A l’occasion du 8 mars, deux chiffres concernant la Turquie ont émergé dans la presse, ils concernent les féminicides au sein du cercle familial : ils atteignent 239 femmes en 2013 ; 409 en 2017. Sauf à ce que le système de décompte se soit incroyablement affiné en ce laps de temps, ce qui semble improbable en ce contexte de retour à une vision machiste de la société, ils illustrent à eux seuls dramatiquement les inquiétudes exprimées dans l’article précédent de ce blog.
En parallèle, des millions de femmes manifestent en Espagne, en une grève féministe sans précédent, qui paralyse le pays et qui ne peut se faire sans le concours de vastes secteurs débordant très largement les cercles militants féministes, ni sans celui des hommes. En effet, 5,9 millions de personnes ont arrêté de travailler ce 8 mars dans tout le pays dans une grève qui déborde par ailleurs très largement l’univers du travail rémunéré et touche aussi le travail de soin ainsi que la consommation. Elle suit en cela les postulats du féminisme, qui considère que le travail gratuit de soin dispensé par les femmes constitue aussi un travail, sans lequel les hommes n’auraient pas pu travailler à l’extérieur, ni un système comme le capitaliste voir le jour. Grève inédite, donc, et grève pour le moins réussie, où beaucoup d’hommes ont assumé le travail de soin pour que leur compagne puisse manifester. Le mouvement de ce 8 mars a par ailleurs été très suivi de par le monde, avec des mobilisations notoires en Argentine également, par exemple, ou en Turquie.
Bien entendu, un mouvement d’une telle ampleur ne pouvait que susciter quelques réactions. En Espagne, compte tenu de l’ampleur du mouvement, la classe politique la plus conservatrice a tout de même été tenue de se raviser dans ses propos. Cela nous ramène à la Turquie d’Erdogan et à son évolution palpable à la simple vue des chiffres de féminicides. Sont-ils conscients, lui comme ses adeptes, des dynamiques qui ternissent le blason de l’univers mythifié du mâle vertueux ? Cet univers qui pour expliquer la violence se plaît à imaginer des femmes scélérates et des hommes débordés par des impulsions de légitime indignation ? Les femmes l’ont dit, elles son nombreuses à ne plus avoir spécialement envie de continuer à leur permettre de détourner confortablement le regard. Comment meurent-elles vraiment ces plus de 400 femmes turques – et toutes les autres de par le monde ? La première chose que l’on peut dire est que rien n’est plus faux que cette image rassurante de l’impulsion, du débordement. La réalité est que chaque coup, chaque insulte prend sa place, comme une pièce de puzzle, au sein d’une stratégie parfaitement et rationnellement orchestrée pour générer la peur. Non pas une peur utilitaire, une peur qui se bornerait à obtenir de l’individu ainsi téléguidé une obéissance soumise à un but précis. Il s’agit de générer une peur qui répond pour le violent à un besoin viscéral, animal, une peur qui lui est nécessaire pour se percevoir comme puissant et qui en ce sens confine au plaisir. Nous connaissons le discours le plus traditionnel des sociétés patriarcales à ce propos : les femmes sont comme de petits animaux qu’il faut dresser, car livrées à elles-mêmes, elles succomberaient sans doute à leurs impulsions irrationnelles, leur absence de jugeotte. Encore un discours rassurant pour le sens commun patriarcal et pourtant faux, car s’il est un comportement animal dans l’ensemble, c’est bien celui de l’homme qui maltraite. Ce n’est même pas un comportement qui serait instinctif, mais un comportement bestial. Le poète mexicain Octavio Paz définissait la figure archétypale qu’il avait établi, le « macho », par son enfermement. Il s’agit d’une intuition remarquable pour quelqu’un qui extrait sa conceptualisation de la simple observation du social. Car c’est de cela très précisément qu’il est question, tout se trouve peut-être résumé à cela : son enfermement dans l’idée de lui-même, l’idée de sa puissance, qui ne peut découler que de la destruction et de la souffrance d’autrui. En ce sens, comme le disait également Paz, cet homme est aussi un individu stérile, sa puissance n’étant pas tellement puissance à construire, que puissance à exister en soi, donc au fond, paradoxalement, impuissance et inexistence.
Toutes ces femmes meurent donc dans le cadre de démarches parfaitement préméditées et orchestrées pour que la personne violente accède à l’existence. Elles ne dépendent en ce sens en aucune façon de la femme, au delà du fait qu’elle est le support nécessaire à la destruction qui fera exister le violent. Elle les subira donc quoi qu’elle fasse, et peut-être d’autant plus qu’elle sera « vertueuse », car plus elle sera vertueuse et plus elle plongera son agresseur dans le cercle infernal du manque d’assurance qui le terrasse. La souffrance de ces femmes existant parce qu’elle est nécessaire à leurs agresseurs, elle est inéluctable.
