Cartographie de mon féminisme, III. Féminisme et anarchisme

Je poursuis ma réflexion théorique sur la teneur de mon propre féminisme avec ce troisième volet, féminisme et anarchisme.

Nombreuses sont les voix qui disent que le féminisme est naturellement libertaire, puis celles qui disent que les premiers féministes sont les anarchistes. Face à cela, il est plus que souhaitable de préciser le rapport que l’on entend entre féminisme et anarchisme. Cela a été dit, en tant que courant de pensée le féminisme est né des Lumières, peu avant l’anarchisme pour tout dire. Tant et si bien, que certaines de ses personnalités fondatrices sont d’ailleurs considérées précurseures de l’anarchisme, comme cela est le cas pour Mary Wollestonecraft.

Si les précurseurs de l’anarchisme sont nombreux, il est d’usage de s’accorder sur le fait que les pères de l’anarchisme, en tant que courant de pensée identifié comme tel, sont Proudhon, puis, quelques années plus tard, Bakounine Cette doctrine politique naît comme réponse au constat des premiers dégâts causés par le système socio-économique naissant, le capitalisme ; comme réponse à la détresse de la classe ouvrière, l’autre réponse largement connue étant le socialisme. Proudhon est donc, dans le temps, le premier à s’emparer du terme anarchisme pour le charger d’une valeur positive, d’un projet volontariste, au début du XIXe siècle. Identifiant dès 1840 la propriété comme « vol » dans Qu’est-ce que la propriété, il se propose de changer la structure de pouvoir, mais sans violence révolutionnaire. C’est Bakounine qui, quelque temps plus tard, ajoute à la pensée de Proudhon le principe de la révolution : il prône l’insurrection -la révolte armée- pour atteindre la complète destruction de l’appareil étatique.

Le rapport de l’anarchisme à la violence figure parmi les principaux points d’achoppement qui questionnent le rapport entre féminisme et anarchisme. Le féminisme proscrit résolument la violence et, si bien souvent les féministes en sont venues à dire que l’autodéfense est un droit, le consensus est assez global pour poser la violence comme dernier recours, après avoir épuisé les autres. Le rapport de l’anarchisme à la violence est, comme on le sait, beaucoup moins clair et, si le stéréotype de l’anarchiste poseur de bombes est bien loin de constituer la vérité de l’anarchisme, certains de ses représentants ont clairement validé l’usage de la violence comme recours valable. Tant et si bien que, propagande aidant, l’un des problèmes qu’aujourd’hui rencontre l’anarchisme est celui de faire parvenir à la plus grande majorité de l’opinion publique les propositions d’alternatives réelles dont il a pu se faire véhicule tout au long de son histoire, et dont il se fait encore véhicule aujourd’hui, et ce même parfois parmi ceux qui s’en disent adeptes. En effet, si certaines des révolutions qui aujourd’hui peuvent nous donner l’espoir de voir un monde meilleur tiennent de la pensée anarchiste -c’est le cas de celle de Rojava-, le mouvement anarchiste peine aujourd’hui par ailleurs à se renouveler sur un mode propositif.

Un deuxième point d’achoppement entre le féminisme et l’anarchisme est constitué, bien évidemment, par la question du pouvoir. L’anarchisme a beau avoir critiqué et combattu le pouvoir, dont le pouvoir d’Etat, dans la société, cela n’a pas complètement évincé de ses pratiques les travers patriarcaux du pouvoir exercé par les hommes sur les femmes. Bien entendu, on ne peut pas pour autant lui enlever d’avoir été le mouvement de pensée qui y a sans doute le plus réfléchi, par rebondissement, il n’en demeure pas moins que les femmes ont bien souvent été reléguées à l’arrière-garde durant les révolutions libertaires, comme ce fut le cas pour celle qui eut lieu en Espagne, et que certains de ses représentants ont fait parfois sans états d’âme étalage du machisme le plus primitif. Le féminisme est donc bel et bien plus subversif pour le pouvoir, pour la simple et bonne raison qu’il adopte le point de vue des êtres les plus opprimés du social : les femmes.

Par là même, si l’opposition des deux courants de pensée au capitalisme ne constitue pas un point d’achoppement, mais de réunion, il n’en demeure pas moins que l’opposition du féminisme est, elle aussi, sans doute plus radicale que celle de l’anarchisme, en fait.

La réunion de féminisme et anarchisme, que certains s’attachent à faire si volontiers, n’a donc en fait rien d’évidente. L’usage de la violence, puis la façon dont tous deux envisagent l’abolition des rapports de pouvoir -qui est, en fait, différente-, constituent deux points d’achoppement beaucoup trop importants et trop fondamentaux pour que cette réunion aille de soi. Certaines des révolutions les plus porteuses d’espoir du XXIe siècle réunissent les deux, il est vrai, c’est le cas, comme il a été dit, de celle du Rojava. Il n’en demeure pas moins que cela découle d’un cumul de circonstances ponctuelles, et d’une possibilité, et non d’une quelconque inéluctable destinée.

