Je suis réticente usuellement à aborder ce type de sujet, car je respecte profondément les libertés individuelles. Cependant, force est de reconnaître qu’il est difficile de respecter les libertés individuelles de celui qui ne respecte pas les vôtres, voire de respecter la liberté individuelle de l’autre de ne pas vous considérer comme un individu.
On a pu lire récemment dans la presse que l’UOIF s’apprêtait à engager la construction d’un campus en Seine Saint-Denis. Le campus, dont le budget est estimé à 8 millions d’euros, comportera un très grand centre de formation islamique, des librairies islamiques, des restaurants, un centre médical. Les dons effectués pour le construire seront défiscalisés à 66%, la construction devrait débuter dès les premiers mois de 2017.
Puisque en défiscalisant l’Etat engage indirectement des financements, le moment semble venu de rejoindre ce que d’autres voix ont déjà souligné : la nécessité de réfléchir aux possibilités de concilier les principes républicains d’égalité de droits entre les hommes et les femmes et le « flou artistique » qui commence à entourer l’Islam.
Cela fait longtemps que les voix critiques pointent du doigt les connexions de l’UOIF avec des postulats et des idéologues proches du salafisme des Frères Musulmans. En ce sens, il est en soi préoccupant que l’Etat défiscalise pour subvenir à une organisation tout de même remise en question sur ce plan.
Sans aller aussi loin, les questions d’ordre pratique et quotidien liées à une conception extrême de la non mixité de l’espace public se posent depuis un certain temps sans vraiment être résolues : les événements de Cologne lors du réveillon de 2015 ont fait éclater au grand jour la dérive qui consiste à ce que dans une certaine logique les femmes « autres » puissent être potentiellement « appropriables » ; on a pu voir que dans certains quartiers français les femmes circulent dans l’espace public avec difficulté.
Finalement, cela n’est pas le cas en France, où la laïcité nous tient à l’abri des imbrications de ce type, mais on connaît les paradoxes où les mesures dites multiculturalistes ont conduit des pays comme l’Angleterre : en autorisant des tribunaux islamiques à régir les affaires familiales on est parvenu à une situation pour le moins opaque où il n’est pas dit que les femmes musulmanes puissent demander le divorce pour violence au sein du couple. On a rétorqué que les couples ont le droit de choisir entre un système ou l’autre, la question est, me semble-t-il, qu’il est difficile qu’une femme fasse un choix qui impliquera sans doute souvent de s’exclure elle-même de sa communauté. Le fait que beaucoup de femmes ne soient pas mariées par le civil permet d’établir d’ailleurs un doute raisonnable sur les possibilités de ce choix. Sans un suivi adéquat de la question, cela peut revenir pour l’Etat à protéger toutes les femmes des violences conjugales sauf les musulmanes, une vraie remise en question potentielle de l’Etat de droit qui ne se produirait pas sur ce plan en France, mais qu’il n’est pas aberrant de penser qu’elle puisse se produire ailleurs.
Cependant, il ne s’agit pas ici de recenser tous les points conflictuels qui amèneraient à souhaiter un éclaircissement des rapports entre Islam et condition féminine au sein d’une République de droit. Aussi me semble-t-il que ce qui a été évoqué suffit à faire voir l’utilité de demander aux institutions islamiques de ratifier le principe d’égalité de droits entre les hommes et les femmes, si on veut bien être sûr de vivre dans un pays où aucun individu ne pense sincèrement qu’il a pleins pouvoirs sur un autre.
Pour ma part, ce sont d’ailleurs les choix politiques lourds de sens qu’on a pu observer dernièrement qui m’ont finalement amenée à écrire sur ce sujet. Il y a bien évidemment Outre-Manche le choix de Theresa May de considérer ces tribunaux comme bénéfiques et de confier l’enquête du respect de l’égalité des genres dans ces tribunaux à des personnes partiales. En effet, une lettre ouverte signée de plus de 200 femmes et associations britanniques et internationales avait dénoncé la présence de théologiens et de responsables religieux au sein de la commission chargée de l’enquête. Puis, plus proche de nous, en France, s’effectuent également de véritables choix politiques masqués. J’avais mentionné dans mon billet « Violence invisible et amour de pacotille » que Valérie Pécresse avait ôté les financements aux études portant sur le genre dans la région Ile-de-France, je rajouterai maintenant que parmi les nouveaux domaines sujets à financement il y a Islam ainsi qu’islamisme. On entrevoit bien tout le potentiel politique que peut recouvrir de remplacer « genre » par « islam » dans des financements de recherche, d’où l’intérêt, je pense, de savoir de quel Islam il s’agit et que recouvrent ces choix.
