La tension vécue en Espagne se poursuit depuis le dernier billet, ce qui me conduit à écrire de nouveau sur le conflit catalan. Si nous vivons une nouvelle période d’attente, l’escalade a fait un détour par l’horreur, notamment par le déroulement des faits lors du référendum du 1 octobre. Le gouvernement de Rajoy ayant finalement fait le choix de la répression, plusieurs des corps de police ont consacré en effet leur journée à tâcher d’empêcher le vote des citoyens qui s’étaient déplacés. Ils n’ont parfois pas hésité à user de la force, fournissant au monde des images consternantes. L’attente angoissée s’est renouvelée durant les moments qui ont suivi cette journée, la question étant cette fois de savoir si Puigdemont allait déclarer ou non l’indépendance de façon unilatérale. L’on sait depuis que, face au Parlement catalan, il a fait le choix le 10 octobre de faire un pas en arrière arguant qu’il remettait à plus tard de la déclarer, en l’attente de trouver des possibilités de dialogue à l’aide d’une médiation.
Le fait de céder du terrain en cas de conflit peut être lu de plusieurs façons : comme un signe d’intelligence, pour celui qui s’inquiète de les éviter ; comme un signe de faiblesse, pour celui qui s’inquiète de s’imposer face à l’autre, qu’il mesure ou non les coûts de le faire. Nous contemplons cette cession comme signe d’intelligence, surtout compte tenue du déroulement de la dernière décennie pour la Catalogne et du coût qu’a payé Puigdemont pour ce geste, qui lui a valu de perdre des appuis dans son camp, éventualité dont il devait être conscient. C’est d’autant plus dommage que le gouvernement espagnol n’ait pas fait le choix de convoquer un dialogue avec médiation, proposant par exemple de revoir la loi d’autonomie ainsi que le système de financement contre l’abandon du projet d’indépendance, ou tout autre accord qui lui semble opportun, et qu’il ait au contraire fait le choix de reprendre le bras-de-fer. Car Mariano Rajoy a annoncé le 11 octobre qu’il conditionnait le dialogue avec Puigdemont au fait que celui-ci confirme qu’il n’avait pas déclaré l’indépendance. Il lui donnait pour ce faire cinq jours, passés lesquels l’article 155 de la Constitution, qui prévoit la suspension de l’administration de l’autonomie par elle-même, serait appliqué. Tout en ne laissant pratiquement pas de possibilité de mouvement à son adversaire, cela démontre une volonté évidente de l’humilier publiquement. Car il est rare lorsqu’on souhaite parvenir à un consensus avec un adversaire de commencer par lui exiger de s’humilier, à moins de ne pas vouloir réellement de ce consensus, être très sûr de ses forces et ne pas posséder une grande noblesse d’esprit. D’autant plus en ce cas que, pour de larges secteurs, la crise catalane n’est qu’un signe parmi d’autres de l’épuisement du cadre légal mis en place en Espagne lors de la transition politique à la démocratie, problème qui ne sera pas résolu quand bien même on écraserait l’indépendantisme catalan.
Cependant, la partie se poursuit et, en l’attente de la réponse de Puigdemont, de multiples questions surgissent : qu’est-ce qui est en jeu du point de vue électoral pour le gouvernement du PP dans l’issue que trouvera le conflit catalan ? Pourquoi est-ce que les lignes de force de son discours restent le respect de la loi et le nationalisme espagnol ? Le passé a déjà partiellement répondu à la première question : le gouvernement du PP a fait de l’ennemi extérieur, et plus concrètement de l’idée d’ordre restauré face à l’ennemi extérieur, l’un des principaux leviers de ses réélections depuis plus de trois décennies. Celui-ci fut d’abord incarné par les Basques, omniprésents même dans les périodes où déclinait l’activité terroriste de l’ETA jusqu’au point de faire oublier le peu d’inquiétude dont le gouvernement d’Aznar avait fait preuve pour aborder des problèmes qui étaient au minimum d’une importance égale, tels que l’implantation de mafias et d’extrémismes dans cette Espagne qui était encore en essor relatif. C’est cette négligence qui a rendu possible, par exemple, la préparation sans trop de difficulté des attentats terroristes du 11 mars à Madrid par le terrorisme jihadiste, à l’époque naissant en Europe.
