Des vies qui comptent : du danger de l'abdication de l’Etat à nous défendre tout·e·s

A propos de l’évolution qui suit la sentence émise pour l’affaire de « la Meute », je profite, puisque c’est là mon dernier billet de l’année scolaire en cours, pour conseiller deux lectures profitables concernant le thème de la violence. Toutes deux mettent bien en relief sa nature de dynamique.

J’ai beaucoup travaillé sur le sujet de la violence depuis le lancement du projet du colloque « Nouveaux Imaginaires du Féminin », observant ses mécanismes dans la société, lisant toute sorte d’essai et de témoignage, réfléchissant. Malheureusement, les événements qui viennent alimenter la réflexion, dans un sens ou dans l’autre, sont nombreux. Le dernier d’entre eux est constitué par la découverte dans la presse, non seulement du fait que « la Meute » fait appel, chose que je savais déjà, mais encore du fait que le garde civil, Antonio Manuel Guerrero Escudero, demande à être mis en liberté en attente du procès en appel, parce qu’il est le père d’une petite fille –précisément une petite fille- d’un an.

En dehors de ce que l’on peut penser de celui qui sollicite la clémence, après avoir encerclé et agressé de façon si inclémente, à cinq adultes, une jeune fille seule, il faut dire qu’il est en réalité assez important que ces individus demeurent en prison. Non seulement pour la possibilité qu’ils puissent ou non recommencer –le cas d’une agression sexuelle précédent les événements de Pampelune et qui est en attente de jugement montre bien que ces faits semblent s’insérer dans une logique du « jusqu’où est-ce que je peux aller »-, mais parce que la vie de la jeune fille de Pampelune importe bel et bien. Il importe qu’elle ait la possibilité de se reconstruire du mieux qu’elle le pourra, de mener une vie la plus normale possible dans le futur –si tant est que ce qui lui est arrivé puisse s’insérer dans la normalité. Cette reconstruction passe par une reconnaissance sociale qui estime qu’elle est un être qui a des droits et une dignité ; un être dont l’intégrité physique, émotionnelle et psychique ne peut être malmenée pour alimenter le délire de grandeur d’êtres peu sophistiqués et primitifs. Puisque nous vivons en société, et que nous avons décidé de déléguer aux institutions la résolution de différends entre individus, c’est à la justice que ce rôle revient, que cela lui plaise ou non. Et la seule façon de le lui faire savoir est de laisser ces personnes aller jusqu’au bout de leur peine –en soi trop légère dans l’opinion de beaucoup- avec tout le déficit de vie qu’elle implique pour eux. Que cette fille soit certaine qu’elle importe est le prix social à payer pour que peut-être –si elle est forte- elle soit en mesure d’avoir un jour à son tour une petite fille d’un an. Et puis, en fin de compte, Antonio Manuel Guerrero Escudero peut toujours se consoler en se disant qu’il est fort possible que le fait que lui reste en prison aujourd’hui augmente les chances que personne ne s’autorise demain à faire sur sa fille ce qu’il a fait à cette jeune fille.

Cependant, lire dans la presse sa requête renvoie, si on conjugue cela à la légèreté de la peine en comparaison à ce que demandait le parquet, à certaines des interrogations que soulève la violence, concrètement à celles que peut poser l’abdication de l’Etat à en préserver certaines catégories de citoyens. Toutes les communauté envers lesquelles l’exercice de la violence a pu se trouver socialement légitimé y ont réfléchi à un moment ou à un autre : comment résoudre le dilemme entre le besoin de se défendre et la volonté de ne pas exercer la violence ? Bien entendu, pour que naisse la volonté de ne pas exercer la violence, il faut déjà un degré important de conscience du processus global. Et même dans ces conditions, quelles sont les possibilités réelles de NE PAS exercer la violence ? Sans que cela soit un appel à l’action directe, il faut bien reconnaître qu’il est puéril de s’obstiner à nier que l’abdication de l’Etat à défendre tous les citoyens rend plus prégnante la problématique de la violence individuelle, du simple fait que l’instinct de survie est quelque chose que nous possédons tous. Deux penseuses privilégiées, Judith Butler et Elsa Dorlin, ont réfléchi à propos de la violence utilisée pour se défendre, j’ai eu l’occasion –et la chance- de les lire toutes les deux.

