Violence sexuelle et confrontation épistémique : l’affaire de « la Meute »

De par son caractère intolérable, nous avons déconstruit la toute première sentence de l’affaire du viol collectif commis pendant les festivités de Saint Firmin. L'article accompagnera les actes du colloque « La production du savoir : formes, légitimations, enjeux, rapport au monde », qui s'est tenu à Nice et seront publiées sous peu. Son pré-print est disponible sur HAL-SHS.

L’examen des faits avérés avait débouché, rappelons-le, sur une sentence de neuf ans de prison pour les membres du groupe pour abus sexuel, et non pour viol. Un des trois juges avait considéré qu’il y avait consentement de la victime, et avait demandé l’absolution du groupe. Dans ce but, il avait produit un argumentaire de 240 pages. Si les faits en eux-mêmes n’étaient pas remis en question, ce sont les causalités qui ont été remises en question lors de cet avis particulier. Nous les avons examinés pour tâcher de mettre en lumière la partie qui est redevable d’un récit collectif encore d’actualité et comment l’épistémologie féministe, encore très peu exploitée par la justice, peut apporter un nouvel éclairage.

Barthes avait ouvert la voie avec son étude remarquable « L’affaire Dominici ou le triomphe de la littérature ». Dans cette étude, il part du présupposé que la justice se doit d’établir la vérité au moyen d’un récit, d’une part. Puis, du fait que la mise en récit, par l’établissement d’une relation causale entre les faits, n’est jamais étrangère au jugement idéologique : établir une causalité, c’est déjà juger.

Nous avons pu enrichir cette analyse des acquis de l’épistémologie mise en place par le féminisme. Un premier élément qui est apparu est la façon dont la notion de consentement pouvait, d’emblée, biaiser le débat. Geneviève Fraisse avait remarquablement déconstruit cette notion dans son essai du même nom. Définissant d’emblée la sexualité des femmes, la notion de consentement les assigne au rôle d’objet. Puis, dans une affaire de viol, la question se pose encore de savoir à quoi la victime consent-elle. Pour reprendre les termes de Fraisse, « une victime consentante est-elle une personne dominée, ou une stratège de la survie ? ».

Un deuxième élément qui apparaît est la façon dont la justice ignore encore les processus psychologiques qui se mettent en marche lors d’une agression sexuelle. Muriel Salmona a fait son combat de mener la justice à prendre compte de la dissociation qui s’enclenche lors de la plupart des agressions sexuelles, et des mécanismes de la mémoire traumatique.

Un troisième élément, enfin, la façon dont les dynamiques de groupe pèsent sur le viol. Elles ont été très bien été mises en lumière par l’anthropologue Rita Segato. Un des éléments que tout violeur peut avoir à l’esprit est son image face à un groupe de pairs, y compris si ceux-ci sont fantasmés. Dans une véritable dynamique de groupe, la femme peut n’être qu’un élément médiateur au biais duquel les hommes communiquent entre eux, elle va jusqu’à parler d’une « structure dialogique » du viol, au sens bakhtinien du terme.

Finalement, il apparaît que les incompréhensions de la justice face au viol débutent sans doute à la racine puisqu’elle aborde toujours celui-ci sous l’angle de la sexualité, alors même qu’il serait souhaitable qu’elle commence à l’aborder sous l’angle du rapport de pouvoir.

 

Sara Calderon, Marc Marti. Violence sexuelle et confrontation épistémique : le jugement de l'affaire de « la Meute » en Espagne. La production du savoir : formes, légitimations, enjeux et rapport au monde aura lieu les 19 et 20 septembre 2019, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines de Nice, Sep 2019, Nice, France. ⟨halshs-02314645⟩

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02314645

 

 

sphinxmoreau

 Gustav Moreau, Le Victorieux Sphinx, détail, 1886.

 

Violencia sexual y confrontación epistémica: el juicio del caso de « la Manada » en España

 

Por su carácter intolerable, y por las protestas que había suscitado en España, hemos deconstruido con un compañero la primera sentencia del caso de violación colectiva cometida por cinco hombres durante las festividades de San Fermín, conocido como caso de “la Manada”. Acompañará las actas del coloquio « La producción del saber : formas, legitimaciones, retos y relación al mundo » que tuvo lugar en Niza el 19 y 20 de septiembre y serán publicadas pronto. Su pré-print ya está disponible en HAL-SHS.

 

El análisis de los hechos probados había desembocado, recordémoslo, sobre una sentencia de nueve años de cárcel para los miembros del grupo por abuso sexual, y no por violación. Uno de los tres jueces había considerado que la víctima consentía, y había pedido la absolución del grupo. Con el propósito de argumentar su posicionamiento había producido un argumentario de 240 páginas. Los hechos no fueron cuestionados ni por la acusación ni por la defensa, en ese argumentario si lo fueron las causalidades establecidas . Los hemos examinado para tratar de determinar la parte vinculada a un relato colectivo que todavía tiene actualidad y cómo la epistemología feminista, todavía muy poco explotada por la justicia, puede aportar un nuevo enfoque.

Barthes había abierto el camino para este tipo de ejercicio en su estudio “El caso Dominici ou el triunfo de la literatura”. En ese estudio, parte del presupuesto de que la justicia debe establecer la verdad por medio de un relato, por una parte. Parte también de la idea de que la puesta en relato, por establecer una relación causal entre los hechos, no es nunca ajena al juicio ideológico: establecer una causalidad ya es juzgar.

Hemos podido enriquecer esos análisis con los saberes de la epistemología elaborada por el feminismo. Un primer elemento que ha aparecido es la manera en que la noción de consentimiento puede de entrada orientar el debate. Geneviève Fraisse ya había deconstruido esa noción en su ensayo homónimo. A la vez que define de entrada la sexualidad de las mujeres, la noción de consentimiento también las asigna al papel de objeto. Además, en un juicio por violación, también se plantea la cuestión de saber a qué consiente la víctima. Para retomar los términos de Fraisse, “¿una víctima que consiente es una persona dominada o bien una estratega de la supervivencia?”.

Un segundo elemento que aparece es la manera en que la justicia ignora todavía los procesos psicológicos que se ponen en marcha en un caso de agresión sexual. Muriel Salmona ha dedicado su carrera a combatir para que la justicia tome en cuenta los mecanismos de disociación y de memoria traumática en sus decisiones.

Un tercer elemento es la manera en que las dinámicas de grupo inciden sobre la violación. Uno de los elementos que un violador puede tener en mente es la imagen que da frente a un grupo de pares, inclusive si éstos son fantaseados. En una verdadera dinámica de grupo, la mujer puede ser sólo un elemento mediador a través del cual los hombres comunican entre ellos, llega incluso a hablar de la “estructura dialógica” de la violación, en el sentido que Bajtin le da a ese concepto.

Finalmente, se hace visible que las incomprensiones de la justicia frente a la violación empiezan ya desde su propia raíz, puesto que la aborda siempre bajo el prisma de la sexualidad, aún cuando sería deseable que empiece a abordarla bajo el ángulo de la relación de poder.

 

Sara Calderon, Marc Marti. Violence sexuelle et confrontation épistémique : le jugement de l'affaire de « la Meute » en Espagne. La production du savoir : formes, légitimations, enjeux et rapport au monde aura lieu les 19 et 20 septembre 2019, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines de Nice, Sep 2019, Nice, France. ⟨halshs-02314645⟩

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02314645

(versión española en anexo)

 

 

 


 

 


 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.