Sara Calderon (avatar)

Sara Calderon

Enseignante-chercheuse

Abonné·e de Mediapart

175 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 février 2019

Sara Calderon (avatar)

Sara Calderon

Enseignante-chercheuse

Abonné·e de Mediapart

Heptalogue pour une non-violence politique, 4 : quelle valeur donner au travail?

L’heptalogue se poursuit avec une nouvelle réflexion…

Sara Calderon (avatar)

Sara Calderon

Enseignante-chercheuse

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Au-delà du type de lien qui s’établit entre individus, il est possible aussi de mettre en question ce qui fait le centre même de nos sociétés. Dans celles-ci, l’un des buts majeurs reste la formation d’une cellule familiale traditionnelle hétéronormée. Puis, dans des sociétés insérées dans le système capitaliste, qui fait de l’accumulation sa préoccupation principale, l’autre but principal est le travail à obtenir. L’inquiétude pour le travail informe nos vies pratiquement dès l’enfance, avec la question fatidique –qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grande ?-, et de façon de plus en plus précise, lorsque vient le moment de faire le choix, souvent angoissant, d’études qui nous sauvent de ce fléau, l’exploitation, ou pire encore, le chômage. En effet, nous ne considérons même pas le travail pour ce qu’il nous permettra de réaliser –même si nous le faisons aussi-, nous le considérons pour ce qu’il nous permettra de vivre. Et c’est là que se trouve la clé de cet article : au delà du fait avéré que le travail constitue dans la perspective hégémonique l’un des buts principaux dans nos vies, de quelle sorte de travail s’agit-il ? En d’autres mots, qu’est-ce qu’est le travail ?

Dans l’utopie initiale du libéralisme le travail était ce qui pouvait permettre à chaque individu de prospérer et d’être libre, de façon à construire une société plus prospère pour tous. Dans la réalité bien différente du capitalisme tardif le travail génère une richesse qui permet l’accumulation dans un système qui, tout comme un cycliste qui avancerait sur une corde tendue sur le vide, ne peut plus s’arrêter au risque de tomber. Du point de vue des représentations et des valeurs sociales, le travail est ce qui donne sa valeur à l’individu. Attention, non pas une valeur auto-atribuée, mais une valeur que la société attribue à l’individu. En effet, le travail établit dans nos sociétés une classification des individus qui va du sommet aux strates les plus basses et peut même tomber dans la totale et complète inexistence, c’est-à-dire, l’invisibilité radicale, des populations les plus vulnérables : chômeurs, travailleurs au noir, SDF…

Pour le marxisme, le travail est l’un des centres du système philosophique qu’il institue. Puisqu’il analyse la société depuis la division que le système capitaliste opère en elle par le travail, et l’histoire depuis les cycles économiques, il ne peut en être autrement. Le travail installe la dialectique sociale qui détermine les formes culturelles hégémoniques. Le travail débouche sur l’aliénation de l’individu mais détermine aussi sa libération. Dans l’utopie communiste qui adviendra idéalement après le socialisme, le travail sera ce que l’individu apportera à la communauté, ce avec quoi il la construira au travers de sa force.

Le pamphlet que le gendre de Marx, Paul Lafargue, a écrit, à mi-chemin entre la provocation et la réflexion philosophique, Le droit à la paresse, est bien connu. Lafargue y produit un plaidoyer pour que s’opère un retournement civilisationnel dans des sociétés qui sanctifient le travail. Il y développe l’idée suivant laquelle le travail est en réalité à l’origine de la misère individuelle et sociale. Selon lui, la division du travail aliène les travailleurs et conduit la bourgeoisie à la surconsommation et au vice. Dans une société où l’on ne travaillerait que 3 heures par jour, chaque individu pourrait se consacrer à cultiver son intellect et son individualité, ce qui lui permettrait de se développer plus du point de vue humain.

Lafarge a écrit son pamphlet dans la continuité des idées de son beau-père, et cependant son écrit a un caractère éminemment individualiste, car il plaide clairement pour le développement de soi comme activité pour remplacer le travail. En ce sens, son écrit fait assez bien état de ce que le travail devrait être dans une société non violente.

