Sara Calderon
Enseignante-chercheuse
Abonné·e de Mediapart

121 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 oct. 2021

Le harcèlement : un problème de santé publique

Le tragique suicide de Dinah, 14 ans, à la suite d’un harcèlement de deux ans, dans la presque totale indifférence générale, donne visibilité à ce qui est devenu depuis quelques années un véritable problème de santé publique, en milieu scolaire comme en entreprise.

Sara Calderon
Enseignante-chercheuse
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nous avons eu récemment à regretter une nouvelle mort à imputer au patriarcat, celle de Dinah, 14 ans, décédée à Kingersheim (Haut-Rhin) dans la nuit du 4 au 5 octobre. Elle s’est suicidée par pendaison à la suite d’un harcèlement de deux ans subi dans son collège. Une enquête a été ouverte à ce propos, visant à établir les faits et les responsabilités. Les parents de Dinah déclarent qu’elle était harcelée par plusieurs filles de son établissement et qu’ils ne se sont pas sentis assez écoutés par le personnel de celui-ci lorsqu’ils l’ont sollicité pour tenter de confronter ce problème. En effet, le harcèlement se serait fait selon les parents de Dinah sur la base de son homosexualité, qu’elle avait confiée à ces jeunes filles. Dinah subissait ainsi des insultes homophobes et aussi des insultes à caractère raciste. Après une première tentative de suicide au mois de mars, le harcèlement se serait poursuivi de plus belle, avec des messages comme « ne t’inquiètes pas tu vas bientôt mourir » ou « on va t’envoyer des liens sur Internet pour que tu puisses crever ».

Suivant la dynamique de groupe qui parfois se met en place dans les lynchages d’un individu sensiblement différent, à partir de l’initiative de ces quelques éléments moteurs, la plupart de la classe prenait en fait Dinah pour souffre-douleur. Sa mère rapporte qu’elle n’était soutenue que par peu d’élèves. L’adolescente a ainsi vécu un véritable calvaire, face auquel elle n’a rencontré que très peu de soutien, ce qui l’a conduite à commettre son geste terrible.

Les problématiques des violences structurelles sont assez connues désormais pour qu’il ne soit plus tolérable que de jeunes personnes ayant toute leur vie devant elles, comme Dinah, y succombent sans que presque personne ne s’y oppose. Suivant les cas, le problème du harceleur peut être, il est vrai, presque insoluble. Son harcèlement peut correspondre à des pulsions très profondes qu’il est compliqué de freiner. Mais, même dans les cas les plus extrêmes, les observateurs extérieurs doivent, eux, identifier les maltraitances pour mettre en sécurité la personne qui en est cible. Puis, dans les établissements scolaires, un psychologue doit tout de même affronter explicitement le problème avec la personne qui harcèle une autre, pour tâcher de la conduire à surmonter son problème : identifier la source de la pulsion destructrice, trouver d’autres réponses à donner à ce problème, œuvrer à ce que cette personne s’accepte… un vrai travail de profondeur. Bien entendu, le psychologue doit aussi aider la victime à guérir ses fractures psychiques. Cependant, ce travail n’exclut pas de traiter le problème de la violence chez celui qui harcèle, car sans cela le problème reste intact, et cette personne ira probablement plus tard harceler cette même personne ou quelqu’un d’autre.

Il est urgent par ailleurs, en matière de harcèlement, d’effectuer un travail de responsabilisation sociale. C’est-à-dire, arriver à ce qu’une majorité des individus qui intègrent nos sociétés ne considère plus que le harcèlement est le problème de la victime, mais considère que, dans la mesure où tout le monde peut stopper le processus, tout le monde a sa part de responsabilité si celui-ci se termine par la mort de la victime. Le travail de responsabilisation doit, bien entendu, prévenir encore plus particulièrement les dérives comme celle que Dinah a dû subir. C’est-à-dire, il doit prévenir la dérive d’un harcèlement en lynchage collectif. En effet, nos sociétés dispensent beaucoup de tensions et de frustrations à chaque individu, entre autres parce que nos cultures sont façonnées par un système, le capitalisme, qui repose entièrement sur la frustration. Chacun d’entre nous est très peu armé pour confronter des sentiments de frustration autrement que par la catharsis dans la violence et confronter du désir autrement que par son assouvissement. Cela veut dire qu’il n’est pas difficile que, lorsqu’une première violence se déchaîne sur un individu, comme cela a été le cas pour Dinah, d’autres la suivent, la masse de violence latente profitant en fait de la possibilité de trouver à s’épancher qui lui est offerte.

En milieu scolaire, un bon travail de prévention des violences sociales doit cibler en plus l’impératif de normalisation qui y a tant de poids et qui a dû peser pour Dinah. Il doit œuvrer à l’acceptation de la différence, à ce qu’elle soit considérée une caractéristique inhérente au social.