Presque au moment où les Basques de l’ETA eurent enfin l’idée d’arrêter leur revendication physiquement violente, l’indépendantisme catalan et ses revendications pacifistes ont acquis de nouvelles dimensions, la place laissée par les Basques leur revenant assez rapidement dans le discours politique du PP. Dans les moments de battement, comme nous l’avions déjà signalé dans un billet l’année précédente, la « place vacante » a pu être occupée par l’archétype tragique du « rouge », plus ou moins décliné dans tout ce qui remet en question l’univers du PP, et qui s’étend depuis le fantasme de Venezuela, jusqu’aux mouvements sociaux et partis politiques qui émergent du 15M. La première question pourrait donc presque être formulée d’une autre manière : que ferait un gouvernement du PP sans un ennemi extérieur et sans la culture de la peur ? Comment séduirait-il le peuple espagnol ? Je laisse à d’autres la tâche d’imaginer cet univers parallèle.
Ces considérations nous conduisent cependant de façon presque naturelle à la deuxième question, à savoir, commet se fait-il que les lignes de force du discours aujourd’hui tenu par le PP soient plus que jamais le respect de la loi et le nationalisme espagnol ? En réalité, et sans volonté de porter la considération sur des secteurs de la droite plus ouverts sur le monde, cela entre dans le cadre d’un schéma narratif hérité, bien que modernisé et fort heureusement démocratisé. D’autre part, la question intègre au moins deux autres problématiques plus vastes : comment se fait-il que dans tant de pays la droite ait obtenu le monopole des signifiants de l’ordre et la loi ? S’il est vrai que des éléments de réponse viennent rapidement à l’esprit, il est évident que dans tous les pays il y a eu des gouvernement de gauche, voire résolument de gauche, modéliques en ce sens. D’autre part, il est possible de se demander pourquoi en ce cas la loi d’administration territoriale semble vraisemblablement ressortir plus dans les esprits de la loi, compte tenue de l’indignation que sa seule remise en question a pu susciter depuis 2006, que la loi fiscale. En effet, comme le signalent en Espagne les forces de l’opposition, la loi fiscale a bien été enfreinte à l’extrême par la corruption sévissant dans les gouvernements du PP sans que cela suscite des mouvements d’une telle envergure dans le pays.
Sans doute du faite de la proximité entre les événements concernant l’indépendantisme catalan et la fête nationale espagnole, qui se célèbre le 12 octobre, la deuxième ligne de force du discours du PP se trouve bien plus développée que la première. En effet, dans ce contexte, la célébration ne peut que fédérer dans ses festivités les différents degrés et formes de sensibilité nationaliste espagnole, dotant le discours à propos du nationalisme d’un plus grand relief. Au cas où la décision de Mariano Rajoy n’aurait pas été suffisamment catégorique pour ce qui est de couper court à toute velléité de dialogue, Maria Dolores Cospedal, actuelle ministre de défense, a mis à profit l’occasion pour signaler que l’intervention des Forces Armées, dont le rôle est selon ses précisions de défendre leur pays à l’extérieur et à l’intérieur de ses frontières, ne serait pas nécessaire dans le conflit catalan. Elle renouvelle avec ces mots l’appropriation usitée en Espagne du nationalisme espagnol par un certain nationalisme espagnol. Si le groupe Unidos Podemos a tâché de faire face au problème que pose ce quasi monopole discursif du nationalisme espagnol durant les successives campagnes électorales de l’an passé, en contemplant le nationalisme non plus du point de vue de l’identification à un territoire, mais de celui de l’identification à une communauté nationale, imputant leur traîtrise à la patrie aux politiciens corrompus et aux détourneurs de fonds, le moins que l’on puisse dire est qu’étendre cette vision des choses est un travail en chantier.