Il est fort possible qu’en tant que lesbienne déclarée et militante, Judith Butler ait eu une expérience directe en tant que cible de violences, surtout compte tenu du fait que l’acceptation sociale de l’homosexualité a été en grandissant au cours du XX siècle, mais que cela ne s’est pas fait sans combats. Cependant, jusqu’aux événements du 11 septembre 2001, ses réflexions concernaient surtout la violence que le dispositif normatif de genre exerçait sur les identités. C’est après cette date qu’elle élargit l’idée de vulnérabilité des corps, à partir du constat du différentiel d’appréciation dans l’importance des vies humaines que ce drame lui permet de faire : quelles sont les vies qui comptent ? Il faut dire à ce propos, qu’il est admirable qu’elle ne borne pas sa réflexion à l’éventuelle violence subie, mais qu’elle aborde aussi la violence exercée. Cela dénote une maturité de la pensée qu’il est vain de mentionner chez quelqu’un de la taille intellectuelle de Butler, mais qui n’en est pas moins méritoire chez ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont pu être exposés à la violence en devenant leur cible. Butler arrive à l’idée que le tabou de la violence, si tant est qu’il existe, est toujours sujet à exceptions : il y aura toujours une violence qui nous semblera « légitime ». Dans les groupes les plus sujets à la subir –« minorités » sexuelles, raciales…- l’exception concernera la violence destinée à se préserver soi-même, et à préserver les siens, des menaces futures. Il s’agit de toute évidence d’une réflexion globale destinée à mettre à jour la façon de briser radicalement le cercle de la violence.

Elsa Dorlin aborde dans son travail plus récent cette même problématique, l’accentuant si cela est possible, car elle concentre sa réflexion sur l’exercice d’autodéfense qu’ont pu mettre en place tout au long de l’histoire les groupes auxquels la société interdisait tacitement de se défendre, ceux chez qui l’exercice de la violence constituait un tabou infranchissable : les Juifs en Europe, en particulier aux prémices du régime nazi ; les Afro-américains, tant à l’époque de l’esclavage qu’à celle de la ségrégation raciale ; les femmes. Le parcours qu’elle effectue fait apparaître rapidement que les stratégies de défense mises en place par certains de ces groupes débouchent facilement sur une plus grande fragilité d’autres groupes : la resignification en force que le collectif afro-américain met en place grâce à l’exacerbation de l’idée de virilité débouche ainsi sur l’exclusion relative, et donc la fragilisation, des collectifs des femmes et des homosexuels. A l’inverse, la resignification en force que font d’eux-mêmes les collectifs homosexuels des Etats-Unis tend à situer dans une place de plus grande vulnérabilité l’homme noir, dans la mesure où ils prennent pour modèle l’homme blanc, athlétique et autonome. Finalement, le parcours que fait Dorlin montre également que la question de la défense des groupes vulnérables peut être instrumentalisée de façon à justifier la violence exercée sur d’autres groupes vulnérables : c’est une logique qui encore aujourd’hui a cours, comme l’ont montré les événements survenus à Cologne durant la nuit du réveillon de 2016, mais qui était exacerbée aux Etats-Unis à l’époque de la ségrégation. En effet, à cette époque le fantasme du viol des femmes blanches par des hommes noirs –fait en réalité très peu fréquent- a servi de façon réitérée de prétexte aux lynchages racistes d’Afro-américains.

Précisément parce que la violence est une spirale infinie, il est de vitale importance que l’Etat n’abdique en aucun cas de la défense de toutes les catégories d’individus qui forment une société. On comprend, bien sûr, le slogan que scande le féminisme concernant « l’autodéfense féministe », et il est louable. Il se destine à asseoir l’empowerement des femmes. Cependant, toute personne ayant réellement réfléchi à la violence sait que l’autodéfense ne peut être qu’une étape intermédiaire dans la conquête du plein droit à être défendu ; que l’Etat ne peut abdiquer dans son rôle de rendre la justice, une justice impartiale non machiste. Quelles sont les vies qui importent ? La vie de la jeune victime de « la Meute » importe, que cela soit du goût ou non et de l’institution et du machisme, autant que celle de la fille de Antonio Manuel Guerrero Escudero. Je dirais même plus : elle importe autant que la vie de Antonio Manuel Guerrero Escudero lui-même. Non seulement la vie de cette fille importe, mais c’est la vie de toute sa catégorie d’individus qui importe, celle de la quantité d’adolescentes de 18 ans qui auraient pu perdre la piste de leurs amis dans les festivités de San Firmin et se trouver donc dans la même situation de cette fille, sans pour autant être obligées de subir un plus grand préjudice que celui de finir la fête plus tôt, parce que seule c’est moins drôle, et sans même avoir à vivre une crainte particulièrement prononcée sur le chemin de retour à l’hôtel.

