Quels motifs pour sauver le Rojava?

La communauté internationale ne peut pas rester sans réaction face aux agressions subies par les Kurdes du Rojava, dont la culture est égalitaire.

Le projet qui se met en place au Rojava à partir de 2011 débute dès les années 60, de la lutte du peuple Kurde pour défendre ses droits face aux Etats parmi lesquels se trouve divisé son territoire, qui sont de majorité Arabe.

Les Kurdes sont musulmans, mais ils sont aussi chrétiens. Il y a une population d’entre 35 et 40 millions répartis entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Sirie. En plus de l’appartenance ethnique, ils ont en commun les perspectives d’un projet politique qui a pu être initié à différents niveaux suivant les régions.

Dans les différents pays parmi lesquels ils sont éparpillés, le pouvoir se trouve accaparé par des minorités qui ont instrumentalisé le nationalisme et le sectarisme religieux pour le conserver, installant des structures exclusives et pyramidales où les minorités ethniques vivent opprimées. Ils sont régulièrement déchirés par des guerres motivées par la question ethnique et la question religieuse. Le projet politique kurde a été configuré sur la base de valeurs opposées : démocratie radicale, pluralisme ethnique et religieux, égalité de genre.

 

Origines

C’est après la Première Guerre Mondiale qu’est tracée la frontière entre la Syrie, la Turquie et l’Irak. Dans le partage colonial, la France reçoit les territoires de la Syrie tandis que la Grande-Bretagne reçoit ceux d’Irak. La France installe en Syrie une politique coloniale classique, qui privilégie les minorités et consolide le panarabisme comme discours nationaliste. Le panarabisme excluait la population kurde, ce qui explique son adhésion majoritaire au Parti Communiste configuré en vecteur de résistance. A partir de 1961, avec la fin de la République Arabe Unie, le parti Ba’ath consolide son hégémonie sur la zone et renforce son pouvoir face au Parti Communiste et aux Frères Musulmans au moyen de la violence et de la répression. La dynastie al-Assad installe son pouvoir sur la Syrie, en la personne de Hafiz al-Assad. Il installe un socialisme limité et améliore le niveau de vie de la population, tout en réprimant les Kurdes et leur sympathie pour le socialisme. Hafiz al-Assad développe un projet d’arabisation qui rend la cohabitation entre Kurdes et Arabes plus difficile. Ces tensions atteignent leur point critique lors du massacre de Qamislo en 2004.

Au niveau international, l’Occident pèse sur la configuration que finalement prendra la région par le biais d’une politique d’alliances déterminées par la guerre froide et par ses propres intérêts économiques. Pendant la guerre entre Iran et Irak, l’Occident met ainsi en place une alliance contre l’Iran soutenant les Frères Musulmans en Irak, le Liban et la Jordanie, tandis que la Syrie reste du côté de l’Iran. Dans le cadre du combat contre le socialisme, les Frères Musulmans sont vus avec bienveillance en Occident. La Syrie apparaît relativement isolée après la chute de la URSS. En 2000 Bashar al-Assad, le fils d’Hafiz, parvient au pouvoir et installe une version néolibérale du régime de son père, il met en place une série de privatisations. La persécution à l’encontre des Kurdes et du PKK se poursuit, c’est dans ce cadre qu’a lieu le massacre de Qamislo. A partir de 2010, l’islamisme grandit dans la région. La Syrie tisse des alliances avec l’Iran, la Chine et la Turquie. Une bataille pour l’hégémonie se profile, qui oppose d’une part les USA, l’Arabie Saoudite et les Sunnites et d’autre part la Russie, la Chine et l’Iran et les Chiites. En 2011, le Printemps Arabe, qui débute à Tunis et en Egypte, se propage rapidement. La situation dérive en guerre civile en Syrie et en islamisation du soulèvement syrien. La résistance kurde s’organise au Rojava et commence à évoluer vers ce qui deviendra l’Autonomie Démocratique : c’est cette même année que naît l’ENKS, le Conseil National Kurde. En 2012 le SKC, Conseil Suprême Kurde, est créé, il cherche à offrir une solution politique et démocratique pour l’ensemble de la Syrie.

La résistance kurde est donc en gestation dès les années soixante et s’organise de façon plus consciente à partir des années soixante-dix. En 1978 Abdullah Öcalan et Mazlun Dogan fondent le PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan du Nord, d’orientation marxiste léniniste. Celui-ci s’organise aussi en Syrie et en Iran à la fin des années quatre-vingt-dix, après la chute des principaux régimes socialistes, il entreprend une dure critique de l’étatisme. La question kurde avait toujours été considérée par delà la question nationale, comme une entreprise de libération de la société, y compris en matière de genre. Le projet politique s’oriente vers des solutions non violentes dès la fin de la guerre froide. C’est Abdullah Öcalan qui, dans une grande mesure, donne les bases théoriques de la résistance kurde.

