Cartographie de mon féminisme, II. Féminisme et libéralisme

Je poursuis ma réflexion théorique par ce deuxième volet, visant à éclaircir les rapports qui s’établissent entre féminisme et libéralisme.

C’est une chose acquise : en tant que courant de pensée, le féminisme naît des Lumières, plus concrètement du constat que font à cette époque là les femmes, et quelques hommes, de l’exclusion de celles-ci de la catégorie d’universel. En effet, c’est pratiquement dès la Révolution que cette catégorie, qui avait mis le monde sens dessus-dessous, leur apparut fermée, les premières lois promulguées par les hommes les excluant déjà.

Le libéralisme naît, lui aussi, des Lumières. Les notions de bonheur et celle d’individu constituent son socle idéologique. Cela paraît peu vraisemblable si on regarde la chose depuis notre position d’un capitalisme tardif qui met la planète en sursis, et pourtant : le but premier du libéralisme était de façonner une société qui cheminerait vers la plénitude de tout individu et le bonheur généralisé, censé découler du bonheur et de la plénitude que chaque individu serait capable d’obtenir pour lui. Les choses ont en effet beaucoup évolué en trois siècles pour le libéralisme. Si dans ses premiers temps il fut à l’origine de la gestation de pays où le joug religieux fut rompu -Républiques françaises ; Etats-Unis- il va assez rapidement évoluer vers la mise en place de formes d’exploitation relativement subtiles, mais sans concessions, de plusieurs catégories d’individus -la classe ouvrière ; les femmes ; les sujets coloniaux- dont beaucoup demeurent encore aujourd’hui. C’est bien en effet la pensée libérale qui finit par engendrer le système socio-économique dans lequel nous évoluons aujourd’hui, le système capitaliste. En effet, si l’objectif philosophique qui était en théorie celui du libéralisme peut sembler idéal : bonheur et plénitude de l’individu, les moyens pour l’atteindre constituèrent son dévoiement. Le droit individuel à la propriété par exemple devint le socle d’une pensée dont purent rapidement s’emparer les politiciens conservateurs. Par ailleurs, l’excessive valorisation de l’individu eut tendance à effacer ce qui dans l’individu relevait du commun de l’appartenance au groupe. La société était pensée comme une simple somme d’individus, sans envisager qu’en réalité elle était bien supérieure à cette somme. L’autre péché originel du libéralisme est sans doute de penser que les individus « égaux » agissent librement, naturellement, selon leur volonté, et que l’interaction de ces volontés permet d’atteindre un équilibre idéal, qui ne doit être troublé par aucune intervention (et surtout pas celle d’un Etat). C’est ce principe que l’on retrouve formulée dans la métaphore plus que célèbre d’Adam Smith de « la main invisible du marché ».

Le féminisme, de son côté, a lui aussi beaucoup évolué en trois siècles et a acquis dans certains pays dont l’Espagne un tel développement que les diversifications qu’il entraîne rendent nécessaires pour toute personne souhaitant en parler de dresser une cartographie minimale comme celle dont je m’acquitte dans cette série. Il est ainsi fréquent que le capitalisme cherche à s’approprier où à se rapprocher du féminisme, dans de véritables manœuvres d’amadouement. Les évolutions de certaines femmes dans le monde de l’entreprise ou celui de la politique sont ainsi bien mises en avant, alors même que ces femmes ne sont que l’exception qui confirme la règle, on peut penser à Christine Lagarde. Certaines mesures sont de même très ressassées par le monde politique, alors même qu’elles sont loin d’être scrupuleusement respectées, telles que les quotas ou la parité. Il n’est pas étonnant que le monde libéral cherche à apprivoiser le féminisme : son potentiel subversif est, en fait, plus grand que celui du marxisme, entre autres parce qu’il reconnaît que les inégalités ne sont pas seulement de l’ordre de l’économique, mais aussi de celui du symbolique, en relation par exemple avec le genre ou la race telle qu’elle a été fabriquée au XIXe siècle par l’anthropologie biologique.