Par choix le nationalisme espagnol se définit donc, une fois de plus, par opposition aux nationalismes régionaux. Car on aurait pu tout aussi bien imaginer l’existence d’un nationalisme intégrateur, qui s’assume l’expression d’une Nation de nations, pour reprendre les termes que l’école espagnole apprenait aux générations postérieures à la transition démocratique. Ce n’est cependant qu’au prix d’un travail de connaissance de l’autre qui se prolonge dans le temps et permette de l’apprécier à sa juste valeur qu’une communauté peut se définir comme étant plurinationale, sans que cela affecte à son unité. Etant donné que le rejet enclenche en général le rejet, le type de dynamique à laquelle nous assistons aujourd’hui conduit, sans surprises, à aiguiser les extrêmes.
Cela est d’autant plus vrai pour le nationalisme espagnol, en soi constitué de façon problématique par les choix opérés par les élites durant la transition démocratique. Si deux éléments aussi cruciaux pour la construction d’une identité nationale que peuvent l’être le drapeau ou la date de la fête nationale ont ainsi perdu de leur sens passé, ils sont loin d’être politiquement neutres aujourd’hui. Franco avait changé le drapeau de la République espagnole. Au sens que recouvre dans l’actualité le drapeau espagnol, d’élément fédérateur de l’identité nationale, se superpose ainsi aujourd’hui celui qui l’oppose au drapeau républicain. L’opposition recouvre plus que jamais en ces temps de crise celle que l’on peut dresser entre deux modèles de pays. Il serait long de développer ici d’autre part à quel point la date du 12 octobre reste une date problématique : non seulement la découverte de l’Amérique, fixée au 12 octobre 1492, fut la date de départ d’un des plus grands génocides de l’histoire, celui des Indiens d’Amérique, mais en outre la date fut utilisée du point de vue discursif par le franquisme dans le cadre de la construction d’une identité nationale conçue en des termes de supériorité de la race, en tant que symbole d’un Empire. Bien que la colonie espagnole en Amérique par chance n’ait pas été que cela, le fait est qu’elle a aussi été cela et que le choix de cette date vient à l’origine de cette lecture particulière des faits, centrée sur l'idée d'expansion. Les choses ont beaucoup changé, mais ce n’est pas pour autant que l’on célèbre ce jour-là des valeurs situées en concurrence que l’on pourrait associer à cette date, tels que le métissage où le syncrétisme : à moins de s’intéresser de lui-même au sujet, l’Espagnol moyen connaît peu les cultures d’Amérique.
Si le nationalisme espagnol s’est défini en opposition aux nationalismes régionaux, certains de ses symboles principaux restent associés à un passé d’oppression d’autrui. Ainsi, même pour beaucoup de ceux qui ne sympathisent pas avec les nationalismes régionaux, y adhérer, faisant ostentation du drapeau ou de la participation à la fête nationale, se fait parfois avec une réticence induite par la conscience des implications adjacentes qu’ils ont encore. Un gouvernement préoccupé de construire un pays fort et uni en son ensemble, plutôt qu’un pays qui corresponde à sa vision des choses ; un pays qui reflète la réalité des faits, et non son idéal, agirait probablement de façon différente. Soit il changerait ces symboles, modifiant la date et le drapeau, soit il mettrait en avant des significations concurrentes. Des significations qu’ils recèlent également, puisque l’une des caractéristiques des symboles est leur polysémie.
La question est donc maintenant de savoir si la volonté du PP d’obtenir de la crise catalane un bénéfice électoral ne portera pas préjudice au pays que les Espagnols sont nombreux à aimer. Car, comme le signalent plusieurs forces d’opposition, quand bien même le gouvernement réussirait à mettre à mal les leaders porteurs du projet indépendantiste, comme il semble s’en être fixé le but, cela ne changera rien au fait que plus de deux millions de personnes sont allées voter lors du référendum du premier octobre, même si elles savaient qu’elles seraient confrontées à une répression probable. Cela ne changera rien non plus au fait que tout un secteur de l’indépendantisme a retiré son soutien à Puigdemont pour ce pas en arrière qui ne satisfait en rien Mariano Rajoy. Les actuels dirigeants de l’Espagne ne peuvent ignorer, comme aucun politicien digne de ce nom ne l’ignore, que fabriquer des martyres ne fait en général que faire vivre des causes, à moins d’exterminer définitivement tout support de cette cause, comme le préconisait Machiavel. Cela nous ramène à la première considération, que ferait le PP sans un ennemi extérieur ? Voici peut-être une des questions non formulées qui président néanmoins au devenir de l’ensemble.
