Cartographie de mon féminisme, IV. Ecologie et féminisme

Je poursuis l’ébauche des contours du féminisme tel que je l’entends par cette quatrième réflexion, portant sur les rapports qui s’établissent entre écologie et féminisme.

Réfléchir aux rapports qui s’établissent entre l’écologie et le féminisme est d’autant plus utile qu’il s’agit là de deux courants de pensée qui sont venus renouveler l’échiquier politique et que la conjonction des deux a donné lieu à un autre courant, plus ou moins accepté, l’écoféminisme.

Bien entendu, il faut, avant de penser les liens entre l’écologie et le féminisme, s’entendre déjà par ce qu’on entend par écologie. En effet, tout comme le féminisme, l’écologie a peut-être en quelque sorte été victime de son succès et le spectre idéologique et pratique de ce que l’on entend par écologie est tout de même aujourd’hui assez large. Il est d’usage d’y distinguer deux grands courants, un réformiste qui axe sur la protection de l’environnement, et un radical plus critique à l’égard de notre modèle de société et qui prend ses racines dans la pensée libertaire des années 70. Tandis que le courant réformiste adopte une optique gestionnaire visant à infléchir le système actuel pour diminuer les atteintes à l’environnement, le courant radical envisage des mesures plus audacieuses, situées d’ailleurs parfois au carrefour du social et de l’environnemental : réduction du temps de travail, limitation de la croissance économique, décentralisation du pouvoir, rédistribution égalitaire des richesses, pacifisme.

L’écologie radicale affiche un certain mépris pour les courants réformistes, dont elle estime non sans tort qu’ils permettent surtout aux entreprises de se « verdir » sans remettre en question un modèle de société dont on sait déjà qu’il n’est pas soutenable pour la planète ni souhaitable pour l’individu. Puisque la réflexion sur les rapports de pouvoirs constitue le centre névralgique du féminisme, il va sans dire que c’est plus aux rapports entre le féminisme et l’écologie radicale, seule à remettre en question le modèle global de société, qu’il convient de réfléchir.

La remise en question du modèle de société qu’effectuent l’écologie radicale et le féminisme ont en effet des points communs : mise au centre de l’humain, décentralisation du pouvoir, limitation de la croissance économique, mise au centre du vivant, pacifisme… S’ils peuvent sans doute en ce sens cheminer ensemble, on achoppe comme à d’autres occasions sur la question de la réflexion sur les rapports de pouvoir tels qu’établis par le système de domination de sexe, le système hétéronormé, qui est absente de l’écologie. L’écologie politique comporte donc des points de recoupement avec le féminisme, sans permettre à un projet de société nouveau et audacieux de se passer des acquis théoriques et pratiques de ce dernier. Il reste nécessaire de travailler à les hybrider, et ce travail porte bien son nom, car cela nécessite, malgré ces points de recoupements, une réflexion, une volonté et un investissement bien réels.

L’hybridation de l’écologie et du féminisme ayant débouché depuis quelques décennies sur la naissance d’un nouveau courant idéologique, l’écoféminisme, il convient peut-être de s’exprimer ici à ce propos. L’écoféminisme n’est pas sans susciter bien des polémiques au sein du féminisme, car nombreuses sont les féministes à l’accuser d’essentialisme, donc, de courir le risque de renforcer les rôles genrés qu’a produit le patriarcat. Si la critique n’est pas sans pertinence, elle n’invalide pas non plus pour autant tout ce qu’on entend par écoféminisme.

Apparu dans les années 1980, l’écoféminisme a mis au cœur de sa réflexion les connexions qui existent entre la domination des hommes sur la nature et celle qu’ils exercent sur les femmes. Il s’agissait de faire entendre les voix des femmes au sein d’une éthique environnementale qui s’était jusque-là préoccupée des rapports entre l’homme et la nature, sans s’interroger sur le concept d’homme. L’écoféminisme introduisait une dimension sociale dans une interrogation portant sur l’homme et la nature.

Des chercheuses telles que Carolyn Merchant ont montré comment aborder la question de la nature depuis le féminisme permet de mettre en lumière les changements que la représentation de celle-ci a subi au XVIIe, entraînant de nouvelles possibilités d’exploitation, inédites avec l’ancienne représentation. D’autres, telles que Karen J. Warren ont analysé le « cadre conceptuel » composé de dualismes inhérent à  la pensée moderne et qui affecte les femmes et la nature pour en faire des objets de domination. Si ces critiques formulées depuis l’écoféminisme sont pertinentes et fondées, le danger d’essentialisme n’est pas loin dès lors que l’on s’attèle à produire une formulation positive pour remplacer l’existant, notamment avec le rapport de soin condensée dans le « care » et supposé par certaines plus « féminin », image qui puise dans celle de la « mère nourricière ».

