Chaque monde possède ses dieux, qu’il vénère et auxquels il fait des sacrifices. Il y a longtemps que dans le nôtre, une des principales divinités s’appelle économie. C’est une déesse belle et froide, implacable et cruelle, qui décide du fonctionnement du monde et accepte des sacrifices humains. Tout notre univers est ordonné par ces modernes sibylles –les experts- qui scrutent des rangées de chiffres, tout comme leurs ancêtres les entrailles des animaux, pour dicter sévèrement les mesures à adopter face aux crises dévastatrices, provoquées par eux-mêmes. Au gré des affirmations des experts, des pénuries, des famines, parfois même des plaies s’abattent sur le monde. Leur autel est le marché, c’est sur lui qu’ils débattent, vénérant l’accumulation, vénérant la production.
Dans une société non-violente, l’économie ne sera pas un dieu. C’est tout au plus si elle sera un outil au service du bien-être matériel et existentiel. La façon même de la penser ira au-delà des configurations actuelles, orthodoxes et hétérodoxes, elle ira au-delà des marchés, pour ne disposer en son centre que la durabilité de la vie. Le développement dans une société non-violente ne fera plus allusion à cet horizon technique et marchand, mais, tout comme pour le féminisme, à un horizon élargi d’attentes vitales de l’individu. La durabilité de la vie ne s’arrête pas au matériel, elle inclut l’immatériel, elle récupère la dimension affective et relationnelle des individus. Elle implique de développer les potentialités de l’individu, sur le plan spirituel comme sur celui des réalisations personnelles ; elle implique de développer ses possibilités en tant qu’être social, sur le plan des liens humains comme sur celui des réalisations collectives.
Dans une société non-violente l’économie est un moyen, tout comme un mixeur ou un marteau, pas une fin. Puisqu’elle n’est pas une fin, elle n’intègre pas comme instrument le système complexe de domination, subordination et exclusion qui renouvelle aujourd’hui, génération après génération, le même groupe blanc, masculin, bourgeois et hétéronormé au pouvoir. Elle ne sera qu’un simple outil au service de tous, elle s’orientera à faciliter les échanges et tenir des comptabilités. Ce moindre rôle sera rendu possible par le fait que le développement personnel acquis par chaque individu permettra que la consommation ne soit plus un but en soi majoritaire. Une majorité d’individus partagera des vues proches de la décroissance. Parce qu’il aura pleine conscience de l’impact de notre consommation sur l’environnement, et du vide existentiel auquel celle-ci correspond, l’individu non-violent consommera beaucoup moins. Il utilisera les objets jusqu’à ce qu’ils soient usés, ou il les échangera, il ne les jettera pas. Il fabriquera des choses par lui-même pour ne pas générer des résidus. Il aura acquis, en moyenne, une culture bien plus grande que celle que nous avons aujourd’hui, qui lui permettra de ne plus avoir comme horizon d’attente l’accumulation d’objets ou de dépasser les autres dans l’accumulation de possessions matérielles. Dans ces conditions, l’économie n’aura plus la fonction de hiérarchisation sociale qu’elle a aujourd’hui, créant des groupes vulnérabilisés et invisibilisés dont les groupes dominants se nourrissent pour dominer. Elle aura la fonction de rendre les échanges plus faciles.
La façon d’aborder l’économie sera radicalement différente. On ne la pensera plus du point de vue hégémonique du groupe dominant ; elle sera pensée depuis les multiples regards croisés de tous les vulnérables. Elle envisagera les activités non rémunérées. Elle prendra en compte les multiples pauvretés. Tout un monde émergera en marge du salariat.
Parce qu’il la met au service du capital, le capitalisme menace la vie. Récupérant les dimensions affectives et relationnelles, la société non-violente, envisagera la vie dans sa vulnérabilité et son eco-dépendance. Toutes les vies auront un droit égal à la dignité, par delà leurs différences.
