Heptalogue pour une société non violente, 2 : transformer les subjectivités

Mon heptalogue se poursuit, aujourd’hui…

 

Le principal facteur déclencheur de violences relationnelles se trouve être le schéma relationnel et d’attribution d’identités lui-même qui niche au creux de nos subjectivités. A la vision du monde qui s’est formée au cours de notre existence, se joint celle dont nous pourvoit la culture. S’il est vrai que les cultures de la planète sont diverses, toutes sont patriarcales, et en cela elles partagent les mécanismes de violence relationnelle, qui reposent sur les notions de hiérarchie, d’appartenance et d’altérité, de même que sur leur perception.

De hiérarchie, entre les hommes et les femmes, entre individus suivant les différents marqueurs sociaux de classe et de race, dans le milieu professionnel suivant les codes stipulés ; d’appartenance, d’un individu au groupe, et d’un individu à un autre, suivant les pactes symboliques qui informent le social ; d’altérité, suivant les différences de sexe, de classe, de race dont le monde est pourvu. Pour les trois, une certaine violence normalisée marque les limites du concept, et s’abat depuis l’invisibilité sur l’individu se trouvant dans le pôle faible : l’inférieur de la hiérarchie ; l’objet de l’appartenance ; l’autre de l’altérité.

Obtenir une société moins violente, si tant est qu’une société non-violente soit possible, passe forcément par transformer les subjectivités. En effet, les mécanismes évoqués exigent que chacun des acteurs de la même pièce de théâtre fatidique, qui se déroule pratiquemment toujours au même ryhtme, se reconnaisse dans son rôle et connaisse celui-ci. Que le fort soit fort, dominateur, qu’il mérite qu’on lui fasse révérence ; que le faible se croit fragile, vulnérable, sur le point de fléchir ; que tous deux entrent, parfaitement, dans leur rôle complémentaire. Force et faiblesse sont deux concepts qui nous semblent aujourd’hui évidents et cependant ils ont peu d’univocité. Nous les mesurons, en général, en effet, en termes de force brute et de déconnexion émotionnelle. Les choses ne sont pas si claires. L’intelligence devrait être considérée comme une force à part entière. On a eu l’occasion de constater lors de guerres comme celle de Vietnam que les vétérans les plus cultivés présentaient moins de séquelles sur le plan psychique que les moins cultivés. La déconnexion émotionnelle se situe aux antipodes de la gestion émotionnelle, le cas se présentant souvent que la personne la plus donnée à la déconnexion puisse paradoxalement parfois se voir submergée par ses émotions, incapable de leur faire face. C’est là sans doute le mécanisme qui préside à bien de suicides masculins. Il devient dès lors évident que, en termes de survie, c’est bien plus dans la gestion des émotions que se trouve la force. Et cependant la subjectivité majoritaire nous dicte le contraire, et produit même en série des identités fortes conçues sur ce modèle. La même subjectivité majoritaire qui fait que l’existence même du fort dépende de l’existence du faible, par l’agression.

L’avènement d’une société non violente passe donc par la transformation de la subjectivité qui lui est inhérente, et non par sa reproduction. Les mécanismes pour obtenir cette transformation sont connus. Ils passent par l’éducation, avec une plus grande formation dans les salles de clase et dans les institutions à propos des questions de genre et des mécanismes de violence relationnelle. Ils passent également par des expériences d’auto-connaissance, comme celles que l’on peut réaliser dans les domaines de la décolonisation culturelle de subjectivités. Une connaissance de l’identité de soi, acquise relativement à la marge des structures de genre et coloniales qui la dessinent. Ils passent, bien évidemment, par l’expression de voix qui émergent de cette auto-connaissance, pour affirmer sa nature la plus authentique.  

Pour ce qui est des violences, la transformation concerne donc les identités forte et faible, masculine et féminine, mais aussi les dynamiques et interactions qui s’installent entre elles, de même que les affects. Suivant les conceptualisations de Joan Tronto, les pôles de force et de faiblesse peuvent être pensés comme étant échangeables. Au-delà du fait que la définition de fort ou de faible puisse varier selon l’obstacle auquel ces identités se trouvent confrontées, chacun traverse en effet au cours de sa vie des moments de force et des moments de faiblesse. De la même façon, du point de vue relationnel, il faut penser à terme la différence en dehors des hiérarchisations ; et la faiblesse en tant qu’état conjoncturel, relatif à une situation donnée. A tout moment, l’on doit privilégier la coopération, la coordination et la différenciation sur la compétition. En ce qui concerne les affects, les sentiments de rivalité et de frustration doivent être autoconscients pour l’individu, justement pour donner une issue à la violence qu’ils peuvent générer, soit par des mécanismes alternatifs à la catharsis, tels que la sublimation, soit par une catharsis inoffensive, comme peut l’être un sport violent.