En France nous soutenons le Parti pour la Décroissance et le NPA :
Gustav Moreau, Le Victorieux Sphinx, détail, 1886
España y Cataluña : de nacionalismos y de enemigos, el discurso del PP
Puesto que el conflicto prosigue en Cataluña, con más fuerza si cabe, he dedicido dedicarle un nuevo artículo, más amplicamente analítico del discurso del Partido Popular.
Prosigue la tensión vivida en España desde el último artículo, lo que me lleva a escribir una vez más sobre el conflicto catalán. Si bien vivimos un nuevo periodo de espera, la escalada ha operado una incursión en lo terrible, con el desarrollo que finalmente ha adquirido la jornada del 1-O. Puesto que el gobierno de Rajoy optó por una tentativa de represión, varios cuerpos de fuerzas policiales dedicaron en efecto su jornada a tratar de impedir el voto de los ciudadanos que se habían desplazado. En algunos casos no vacilaron en usar la fuerza, proporcionando al mundo imágenes bochornosas. Los momentos que siguieron a ese día fueron de renovada ansiedad, a la espera de saber si Puigdemont haría o no la declaración unilateral de independencia. Como sabemos desde entonces, optó el 10 de octubre ante el parlamento catalán por dar un paso atrás, alegando que posponía hacerla para darle una nueva oportunidad a un diálogo realizado si necesario con mediación. El paso atrás en caso de conflicto se puede interpretar de múltiples maneras : como señal de inteligencia para quien tiene como preocupación evitarlos ; como debilidad para quien mira por imponerse al otro, midiendo los costes o sin hacerlo. Optamos por contemplar éste como señal de inteligencia, sobre todo habida cuenta de la última década que ha vivido Cataluña y de lo que le ha costado el gesto a Puigdemont como pérdida de apoyos en su campo, factor del que debía ser consciente. Tanto mayor es la lástima de que el gobierno español no haya optado por convocar un diálogo con mediación, proponiendo por ejemplo una revisión del Estatut y de la cuestión del financiamiento contra abandono del proyecto de independencia, o lo que él estimase oportuno, y se haya decantado por retomar el pulso. Ya que Mariano Rajoy anunció el 11 de octubre, que condicionaba el diálogo a que Carles Puigdemont confirmase públicamente que no había declarado la independencia, para lo cual le daba cinco días pasados los cuales se aplicaría el artículo 155, que prevé la suspensión de la administración autonómica. A la vez que no le deja prácticamente ninguna salida al adversario, esto denota una evidente voluntad de humillación pública. Pues nadie que desee realmente llegar a un consenso con un adversario comienza por exigirle que se humille, salvo a no desear ese consenso, estar muy seguro de sus fuerzas y no caracterizarse por su nobleza de espíritu. Tanto más por cuanto que, para amplios sectores, la crisis catalana no es sino una señal entre muchas del agotamiento del marco legal emanado a la transición, y esa cuestión no se solventará con la erradicación del independentismo en Cataluña.