 

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 Gustav Moreau, Le Sphinx Victorieux, détail, 1886.

 

 

En France nous soutenons le PPD et le NPA:

 

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Cartografía de mi feminismo, III. Feminismo y anarquismo

Prosigo mi reflexión teórica sobre los contornos de mi propio feminismo con esta tercera etapa, feminismo y anarquismo.

 

Numerosas son las voces que dicen que el feminismo es naturalmente libertario, así como aquellas que dicen que los primeros feministas son l@s anarquistas. Es por ello más que conveniente precisar la relación que se entiende se establece entre feminismo y anarquismo. Como se ha dicho, en tanto que corriente de pensamiento el feminismo nació de la Ilustración, algo antes que el anarquismo, por tanto. Tanto es así que algunas de sus personalidades fundadoras son de hecho consideradas precursoras del anarquismo, como sucede con Mary Wollestonecraft.

Si sus precursores son numerosos, es usual considerar que los padres del anarquismo, en tanto que corriente de pensamiento identificada como tal, son Proudhon y, algunos años después, Bakunin. Esta corriente ideológica nace como una de las respuestas posibles frente a la constatación de los primeros destrozos causados por el sistema socioeconómico naciente, el capitalismo; como respuesta al sufrimiento de la clase obrera, siendo la otra respuesta ampliamente conocida el socialismo. Proudhon es pues el primero que se ampara del término anarquismo para cargarlo con un valor positivo, diseñar un proyecto voluntarista, a principios del siglo XIX. Identifica ya desde 1840 la propiedad como “robo” en Qué es la propiedad? y se propone cambiar la estructura de poder, pero sin recurrir a la violencia revolucionaria. Es Bakunin quien, algún tiempo después, agregó al pensamiento de Proudhon el principio de la revolución: llama a la insurrección -la revolución armada- para alcanzar la completa destrucción del aparato de estado.

Entre los principales escollos que cuestionan la relación entre feminismo y anarquismo figura el recurso a la violencia. El feminismo proscribe resueltamente la violencia y, aunque a menudo las feministas hayan dicho que la autodefensa es un derecho, el consenso es bastante global en el seno del feminismo para plantear la violencia como ultimo recurso, que aparece cuando se han agotado los demás. La relación del anarquismo a la violencia es, como se sabe, bastante menos clara y, si el estereotipo del anarquista que pone bombas está muy lejos de constituir la verdad del anarquismo, algunos de sus representantes han validado el recurso a la violencia como camino posible. Tanto es así que, propaganda mediando, uno de los problemas a los que hoy hace frente el anarquismo es el de hacer llegar a la mayoría de la opinión publica las reales propuestas de alternativas que ha podido vehicular a lo largo de su historia, y que aun vehicula hoy, inclusive a veces entre aquellos que se dicen convencidos. Asi, si algunas de las revoluciones que nos proporcionan hoy cierta esperanza de ver advenir un mundo mejor son herederas del pensamiento anarquista -es el caso de la de Rojava-, al movimiento le cuesta hoy renovarse sobre un modo propositivo.

Un segundo escollo en la relación entre feminismo y anarquismo lo constituye, por supuesto, la cuestión del poder. Por más que el anarquismo haya criticado y combatido las estructuras de poder dentro la sociedad, combatiendo también el poder del Estado, ello no ha erradicado completamente de sus prácticas de los traveses patriarcales del poder ejercido por los hombres sobre las mujeres. Por supuesto, no se le puede negar que haya constituido sin duda la corriente de pensamiento que más ha reflexionado sobre ello, por repercusión, ello no obsta para que las mujeres hayan sido a menudo relegadas a la retaguardia durante las revoluciones libertarias, como sucedió con la que tuvo lugar en España, y para que algunos de sus más insignes representantes hayan hecho alarde, sin particular estado de ánimo, del machismo más primitivo. El feminismo resulta de hecho por tanto más subversivo para el poder, por la sencilla razón de que adopta el punto de vista de los seres más oprimidos por lo social: las mujeres.

Por ese mismo motivo, aunque la oposición de las dos corrientes de pensamiento al capitalismo no constituye un escollo sino un punto común, la oposición del feminismo no deja de ser también sin duda más radical que la del anarquismo.

La unión de feminismo y de anarquismo, que algunos se obstinan en hacer caminar de la mano, no tiene por tanto nada de evidente. La posibilidad del recurso a la violencia y la forma en que ambos enfocan la abolición de las relaciones de poder -cuya conceptualización es, además, diferente-, constituyen dos puntos de colisión demasiado importantes y fundamentales para que esa unión sea una evidencia. Bien es cierto que algunas de las revoluciones mas esperanzadoras del siglo XXI los reúnen, como sucede, como se dijo, con la de Rojava. Sin embargo, ello no deja de derivar de un cumulo de circunstancias puntuales, y de una posibilidad de hermanamiento, y no de un supuesto ineludible caminar de la mano.

 

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