Les vies de ces adolescentes importent. Il est donc urgent que la justice le leur fasse savoir, qu’elle leur fasse savoir au nom de toute la société que ce qui est arrivé à cette fille, qui aurait pu être n’importe quelle fille, n’est pas normal ; qu’elle leur fasse savoir que les hommes qui maintenant se trouvent en prison ne représentent pas la société. Il est impossible d’évaluer de façon objective une perte subjective, ainsi on ne pourra pas dire qui perd le plus, si c’est Antonio Manuel Guerrero Escudero ne voyant pas grandir sa fille, ou cette fille qui ne sera peut-être plus en mesure d’établir un rapport normal à un homme, qui ne pourra peut-être pas faire l’expérience de la maternité, parce que Antonio Manuel Guerrero Escudero en a décidé ainsi. C’est un débat dans lequel nous ne trancherons malheureusement pas –par l’âge des deux, je dirais que, quand bien même « la Meute » aurait dû purger les plus de vingt ans sollicités par le parquet, c’est sans doute la jeune fille qui perd le plus. Cependant, ce qui nous apparaît clairement, c’est que la seule chance qu’a quelqu’un de si jeune et de si brutalement agressé de se reconstruire passe par ce que ces hommes ne sortent pas de la prison avant l’heure et ne voient pas grandir leurs filles. Le procès de reconstruction des victimes, celui du retour à une normalité relative d’individu autonome, est un procès dont la justice ne peut s’extraire, si elle veut être digne de porter ce nom.

 

 

Butler, Judith, Vies précairse. Les pouvoirs du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001, Paris, ed. Amsterdam, 2005.

Dorlin, Elsa, Se défendre. Une philosophie de la violence, Paris, La Découverte, 2017.

Calderon, Sara, Le symbolique est politique. Quel projet politique pour contrer les violences interrelationnelles structurelles?. Nouveaux Imaginaires du Féminin, Sep 2017, Nice, France. Nouveaux Imaginaires du Féminin (1), 2018, Nouveaux Imaginaires. 〈halshs-01740600v2〉

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01740600

 

 

 

 

Vidas que importan : de los peligros de que el Estado abdique en la defensa de tod@s

 

A la luz de los derroteros que ha adquirido el asunto de la sentencia de la Manada, aprovecho, puesto que éste es el último artículo del blog de este curso escolar, para aconsejar dos lecturas saludables a propósito del tema de la violencia. Ambas ponen de relieve su naturaleza de dinámica.

 

Desde que se echó a andar el proyecto del coloquio « Nuevos Imaginarios de lo Femenino », he trabajado mucho sobre la violencia, observando sus mecanismos en lo social, leyendo todo tipo de ensayos y de testimonios, pensando. Son por desgracia frecuentes los acontecimientos que dan nuevos impulsos a la reflexión, en un sentido u en otro. El último de ellos es descubrir por la prensa no sólo que la Manada recurre su sentencia, algo que ya se sabía, sino que el guardia civil, Antonio Manuel Guerrero Escudero, solicita la puesta en libertad mientras espera el recurso, alegando que es padre de una niña – precisamente una niña- de un año.