Seule d’une totale transformation de la subjectivité actuelle pourra venir une société moins violente. Tant de par la façon dont celle-ci altérera les identités que par la façon dont elle altérera leurs interactions.

 

 

 

 

Heptálogo para una sociedad no violenta, 2 : transformar las subjetividades

 

El heptalogo continua, hoy…

 

El desencadenante de la violencia relacional se encuentra en el propio esquema relacional y de atribución de identidades que anida en nuestras subjetividades. Al punto de vista sobre el mundo construido durante nuestra existencia, se agrega aquel que nos confiere la cultura. Si bien las culturas del planeta son variopintas, todas son patriarcales, y en esto comparten los mecanismos de la violencia relacional, que reposan sobre las nociones de jerarquía, de pertenencia y de alteridad y sus percepciones.

De jerarquía, entre hombres y mujeres, entre individuos según los distintos marcadores sociales de clase y de raza, en el ámbito profesional según lo estipulan sus códigos ; de pertenencia, de un individuo al grupo, y de un individuo a otro, según los distintos pactos simbólicos que vertebran lo social ; de alteridad, según todas las diferencias de sexo, clase, raza que depara el mundo. En las tres, cierta violencia normalizada marca el propio límite del concepto, y se abate desde la invisibilidad sobre el individuo que reside en el polo débil : el inferior de la jerarquía ; el objeto de la pertenencia ; el otro de la alteridad.

Obtener una sociedad menos violenta, si tanto es que una sociedad no-violenta sea del todo posible, pasa forzosamente por una transformación de las subjetividades. En efecto, los mecanismos ya evocados exigen que cada uno de los actores de la misma fatídica pieza teatral que se desarrolla, casi siempre igual, se reconozcan en el rol y sepan su papel. Que el fuerte se sepa fuerte, dominador, meritorio de reverencia ; que el débil se crea frágil, vulnerable, a punto de quebrarse ; que ambos entren, perfectamente, en su papel complementario. Fuerza y debilidad son dos conceptos que nos parecen hoy evidentes y sin embargo tienen poco de unívoco. Los medimos en general, en efecto, en términos de fuerza bruta y de desconexión emocional. Las cosas no son tan claras. La inteligencia debería ser contemplada como fuerza a partes enteras –no en vano se ha demostrado en guerras como las de Vietnam que los veteranos mas cultos presentaban menos trastornos psíquicos que los menos cultos. La desconexión emocional se sitúa en las antípodas de la gestión emocional, dándose el caso de que la persona más adepta de la desconexión pueda verse a veces paradójicamente sumergida por las emociones, incapaz de hacerle frente. Este es sin duda el mecanismo que preside a muchos suicidios masculinos. En meros términos de supervivencia, a la vista queda pues que la fuerza reside mas bien en la gestión emocional. Y sin embargo la subjetividad mayoritaria nos dicta lo contrario, y hasta produce en serie las identidades fuertes confeccionadas sobre ese modelo. La misma subjetividad que hace que el fuerte dependa del débil para existir, por medio de la agresión.

Una sociedad no violenta pasa por tanto por una transformación de la subjetividad, no por su reproducción. Los mecanismos para dicha transformación son conocidos. Pasan por la educación, con una mayor formación en las aulas y en la institución de temáticas aferentes al genero y de los mecanismos de violencia relacional. Pasan también por experiencias de autoconocimiento no condicionado, como las que se pueden realizar en los ámbitos de la descolonización cultural de subjetividades. Un conocimiento de la propia identidad, relativamente en margen de las estructuras de género y coloniales que las dibujan. Pasan, claro, por la expresión de voces que emerjan de ese autoconocimiento para afirmarse en su genuina naturaleza.

La transformación en lo que respecta a las violencias concierne por tanto a las identidades fuerte y débil, masculina y femenina, pero también a las dinámicas e interacciones que se instalan entre ellas y los propios afectos. A imagen de lo formulado por Joan Tronto, los polos de fuerza y debilidad pueden pensarse como intercambiables. No ya porque la definición de lo fuerte o lo débil pueda variar según el obstáculo a confrontar, sino porque cada un@ atraviesa a lo largo de su vida momentos de fuerza y de debilidad. Del mismo modo, en el ámbito relacional se debe pensar a término la diferencia en tanto que diferencia no jerarquizada ; la debilidad en tanto que estado coyuntural y relativo a una situación dada. En todo momento a la competición se debe privilegiar la cooperación, la coordinación, la diferenciación. En lo que respecta a los afectos, los sentimientos de rivalidad y de frustración deben ser del todo autoconscientes para el individuo, justamente para dar salida a la violencia que pueden generar ya por mecanismos alternativos a la catarsis, como la sublimación, ya por una catarsis inofensiva, como un deporte violento.

Sólo de una total transformación de la subjetividad actual podrá venir una sociedad menos violenta. Tanto por la medida en que ésta alterará las identidades como por la medida en que alterará sus interacciones.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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