La disparition de Dinah est plus qu’un drame, elle est une négligence collective. Au-delà de l’enquête, il est important que nous soyons tou.te.s conscients que, face à ce qui est devenu un problème de santé publique, nous sommes en réalité tou.te.s responsables. L’Etat doit prendre certes la question plus au sérieux, et investir dans de véritable politiques publiques susceptibles de doter chaque établissement scolaire et chaque entreprise de spécialistes capables de désactiver ce type de phénomène par un travail psychologique effectué avec l’agresseur, l’agressé et les témoins. Cependant, nous devons aussi tou.te.s saisir nos responsabilités dans la préservation du vivre-ensemble qui est notre bien commun à tou.te.s et qui nous concerne tou.te.s. Il faut que nous nous résolvions à marcher vers un autre monde où, face à la barbarie, aucun être humain ne soit livré à soi-même comme l’a été Dinah.

En France, nous soutenons le PPD et le NPA:

Gustav Moreau, Le Victorieux Sphinx (détail), 1886.

El acoso: un problema de salud pública

El trágico suicidio de Dinah, 14 años, a consecuencia de un acoso de dos años, en la casi total indiferencia general, da visibilidad a lo que se ha convertido desde hace algunos años en un verdadero problema de salud pública, tanto en el universo escolar como en la empresa.

Hemos tenido que lamentar recientemente una nueva muerte que imputarle al patriarcado, la de Dinah, 14 años, fallecida en Kingersheim (Alto-Rhin) en la noche del 4 al 5 de octubre. Se suicidó ahorcándose, como consecuencia de un acoso de dos años sufrido en el instituto. Se ha abierto una investigación, que busca establecer los hechos y las responsabilidades. Los padres de Dinah declaran que ha sido acosada por varias chicas de su establecimiento y que no se han sentido lo suficientemente escuchados por el personal cuando trataron de buscar ayuda en él. En efecto, el acoso reposaba, según ellos, sobre su condición de homosexual, que Dinah había confiado a esas chicas. Dinah sufría por tanto insultos homófobos, y también insultos de carácter racista. Tras una primera tentativa de suicidio en el mes de marzo, el acoso habría proseguido con mas fuerza, con mensajes como “no te preocupes, pronto vas a morir” o “vamos a mandarte links para que te puedas morir”.

Siguiendo la dinámica de grupos que a veces se pone en marcha en los linchamientos de un individuo sensiblemente diferente, a partir de la iniciativa de esos elementos motores, la mayoría de la clase veía en Dinah un chivo expiatorio. Su madre cuenta que no recibía apoyo sino de poc@s alumn@s. La adolescente vivió así un verdadero calvario, frente al que casi no encontró apoyo, lo que la condujo a cometer su terrible gesto.

Las problemáticas aferentes a las violencias estructurales se conocen ya lo bastante para que no sea tolerable que jóvenes que tienen toda la vida por delante, como Dinah, sucumban a ellas sin que casi nadie oponga resistencia. Según los casos, el problema del acosador puede ser, bien es cierto, casi insoluble. Su acoso puede corresponder a pulsiones muy profundas que es complicado frenar. Sin embargo, incluso en los casos más extremos, los observadores deben ser capaces de identificar el maltrato para poner a salvo a la persona concernida. En los establecimientos escolares, un psicólogo debe afrontar de todos modos explícitamente el problema con la persona que acosa a otra, para tratar de conducirla a sobreponerse al problema: identificar la fuente de la pulsión destructora, encontrar otras respuestas a dar al problema, trabajar para que esa persona se acepte… un verdadero trabajo en profundidad. Por supuesto, el psicólogo también debe ayudar a la víctima a reponerse de sus fracturas psíquicas. Sin embargo, ese trabajo no excluye tratar el problema de la violencia de la persona que acosa, pues sin ello permanece intacto, y esa persona se irá probablemente más tarde a acosar a esa misma persona o a otra.

Es urgente además, en materia de acoso, efectuar un trabajo de responsabilización social. Es decir, lograr que una mayoría de los individuos que integran nuestras sociedades deje de considerar que el acoso incumbe sólo a la víctima, para considerar que, en la medida en que todo el mundo puede obstaculizar el proceso, todo el mundo es en parte responsable si éste termina con la muerte de la víctima. El trabajo de responsabilización debe, por supuesto, prevenir todavía más las derivas como las que Dinah ha tenido que sufrir. Es decir, debe prevenir la deriva de un acoso en linchamiento colectivo. En efecto, nuestras sociedades dispensan muchas tensiones y frustraciones a cada individuo, entre otras cosas porque nuestras culturas están informadas por un sistema, el capitalismo, que reposa íntegramente sobre la frustración. Cada un@ de nosotr@s está muy poco armado para confrontar sentimientos de frustración de otro modo que por la catarsis en la violencia o para confrontar el deseo de otro modo que mediante su satisfacción. Eso quiere decir que no es difícil que, cuando una primera violencia se abate sobre un individuo, como sucedió con Dinah, otras la sigan, la masa de violencia latente aprovechando la posibilidad de desencadenarse que se le ofrece.