Al margen de lo que se pueda pensar de quien solicita clemencia, después de acorralar y agredir de forma tan inclemente entre cinco adultos a una niña aislada, hay que decir que en realidad es bastante importante que esos individuos permanezcan en la cárcel. No sólo porque puedan o no reincidir –un caso anterior de agresión sexual cometida por ese grupo que está a la espera de juicio muestra que los hechos de Pamplona parecen insertarse en realidad en una lógica del “hasta dónde puedo llegar”-, sino porque la vida de la chica de Pamplona sí que importa. Importa que tenga la posibilidad de reconstruirse lo mejor que pueda, de hacer una vida futura lo más normal posible -si tanto es que lo que le ha sucedido se pueda insertar dentro de una normalidad- y ello pasa por que le hagan saber que la sociedad considera que ella es un ser con derechos y dignidad ; un ser cuya integridad física, emocional y psíquica no se puede vulnerar para alimentar el delirio de grandeza de seres toscos y primitivos. Puesto que vivimos en sociedad, y hemos decidido delegar en instituciones la resolución de diferendos entre individuos, le guste o no, es a la justicia a quien le corresponde hacerle saber eso a esa chica. Y la única manera de hacérselo saber es dejar a esas personas terminar su pena –de por sí en opinión de muchos demasiado ligera- con todo el déficit de vida que para ellos signifique. Que esa chica sepa eso es el precio social a pagar porque quizá –si es fuerte- ella esté en medida de tener un día una niña de un año. Además, a fin de cuentas, Antonio Manuel Guerrero Escudero siempre se puede consolar pensando que es muy posible que el que él permanezca hoy en la cárcel sirva para que nadie se autorice en un futuro a hacerle a su hija lo que él le hizo a esta chica.

Pero leer en la prensa este requerimiento devuelve, aunado a lo escaso de la pena en relación con lo solicitado por la fiscalía, a algunos de los interrogantes que plantea la violencia, concretamente a los que plantea la abdicación del Estado a preservar de ella a determinadas categorías de ciudadan@s. Todas las comunidades hacia las cuales el ejercicio de la violencia ha podido ser socialmente legitimado han reflexionado sobre ello en algún momento : ¿cómo resolver el dilema entre la necesidad de defenderse y la voluntad de no ejercer la violencia? Claro que para que nazca la voluntad de no ejercer la violencia, ya hay que adquirir un grado elevado de conciencia del proceso global. Pero, aún cuando se llega a ese grado, ¿cuáles son las posibilidades de NO ejercer la violencia? Sin llamar a la acción directa, parece pueril obstinarse en negar que la abdicación del Estado a defender a todos intensifica la problemática de la violencia individual, por el sencillo motivo de que el instinto de supervivencia es algo de lo que todos estamos dotados. Dos pensadoras privilegiadas, Judith Butler y Elsa Dorlin han reflexionado sobre el tema de la violencia en una perspectiva de defensa, he tenido la ocasión –y la suerte- de leerlas a ambas.

Es muy posible que, en tanto que lesbiana declarada y militante, Judith Butler tenga alguna experiencia directa de ser blanco de violencia, sobre todo habida cuenta de que la homosexualidad ha ido ganando en aceptación a lo largo del siglo XX, pero dicha aceptación no se ha hecho sin combates. Sin embargo, hasta los acontecimientos del 11 de septiembre de 2001, sus reflexiones concernían sobre todo la violencia que el dispositivo normativo de género puede ejercer sobre las identidades. Es después de esta fecha cuando se amplia la idea de la vulnerabilidad de los cuerpos, a partir de la constatación del diferencial de apreciación de importancia en las vidas humanas que ese drama le permite : ¿cuáles son las vidas que importan? A este propósito, es encomiable que no reflexione sólo sobre la eventual violencia sufrida, sino también sobre la violencia ejercida. Denota una madurez de pensamiento que es vano señalar en alguien de la talla intelectual de Judith Butler, pero que no es por ello menos meritoria en aquellos que, de un modo u otro, han podido sufrir violencia en tanto que blanco de ella. Butler llega así a la idea de que el tabú del ejercicio de la violencia, aún en el caso de que exista, siempre está sujeto a excepciones ; de que siempre habrá una violencia que nos parezca “legítima”, y de que en los grupos más particularmente vulnerados –“minorías” sexuales, raciales…- esta concernirá aquella ejercida para preservarse, a sí y a los suyos, de amenazas futuras. Obviamente, es una reflexión global encaminada a encontrar la manera de romper radicalmente el círculo de la violencia.

