choix d’optimiser mes chances d’être au mieux avec moi-même, sans être contrainte de partir deux ans dans une yourte dans l’Himalaya : je l’ai raconté. Mais je dois dire que je me suis confrontée frontalement au phénomène de la dépréciation en plusieurs occasions. En rationalisant à posteriori, je ne suis pas sûre que toutes ces dépréciations étaient sincères, je pense que plusieurs étaient des prises de pouvoir dépourvues de scrupules éthiques sur une personne trop intelligente pour ne pas avoir de pénis –j’ironise- et raisonnablement attirante. A ce stade cela m’est égal, j’écris ce billet pour elle.

La dépréciation est beaucoup moins nocive que l’objectivation, son impact sera lié à des facteurs tels que l’incidence que les principes religieux ont pu avoir dans la construction de sa subjectivité – si elle se lit elle-même comme objet ou comme sujet. De ce fait, mon avis, dont elle doit évaluer la pertinence pour sa situation, est que cela peut valoir la peine de courir le risque de s’y confronter pour atteindre l’objectif de vivre plus pleinement en harmonie avec elle-même. Le parti-pris de ne pas le raconter est celui de minimiser les possibilités d’évolution personnelle sur le chemin de la guérison.

C’est donc le dernier article que je consacre à ce cycle complexe qui se met en marche lorsqu’on subit une violence de genre, qu’elle soit ou non sexuelle. Le monde construit par les hommes n’est pas fait pour autre chose que pour nous donner un rôle d’objet sexuel et reproductif. Ni la société, ni l’institution, ni même beaucoup de schémas mentaux ne lui réserveront un autre rôle que celui-là. Je lui conseille de réunir des forces et de vivre la vie en tant que sujet, en sachant qu’il est des personnes qui sortiront naturellement de sa vie. Je ne pense pas que s’entourer de ce type de personnes la mène ailleurs qu’à une existence qui ne vaut pas la peine, mais c’est là une décision personnelle qu’elle doit peser. Je lui souhaite le meilleur dans son futur parcours vital.

   

 

Carta abierta a la víctima de la Manada, 3 : mi experiencia de la depreciación

 

Inicié a raíz de la decisión judicial un ciclo de consejos adaptados al contexto vital de la víctima de la Manada, emanados de mi experiencia que es distinta pero que se ha dado con dinámicas similares. Este artículo cierra ese ciclo.

 

Puesto que le dediqué dos artículos a esa chica que no conozco, quizá le pueda dedicar un tercer y último volumen. Estos son consejos dirigidos para mucho más tarde, pero imprescindibles porque, ni sabemos quién la rodea ahora, ni tampoco quién lo  hará más tarde.

¿Cómo integrar al material vital una violencia sexual? Amplia pregunta. De cara a sí misma, hará ese camino. De cara a los demás… le va a tocar escoger. ¿Decirlo o no decirlo? Tengo suerte de poder escribir este artículo en clave de relativo humor, si bien en el momento los hechos no tuvieron gracia. Pero por eso precisamente, sigo, por si diese con situación similar, que pueda pasar a la casilla “risa”, sin transitar en exceso por la de malestar. Un tercer fenómeno violento vinculado a la violencia de género es la depreciación, esto es, devaluarse socialmente. Es una violencia menor a la del fenómeno de objetivación por la sencilla razón de que, por suerte los esquemas sociales están cambiando y no es una reacción para nada universal la de percibir a una superviviente de violencias como ser devaluado. Pero es una reacción que existe. Así pues, esta serie de consejos va destinada a que ella pueda decidir de la forma más serena y racional posible la decisión de informar o no a su entorno de su contexto vital.