Les femmes qui meurent ainsi le font inévitablement, dans un processus qui n’est en réalité bien souvent qu’une question de temps. Quand bien-même ces femmes réussiraient à arriver jusqu’à la vieillesse, brisées, hébétées, aux aguets, avançant dans la vie comme des ombres, elles subiront d’autant plus de violence que leur agresseur aura besoin de se contempler et de se percevoir comme un être de puissance, assis sur un montagne de débris.
Le cycle de la violence ne peut en aucun cas être brisé par la femme, quoi qu’elle fasse, sauf à ce qu’elle coupe les ponts. Il ne peut qu’être brisé par l’homme, comme du reste il va de soi d’un point de vue logique, pour peu qu’on se libère des philtres des discours patriarcaux : il n’y a que le violent qui peut décider de ne pas frapper. Paradoxalement, le premier pas pour que cette désactivation du cycle puisse un jour advenir est que l’homme cesse de se complaire dans sa seule puissance, qu’il cesse d’être enfermé, absorbé par elle comme le disait si remarquablement Octavio Paz. Qu’il regarde l’autre, dans son altérité et surtout dans son identité. Car aujourd’hui le violent, enfermé comme il l’est dans l’obsession de sa puissance, blessera l’autre parce qu’il a besoin de le blesser pour exister. Parce que sans sa souffrance il n’est pas, et il aura ce besoin d’autant plus que lui sera petit et que l’autre sera grand – ou que les autres lui sembleront grands.
Le monde que les adeptes de la « femme soumise » appellent de leurs vœux est, somme toute, un monde d’individus isolés, stériles, enfermés dans une puissance qui n’est autre chose qu’une impuissance dramatique à être et à faire. Nous le disons clairement : nous sommes nombreux et nombreuses à ne pas vouloir de ce monde. Nous voulons un monde connecté, d’individus reliés, créatifs qui se regardent à la fois les uns les autres et regardent leur but commun, qui regardent le monde et la communauté, qui n’auraient pas besoin de parasiter autrui pour exister.
Lo que el 8 de marzo dice de la Turquía de Erdogan
A su paso el 8 de marzo nos ha dejado ver combatividad y opresiones. Entre los elementos que en este momento han salido a la luz, algunos confirman lo que se esbozó en el artículo anterior.
Con motivo del 8 de marzo, dos cifras que conciernen los feminicidios dentro del círculo familiar en la sociedad turca han sido reportados en la prensa : éstos alcanzan 239 mujeres en 2013 ; 409 en 2017. Salvo que el sistema de conteo se haya afinado increíblemente en ese lapso de tiempo, lo que parece improbable en un contexto de regreso a una visión machista de la sociedad, ilustran de por sí dramáticamente las preocupaciones que expresábamos en el artículo anterior de este blog.
Simultáneamente, millones de mujeres manifestaban en España, en una huelga feminista sin precedentes, que paralizó el país y que no habría podido hacerse sin la participación de amplios sectores que exceden ampliamente los círculos militantes feministas, ni sin la de los hombres. En efecto, 5,9 millones de personas han dejado de trabajar este 8 de marzo en todo el país en una huelga que desborda por lo demás ampliamente el universo del trabajo remunerado y afecta también al trabajo de cuidado así como el consumo. Sigue en ello los postulados del feminismo, que considera que el trabajo gratuito de cuidado dispensado por las mujeres constituye también un cuidado, sin el cual los hombres no habrían podido trabajar fuera de casa, ni un sistema como el capitalista ver la luz. Huelga inédita, por tanto, y huelga cuanto menos lograda, en la cual muchos hombres han asumido el trabajo de cuidado para que su compañera pudiera manifestar. El movimiento ha recibido por lo demás un gran seguimiento en el mundo este 8 de marzo, con movilizaciones notorias en Argentina también, por ejemplo, o en la propia Turquía.