Elsa Dorlin aborda en su trabajo más reciente esta misma problemática, acentuándola si cabe, ya que se concentra sobre el ejercicio de autodefensa que han podido poner en marcha a lo largo de la historia los grupos a los cuales la sociedad les prohibía tácitamente defenderse, aquellos para los que el ejercicio de la violencia constituía un tabú insalvable : los judíos en Europa, en particular en los tiempos que precedieron en poco al régimen nazi ; los afroamericanos, tanto bajo la etapa colonial como durante la de la segregación ; las mujeres. El recorrido que efectúa pone rápidamente en evidencia que las estrategias de autodefensa puestas en marcha por algunos grupos desembocan fácilmente en una mayor precariedad de otros grupos : la propia resignificación de fuerza que pone en marcha el colectivo afroamericano a través de una exacerbación de la idea de virilidad tiende así a excluir, y situar por tanto en un lugar de mayor vulnerabilidad a la violencia, a mujeres y a homosexuales. A la inversa, la resignificación de fuerza que hacen los colectivos homosexuales estadounidenses, al tomar como modelo el hombre blanco, atlético, autónomo, tiende a situar en un lugar de mayor vulnerabilidad a la violencia al hombre negro, por excluirlo. Finalmente, el recorrido llevado a cabo por Dorlin muestra también que la cuestión de la defensa de grupos vulnerables puede instrumentalizarse de manera a justificar la violencia sobre otros grupos vulnerables : es una lógica que aún hoy tiene vigor, como demostraron los acontecimientos de Colonia en la Nochevieja de 2016, pero que se extremó en Estados Unidos durante la época de la segregación. En efecto, en este momento el fantasma de la violación de mujeres blancas por negros –que fue en realidad muy poco frecuente- sirvió de forma recurrente de pretexto a linchamientos racistas de afroamericanos.

Precisamente porque la violencia es una espiral infinita, es de extrema importancia que el Estado no abdique en ningún caso en la defensa de todas las categorías de individuos que componen una sociedad. Claro que se entiende, y es encomiable, el eslogan que repite el feminismo de “autodefensa feminista”, destinado a empoderar a las mujeres. Pero toda persona que ha reflexionado realmente sobre la violencia sabe que la autodefensa no puede ser más que una etapa intermedia en la conquista del pleno derecho a ser defendido ; que el Estado no puede abdicar en su papel de rendir justicia, una justicia imparcial no machista. ¿Qué vidas importan? La vida de la joven víctima de la Manada importa, les guste o no a la institución y al machismo, tanto como la de la hija de Antonio Manuel Guerrero Escudero. Es más : importa tanto como la del propio Antonio Manuel Guerrero Escudero. Importa, no sólo la de esa chica, sino la de su propia categoría de individuos, la de la cantidad de adolescentes de 18 años que podrían haber perdido la pista a sus amigos en las festividades de San Fermín y encontrarse por tanto en el lugar de esa chica, sin tener que llevarse mayor disgusto que el de terminar la fiesta antes de tiempo, porque sola es menos divertido, y sin siquiera pasar particular miedo de vuelta al hotel.

Las vidas de esas adolescentes importan. Urge por tanto que la justicia les haga saber, en nombre de toda la sociedad, que lo que le ha sucedido a esa chica, que podría ser cualquier chica, no es normal ; que los hombres que ahora están en la cárcel no representan a la sociedad. Resulta imposible valorar objetivamente una pérdida subjetiva, y así no se podrá decir en lo absoluto quién pierde más, si Antonio Manuel Guerrero Escudero no viendo crecer a su hija, o esta chica no pudiendo tener quizá nunca más en su vida una relación normal con un hombre, no pudiendo quizá conocer la experiencia de la maternidad, porque así lo quiso Guerrero Escudero. Por desgracia es un debate que no dirimiremos –por la edad yo diría que, aún cuando la Manada hubiera tenido que purgar los 22 años solicitados por la Fiscalía, sin duda es ella quien más pierde- pero lo que sí tenemos claro es que la única oportunidad de que alguien tan joven y tan brutalmente agredido pueda reconstruirse pasa porque esos hombres no salgan de la cárcel y no vean crecer a sus hijas. El proceso de reconstrucción de las víctimas, de regreso para ell@s a una relativa normalidad de individuo autónomo, no es algo en lo que la justicia no pueda implicarse, si quiere ser digna de llamarse justicia.

 

 

Butler, Judith, Vies précairse. Les pouvoirs du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001, Paris, ed. Amsterdam, 2005.

Dorlin, Elsa, Se défendre. Une philosophie de la violence, Paris, La Découverte, 2017.

Calderon, Sara, Le symbolique est politique. Quel projet politique pour contrer les violences interrelationnelles structurelles?. Nouveaux Imaginaires du Féminin, Sep 2017, Nice, France. Nouveaux Imaginaires du Féminin (1), 2018, Nouveaux Imaginaires. 〈halshs-01740600v2〉

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01740600

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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