Sabido es que desde el punto de vista cultural los estigmas asociados a la violencia sexual y a la violencia de género son múltiples. Si bien en todos los países occidentales es algo que se puede asumir sin mucho más problema que el de estar en regla consigo misma, en muchos países del planeta la violencia sexual da lugar a que las mujeres que la han sufrido deban abandonar su ciudad o poblado para vivir en margen de su sociedad. Pesa sobre ellas aún la construcción irracional del útero femenino concebido como propiedad privada inviolable del hombre a quien corresponda ese cuerpo. Dicha construcción se aprecia en el valor que se le da a la virginidad, en el estigma que recae sobre la violación o en la práctica de la excisión – que no deja de ser una práctica destinada a minimizar riesgos de infidelidades por el extraño camino de asegurarse de que la mujer no sienta ningún tipo de placer sexual, de que sienta, de hecho, un dolor atroz en cada relación sexual. Caro es el precio de la virilidad. Esa construcción se ha desmoronado parcialmente en nuestros países, donde la mujer puede ser más pensada como sujeto en el ámbito de la violencia. No obstante, como la evolución social no es homogénea, no es imposible que esa chica, llegado el caso de que decida contarlo, dé con personas que le hagan sentir el fenómeno de la depreciación. La buena noticia es que es un fenómeno menos dañino que la objetivación, ya que depende de cómo una misma haya construido su cuerpo en su subjetividad, de parámetros como la incidencia de las pautas del mundo que establecen las religiones, por ejemplo. No sé nada de esa chica, le corresponderá a ella misma evaluar su subjetividad. Si una no considera que haber sufrido violencia la deprecia como persona, confrontarse a la depreciación del prójimo suele hacer sentir un malestar, pero es cuestión de tiempo que produzca risa o desprecio, más allá de que el prójimo pueda persistir en verla depreciada.

Si el riesgo a correr por contarlo es la depreciación, ¿cuál es entonces la ventaja? La ventaja es la posibilidad de alcanzar una mayor armonía consigo misma si el entorno simplemente lo toma como parámetro ; si el entorno llega a tener la inteligencia y la percepción suficiente de ella como sujeto como para concluir que es posible que sea más sensible a la objetivación, que es posible que ciertas situaciones la agobien más, en el caso de la sexualidad que su relación con su cuerpo se ha vuelto más compleja. Como le va a corresponder decidir si contarlo o no contarlo en función a las consecuencias posibles, no del todo como quien juega a la ruleta, porque podrá medir más o menos quien tiene enfrente antes de decidir contarlo, pero sí un poco como quien juega a la ruleta, en el sentido de que hay más personas sin la inteligencia suficiente para deducir algo evidente o que la percibirán mayoritariamente más como objeto que como sujeto de las que se pudiera pensar.

Yo siempre he optado por darme todas las posibilidades de estar lo mejor posible conmigo misma, sin irme dos años a vivir en una yurta en el Himalaya : lo he contado. Pero debo decir que me he topado de bruces con el fenómeno de la depreciación en no pocas ocasiones. Racionalizando a posteriori, no creo que fuesen en muchos casos depreciaciones del todo sinceras, pienso que había muchas tomas de poder carentes de escrúpulos éticos sobre una persona muy inteligente para no tener pene –ironizo- y razonablemente atractiva. A estas alturas da igual, escribo este billete para ella.

La depreciación es notablemente menos dañina que la objetivación, su impacto estará vinculado a factores como la incidencia que las pautas religiosas puedan tener en su subjetividad -si ella misma se lee como objeto o como sujeto, por eso mi opinión, que ella debe valorar para sí y adoptar o no, es que puede merecer la pena correr el riesgo de enfrentarla para alcanzar el objetivo de vivir más plenamente en armonía consigo misma. El precio de no contarlo es el de minimizar las posibilidades de evolución personal en el camino de la cura.

Este es el último artículo que le dedico a ese ciclo complejo que se pone en marcha cuando se sufre una violencia de género, sexual o no. El mundo construido por los hombres no está hecho para otra cosa que para darnos el papel de objeto sexual y reproductivo. Ni la sociedad, ni la institución, ni todavía muchos esquemas mentales le reservarán otro lugar que ese. Yo le aconsejo que reúna fuerzas y viva la vida en tanto que sujeto, sabiendo que hay personas que saldrán naturalmente de su vida. No creo que rodearse de ese tipo de personas lleve a otra cosa que a una existencia que no merece la pena, pero ésa es una decisión personal que ella debe valorar. Le deseo todo lo mejor en su futuro recorrido vital.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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