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Billet de blog 10 janvier 2019

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Du viol et de la verbalisation

Le tabou du viol est presque universel. La définition la plus simple de la violence de genre est la réduction normalisée de l’individu au statut d’objet. Précisément parce qu’il est une négation en essence, le viol, comme le reste des violences de genre, guérit par la verbalisation.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J'ai rédigé Le symbolique est politique il y a quelques années, en guise d’exorcisme de deux expériences personnelles, une relation de violence dans le couple et un harcèlement professionnel. Je n’ai porté plainte pour aucune d’entre elles. En parallèle, j’ai contacté des secteurs de gauche, mue à l’époque par le besoin existentiel de mener le genre à la sphère politique, un besoin de me sentir exister. J’ai supporté à l’époque stoïquement bien des insultes pendant que je rédigeais l’essai.

Depuis, j’ai vécu durablement le même conflit sémantique autour du viol. La définition la plus simple de la violence de genre est la réduction normalisée de l’individu au statut d’objet. Il n’est pas surprenant, dès lors, qu’un des besoins basiques exprimés par tant de féministes, déjà mentionné par Simone de Beauvoir, soit celui de ne pas être un objet pour l’autre ; celui de ne pas exister pour l’autre. Une aspiration qui semble aller de soi et qui apparaît au contraire comme fondamentalement absurde dès lors que, structurellement, celui-ci n’existe que de façon relative à un autre pensé en tant qu’objet.

Le viol est la violence objectivante par antonomase. La violence, aussi, qui conjugue sanction et domination. Une infraction du corps et une négation réitérée. L’on nie l’individu du point de vue individuel avec le viol –son désir, sa volonté. L’on nie l’individu du point de vue social avec le viol –ses mots, son vécu.

Précisément parce qu’il est une négation en essence, le viol, comme le reste des violences de genre, guérit par la verbalisation. Dire. Une fois et une autre. Dire. Ce qui s’est passé. Ce que j’ai senti. Ce que j’ai vécu. Ce que je ne suis pas : une dépouille ; un débris ; un non-moi.

Le tabou du viol est presque universel. Le corps violé perd symboliquement la capacité d’être la propriété privée d’un homme et cesse en cela, culturellement, d’être un corps. Pour la femme, l’infraction est plus ontologique : passer d’être moi à être objet ; passer d’exister socialement à inexister socialement. En tant que possibilité de sanction, pour l’homme, le viol garantit qu’il n’existe pas de sexualité hors-temps ; constitue la garantie de l’existence d’une sexualité sur commande.

Comment est-elle la jouissance sexuelle de l’homme ? S’il est vrai que l’on ne pourra jamais imaginer les expériences du monde que nous n’aurons pas, celle-ci constitue l’une de celles qui nous manqueront. Elle aura pourtant pesé sur nos vies, toutes entières organisées pour nous décrire en tant qu’objet sexuel et reproductif.

Il n’empêche, du point de vue ontologique, une fois surmonté le viol libère de ce poids ; du poids du corps vécu comme objet sexuel, consommé par l’autre. La sexualité est présente et cependant la femme découvre qu’il existe un au-delà de son aspect sexuel. Elle est une âme. Un esprit. Elle est action, affectivité, émotivité. Elle est une sexualité, aussi. Mas pas seulement une sexualité, et surtout pas une sexualité sur commande. La femme toute entière change de sens, de façon d’être dans le monde. Elle gagne en profondeur. Elle n’est plus objet. Elle cesse d’être un sexe, pour posséder un sexe et une sexualité, parmi tant d’autres choses.

Il déplaît, et déplaira, cet être féminin dans le monde non réductible à sa sexualité.

Violaciones, verbalizaciones

Redacté Lo simbólico es político hace unos años como exorcismo de dos experiencias personales, una relación de violencia de pareja y un acoso laboral. No denuncié ninguna.

En paralelo contacté con sectores de izquierda, movida por aquel entonces por una necesidad existencial de llevar el género a la política, una necesidad de existir. Soporté por aquel entonces estoicamente muchos insultos mientras redactaba el ensayo.

Desde entonces, he vivido durablemente el mismo conflicto semántico en torno a la violación. La definición mas sencilla de la violencia de género es la reducción normalizada de un individuo al estatus de objeto. No sorprende que la necesidad básica de tantas feministas, ya expresada por Simone de Beauvoir sea la de no ser objeto para el otro ; la de existir para el otro. Una aspiración que parece obvia y que sin embargo resulta fundamentalmente absurda cuando estructuralmente éste no existe sino de forma relativa a otro que es pensado en tanto que objeto.

La violación es la violencia objetificante por antonomasia. La violencia, también, que conjuga sanción y dominación. Una infracción del cuerpo y una negación reiterada. Se niega al individuo a nivel individual con la violación –su deseo, su voluntad. Se niega al individuo a nivel social con la violación –su palabra, su vivencia.

Precisamente porque es una negación en esencia la violación, como el resto de las violencias de género tiene como cura la verbalización. Decir. Una y otra vez. Decir. Qué sucedió. Qué sentí. Qué viví. Qué NO soy : un despojo ; un deshecho ; un no-yo.

El tabú de la violación es casi universal. El cuerpo violado pierde simbólicamente la capacidad de ser propiedad privada de un hombre y deja, por ello mismo, culturalmente, de ser cuerpo. Para la mujer, la infracción es mas ontológica : es el paso de ser yo a ser cosa ; también de existir socialmente a inexistir socialmente. En tanto que posibilidad de sanción, para el hombre, la violación garantiza que no exista sexualidad a destiempo, constituye la garantía de una sexualidad por encargo.

¿Qué goce sexual tiene un hombre ? Si tanto es que nunca podremos imaginar las experiencias del mundo que no tendremos, ésta es una que siempre nos faltara. Habrá pesado sobre nuestras vidas, enteras organizadas para describirnos en tanto objeto sexual y reproductivo.

Lo cierto es que a nivel ontológico, un a vez sobrepasada, la violación libera de ese peso ; del peso del cuerpo como cosa sexual de consumo ajeno. La sexualidad esta presente y sin embargo la mujer descubre que existe mas allá de su aspecto sexual. Es alma. Es mente. Es acción, afectividad y emotividad. Es sexo, también. Pero no solo sexo, no sexo por encargo. La mujer entera cambia de sentido, de ser en el mundo. Gana en profundidad. Deja de ser objeto. Deja de ser sexo, para tener un sexo y una sexualidad, entre tantas cosas.

No gusta, ni gustara ese ser en el mundo femenino no reductible a su sexualidad.

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