Aidons l’Afghanistan

Le retrait irresponsable d’Afghanistan des troupes de la coalition internationale plonge les femmes afghanes, et tous les dissidents du régime taliban, dans une profonde détresse. Il illustre lamentablement le comportement hypocrite et immoral que le Nord global continue d’adopter envers les pays du Sud global.

Le retrait d’Afghanistan des troupes de la coalition internationale a été l’occasion de nous rappeler récemment à quel point le Nord global continue de forme éhontée d’avoir recours à des propos humanitaires pour intervenir dans les pays du Sud global, dans le seul but non dissimulé de gérer ses propres intérêts. En effet, l’intervention de 2001, engagée pour poursuivre le terrorisme d’Al-Quaeda, avait pour beaucoup été légitimée à grand renfort de droits humains et de droits de femmes. Le peu que ces considérations ont pesé au moment de négocier avec les talibans, puis de retirer les troupes aujourd’hui, illustre bien, si besoin était, le degré d’hypocrisie que l’Occident peut atteindre pour servir ses intérêts.

L’Afghanistan est un pays qui, malheureusement, connaît bien le poids des factures immenses que les pays du Sud global doivent payer pour les caprices du Nord global. Pendant 40 ans il a été déchiré par des guerres que l’Occident a beaucoup contribué à créer. En effet, investi d’une certaine neutralité, pendant la guerre froide le pays a reçu des investissements de capitaux des 2 blocs. Puis, le coup d’Etat porté à la monarchie permet l’accès au pouvoir de l’idéologie communiste, dans la personne du premier président, Mohammed Daoud Kahn, et induit une plus grande proximité de l’URSS. Cela inaugure une ère d’instabilité politique qui dure encore.

Pendant l’époque d’influence communiste, la République Démocratique d’Afghanistan puis l’invasion soviétique, la persécution des islamistes est ininterrompue. La résistance à l’occupation soviétique se forme pour beaucoup autour de la sensibilité musulmane. Dans un contexte de guerre froide, les moudjahidin reçoivent le soutien des Etats-Unis, qui ne souhaitaient pas voir l’URSS contrôler le pétrole afghan. Ainsi, l’occupation soviétique de l’Afghanistan devient vite, en mots américains, « leur Vietnam » et les troupes soviétiques doivent se retirer en 1989, après un conflit qui laisse un million de morts, un million et demi de blessés et 5 millions d’exilés. Bien qu’un gouvernement communiste ait survécu un peu au retrait des troupes soviétiques, rapidement le pays replonge dans une guerre civile de factions. De ce fait, l’avènement du régime taliban en 1996 est en fait assez bien accueilli par une population exténuée par les longues années de guerre. Les moudjahidin, dont le très populaire commandant Massoud, intègrent la résistance au régime taliban, allant même jusqu’à tenter d’alerter l’Occident à propos du danger de Ben Laden, qui était leur hôte depuis son expulsion du Soudan, sans succès.

Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis apportent leur soutien à l’Alliance du Nord, qui se battait contre le régime taliban. Cette alliance permet de gagner rapidement la guerre et d’établir en Afghanistan un nouveau gouvernement, soutenu depuis 2002 par les troupes de la coalition internationale. Si ce nouveau gouvernement tente de ramener dans le pays les traits politiques et sociaux d’une démocratie moderne, dont l’accès aux droits et aux responsabilités pour les femmes, l’extrême pauvreté et la corruption font que, dès 2005, les talibans reprennent le contrôle de certains territoires et développent une économie parallèle. Par ailleurs, les troupes internationales rencontrent des difficultés à tisser des relations avec la population, qui se sent prise en otage entre elles et les insurgés.

Dès 2008, avec l’élimination de Ben Laden au Pakistan, Barak Obama annonce l’intention de retirer les troupes d’Afghanistan. Puis, en 2018, le président Ashraf Ghani annonce des pour-parlers de paix avec les talibans, et propose de les reconnaître comme parti politique. Lorsqu’en août 2021 le retrait des forces américaines finalement se concrétise, les talibans conduisent une offensive contre le gouvernement afghan qui leur permet de prendre le pouvoir dans le pays, 20 ans après leur chute.

La situation des femmes a en fait été soumise à des impulsions contradictoires durant les dernières décennies. Si les dernières années de la monarchie ont été caractérisées par des politiques de modernisation, l’influence communiste a apporté une recherche explicite de l’égalité entre les hommes et les femmes. La survenue du premier régime taliban a tout de même trouvé par conséquent des velléités de résistance chez les femmes, comme la mise en place d’écoles clandestines pour les filles ou le travestissement de certaines femmes en homme pour pouvoir gagner leur vie. Cependant, comme il est bien connu, elle représenta pour les femmes une période de recul qui confine à la barbarie, car les femmes ne pouvant pas travailler et les médecins hommes ne pouvant pas examiner une femme, elles ne recevaient même pas de soins médicaux, autres que ceux illégaux dispensés dans la clandestinité par des femmes qui avaient été médecins dans la période précédente, pour citer un exemple.