Ni déesse, ni sibylles, dans le monde non-violent l’économie sert la vie, elle se subordonne à elle.
GRAF, Nice
GRAF, Niza
Heptálogo para una no-violencia política, 5 : sobre dioses…
Continua el heptálogo con esa ley invisible que construye el mundo, la economía…
Cada mundo tiene sus dioses a quien venerar y hacer sacrificios. Hace mucho que en el nuestro una de las principales divinidades se llama economía. Es una diosa bella y fría, implacable y cruel, que dispone el funcionamiento del mundo y acepta sacrificios humanos. Todo nuestro universo está regido por esos modernos sibilos –los expertos- que escrutan hileras de números, como sus antepasados las vísceras, para dictaminar con severidad las medidas a adoptar frente a devastadoras crisis, provocadas por ellos mismos. Al grado del dictamen de los expertos se ciernen sobre el mundo carestías, hambrunas, a veces hasta plagas. Su altar es el mercado, sobre él dirimen, venerando la acumulación, venerando la producción.
En una sociedad no-violenta la economía no será un dios. Será apenas una herramienta al servicio de un bien-estar material y existencial. La manera misma de pensarla excederá las configuraciones actuales, ortodoxas y heterodoxas, yendo más allá de los mercados, para tener en su centro la sostenibilidad de la vida. El desarrollo en una sociedad no-violenta ya no será ese horizonte técnico-mercantil, sino, como para el feminismo, un horizonte ampliado de expectativas vitales del individuo. La sostenibilidad de la vida no se detiene en lo material, incluye lo inmaterial, recupera la dimensión afectiva y relacional de los individuos. Implica el desarrollo de las potencialidades del individuo, en el ámbito espiritual como en el de las realizaciones personales ; el desarrollo de sus posibilidades en tanto que ser social, en el ámbito del vinculo humano como en el de las realizaciones colectivas.
En la sociedad no-violenta la economía es un medio, como lo es una batidora o un martillo, no un fin. Puesto que no es un fin, tampoco integra ya como instrumento el complejo sistema de dominación, subordinación y exclusión que hoy renueva, generación tras generación, al mismo grupo blanco masculino burgués y heteronormado en el poder. Será simplemente una herramienta al servicio de todos, enfocada a facilitar los intercambios y llevar contabilidades. Su menor papel será facilitado por el hecho de que el desarrollo personal adquirido por cada individuo facilitará que el consumo deje de ser un fin mayoritario. Una mayoría de individuos compartirá perspectivas próximas del decrecimiento. Con plena conciencia del impacto mediambiental que tiene nuestro consumo, y del vacío existencial al que corresponde, el individuo no-violento consumirá mucho menos. Utilizará los objetos hasta que se usen, o los intercambiará, no los tirará. Fabricará cosas por sí mismo para no generar residuos. Habrá adquirido, de media, una cultura mucho mayor a la que tenemos ahora, que le permitirá no tener como expectativa la acumulación de objetos o la superación de otros en términos de posesiones materiales. En estas condiciones, la economía ya no tendrá la función de jerarquización social que tiene hoy por hoy, creando grupos vulnerabilizados e invisibilizados de los que los grupos dominantes se nutren para dominar. Tendrá la mera función de facilitar intercambios.
El enfoque de la economía será radicalmente distinto. No se pensará ya desde la mirada hegemónica del grupo dominante ; se pensará desde las múltiples miradas entrecruzadas de todos los vulnerables. Contemplará las actividades no remuneradas. Contemplará las múltiples pobrezas. Todo un mundo emergerá al margen del salario.
En tanto supedita la vida al capital, el capitalismo amenaza la vida. Recuperando los afectos y lo relacional, la sociedad no-violenta, contemplará la vida en su vulnerabilidad y en su eco-dependencia. Todas las vidas en igual derecho a la dignidad, en todas sus diferencias.
Ni diosa, ni sibilos, en el mundo no-violento la economía sirve a la vida, se supedita a ella.