Cependant, le monde libéral aura beau chercher à apprivoiser le féminisme, tous deux sont fondamentalement opposés. Si la théorie des libéraux de la première heure n’était sans doute pas si terrible que cela, l’évolution du système socio-économique qu’a produit ce système de pensée ne peut pas être plus éloignée du féminisme. Chaque individu ne travaille pas seul à son bonheur, mais il fait travailler ceux que le système socio-économique a par avance subordonnés. C’est là en effet la ruse principale du système capitaliste : toute une série d’individus ont été au préalable subordonnés pour que puisse se produire l’accumulation primitive. Ainsi, l’actuelle version du libéralisme n’est en réalité qu’un système de domination calquée sur le système de domination patriarcal : un système qui repose sur la prédation -des ressources, des forces vives de ceux qui sont marqués comme « autres »-, la hiérarchisation donnée d’entrée puis l’exploitation invisibilisée de ceux qui se trouvent à la base de la pyramide et que le libéralisme tend à présenter comme « naturelle ».

Non seulement le féminisme et le libéralisme cohabiteraient mal ensemble, car les femmes comptent parmi les premiers individus à être exploités pour les besoins du capitalisme, mais ils s’excluent dans la logique elle-même qui leur sert de base fondatrice. Le féminisme ne doit pas perdre de vue son objectif de parvenir à une société caractérisée pour son horizontalité, l’égalité des individus qui la composent, puis par l’existence de communautés qui ne sacrifient pas à leurs intérêts l’individu -comme cela était le cas dans les dérives qu’ont connues la plupart de régimes socialistes-, s’il veut rester féminisme. Or, cela est fondamentalement incompatible avec la pensée libérale, dont le régime socio-économique le plus caractéristique repose en réalité sur la subordination préalable de toute une catégorie d’individus dont l’exploitation se trouve niée et invisibilisée, car pensée « naturelle ».

L’histoire l’aura largement démontré : sa capacité à phagocyter puis à intégrer à son corps toute pensée, discours ou pratique dissidente constitue sans doute la force majeure du capitalisme. Raison de plus pour le féminisme de ne pas perdre de vue ses fondamentaux et de rester vigilant si nous voulons parvenir, dans un futur qui ne serait plus très lointain, à de véritables sociétés féministes.

 

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 Gustav Moreau, Le Sphinx victorieux (détail), 1886.

 

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Cartografía de mi feminismo, II. Feminismo y liberalismo

 

Prosigo mi reflexión teórica con esta segunda propuesta, que trata de aclarar las relaciones que se establecen entre feminismo y liberalismo.

 

Es ya algo admitido: en tanto que corriente de pensamiento, el feminismo nace de la Ilustración, más concretamente de la constatación que en aquella época hicieron las mujeres, y algunos hombres, de la exclusión de la categoría de universal que afectaba a éstas. En efecto, es ya desde la Revolución Francesa cuando esa categoría, que había descolocado el mundo, se les reveló cerrada, puesto que las primeras leyes promulgadas por los hombres las excluían.

El liberalismo también nace de la Ilustración. Las nociones de felicidad y de individuo constituyen su base ideológica. Parece poco verosímil si se contempla desde nuestra posición de un capitalismo tardío que esta poniendo al planeta entre la espada y la pared y sin embargo es cierto: el primer objetivo del liberalismo era el de crear una sociedad que se encaminase hacia la plenitud de todos sus individuos y la felicidad generalizada, que se suponía había de derivar de la felicidad y de la plenitud que cada individuo fuese capaz de obtener para sí. Las cosas han cambiado mucho, en efecto, en tres siglos para el liberalismo. Si en un primer momento estuvo en el origen de la gestación de países desembarazados del yugo religioso -Republicas francesas; Estados Unidos-, muy rápidamente va a evolucionar hacia la puesta en marcha de formas de explotación relativamente sutiles, pero férreas, de varias categorías de individuos – la clase obrera; las mujeres, los sujetos coloniales- de las cuales muchas aun lo están hoy día. Es en efecto el pensamiento liberal el que termina por engendrar el sistema socioeconómico en el que hoy nos movemos, el sistema capitalista. En efecto, si el objetivo filosófico que era en teoría el del liberalismo puede parecer ideal: obtener la felicidad y la plenitud del individuo, los medios para llegar a él lo traicionaron. El derecho individual a la propiedad por ejemplo se convirtió en la base de un pensamiento del que rápidamente pudieron ampararse los políticos conservadores. Además, la excesiva valorización del individuo tuvo tendencia a borrar lo que en éste se refería a la común pertenencia a un grupo. La sociedad era pensada como una simple suma de individuos, sin contemplar que en realidad era muy superior a esta suma. El otro pecado original del liberalismo es sin duda pensar que los individuos “iguales” actúan libremente, naturalmente, según su voluntad, y que la interacción de esas voluntades permite alcanzar un equilibrio ideal, que no debe ser perturbado por ninguna intervención (y desde luego no la del Estado). Es ese principio el que expresa la mas que conocida metáfora de Adam Smith de “la mano invisible del mercado”.