La période de maintien des troupes de la coalition internationale a permis, par-delà la corruption, d’assurer une certaine stabilité démocratique qui a garanti l’éducation égalitaire et qui a donc produit un changement de mentalité chez d’importants secteurs de la société. Les talibans qui viennent de prendre le pouvoir rencontreront sans doute plus de difficultés à s’imposer que la dernière fois pour ces deux motifs : la société civile a changé en vingt ans ; la société civile sort en ce cas d’une période de paix, et non d’une guerre sans merci qui lui faisait voir chez eux la fin d’un conflit. Cependant, dans un deuxième geste d’irresponsabilité criminelle, les forces internationales sont parties en laissant des stocks d’armes à des personnes qu’ils savent parfois à la limite de la psychopathie.

L’Occident n’est sans doute pas non plus étranger à la façon dont l’Islam a évolué dans le pays. S’il a été très durement poursuivi par le communisme et l’invasion soviétique, la résistance faisant de lui un vecteur de l’identité nationale, l’Occident n’a pas eu beaucoup de scrupules dans ses recrutements pour combattre les soviétiques. Tant et si bien que les Etat-Unis ont formé Ben Laden lui-même, comme cela est désormais bien connu, et toléré ses opérations financières.

L’Occident ne peut plus intervenir dans les pays du Sud global comme un deus ex macchina pour y introduire des bouleversements qui modifient drastiquement leur équilibre et leur devenir, puis ensuite se déresponsabiliser de ses agissements, comme les Etats-Unis viennent de le faire en Afghanistan une fois de plus. Non seulement l’Occident a abandonné à leur sort les habitants du pays, mais il a très peu donné accueil à ceux et celles qui, pour avoir coopéré avec lui de façon plus décidée, ne manqueront pas d’être poursuivis par le nouveau régime taliban.

Il nous faut nous résoudre à enfin envisager les questions qui touchent le Sud global comme ce qu’elles sont : non seulement des questions qui concernent des êtres humains dont nous sommes aussi responsables, mais encore comme des questions planétaires qui finiront par nous concerner directement par les grands changements qu’elles entraînent (migrations, terrorisme…).

 

En France, nous soutenons le PPD et le NPA:

 

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Gustav Moreau, Le Victorieux Sphinx, 1886 (détail). 

Ayudemos a Afganistán

 

La retirada irresponsable de Afganistán de las tropas de la coalición internacional deja a las mujeres afganas, y a todos los disidentes del régimen talibán, en un profundo desamparo. Ilustra lamentablemente el comportamiento hipócrita e inmoral que el Norte global sigue adoptando hacia los países del Sur global.

 

La retirada de las tropas de la coalición internacional de Afganistán ha sido la ocasión de recordarnos recientemente hasta qué punto el Norte global sigue revistiendo sin vergüenza propósitos humanitarios para intervenir en los países del Sur global, con el propósito no disimulado de gestionar sus propios intereses. En efecto, la intervención de 2001 llevada a cabo para perseguir el terrorismo de Al-Quaeda había sido en gran parte legitimada apelando a los derechos humanos y a los derechos de las mujeres. Lo poco que esas consideraciones han pesado en el momento de negociar con los talibanes, y de actualmente retirar las tropas, ilustra bien, si era necesario, el grado de hipocresía que Occidente puede llegar a alcanzar para servir sus intereses. 

Afganistán es un país que por desgracia conoce bien el peso de las facturas inmensas que los países del Sur global deben pagar por los caprichos del Norte global. Durante 40 años lo han desgarrado guerras que Occidente ha contribuido ampliamente a provocar. En efecto, por ser hasta cierto punto neutro durante la guerra fría, el país recibió inversiones de capitales de ambos bloques. El golpe de Estado dado a la monarquía permitió el acceso al poder de la ideología comunista, en la persona del primer presidente, Mohammed Daoud Kahn, e indujo una mayor proximidad con la URSS. Ello inaugura una era de inestabilidad política que todavía dura.