Car il est en effet gênant pour le/a citoyen-ne de voir avancer nos politiques comme à l’aveuglette sur ces questions, en donnant pour naturels de véritables choix politiques qu’ils opèrent. Il y a tout d’abord le choix politique de ne pas écouter les voix critiques de l’intérieur de l’Islam. Malgré leur existence, on procède d’une façon somme toute assez coloniale en considérant presque l’Islam inhérent à un critère ethnique. Quand on vient d’un pays comme l’Espagne, où pendant quarante ans on nous a martelé que le catholicisme était inhérent à l’identité espagnole, ce constat de la mise à l’écart des voix discordantes est presque frappant. D’autant, que les discours se posent comme si des idées telles que la laïcité ou la séparation du religieux et du politique ne pouvaient surgir qu’en Occident, ce qui pour le coup est véritablement paternaliste à mon sens.
Puis, il y a finalement le choix politique de ne pas donner une lecture de genre à des événements comme ceux de Cologne et de l’Europe de Nord. Une agression sexuelle est toujours une question de pouvoir, et celles-ci ne font pas exception. On entend bien les dérives xénophobes ou fascistes qu’on a voulu éviter, mais nous sommes quelques uns à penser qu’un problème non résolu ne se règle pas tout seul et ne fait en général que grossir. D’où l’intérêt de prendre son courage à deux mains, ouvrir le dialogue sur cela et prendre les mesures nécessaires pour éviter que les tensions n’augmentent. N’oublions pas que dans les décennies des années soixante et soixante-dix la plupart des pays musulmans avaient parcouru un bon chemin dans l’émancipation des femmes sans changer de religion.
¿Qué derechos para la ciudadanía ?
Soy reticente en principio a abordar este tipo de temas, pues respeto profundamente las libertades individuales. Sin embargo, hay que reconocer que es difícil respetar la libertad individual de aquel que no respeta la de un@, quizá respetar incluso la libertad individual del otro de no considerarle a un@ un individuo.
Se ha podido leer recientemente en la prensa que la UOIF se disponía a emprender la construcción de un campus en Seine Saint-Denis. El campus, cuyo presupuesto asciende a ocho millones de euros, comprenderá un gran centro de formación islámica, librerías islámicas, restaurantes, un centro médico. Los dones efectuados para construirlo serán objeto de exenciones fiscales en un 66%, la construcción debería empezar en los primeros meses de 2017.
Puesto que al practicar exenciones el Estado atribuye una financiación indirecta, el momento parece propicio para remarcar lo que ya han señalado otras voces : la necesidad de reflexionar sobre las posibilidades de conciliar los principios republicanos de igualdad de derechos entre hombres y mujeres y el “aura de indeterminación” que empieza a rodear al Islam.
Hace mucho que las voces críticas señalan los vínculos de la UOIF con postulados e ideólogos próximos del salafismo de los Hermanos Musulmanes. En ese sentido, es en sí preocupante que el Estado practique exenciones para contribuir a financiamientos de una organización cuestionada en el ámbito.