La société non violente est éminemment individualiste, car seul un individu épanoui est capable de minimiser par ses choix les doses de frustration dont le quotidien le pourvoira et de disposer d’un contrôle de soi et d’une capacité à sublimer susceptibles de diminuer les réponses violentes. En bonne logique, dans ce type de société, le travail doit changer de valeur pour s’approcher davantage de ce qui a été décrit par Lafargue. Le travail doit produire de la richesse, pour le bénéfice collectif, mais il doit aussi permettre à l’individu de grandir spirituellement. Au delà de ce qu’il produira, la fonction du travail sera donc de faire se sentir épanoui et constructif l’individu qui s’en acquittera. Cela implique deux choses : il faut, d’une part, reconnaître que tous les métiers sont nécessaires à une société prospère, et donc, diminuer les différences dans l’attribution de capital symbolique entre certains métiers et d’autres. Que serait-il d’une société sans infirmières, sans électriciens… ? Pour ne citer que deux professions moins cotées que celle d’avocat ou de médecin. De même, il serait raisonnable de collectiviser les professions les plus pénibles, ou à défaut de les doter d’une compensation qui reconnaisse leur pénibilité et les reconnaisse comme service supplémentaire prêté à la communauté.

La collectivisation des professions les plus pénibles semble une meilleure option car elle présente le double avantage de décharger les individus concernés du monopole de ces tâches tout en tissant des liens communautaires. En effet, réaliser un travail pour le collectif est quelque chose qui tisse en soi des liens communautaires, de façon bien plus efficace que l’actuelle homogénéisation qui tient lieu de cohésion sociale. Le principe constructeur des sociétés non violentes est le faire en commun, non l’homogénéisation, et le travail doit être une partie intégrante de ce faire.

Dans des sociétés non violentes, le travail de chacun est donc considéré pour ce qu’il peut apporter à un individu ; pour ce qu’il peut le faire grandir. Le travail communautaire est considéré pour le service qu’il rend au groupe, dans le cas des tâches les plus pénibles à collectiviser, pour la façon dont il construit une communauté humaine. Cette différence organisationnelle n’exclut pas que l’activité professionnelle puisse continuer à générer de la richesse, elle subordonne cet impératif au développement de l’individu.

Illustration 1

GRAF, Nice

GRAF, Niza

Heptálogo para una no-violencia política, 4 : ¿para qué el trabajo?

El heptálogo prosigue con una nueva reflexión…

Más allá del tipo de vínculos que se establece entre individuos, cabe preguntarse sobre lo que conforma el centro mismo de las vidas de éstos en nuestras sociedades. Una de las metas sigue siendo la formación de una célula familiar tradicional heteronormada. En sociedades insertas en un sistema capitalista que hace de la acumulación su principal preocupación otra meta es el trabajo. La preocupación por trabajar informa nuestras vidas casi desde la infancia, con aquella fatídica pregunta -¿qué quieres ser de mayor?-, y de forma cada vez más precisa, con la muchas veces angustiosa elección de estudios que nos salven de esa lacra, la explotación, o peor aún, el paro. En efecto, ni siquiera es que consideremos siempre el trabajo por lo que nos va a permitir realizar –aunque también lo hacemos-, lo consideramos por lo que nos va a permitir vivir. Y con esto tocamos la clave de este artículo : más allá de que el trabajo sea una de las dos metas principales hegemónicas de nuestras vidas, ¿de qué clase de trabajo estamos hablando? En otras palabras, ¿qué es el trabajo?

