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Billet de blog 21 octobre 2018

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Le Prix Nobel de la Paix : la visibilisation et la reconnaissance d’un phénomène

En faisant le choix de primer Denis Mukwege et Nadia Murad, le prix Nobel de la Paix visibilise cette année le phénomène du viol en tant qu’arme de guerre. Il semble dire aussi une volonté d’endiguer le phénomène, ce qu’il convient de célébrer.

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A un moment où les élections brésiliennes offrent leur lot d’agressions racistes, homophobes et transphobes pratiquement tous les jours, il est heureux que la remise de Prix Nobel, qui a eu lieu récemment, ait permis que le prix Nobel de la paix visibilise cette année la violence sexuelle commise dans le cadre de conflits armés, une violence de genre visant à dominer l’autre. En effet, si les guerres entrainent depuis toujours leur lot de violence sexuelle, la prise de conscience des dimensions que peut prendre le phénomène est, elle, relativement nouvelle, de même que son usage rationnellement paramétré pour exterminer des communautés.

C’est dans les conflits yougoslave et ruandais où, du point de vue du droit international, l’on peut documenter pour la première fois ce type de pratiques. La violence sexuelle exercée sur le corps des femmes a toujours été une façon d’humilier les hommes. Ainsi, un rapport de l’ONU de 1998 précise que cette violence exercée à l’encontre des femmes a pour objet de mettre les hommes de l’autre camp face à leur défaite, puisqu’ils n’ont pas pu protéger leurs femmes. Elle porte à la fois un message de castration et de mutilation, le corps des femmes devenant la scène d’une bataille qui se livre entre les hommes (ONU E/CN.4/1998/54). Les événements des conflits yougoslaves et ruandais permettent néanmoins d’aller au delà et de constater que les viols systématiques sont destinés en outre à briser les liens familiaux et communautaires, avec l’ostracisme dont on accablera ensuite les femmes les ayant subi. Ils visent aussi à coloniser démographiquement les terres de l’ennemi, les peuplant des rejetons du vainqueur. L’on compte ainsi entre 1992 et 1995, selon les chiffres fournis par Amnesty International, jusqu’à 67 camps où les femmes musulmanes étaient retenues et violées pour mettre au monde des enfants bosniaques. Le fait qu’on ne les libère pas avant sept mois de grossesse pour éviter les avortements montre la volonté nataliste de cette pratique. Le viol systématique des Tutsi a d’autre part été pratiqué dans le conflit ruandais, environ 500.000 femmes tutsi ont ainsi été violées durant ce conflit de quelques mois.

La quasi simultanéité dans le temps des deux conflits fait qu’ils ont permis le changement de typification du viol dans le cadre d’un conflit armée dans le droit international : d’outrage à la pudeur et à l’honneur, le viol est passé à être considéré comme crime de génocide en 1998 puis comme un crime contre l’humanité et genocide depuis 2008. La violence sexuelle est reconnue comme intégrant une stratégie destinée à produire de la terreur, des déplacements et à détruire les communautés.

Même s’il est prouvé que durant les conflits armés des hommes subissent aussi des viols, et que cette pratique est de plus en plus documentée, en particulier lors des détentions, le phénomène est encore à l’étude étant donné que les hommes les dénoncent moins que les femmes, par peur d’être socialement ostracisés, voire de faire l’objet de poursuites judiciaires, dans les pays où l’homosexualité est interdite. Quand bien même on avancerait dans l’étude de ce champ, il est évident d’emblée que le phénomène répond à d’autres logiques que celles de destruction de  la communauté, qui est en vigueur pour les femmes.

Le prix Nobel de la Paix de cette année récompense deux personnes qui, chacune à leur mesure, luttent pour parer à la violence sexuelle exercée dans le cadre de conflits armés. Le docteur Denis Mukwege lutte depuis plus de vingt ans dans son pays, le Congo, mais également sur la scène internationale, pour visibiliser et faire arrêter l’utilisation du viol en tant qu’arme de guerre. Si le message qu’il porte commence à peine à être audible, l’on peut facilement imaginer la difficulté qu’il y avait à le transmettre il y a vingt ans. Ses positionnements politiques l’ont obligé à s’exiler plusieurs fois, et ce n’est qu’en 1999 qu’il a été en mesure de fonder l’Hôpital Panzi, avec des fonds suédois. Il l’imaginait au début comme une maternité, la force des choses a fait qu’il devienne une clinique de réparation de femmes victimes de viols, où se rendent des femmes de tout le pays. Il met en œuvre des cures globales, traitant les dommages physiques et psychiques. Depuis, l’Hôpital Panzi est devenu aussi un centre de formation pour médecins spécialisés et un centre d’attention pour patients souffrant d’autres problèmes.