Après avoir été obligé à l’exil, Öcalan est en effet fait prisonnier puis reclus à l’isolement : de ses lectures réalisées en prison émergent les modèles de conféderalisme démocratique et d’autonomie démocratique, qui constitueront les ciments de l’expérience de Rojava et s’inspirent, entre autres, du municipalisme libertaire de Murray Bookchin. Pour lui, le rôle dévolu aux femmes est essentiel, car il détermine la réalité sociale. Le féminisme constitue donc un des piliers du conféderalisme démocratique installé au Rojava. Dans la perspective de Öcalan, le patriarcat constitue la base de l’émergence de hiérarchies et de la répression exercée par l’Etat. Le centralisme, le capitalisme et le nationalisme sont une conséquence du patriarcat, le projet kurde vise à mettre en place, pour y faire face, l’Autonomie Démocratique à tous les niveaux de gouvernement. La problématique du Rojava croise donc les questions ethnique, religieuse et politique-idéologique.

 

Les valeurs

Même s’il prend le relai de toute une tradition idéologique et politique, le projet politique kurde est innovant. Il s’agit d’un projet radicalement antipatriarcal dont les lignes de force sont la démocratie radicale, l’obtention de l’égalité de statut en matière de genre grâce à la promotion de la libération des femmes et à l’éducation au féminisme des hommes, l’horizontalité et le pluralisme ethnique et religieux.

Malgré son origine théorique marxiste, le confédéralisme démocratique n’envisage plus le prolétariat comme moteur du changement, mais la société naturelle et organique. Parce qu’il s’inspire en outre du municipalisme libertaire de Bookchin, il chemine résolument vers une démocratie radicale, déclinée à tous les niveaux des structures qu’il met en place. Le projet s’installe dans un tissu social traditionnel, dans lequel le rôle des femmes est encore d’une certaine importance. Les Kurdes chrétiens lui donnent en outre un rôle prépondérant, du fait que leurs religions font de la femme la mère de Dieu. Les perspectives égalitaires d’Öcalan finissent de doter le projet politique kurde de son caractère résolument antipatriarcal. L’égalité de genre est revendiquée dans toutes ses sphères et les femmes jouissent en outre d’une complète autonomie dans les structures qui leur sont consacrées. Par ailleurs, le projet fait largement sa place à la différence, dans la mesure où il s’efforce d’intégrer le pluralisme ethnique et religieux dans une région qui a généralisé la logique d’exclusion. Au poids d’une structure d’Etat tyrannique et construite depuis le haut vers le bas il oppose la revendication de l’horizontalité. Comme je l’ai démontré dans Le symbolique est politique, quel projet politique pour finir avec les violences structurelles relationnelles ? et Les savoirs de la violence : pour une Non-Violence politique, terminer avec la hiérarchisation et la logique d’exclusion sont deux des facteurs nécessaires pour en finir avec la violence relationnelle structurelle.

Le projet kurde poursuit de façon cohérente sa ligne antipatriarcale avec le développement d’une économie communautaire qui le situe aux antipodes de l’organisation capitaliste. Elle ne se préoccupe pas de maximiser les bénéfices, mais donne toute sa place à l’humain. Le projet veille à former des individus autoconscients et spirituellement libres. Toute sorte d’enseignements sont ainsi impartis par le biais de différentes institutions, dont les centres Nuri Dersimi, dont la vocation principale est de transmettre les valeurs du projet politique kurde à l’ensemble de la société, avec ses paradigmes écologiques, démocratiques et de libération de genre.

De même, confronté à la réalité de la violence patriarcale, que l’Etat de al-Asad et l’idéologie et la pulsion de mort véhiculées par l’E.I. incarnent, le projet kurde a pris le parti de se concentrer dans l’autodéfense assurée par ses forces militaires, les YPG/YPJ, qui constitue pour le moment sa face plus visible aux yeux du monde, du fait de la popularité qu’ont atteint ses combattantes femmes.