Durante la época de influencia comunista, que reúne la República Democrática de Afganistán y la invasión soviética, se persigue a los islamistas de forma constante. La resistencia a la ocupación soviética se forma en gran medida en torno a la sensibilidad musulmana. En un contexto de guerra fría, los moudjahidin reciben el apoyo de Estados Unidos, que no deseaban ver a la URSS ampararse del petróleo afgano. De este modo, la ocupación soviética de Afganistán se convirtió pronto, en palabras americanas, en “su Vietnam” y las tropas soviéticas se retiran en 1989, tras un conflicto que deja un millón de muertos, un millón y medio de heridos y 5 millones de exiliados. Aunque un gobierno comunista haya sobrevivido un tiempo a la retirada de las tropas soviéticas, rápidamente el país se sumerge de nuevo en una guerra civil de facciones. Por ello, el advenimiento del régimen talibán en 1996 es en realidad bastante bien acogido por una población extenuada por largos años de guerra. Los moudjahidin, entre los que se encuentra el popular comandante Massoud, integran la resistencia al régimen talibán y van incluso hasta alertar a Occidente acerca del peligro que entraña Ben Laden, que desde su expulsión de Sudan era su huésped.

Tras los atentados del 11 de septiembre de 2001, Estados Unidos aporta su apoyo a la Alianza del Norte, que luchaba contra el régimen talibán. Dicha alianza permite ganar rápidamente la guerra y establecer en Afganistán un nuevo gobierno, apoyado desde 2002 por las tropas de la coalición internacional. Si ese nuevo gobierno intenta devolverle al país los rasgos de una democracia moderna, entre los cuales se encuentran los derechos y las responsabilidades de las mujeres, la extrema pobreza y la corrupción hacen que, desde 2005, los talibanes retomen el control de algunos territorios y desarrollen una economía paralela. Además, las tropas internacionales encuentran dificultades para establecer relaciones con la población, que se siente atrapada entre ellas y los insurgentes.

En 2008, con la eliminación de Bin Laden en Pakistán, Barak Obama anuncia su intención de retirar las tropas de Afganistán. En 2018, el presidente Ashraf Ghani anuncia negociaciones de paz con los talibanes y propone reconocerlos como partido político. En agosto de 2021 la retirada de las fuerzas americanas se concretiza finalmente, y los talibanes conducen una ofensiva contra el gobierno afgano que les permite tomar el poder en el país, 20 años después de su caída.

La situación de las mujeres ha sido sometida en realidad a impulsiones contradictorias durante las ultimas décadas. Si durante los últimos años la monarquía introdujo cierta modernización, la influencia comunista agrega una búsqueda explicita de la igualdad entre hombres y mujeres. El primer régimen talibán encuentra por tanto veleidades de resistencia entre las mujeres, como que se instalen escuelas clandestinas para las niñas o el travestimiento de algunas de ellas en hombres para poder ganarse la vida. Sin embargo, como bien se sabe, representó para las mujeres un período de retroceso que confina en la barbarie, pues no podían trabajar y como los médicos hombres no podían examinar a las mujeres, ni siquiera podían recibir cuidados médicos, más que los ilegales dispensados en la clandestinidad por mujeres que habían sido médico en el periodo precedente, por citar un ejemplo.

Más allá de la corrupción, el período de mantenimiento de las tropas de la coalición internacional ha permitido asegurar cierta estabilidad democrática que ha garantizado una educación igualitaria y que ha producido un cambio de mentalidad en importantes sectores de la sociedad. Los talibanes que acaban de tomar el poder tendrán sin duda más difíciles las cosas que la última vez por varios motivos: la sociedad civil ha cambiado en veinte años; la sociedad civil sale de un periodo de paz, y no de una guerra despiadada que le haga ver en ellos el fin de un conflicto. Sin embargo, en un segundo gesto de irresponsabilidad criminal, las fuerzas internacionales se han marchado dejando una reserva de armas a personas que, como saben perfectamente, se encuentran a veces al borde de la psicopatía.

Occidente sin duda tampoco es ajeno a la manera en que el Islam ha evolucionado en el país. Si fue duramente reprimido por el comunismo y por la invasión soviética, la resistencia hizo de él el vector de la identidad nacional. Occidente no tuvo inconveniente en prestar poca atención a las personas que formaba y financiaba para combatir a los soviéticos. Tanto es así que los Estados Unidos han formado y han tolerado las operaciones financieras del propio Bin Laden, como ya es sabido.

Occidente no puede intervenir en los países del Sur global como un deus ex macchina para introducir cambios que modifiquen drásticamente su equilibrio y su devenir y después no responsabilizarse de sus actos, como acaba de hacerlo Estados Unidos en Afganistán una vez más. No sólo Occidente ha abandonado a su suerte a los habitantes del país, sino que le ha dado muy poca acogida a aquell@s que, tras haber cooperado con él de forma más decidida, serán objeto de persecuciones a manos del nuevo régimen talibán.

Tenemos que resolvernos ahora a contemplar las cuestiones que tocan al Sur global como lo que son: no solo cuestiones referidas a seres humanos de los que también somos responsables, sino como cuestiones planetarias que acabarán por concernirnos directamente por los grandes cambios que acarrean (migraciones, terrorismo…).

En Espana apoyamos a Iniciativa Feminista y a PACMA:

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