Le grand apport de l’écoféminisme se trouve dans les voix de femmes émanant du Sud global. A la question de la nature et à celle des femmes s’ajoute celle de la décolonisation encore en cours. L’écoféminisme émanant du Sud global montre comment les conséquences environnementales du développement et de la mondialisation atteignent plus les femmes : leurs activités traditionnelles sont compromises par l’industrialisation et la marchandisation du travail agricole. En luttant pour les défendre, les mouvements de femmes leur donnent une dimension politique et luttent contre la dégradation de l’environnement pour plus de justice et de démocratie. On peut penser aux exemples plus prééminents de Vandana Shiva et du groupe Shipko, en Inde, ou de Wangari Maathai et du groupe Green Belt au Kenya, mais des mouvements comparables existent ailleurs. L’écologie féministe possède ainsi la spécificité d’appréhender l’environnement aussi dans la façon dont il affecte la santé et la qualité de vie de ceux qui s’y trouvent.

Renouant avec des visions non occidentales, l’image de la Mère Nature ou Mère Terre a aussi une certaine présence dans les mouvements écoféministes du Sud global. C’est une représentation qui appréhende la nature en tant que communauté, une nature dont nous faisons tous partie, avec laquelle nous avons des relations d’interdépendance. Les termes de Mother Earth, puis celui de Gaia, sont ainsi invoqués par les éco-féministes pour évoquer l’idée de la biosphère comme un organisme vivant et auto-régulateur. Cependant, cette image recèle, encore une fois, un danger de dérive essentialiste.

Peut-être peut-on dire que, tout en étant productives et pertinentes, les conceptions de l’éco-féminisme l’exposent à un danger permanent de dérive essentialiste qui déplairait à beaucoup d’autres sensibilités féministes. En outre, ce ne sont pas tant les conceptions abstraites qui différencient l’écoféminisme des autres perspective écologistes que ses pratiques : le vécu des femmes, et surtout celui des femmes du Sud global, met à jour la séparation artificielle de la sphère économique et de la sphère vitale qu’a opéré le système capitaliste patriarcal. C’est parce qu’elles sont en charge de la vie que les femmes du Sud global se voient amenées à s’investir dans les questions environnementales.

L’écoféminisme présente l’intérêt de permettre d’explorer les possibilités croisées du social et du naturel, dès lors qu’on garde à l’esprit le danger de dérive essentialiste que recèlent forcément les formulations propositives qu’il peut émettre.

 

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 Gustav Moreau, Le Sphinx victorieux (détail), 1886.

 

En France nous soutenons le Parti pour la Decroissance et le NPA:

 

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Cartografía de mi feminismo, IV. Ecología y feminismo

 

Prosigo el esbozo de los contornos del feminismo tal y como lo entiendo con esta cuarta reflexión, que trata de las relaciones que se establecen entre ecología y feminismo.

 

Reflexionar sobre las relaciones que se establecen entre la ecología y el feminismo es tanto más útil por cuanto se trata de dos corrientes de pensamiento que vienen a renovar el tablero político y la conjunción de ambas da lugar a otra corriente, más o menos aceptada, el ecofeminismo.

Por supuesto, antes de pensar los vínculos que se establecen entre ecología y feminismo, hay que acordarse sobre lo que se entiende por ecología. En efecto, como el feminismo, la ecología ha sido de algún modo victima de su éxito y el espectro ideológico y práctico de lo que se entiende por ecología es hoy en día bastante amplio. Es usual distinguir dos grandes corrientes, una reformista que se centra sobre la protección del medio ambiente y una radical más crítica a propósito de nuestro modelo de sociedad y que toma raíz en el pensamiento libertario de los años 70. Mientras que la corriente reformista adopta una óptica gestionaria enfocada a incidir en el sistema actual para disminuir los destrozos causados en el medio ambiente, la corriente radical enfoca medidas más audaces, de hecho situadas a veces en el cruce de lo social y lo medioambiental: reducción del tiempo de trabajo, limitación del crecimiento económico, descentralización del poder, redistribución igualitaria de las riquezas, pacifismo.

La ecología radical muestra cierto desprecio por las corrientes reformistas, a propósito de las cuales estima no sin razón que permiten sobre todo a las empresas conquistar una mejor imagen sin cuestionar un modelo de sociedad del que ya sabemos que no es sostenible para el planeta ni deseable para el individuo. Puesto que la reflexión sobre las relaciones de poder constituye el centro neuralgico del feminismo, de más está decir que es sobre las relaciones entre el feminismo y la ecología radical, única en cuestionar el modelo global de sociedad, sobre lo que conviene reflexionar.