En el ámbito escolar, un buen trabajo de prevención de las violencias sociales debe atender además al imperativo de normalización que tanto peso tiene en él y que ha debido desempeñar un papel determinante para Dinah. Debe enfocarse a que se acepte la diferencia, a que se la considere como una característica inherente a lo social.

Más que un drama, la desaparición de Dinah es una negligencia colectiva. Más allá de la investigación, es importante que tod@s seamos conscientes de que, frente a lo que se ha convertido en un problema de salud pública, tod@s somos en realidad responsables. Desde luego, el Estado debe tomar la cuestión mas en serio, e invertir en verdaderas políticas publicas susceptibles de dotar a cada establecimiento escolar y a cada empresa de especialistas capaces de desactivar ese tipo de fenómeno con un trabajo psicológico efectuado con el agresor, el agredido y los testigos. Sin embargo, también cada un@ de nosotr@s debe asumir su responsabilidad en la preservación del vivir-juntos que es nuestro bien común y que a tod@s nos incumbe. Tenemos que resolvernos a marchar hacia un mundo en el que ningún ser humano se vuelva a encontrar frente a la barbarie tan solo como lo ha estado Dinah.

 En Espania apoyamos a Iniciativa Feminista y a PACMA:

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Husain, Shahwali, Maryam... : ces vies englouties au large de Calais
Qui sont les vingt-sept hommes, femmes et enfants qui ont péri dans la Manche en tentant de rallier la Grande-Bretagne ? Il faudra des semaines, voire des mois pour les identifier formellement. Pour l’heure, Mediapart a réuni les visages de dix de ces exilés, afghans et kurdes irakiens, portés disparus depuis le naufrage du 24 novembre.
par Sarah Brethes (avec Sheerazad Chekaik-Chaila)
Journal
2022 : contrer les vents mauvais
« À l’air libre » spécial ce soir : d’abord, nous recevrons la rappeuse Casey pour un grand entretien. Puis Chloé Gerbier, Romain Coussin, et « Max », activistes et syndicalistes en lutte seront sur notre plateau. Enfin, nous accueillerons les représentants de trois candidats de gauche à l'élection présidentielle : Manuel Bompard, Sophie Taillé-Polian et Cédric van Styvendael.
par à l’air libre
Journal
LR : un duel Ciotti-Pécresse au second tour
Éric Ciotti est arrivé en tête du premier tour du congrès organisé par Les Républicains pour désigner leur candidat ou leur candidate à l’élection présidentielle. Au second tour, il affrontera Valérie Pécresse, qui a déjà reçu le soutien des éliminés Xavier Bertrand, Michel Barnier et Philippe Juvin.
par Ilyes Ramdani
Journal — Justice
La justice révoque le sursis de Claude Guéant, le procès des sondages de l’Élysée rouvert
La justice vient de révoquer en partie le sursis et la liberté conditionnelle dont l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy avait bénéficié après sa condamnation dans le scandale des « primes » du ministère de l’intérieur. Cette décision provoque la réouverture du procès des sondages de l’Élysée : le tribunal estime que Claude Guéant n’a peut-être pas tout dit lors des audiences sur sa situation personnelle.
par Fabrice Arfi et Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
L'extrême droite a un boulevard : à nous d'ériger des barricades
Un spectre hante la France… celui d’un pays fantasmé, réifié par une vision rance, une France qui n’a sûrement existé, justement, que dans les films ou dans les rêves. Une France muséale avec son glorieux patrimoine, et moi je me souviens d’un ami américain visitant Versailles : « je comprends mieux la Révolution française ! »
par Ysé Sorel
Billet de blog
« Nous, abstentionnistes » par Yves Raynaud (3)
Voter est un droit acquis de haute lutte et souvent à l'issue d'affrontements sanglants ; c'est aussi un devoir citoyen dans la mesure où la démocratie fonctionne normalement en respectant les divergences et les minorités. Mais voter devient un casse-tête lorsque le système tout entier est perverti et faussé par des règles iniques...
par Vingtras
Billet de blog
Ne lâchons pas le travail !
Alors qu'il craque de tous côtés, le travail risque d'être le grand absent de la campagne présidentielle. Le 15 janvier prochain, se tiendra dans la grande salle de la Bourse du travail de Paris une assemblée citoyenne pour la démocratie au travail. Son objectif : faire entendre la cause du travail vivant dans le débat politique. Inscriptions ouvertes.
par Ateliers travail et démocratie
Billet de blog
Le bocal de la mélancolie
Eric Zemmour prétend s’adresser à vous, à moi, ses compatriotes, à travers son clip de candidat. Vraiment ? Je lui réponds avec ses mots, ses phrases, un lien vidéo, et quelques ajouts de mon cru.
par Claire Ze