Nadia Murad est l’autre personne récompensée par le Nobel de la Paix. Il s’agit d’une jeune femme yézidie qui a été esclave sexuelle de l’Etat Islamique. En effet, les combattants de l’Etat Islamique ont attaqué de façon systématique en Irak la communauté yézidie. Les pratiques de viol systématique et d’esclavage sexuel dont elle a été victime entrent d’ailleurs parfaitement dans le cadre de la stratégie évoquée pour exterminer des communautés humaines. Il s’agit en effet d’une communauté qui se distingue de celles environnantes par son culte religieux, étant donné qu’elle n’est pas musulmane. De façon systématique, l’EI a tué les hommes et les femmes âgées, réduisant à l’esclavage sexuel les jeunes femmes et les petites filles. Lorsque cela arrive à Nadia Murad, elle a par chance 21 ans. Il s’agit donc d’une survivante qui, avec l’aide d’une famille musulmane de Mossoul, réussit à échapper à son calvaire et à trouver réfuge dans le Kurdistan irakien. Elle y devient la porte-parole de l’association Yazda, où depuis 2014, elle défend la cause de milliers de femmes yézidies, toujours réduites à l’esclavage. Comme beaucoup de celles qui ont réussi à fuir, Nadia Murad s’installe en Allemagne et commence à porter son message dans les instances internationales : en 2015 elle intervient devant le Conseil de Sécurité de l’ONU ; en 2016, elle est nommée ambassadrice de bonne volonté de l’ONU pour la dignité des survivantes de la traite des êtres humains. En 2017, elle reçoit, avec Lamia Haji Bachar, une autre activiste yézidie, le prix Sakharov.

La nomination conjointe de deux personnalités si emblématiques, chacune reliée à l’un des centres du problème que la violence sexuelle exercée dans le cadre de conflits armés pose à la communauté visibilise bien le phénomène, son amplitude et son ubiquité, de même qu’elle dit bien la volonté consensuelle de lutter contre celui-ci, malgré les tabous qui restent à briser. A un moment où, plutôt que de voir diminuer ce type de violence, nous voyons s’étendre aux hommes des mécanismes similaires –destinés à briser psychologiquement le rival-, soit parce que la pratique est réellement en train de s’étendre, soit parce que les hommes commencent à en parler, cette nomination est un geste qu’on ne peut que célébrer.

El Premio Nobel de la Paz : la visibilización y reconocimiento de un fenómeno

Al decidir premiar a Denis Mukwege y a Nadia Murad, el premio Nobel de la Paz visibiliza este año el fenómeno de la violación en tanto que arma de guerra. Parece expresar también una voluntad de frenar dicho fenómeno que no se puede sino celebrar.

En un momento en que las elecciones brasileñas nos deparan agresiones racistas, homófobas y transfobas casi todos los días es de agradecer que la ceremonia de los Nobel, que ha tenido lugar recientemente, haya permitido que el Nobel de la paz visibilice este año la violencia sexual cometida en el marco de conflictos bélicos, una violencia de género enfocada a dominar al otro. En efecto, si bien todas las guerras deparan su lote de violencia sexual es relativamente nueva la toma de conciencia de la dimensión del fenómeno, y también su uso racionalmente parametrado para exterminar comunidades.

A efectos del derecho internacional, es en los conflictos yugoslavo y ruandés donde por primera vez se documentan este tipo de prácticas. La violencia sexual hacia el cuerpo de la mujer siempre ha sido una manera de humillar a sus hombres. Así, un informe de la ONU de 1998 precisa que “La violencia sexual contra la mujer tiene por objeto enrostrar la victoria a los hombres del otro bando, que no han sabido proteger a sus mujeres. Es un mensaje de castración y mutilación al mismo tiempo. Es una batalla entre hombres que se libra en los cuerpos de las mujeres” Informe ONU E/CN.4/1998/54. Sin embargo, lo sucedido en los conflictos yugoslavo y ruandés permite ir más allá y constatar que las violaciones sistemáticas se destinan además a romper los vínculos familiares y comunitarios, con el ostracismo de las mujeres que las han sufrido, así como a colonizar demográficamente las tierras del enemigo, poblándolas con los vástagos del ganador. En el conflicto yugoslavo se cuentan así entre 1992 y 1995 hasta 67 campos donde las mujeres musulmanas eran retenidas y violadas para que dieran a luz a niños bosnios. El que no se las liberase hasta los 7 meses de embarazo para evitar abortos muestra la voluntad natalista de esa práctica. Por su parte, en el conflicto ruandés de 1994 se practicó la violación sistemática sólo de las tutsi, llegando a ser violadas unas 500.000 mujeres durante ese conflicto de algunos meses.