En la utopía inicial del liberalismo el trabajo era lo que iba a permitir a cada individuo prosperar y ser libre de manera a construir una sociedad próspera para todos. En la realidad bien distante del capitalismo tardío el trabajo genera la riqueza que sigue permitiendo la acumulación en un sistema que, como un ciclista que rodase sobre una cuerda tensada en el vacío, no puede ya parar a riesgo de caerse. A nivel de representaciones y valores sociales el trabajo es lo que dota de valor al individuo. Cuidado, no de valor autoatribuido, sino de valor atribuido por la sociedad. En efecto, el trabajo establece en nuestras sociedades una clasificación entre individuos que lleva de la cúspide a los estratos más bajos y puede incluso caer en la total y completa inexistencia, esto es, la radical invisibilidad, de las poblaciones más vulnerables : parados, trabajadores en negro, vagabundos…

Para el marxismo, el trabajo es uno de los centros del sistema filosófico que instituye. Puesto que analiza la sociedad desde la división que en ella opera el sistema capitalista y la historia desde los ciclos económicos, no puede ser de otra manera. El trabajo instala la dialéctica social que determina las formas culturales hegemónicas. El trabajo desemboca en la alienación del individuo pero también determina su liberación. En la utopía comunista que advendrá idealmente tras el socialismo, el trabajo será aquello que el individuo aporte a la comunidad, aquello con lo que a través de su fuerza la construya.

Es conocido el libelo que el yerno de Marx, Paul Lafarge, escribió a medio camino entre la provocación y la reflexión filosófica, El derecho a la pereza. En él, Lafargue produce un alegato para que se de un vuelco civilizacional en sociedades que santifican el trabajo. Desarrolla la idea según la cual el trabajo es en realidad fuente de las miserias individuales y sociales, en tanto la división del trabajo aliena a los trabajadores y aboca a la burguesía al sobreconsumo y al vicio. En una sociedad que trabajase sólo 3 horas al día cada individuo podría dedicarse a cultivar su intelecto y su individualidad, alcanzando un mayor desarrollo humano.

Lafarge escribió su libelo un poco en la continuidad de las ideas de su suegro, y sin embargo su escrito es marcadamente individualista en tanto que aboga claramente por el desarrollo individual como actividad para reemplazar el trabajo. En este sentido, su escrito cuadra bastante bien con lo que sería el trabajo para una sociedad no violenta.

La sociedad no violenta es eminentemente individualista porque sólo un individuo desarrollado es capaz de minimizar con sus elecciones sus dosis de frustración y de disponer de un autocontrol y de una capacidad de sublimar susceptibles de disminuir las respuestas violentas. En buena lógica, en este tipo de sociedad el trabajo debe cambiar de valor para aproximarse más a lo descrito por Lafargue. El trabajo debe producir riqueza, para el beneficio colectivo, pero debe también permitir el crecimiento espiritual del individuo. Más allá de lo que produzca, será por tanto una función del trabajo la de hacer sentirse bien y constructivo al individuo que lo ejecute. Esto va en dos sentidos : por una parte debe reconocerse que todos los trabajos son necesarios a la prosperidad social, y por tanto, se deben disminuir las diferencias de valoración positiva entre unos trabajos y otros. ¿Qué sería de una sociedad sin enfermeras, sin electricistas…? Por citar dos profesiones menos valoradas que abogado o médico. Asimismo, sería razonable colectivizar las profesiones más penibles, o en su defecto dotarlas de una compensación que reconociese su penibilidad y las reconociese como servicio suplementario prestado a la comunidad. La colectivización parece una mejor opción porque presenta la doble ventaja de descargar a los individuos concernidos del monopolio de las tareas penibles y de forjar comunidad. En efecto, realizar trabajo colectivo es algo que forja, en si, colectivo de manera mucho más eficaz que la actual homogeneización que hace las veces de cohesión social. El principio constructor de las sociedades no violentas es el hacer en común, no la homogeneización, y el trabajo debe ser parte integrante de ese hacer.

En sociedades no violentas el trabajo es contemplado por tanto por lo que le pueda aportar al individuo, por lo que pueda hacerlo crecer, en lo que respecta al trabajo de cada uno. Es contemplado por lo que sirve al grupo, en el caso de las tareas más penibles a colectivizar, por lo que construye comunidad humana. Esa diferencia organizacional no excluye que la actividad laboral pueda seguir generando riqueza, sino que supedita este imperativo al desarrollo del individuo.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’auteur n’a pas autorisé les commentaires sur ce billet