Sin ir tan lejos, las cuestiones de orden práctico y cotidiano vinculadas a una concepción extrema del carácter no mixto del espacio público se plantean desde hace tiempo sin haber sido nunca resueltas : los acontecimientos de la nochevieja de 2015 en Colonia hicieron salir a la luz la deriva que consiste en que, dentro de cierta lógica, las mujeres “otras” puedan considerarse potencialmente “apropiables”. Por otra parte, se ha podido ver cómo en algunos barrios franceses las mujeres circulan en el espacio público con dificultad. Finalmente, aunque no tienen lugar en Francia donde la laicidad impide cierto tipo de imbricaciones, sabido es a qué paradojas han podido llevar algunas de las medidas multiculturalistas a países como Inglaterra : al autorizar que tribunales islámicos gestionen los asuntos familiares se ha llegado a una situación cuanto menos opaca en la que no está asegurado que una mujer pueda pedir el divorcio por motivos de violencia dentro de la pareja. Se ha replicado que las parejas tienen derecho a elegir entre uno u otro sistema, pero la cuestión es, me parece, que es difícil que una mujer elija algo que a menudo implicará excluirse a sí misma de la comunidad. El hecho de que muchas mujeres no se hayan casado por lo civil permite por lo demás establecer una duda razonable acerca de las posibilidades reales de efectuar semejante elección. Sin un seguimiento adecuado de la cuestión, la situación bien podría significar para el Estado proteger a todas las mujeres de las violencias en la pareja excepto a las musulmanas, en potencia un auténtico cuestionamiento del Estado de derecho que no se produciría en ese plano en Francia, pero que no es aberrante pensar que bien pudiera producirse en otros.
Sin embargo, no se trata aquí de efectuar una lista de todos los puntos conflictivos que llevarían a desear que se clarifiquen las relaciones entre Islam y condición femenina en el seno de una República de derecho. Me parece que lo dicho basta para ilustrar la utilidad de pedir que las instituciones islámicas ratifiquen el principio de igualdad de derechos entre hombres y mujeres, si queremos tener la seguridad de vivir en un país en el que ningún individuo piense sinceramente que tiene plenos derechos sobre otro.
Por mi parte, son de hecho las cuanto menos elocuentes decisiones políticas que se han podido ver últimamente las que me han llevado a escribir finalmente sobre este tema. Por supuesto, está la decisión de Theresa May en Gran Bretaña de considerar los tribunales islámicos como benéficos y de confiar la investigación a propósito del respeto de la igualdad de género en dichos tribunales a personas parciales. En efecto, una carta abierta firmada por más de doscientas mujeres y asociaciones británicas e internacionales había puesto en tela de juicio la presencia de teólogos y responsables religiosos en la comisión encargada de la investigación. Más cerca, en Francia, también se han efectuado verdaderas decisiones políticas encubiertas. Había mencionado en mi artículo “Violencia invisible y amor basura” que Valérie Pécresse había retirado la financiación a los estudios de género en la región Ile-de-France, añadiré ahora que entre los nuevos temas susceptibles de recibir financiación se encuentran el Islam y el islamismo. Se intuye claramente el potencial político que puede tener la decisión de sustituir “género” por “islam” en financiamientos de investigación, de donde el interés, me parece, de saber de qué Islam se habla y qué abarcan esas decisiones.
Pues es en efecto molesto para el/la ciudadan@ ver avanzar a nuestros políticos como a ciegas sobre estas cuestiones, dando por naturales las auténticas decisiones políticas que toman. Está en primer lugar la decisión política de hacer caso omiso de las voces críticas que se alzan desde dentro del Islam. A pesar de su existencia, es habitual proceder de manera finalmente bastante colonial, considerando casi el Islam inherente a un criterio étnico. Cuando un@ viene de un país como España, donde durante 40 años nos han dicho y repetido que el catolicismo era inherente al ser español, constatar la total exclusión de esas voces discordantes resulta del todo chocante. Tanto más por cuanto que a nivel discursivo todo sucede como si ideas como la laicidad o la separación de lo religioso y lo político sólo pudieran ocurrírsele a Occidente, algo que a mi modo de ver resulta verdaderamente paternalista.
Finalmente, está la decisión política de no darle una lectura de género a acontecimientos como los sucedidos en Colonia y en Europa del Norte. Una agresión sexual siempre es una cuestión de poder, y éstas no son excepción. Claro que se pueden concebir las derivas xenófobas o fascistas que se han querido evitar, pero somos muchos los que pensamos que un problema que no se soluciona nunca se resuelve solo y no hace en general más que crecer. De donde el interés de armarse de valor, abrir el diálogo sobre estos temas y tomar las medidas necesarias para evitar que aumenten las tensiones. No olvidemos que durante las décadas de los años sesenta y setenta la mayoría de los países musulmanes habían recorrido mucho camino en la emancipación de las mujeres sin haber cambiado de religión.