 

Projet politique

L’organisation mise en place au Rojava correspond à un projet politique révolutionnaire, qui prend le relai de nombreuses expériences passées et actualise de nombreuses réflexions. La situation en Syrie est en effet duelle aujourd’hui : la structure administrative mise en place au Rojava cohabite avec un Etat dont l’organisation repose sur des valeurs pratiquement contraires. Le projet kurde dérive de l’analyse suivant laquelle la forme qu’ont pris les Etats est la source des problèmes du Moyen Orient. Elle cherche ainsi à aller au delà des systèmes de représentation et à installer une démocratie radicale où prédomine la représentation directe. L’Autonomie Démocratique est structurée en un système de conseils qui ont évolué dans le temps. Celle du Rojava est divisée en trois administrations autonomes démocratiques : Cizîre, Kobani et Afrin. Tous les rôles de leaders sont doublement assurés, par un homme et par une femme, de même la représentation se trouve toujours maximisée, équitablement répartie dans les ethnies.

En 2011, le MGRK (Conseil Populaire de l’Ouest du Kurdistan) est créé pour organiser et coordonner les différents conseils et commissions qui existaient pour gérer la vie quotidienne, ils apparaissent déjà comme une alternative réelle à l’Etat. En 2012, le nouvel ordre social est prêt : le MGRK devient l’entité politique responsable des aires libérées. Il installe un système avec quatre niveaux de conseils : la commune, le conseil populaire de quartier ou de village, le conseil de district, le conseil populaire de l’ouest du Kurdistan. Il y a, à chaque niveau, huit aires de compétences : conseil des femmes –les hommes ne participent pas de sa prise de décisions-, le conseil de défense, le conseil économique, la commission politique, la commission de la société civile, la commission de la société libre, la commission de justice, la commission d’idéologie. La coordinatrice du conseil de district s’appelle Tev-Dem (Mouvement pour une Société Démocratique), outre la représentation de la population qu’il y a déjà à d’autres niveaux, l’on trouve également à ce niveau des ONG, des partis politiques et des mouvements sociaux, aussi représentés. A partir de 2012, la population chaldéenne et arabe s’intègre également à la structure mise en place par les Kurdes. Après 2015, les victoires sur l’E.I. permettent de créer des réseaux de communication entre les villes et la structure existante devient solide sur le long terme.

Outre les organismes qui permettent de représenter de façon directe la population, l’organisation mise en place au Rojava cherche à faire de chaque individu un être spirituellement libre et à obtenir l’adhésion au projet d’ensemble. Dans ce but, il a élaboré plusieurs contrats sociaux qui sont le produit de la négociation de forces réelles. Le premier d’entre eux, élaboré en 2014, rejette l’Etat nation et le régime centralisé, promeut l’égalité de genre, la démocratie, la politique écologique, les droits sociaux et la société multiculturelle. Le deuxième, élaboré en 2016, ajoute la libération des femmes et la diversité ethnique et religieuse.

L’un des éléments les plus innovateurs de l’expérience de Rojava est la place qu’elle réserve aux femmes, surtout compte tenu du cadre où elle se déroule. Les femmes occupent 40% de tous les organismes et jouissent d’une pleine autonomie dans ceux qui leur sont réservés : seules les femmes décident sur des affaires telles que les violences exercées à l’encontre de femmes ou les mariages de petites filles. En 2005, Yekitiya Star, l’organisme qui chapeaute le mouvement des femmes, est né. Il est habité par la volonté de créer des institutions féminines dans tous les domaines et de former toutes les femmes au projet de l’ensemble. Des centres d’éducation et de recherche uniquement destinés aux femmes existent, ils doivent les former politiquement. Ils ont développé une science spécifique, la jinéalogie ou science des femmes, terme qui du point de vue étymologique fait également allusion au terme kurde « jin », vie. Les médias kurdes qui ont survécu donnent aussi une plus grande place aux voix féminines pour exprimer leur vécu et leurs perspectives. Dans ce cadre, le rôle des hommes, qui peuvent aussi recevoir des rudiments de jinéalogie, a évolué vers une plus grande prise en charge des tâches traditionnellement féminines. Les femmes ont par ailleurs intégré aussi pleinement le travail de défense de la communauté, avec leur participation dans les YPG/YPJ.

Presque toutes les révolutions ont jusqu’à présent trahi les femmes. Nous en avons à Rojava une d’une certaine amplitude faite par des femmes jusque dans la structure administrative, rôle qu’il leur a toujours été difficile de conquérir. Tout en rendant cela possible, faire occuper un poste de façon systématique par deux leaders, homme et femme, apparaît comme un élément antipatriarcal. La prise de décisions uniquement féminine et le développement d’une science propre laisse penser que cette révolution cheminera vers un monde moins violent, si nous lui en laissons le temps.