Pero la partida prosigue y a la espera de la respuesta de Puigdemont surgen múltiples interrogantes : ¿qué se juega a nivel electoral para el gobierno del PP en lo que emerja de la crisis catalana? ¿cómo es que las líneas de fuerza de su discurso siguen siendo el respeto de la ley y el nacionalismo español? La primera pregunta ya nos la ha respondido en parte el pasado : el gobierno del PP lleva más de tres décadas haciendo del enemigo exterior, y en particular de la idea de orden restaurado frente al enemigo exterior, uno de los principales resortes de su capacidad de ser elegido. Primero fueron los vascos, tan omnipresentes, aún en las etapas en que declinaba la actividad terrorista de ETA, que hasta hicieron olvidar la escasa preocupación que mostró el gobierno de Aznar por gestionar problemas que eran como mínimo de igual importancia, como la implantación de mafias y de extremismos en aquella España de relativa bonanza, hecho que posibilitó por ejemplo la preparación sin demasiada dificultad de los atentados del 11-M por el por aquel entonces incipiente en Europa terrorismo yihadista. Cuando los vascos de ETA tuvieron por fin la ocurrencia de detener completamente su reivindicación físicamente violenta, surgieron los catalanes y sus reivindicaciones pacifistas que, a nivel del discurso político, ocuparon más o menos el lugar que los vascos habían dejado. En momentos de intermitencia, como ya señalamos en un artículo del año pasado, la “plaza vacante” ha sido ocupada por el arquetipo trágico del “rojo”, más o menos declinado en todo lo que pueda cuestionar el mundo del PP, y que abarca desde el fantasma de Venezuela, hasta los movimientos sociales y partidos políticos que emergen del 15M. La primera pregunta casi podría por tanto formularse de otra manera, ¿qué haría un gobierno del PP sin enemigo exterior y sin la cultura del miedo? ¿cómo seduciría al pueblo español? Dejo a otros el trabajo de imaginar ese universo paralelo.
Estas consideraciones llevan no obstante casi de forma natural a la segunda cuestión, cómo es que en el discurso del PP las líneas de fuerza son más que nunca el respeto de la ley y el nacionalismo español. Realmente, y sin ánimo de que esto afecte a sectores de la derecha más abiertos al mundo, esto entra dentro del marco de una narrativa heredada, aunque modernizada y por suerte democratizada. Se enmarca por otra parte dentro de al menos dos preguntas más amplias : ¿cómo es que en tantos países la derecha ha conseguido hacerse con el monopolio del significante del orden y la ley? Si rápidamente vienen a la cabeza elementos de respuesta, es evidente que en todos los países ha habido gobiernos de izquierda, e incluso decididamente de izquierda, modélicos en ese sentido. Por otra parte, cabe preguntarse en este caso por qué la ley de administración territorial es aparentemente más ley, habida cuenta de la indignación que suscitó su simple cuestionamiento en 2006, que la ley fiscal que ha sido en algunos casos, como lo señalan fuerzas de oposición, vulnerada al extremo por la corrupción del PP sin que esto suscite movimientos de igual envergadura en la opinión.
Quizá por la cercanía de la fiesta nacional, el 12 de octubre, con estos acontecimientos, la otra línea de fuerza del discurso del PP se encuentra más desarrollada si cabe que la primera. En efecto, en estas circunstancias la celebración no puede sino federar en sus festividades los distintos grados y formas de sensibilidad nacionalista española, dotando al discurso sobre el nacionalismo español de mayor relevancia si cabe. Por si la decisión de Mariano Rajoy no hubiera sido lo bastante categórica en el sentido de cortar toda veleidad de diálogo, María Dolores Cospedal, actual ministra de defensa española, ha aprovechado la celebración para declarar que pensaba que no sería necesaria la intervención de las Fuerzas Armadas en el conflicto catalán, ya que el cometido de éstas es en última instancia defender el país dentro y fuera de sus fronteras. Renueva con ello la ya manida reapropiación en España del nacionalismo español por cierto nacionalismo español. Si bien el grupo Unidos Podemos ha tratado de hacer frente en las sucesivas campañas electorales al problema que plantea este casi monopolio discursivo, contemplando el nacionalismo no ya desde el punto de vista de la identificación a un territorio, sino desde un punto de vista de la identificación a una comunidad nacional, tachando a los corruptos y malversadores de fondos de traidores a la patria, lo menos que se pueda decir es que afianzar y extender esa visión de las cosas sigue siendo un trabajo al que le queda por progresar.