El cuestionamiento del modelo de sociedad que efectúan la ecología radical y el feminismo tienen en efecto puntos comunes: ponen en el centro lo humano, descentralizan el poder, buscan limitar el crecimiento económico, ponen en el centro la vida, propugnan el pacifismo… Si pueden sin duda en ese sentido caminar de la mano, como en otras ocasiones un@ se topa con la cuestión de la reflexión sobre las relaciones de poder tal como las establece el sistema de dominación de sexo, el sistema heteronormado, que está ausente de la ecología. La ecología política tiene por tanto puntos de conexión con el feminismo, sin permitir a un proyecto de sociedad nuevo y audaz prescindir de los logros teóricos y prácticos de este. Sigue siendo necesario trabajar para hibridarlos -trabajo es la palabra-, pues a pesar de las coincidencias ello necesita una reflexión, una voluntad y una dedicación muy reales.

Puesto que la hibridación de la ecología y del feminismo ha desembocado desde hace algunas décadas sobre el nacimiento de una nueva corriente ideológica, el ecofeminismo, quizá convenga expresarse aquí a ese propósito. El ecofeminismo suscita polémicas dentro del feminismo, puesto que algunas feministas lo tachan de esencialista, por tanto, de correr el riesgo de reforzar los roles de género que el patriarcado ha producido. Si a la critica no le falta cierta pertinencia, tampoco se puede decir que afecte a toda la producción que abarca el ecofeminismo.

Desde los años 1980, el ecofeminismo ha puesto en el centro de su reflexión las conexiones que existen entre la dominación de los hombres sobre la naturaleza y la que ejercen sobre las mujeres. Se trataba de hacer oír las voces de las mujeres en el seno de una ética medioambiental hasta entonces mayormente preocupada por las relaciones que se establecen entre hombre y naturaleza, sin interrogar para ello el concepto de hombre. El ecofeminismo introducía una dimensión social en una interrogación que versaba sobre el hombre y la naturaleza.

Investigadoras como Carolyn Merchant han mostrado cómo abordar la cuestión de la naturaleza desde el feminismo permite evidenciar los cambios que la representación de esta ha sufrido en el siglo XVII, haciendo posibles nuevas formas de explotación hasta entonces inéditas. Otras, como Karen J. Warren han analizado el “marco conceptual” compuesto de dualismos inherente al pensamiento moderno que afecta tanto a las mujeres como a la naturaleza para hacer de ellas objetos de dominación. Si dichas críticas, formuladas desde el ecofeminismo, son pertinentes y fundadas, el peligro de incurrir en esencialismos no se encuentra lejos por poco que un@ trate de producir una formulación positiva que reemplace la existente, sobre todo con la relación de cuidado condensada en el “care” y que algun@s suponen más “femenina”, idea que entronca con la de la imagen de la “madre nutricia”.

El gran aporte del ecofeminismo se encuentra en las voces de mujeres que emanan del Sur global. A la cuestión de la naturaleza y a la de las mujeres viene a añadirse la de la descolonización todavía en curso. El ecofeminismo que emana del Sur global muestra cómo las consecuencias medioambientales del desarrollo y de la mundialización afectan más a las mujeres: sus actividades tradicionales se encuentran afectadas por la industrialización y la mercantilización del trabajo agrícola. Al luchar para defenderlas, los movimientos de mujeres les confieren una dimensión política y luchan contra la degradación del entorno para obtener más justicia y democracia. Se puede pensar en los ejemplos más destacados de Vandan Shiva y del grupo Shipko, en la India, o de Wangari Maathai y del grupo Green Belt en Kenya, pero movimientos comparables existen también en otros lugares. La ecología feminista posee por tanto la especificidad de abordar el medio ambiente también en la manera en que afecta a la salud y a la calidad de vida de los que se encuentran en él.

Reanudando con las visiones no occidentales, la imagen de la Madre Naturaleza o de la Madre Tierra también tienen cierta presencia en los movimientos ecofeministas del Sur global. Es una representación que aborda la naturaleza en tanto que comunidad, una naturaleza de la que somos parte integrante, con la cual establecemos relaciones de interdependencia. Los términos de Mother Earth y de Gaia son así invocados por las ecofeministas para evocar la idea de la biosfera concebida como organismo vivo y autoregulador. Sin embargo, esa imagen conlleva, de nuevo, un peligro de deriva esencialista.

Quizá pueda decirse que, a la vez que son productivas y pertinentes, las concepciones del ecofeminismo lo exponen a un peligro permanente de deriva esencialista que disgustaría mucho a otras sensibilidades feministas. Además, no son tanto sus concepciones en abstracto lo que diferencia al ecofeminismo de otras perspectivas ecologistas como sus prácticas: las vivencias de las mujeres, y sobre todo las de las mujeres del Sur global, evidencian la separación artificial que se establece entre la esfera económica y la esfera vital que ha operado el sistema capitalista patriarcal. Es porque están a cargo de la vida por lo que las mujeres del Sur global se ven abocadas a ocuparse de cuestiones medioambientales.

El ecofeminismo presenta el interés de permitir explorar las posibilidades cruzadas de lo social y de lo natural, siempre y cuando un@ tenga en mente el peligro de deriva esencialista que forzosamente entrañan algunas de las formulaciones propositivas que emite.

 

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