La casi simultaneidad en el tiempo de ambos conflictos hace que ambos hayan permitido el cambio de tipificación de la violación en el contexto bélico en derecho internacional : de afrenta al pudor y al honor, la violación pasa a ser enfocada como crimen de genocidio en 1998 y a ser reconocida como crimen de guerra, crimen contra la humanidad y genocidio desde 2008. La violencia sexual es reconocida como parte de una estrategia destinada a producir terror, desplazamientos y destruir comunidades.

Aunque está comprobado que durante los conflictos también se violan hombres, y esta practica esté cada vez más documentada, en particular durante las detenciones, el fenómeno aún está por estudiar ya que los hombres la denuncian todavía menos que las mujeres por miedo al ostracismo social y a ulteriores condenas penales,  en los países que tiene prohibida la homosexualidad. Aún cuando se avance en su estudio, es evidente de entrada que el fenómenos responde a otras lógicas que a la de la destrucción de la comunidad, que tan evidentemente aparece en las mujeres.

El Nobel de la Paz de este año premia a dos personas que, cada una en su medida, luchan por parar la violencia sexual en el marco de conflictos bélicos. El doctor Denis Mukwege lucha desde hace más de veinte años desde su país, Congo, pero también a través de la escena internacional, para visibilizar y detener el uso de la violación como arma de guerra. Si el mensaje que lleva empieza apenas ahora a hacerse audible, puede un@ imaginar la dificultad que podía entrañar transmitirlo hace veinte años. Sus posicionamientos políticos le obligan a varios exilios, y no es hasta 1999 cuando, con fondos suecos, puede fundar el Hospital Panzi, que él imaginaba al principio como una maternidad y que, por las fuerza de las cosas, termina convirtiéndose en una clínica de reparación para mujeres víctimas de violación adonde afluyen mujeres de todo el país. Pone en prácticas curas globales, que se enfocan a los estragos físicos y psíquicos. Desde entonces el Hospital Panzi se ha convertido también en centro de formación para médicos especializados y centro de atención a pacientes con otras problemáticas.

Nadia Murad es la otra persona premiada con el Nobel de la Paz. Se trata de una joven yezidi que fue esclava sexual del Estado Islámico. En efecto, los combatientes del Estado Islámico han atacado de forma sistemática en Irak a la comunidad yezidi. Sus prácticas de violación sistemática y de esclavitud sexual hacia ellos se enmarcan de  hecho perfectamente en la estrategia evocada para aniquilar comunidades humanas. Se trata en efecto de una comunidad que se diferencia del resto por su culto religioso, ya que no es musulmana. De forma sistemática, el EI ha matado a hombres y ancianas, reduciendo a esclavas sexuales a todas las jóvenes y niñas. Cuando esto le sucede a Nadia Murad tiene por fortuna 21 años. Se trata por tanto de una superviviente que, con la ayuda de una familia musulmana de Mossoul, logró escapar a su calvario y refugiarse en el Kurdistán iraquí. Allí se convierte en la portavoz de la asociación Yazda, donde desde 2014 defiende la causa de las miles de mujeres yezidis que aún son esclavas. Como muchas de las que han logrado escapar, Nadia Murad se instala en Alemania y empieza a llevar su mensaje a instancias internacionales : en 2015 interviene ante el Consejo de Seguridad de la ONU ; en 2016 es nombrada embajadora de buena voluntad de la ONU para la dignidad de las supervivientes de trata. En 2017 recibe junto a Lamia Haji Bachar, otra activista yezidí, el premio Sakharov.

La nominación conjunta de dos personalidad tan emblemáticas, cada una vinculada a uno de los focos del problema que la violencia sexual en el marco de conflictos bélicos plantea a la comunidad visibiliza bien el fenómeno, su amplitud y ubicuidad, y dice la voluntad consensuada de luchar contra él pese a los tabúes que aún quedan por salvar. En un momento en que, más que ver disminuir este tipo de violencia, vemos extenderse a los hombres mecanismos similares -destinados a aniquilar al rival a nivel psicológico- ya porque realmente se extienda la práctica ya porque estos empiezan a hablar, es un gesto que no se puede sino celebrar.

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