Por supuesto, un movimiento de tal amplitud no podía sino suscitar algunas reacciones. En España, habida cuenta de ella, la clase política más conservadora ha tenido que enmendar sus declaraciones. Todo esto nos lleva de vuelta a la Turquía de Erdogan y a su evolución palpable a la simple vista de las cifras evocadas. ¿Son conscientes, él como sus seguidores, de ese tipo de dinámica que desdora el blasón del universo mitificado del macho virtuoso? ¿De ese universo que, para explicar la violencia, se place en imaginar mujeres despreciables y hombres desbordados por impulsiones de legítima indignación? Las mujeres lo han dicho, son muchas las que no desean seguir permitiendo que se pueda mirar confortablemente hacia otro lado. ¿Cómo mueren de veras las más de 400 mujeres turcas – y todas las demás en el mundo? La primera cosa que puede decirse es que nada es más falso que la imagen tranquilizadora del impulso, del desborde. La realidad es que cada golpe, cada insulto, ocupa un lugar, como una pieza de puzzle, dentro de una estrategia perfecta y racionalmente orquestada para generar miedo. No un miedo utilitario, un miedo que se limitaría a obtener del individuo así teledirigido una obediencia sometida a un determinado fin. Se trata de generar un miedo que responde para el violento a una necesidad visceral, animal, un miedo que le es necesario para percibirse como poderoso y que en ese sentido confina con el placer. Conocido es el discurso más tradicional de las sociedades patriarcales a ese respecto : las mujeres son como animalitos que hay que domar puesto que, dejadas a su libre albedrío, sucumbirían sin duda a impulsiones irracionales, a su ausencia de juicio. Otro discurso tranquilizante para el sentido común patriarcal y sin embargo falso, pues si hay un comportamiento en su conjunto animal, es desde luego el del hombre que maltrata. Ni siquiera es un comportamiento que pudiese calificarse de instintivo, sino un comportamiento bestial. El poeta mexicano Octavio Paz definía la figura arquetípica que había establecido, el « macho », con la idea de encierro. Se trata de una intuición muy certera para alguien que conceptualiza a partir de la simple observación de su sociedad. Pues de eso se trata precisamente, todo se encuentra quizá resumido a eso : su encierro en la idea de sí mismo, la idea de su potencia, que sólo puede derivar de la destrucción y el sufrimiento de otro. En ese sentido, como también lo decía Paz, ese hombre es también un individuo estéril, dotado de una potencia que tiende menos a la potencia para construir que a la que existe en sí, esto es, paradójicamente, a la impotencia y la inexistencia.
Todas esas mujeres mueren por tanto en el marco de estrategias premeditadas y orquestadas para que la persona violenta acceda a la existencia. No dependen en ese sentido en ninguna medida de la mujer, más allá de que ésta actúa como soporte necesario a la destrucción que hará existir al violento. La mujer las recibirá haga lo que haga, y quizá tanto más cuanto que sea « virtuosa », pues cuanto más virtuosa sea, más sumirá a su agresor en el círculo infernal de la falta de seguridad en sí mismo de que adolece. Puesto que el sufrimiento de esas mujeres existe porque su agresor lo necesita, es ineluctable.
Las mujeres que mueren en ese marco lo hacen así de forma casi inevitable, en un proceso que no es en realidad a menudo más que cuestión de tiempo. Aún cuando esas mujeres lograsen llegar a la vejez, rotas, embrutecidas, al acecho, avanzando en la vida como sombras, sufrirán tanta más violencia por cuanto su agresor tenga necesidad de contemplarse y percibirse como un ser potente, sentado sobre su montaña de despojos.
El ciclo de la violencia no puede ser roto por las mujeres, hagan lo que hagan, salvo a que establezcan una separación definitiva. Sólo puede ser roto por el hombre violento, como por lo demás parece evidente desde un punto de vista lógico, por poco que un@ se libere de los filtros discursivos patriarcales : sólo el violento puede decidir no pegar. Paradójicamente, el primer paso para que ese ciclo pueda desactivarse un día es que el hombre violento deje de complacerse en su simple potencia, que cese de encontrarse encerrado, absorbido por ella como lo decía tan acertadamente Paz. Que mire al otro, en su alteridad y sobre todo en su identidad. Pues hoy el violento, encerrado como se encuentra en la obsesión de potencia, herirá al prójimo porque necesita herirlo para existir. Porque sin su sufrimiento él no es, y esa necesidad será tanto más grande cuanto que él sea pequeño y el otro grande – o tanto más cuanto que los otros le parezcan grandes.
El mundo que los adeptos de la « mujer sumisa » quieren construir es, en suma, un mundo de individuos aislados, estériles, encerrados en una potencia que no es sino dramática impotencia de ser y de hacer. Lo decimos claramente : somos much@s los que no queremos ese mundo. Queremos un mundo conectado, de individuos vinculados, creativos que se miren a la vez unos a otros y miren su objetivo común, que miren el mundo y la comunidad, que no necesiten parasitar a nadie para existir.