Sirène végétarienne

Dernier billet avant la reprise du blog en septembre, avec analyses et fictions. Les sirènes sont des créatures appartenant à la mythologie grecque. Mi-femme, mi-poisson, leur chant ensorcelait irrémédiablement les marins dont les bateaux allaient échouer contre les rochers. Elles apparaissent notamment dans l’Odyssée, où Ulysse trouve l’astuce, pour parvenir à leur échapper, de faire ramer ses ma

L’étrange créature est arrivée hier, je l’ai su à l’agitation qui a précédé son arrivée. Serena l’avait capturée et elle avançait fière, la tête haute, jetant du coin de l’œil des regards discrets autour d’elle pour vérifier l’étonnement et le respect que son exploit produisait dans l’assistance. Deux rangées d’individus de notre Peuple s’étaient en effet disposées de façon à lui ouvrir la route ; des dizaines d’yeux affamés de capter le moindre détail de cet être mythique qui depuis la nuit des temps hantait notre imagination. Je ne suis pas arrivée à temps de recueillir à mon tour ces détails, mais les murmures et l’agitation m’ont sortie de la lecture dans laquelle j’étais plongée.

Ce matin, alors que tout le monde dormait, j’ai pu me glisser jusqu’à l’endroit où elle était recluse. Bien que ni moi ni personne de ma génération n’en ait jamais vu aucune jusqu’à présent du fait de la pénurie, les personnes plus âgées ont une vaste expérience à ce propos. Selon leurs connaissances, la créature ne peut pas respirer correctement dans notre milieu, motif pour lequel il est nécessaire de multiplier les précautions pour son enfermement. Ainsi, lorsque je me suis approchée de la paroi en verre qui maintenait sa cellule hermétiquement close, j’ai pu contempler un être dont la fragilité et la beauté ne pouvaient que toucher l’observateur.

Sous les cheveux en bataille pointaient deux yeux tristes et mouillés de larmes, ils était d’un vert intense et allaient nerveusement d’un côté à l’autre essayant de mémoriser un environnement qui devait leur être complètement étranger. Le visage harmonieux, la bouche sensuelle, la créature gisait complètement nue. Elle avait la poitrine ample et bizarrement plate, les bras forts et puissant, deux pates musclées et poilues partant sous la taille et un appendice bizarre entre les deux. J’ai tapoté légèrement la vitre du bout des doigts pour voir si elle me regardait, mais lorsqu’elle leva les yeux son expression était à la fois d’horreur et de fascination, elle recula dans sa cellule en verre.

Je voudrais la revoir et communiquer avec elle, savoir ce qu’elle pense, peut-être même voir rire ses immenses yeux verts, connaître le son de sa voix. Cependant, maman m’a interdit de retourner la voir, elle dit qu’on ne joue pas avec la nourriture. Je ne vais peut-être pas l’écouter, je ne sais pas si ces yeux ne me le pardonneraient.

 

 

 

Sirena vegetariana

 

Ultimo billete antes de retomar el blog en septiembre, con más análisis y ficciones. Las sirenas son criaturas que pertenecen a la mitología griega. Mitad mujer, mitad pescado, su canto embrujaba a los marineros cuyos barcos se estrellaban irremediablemente contra las rocas. Aparecen en la Odisea, en la que Ulises encuentra la astucia, para conseguir escapar a ellas, de pedirles a los marineros que remen con los oídos tapados.

   

La extraña criatura llegó anoche, lo supe por el revuelo que precedió su llegada. La había cazado Serena, que avanzaba orgullosa, con la cabeza erguida, echando discretas miradas de reojo a su alrededor para verificar el asombro y el respeto que su hazaña producía en la asistencia. Dos hileras de seres de nuestro Pueblo se habían dispuesto abriéndole camino ; decenas de ojos voraces de captar el más mínimo detalle de aquel ser mítico que desde la noche de los tiempos inquietaba nuestra imaginación. Yo no llegué a tiempo de percibir ninguno de esos detalles, pero los murmullos y la agitación me sacaron de la lectura en la que estaba enfrascada.

Esta mañana, cuando todo el mundo dormía, pude deslizarme hasta el lugar donde la tenían recluida. Aunque ni yo ni nadie de mi generación hayamos visto nunca ninguna por culpa de la carestía, las personas que son más mayores tienen amplia experiencia en estos temas. Conforme a sus conocimientos, la criatura no puede respirar correctamente en nuestro medio, motivo por el cual es preciso multiplicar las precauciones de su encierro. De este modo, cuando yo me acerqué a la pared de cristal que mantenía su cubil herméticamente cerrado, pude contemplar un ser cuya fragilidad y belleza me conmovieron casi de inmediato.

Bajo el pelo revuelto asomaban unos ojos tristes y llorosos, de un verde intenso, que se movían nerviosamente intentando memorizar un entorno que había de resultarles quizá del todo ajeno. El rostro armonioso, la boca sensual, yacía completamente desnuda. Tenía el pecho amplio y sorprendentemente plano, los brazos fuertes y poderosos, dos amplias patas muy peludas que salían de su cintura y un extraño apéndice entre ellas. Golpeé levemente con la yema de los dedos el cristal para ver si me miraba, pero cuando levanto la mirada su expresión estaba entre fascinada y horrorizada, se hundió un poco más hacia el interior de su cubil.

Quisiera volver a verla y comunicar con ella, saber qué piensa, quizá ver reír sus inmensos ojos verdes, conocer el sonido de su voz. Mamá sin embargo me ha prohibido volver a su encierro, dice que no se juega con la comida. No sé si le haré caso, creo que esos ojos no me lo perdonarían.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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