Por propia elección el nacionalismo español se define por tanto, una vez más, en oposición a los otros. Pues lo cierto es que bien se podría imaginar un nacionalismo integrador, una nacionalismo que se asuma como Nación de naciones, por retomar las palabras que se le enseñaron a varias de las generaciones posteriores a la transición. Sin embargo, el hecho de que una comunidad se defina como plurinacional sin que eso afecte a su unidad es algo que sólo puede resultar de un trabajo de mutuo conocimiento y mutuo aprecio prolongado en el tiempo. Y como el rechazo suele generar rechazo, lo cierto es que el tipo de dinámica que hoy se ha instalado sólo lleva, sin sorpresas, a que se extremen ambas posiciones.
Esto es tanto más cierto para el nacionalismo español, que a causa de las elecciones que operaron las élites durante la transición a la democracia se ha constituido de por sí de forma problemática De este modo, dos elementos tan importantes para una identidad nacional como lo son la bandera o la fecha de la fiesta nacional, si bien han perdido el significado pasado, distan mucho de ser neutros. Es sabido que Franco cambió la bandera de la República española, dándose hoy la circunstancia de que al significado de la bandera española en tanto que elemento federador de la identidad nacional se superpone aquel que la opone a la bandera republicana, dicha oposición dibujando más que nunca en este tiempo de crisis la oposición entre dos modelos de país. Por otra parte, sería largo desarrollar aquí hasta qué punto la fecha del 12 de octubre sigue siendo una fecha problemática : el descubrimiento de América no sólo fue la fecha de salida de uno de los mayores genocidios de la historia, el de los indígenas americanos, sino que además fue utilizada a nivel discursivo por el general Franco en el marco de la construcción de una identidad nacional concebida en términos de superioridad de la raza, en tanto que símbolo de un imperio. Más allá de que la colonia española en América por suerte no fuera sólo eso, lo cierto es que también fue eso y la elección de esa fecha procede de esa lectura expansionista particular que se le da a esos hechos. Las cosas han cambiado, y mucho, pero no por ello se celebran valores situados en competición que podrían ir asociados a esa fecha, como el mestizaje o el sincretismo : poco sabe el español medio que no se interese por el tema de las culturas de América.
Si el nacionalismo español se ha definido en oposición a otros, algunos de sus símbolos principales siguen en parte asociados a un pasado de opresión del prójimo. De este modo, aún para muchos de los que no simpatizan con nacionalismos regionales, adherir a ellos, ostentando la bandera o la participación en la fiesta nacional, se hace con reticencia por la conciencia de las implicaciones adyacentes que aún tienen. Un gobierno preocupado por construir un país fuerte y unido en su conjunto, más que un país que corresponda a su visión de las cosas ; un país que refleje la realidad de hecho, y no su ideal, actuaría probablemente de otra manera, ya cambiando esos símbolos, modificando la fecha y la bandera, ya potenciando significados que se sitúan en competición con los que tuvieron, y que también se hallan en el sustrato de esos símbolos, puesto que una de las características del símbolo es su polisemia.
La cuestión ahora es por tanto si el empeño del PP en obtener de la crisis catalana un rédito electoral no va a repercutir en perjuicio del país que muchos aman. Pues lo grave es que, como lo señalan varias fuerzas de oposición, aún cuando el gobierno consiguiese, como parece habérselo propuesto, descabezar a los líderes catalanes portadores del proyecto independentista, eso no cambiará que más de dos millones de personas fueron a votar el 1 de octubre, a sabiendas de que harían frente a una probable represión. Tampoco el que todo un sector del independentismo le haya retirado el apoyo a Puigdemont por ese simple paso atrás que en nada satisface a Rajoy. Los dirigentes actuales no pueden desconocer, como ningún político digno de ese nombre lo desconoce, que fabricar mártires sólo afianza las causas, a menos de terminar definitivamente con todo el soporte de la causa en cuestión, como preconizaba Maquiavelo. Esto nos trae de vuelta a la primera pregunta, ¿qué haría el PP sin un enemigo exterior? Quizá ésta sea una de las preguntas no formuladas que rigen sin embargo el devenir del conjunto.
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