Por su parte, el feminismo también ha evolucionado mucho en tres siglos y ha adquirido en algunos países, entre los cuales España, tal desarrollo que sus diversificaciones obligan a toda persona que desee hablar de él a esbozar una mínima cartografía como la que estoy esbozando en esta serie. De este modo, no es poco frecuente que el capitalismo trate de apropiarse o de acercarse al feminismo, en verdaderas maniobras de amaestramiento. Los desempeños de algunas mujeres en el mundo de la empresa o el de la política son así muy comentadas, aún cuando esas mujeres sólo son excepciones que confirman la regla, se puede pensar en Christine Lagarde. Algunas medidas son también muy comentadas por el mundo de la política, incluso si todavía están lejos de ser escrupulosamente respetadas, tales como las cuotas o la paridad. No es extraño que el mundo liberal trate de ganarse al feminismo: su potencial subversivo es, en realidad, mayor que el del marxismo, entre otros motivos porque reconoce que las desigualdades no son solo las del orden económico, sino también las del orden simbólico, en relación por ejemplo con el género o la raza tal y como ha sido fabricada en el siglo XIX por la antropología biológica.

Sin embargo, por más que el mundo liberal trate de ganarse al feminismo, ambos se encuentran diametralmente opuestos. Si la teoría de los primeros liberales no era sin duda tan horrible, la evolución del sistema socioeconómico que produjo ese sistema de pensamiento no puede encontrarse más alejada del feminismo. Los individuos no trabajan solos en obtener su felicidad, sino que hace trabajar a aquellos que el sistema socio económico ha subordinado por adelantado. Esta es, en efecto, una de las mayores tretas del capitalismo: toda una serie de individuos han sido previamente subordinados para que pueda producirse la acumulación primitiva. De este modo, la actual versión del liberalismo no es en realidad sino un sistema de dominación calcado sobre el sistema de dominación patriarcal: un sistema que reposa sobre la predación -de los recursos, de las fuerzas vivas de aquellos que han sido marcados como “otros”-, la jerarquización dada de entrada y la explotación invisibilizada de aquellos que se encuentran en la base de la pirámide y que el liberalismo tiende a presentar como “natural”.

No solo el feminismo y el liberalismo cohabitarían mal, pues las mujeres se encuentran entre los primeros individuos explotados para las necesidades del capitalismo, sino que se excluyen en la lógica misma que les sirve de base fundadora. El feminismo no debe perder de vista su objetivo de conducir a una sociedad caracterizada por su horizontalidad, la igualdad de los individuos que la componen y la existencia de comunidades que no sacrifiquen el individuo a sus intereses -como era el caso en las derivas que han conocido la mayoría de los regímenes socialistas-, si quiere seguir siendo feminismo. Sin embargo, esto es fundamentalmente incompatible con el pensamiento liberal, cuyo régimen socioeconómico más característico reposa en realidad sobre la previa subordinación de toda una categoría de individuos cuya explotación se encuentra negada e invisibilizada, puesto que se la piensa como “natural”.

La historia lo habrá demostrado ampliamente: la capacidad de fagocitar e integrar a su cuerpo todo pensamiento, discurso o practica disidente constituye sin duda la fuerza mayor del capitalismo. Razón de más para el feminismo de no perder de vista sus fundamentos y de permanecer vigilante si queremos llegar, en un futuro ya no muy lejano, a gestar verdaderas sociedades feministas.

 

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