 

Devenir

Cela fait longtemps que le projet kurde progresse avec des épées de Damoclès pesant sur sa tête : l’E.I. tout d’abord, maintenant Erdogan, le patriarcat toujours. Les sommets internationaux où l’on a tâché jusqu’à maintenant d’apporter des solutions au conflit syrien (2014, 2016) n’ont pas daigné faire une place d’interlocuteur au projet kurde, y compris si celui-ci disposait déjà d’organismes qui auraient pu être consultés.

Les forces qui pourraient s’allier contre lui –Erdogan, Trump, Poutine- incarnent la résurgence de tout ce que le patriarcat a pu faire de pire. Rappelons que le nombre de féminicides a doublé en Turquie, que Trump a réussi à ce que la résolution de l’ONU contre le viol comme arme de guerre n’envisage pas le droit à l’avortement, que le gouvernement de Poutine a promu une loi contre la violence de genre dans laquelle la première agression physique ne donne lieu à aucune sanction. C’est la confrontation de deux ordres et de deux visions du monde qui pourrait bien se jouer à l’avenir au Rojava. Il est impératif que la communauté internationale se résolve enfin à mettre en place une géopolitique de l’humain. Non seulement parce qu’il s’agit là de valeurs bien plus louables que l’appât de gain mais parce que, comme nous le démontre déjà l’émergence climatique, l’espèce humaine y joue son avenir. L’être humain est peut-être en train de cheminer vers son extinction s’il ne parvient pas à diminuer son impact de mort, Rojava constitue une réelle opportunité d’y parvenir enfin.

 

sphinxmoreau
Gustav Moreau, Le Sphinx Victorieux (détail), 1886.

 

 

En France nous soutenons le Parti pour la Décroissance et le NPA :

 

zdecrois

znp

 

 

¿Por qué debemos salvar a Rojava ?

 

La comunidad internacional no puede permanecer sin reacción frente a las agresiones sufridas por los Kurdos de Rojava y su cultura igualitaria.

 

El proyecto que se pone en marcha en Rojava a partir de 2011 arranca ya desde los años 60, de la lucha del pueblo kurdo por defender sus derechos frente a los Estados entre los que su territorio se encuentra repartido, que son de mayoría árabe.

Los Kurdos son musulmanes, pero también cristianos. Hay una población de entre 35 y 40 millones repartidos entre Turquía, Irán, Irak y Siria. Además de la etnia, comparten las perspectivas de un proyecto político que ha podido ser implementado a distintos niveles según las regiones.

En los distintos países entre los que se reparten, el poder se encuentra acaparado por minorías que han instrumentalizado el nacionalismo y el sectarismo religioso para conservarlo, instalando estructuras exclusivas y piramidales en las que las minorías étnicas viven oprimidas. Se desgarran regularmente en guerras motivadas por la cuestión étnica y por la cuestión religiosa. El proyecto político kurdo se ha conformado en base a valores antagónicos : democracia radical, pluralismo étnico y religioso, igualdad de género.

 

Orígenes

Tras la Primera Guerra Mundial queda trazada la frontera entre Siria, Turquía e Irak. En el reparto colonial Francia recibe los territorios que corresponden a Siria mientras Gran Bretaña recibe los de Irak. Francia instala en Siria una política colonial clásica, que privilegia a las minorías y consolida el panarabismo como discurso nacionalista. El panarabismo excluía a la población kurda, que configura su afiliación mayoritaria al Partido Comunista como vector de resistencia. A partir de 1961, con el fin de la República Árabe Unida, el partido Ba’ath consolida su hegemonía sobre la zona y asienta su poder frente al Partido Comunista y la Hermandad Musulmana mediante la violencia y la represión. Se instala la dinastía al-Assad, en la persona de Hafiz al-Assad, que instala un socialismo limitado y mejora el nivel de vida en toda Siria, a la vez que reprime a los kurdos y su simpatía socialista. Hafiz al-Assad sigue un proyecto de arabización que dificulta la convivencia entre kurdos y árabes y alcanza su punto critico con la masacre de Qamislo en 2004.

A nivel internacional, Occidente incide en la configuración de la zona mediante una política de alianzas determinada por la guerra fría y por sus intereses económicos. Así, durante la guerra entre Irán e Irak, Occidente forja una alianza anti-Irán apoyando a la Hermandad Musulmana de Irak, Líbano y Jordania mientras Siria se mantiene del lado de Irán. Dentro de la lucha contra el socialismo, la Hermandad Musulmana es aclamada en Occidente. Siria aparece relativamente aislada tras la caída de la URSS. En el año 2000, llega al poder Bashar al-Assad, hijo de Hafiz, que instala una versión neoliberal del régimen de su padre y lleva a cabo una política de privatizaciones. Prosigue la persecución contra los kurdos y el PKK, dentro de la cual se enmarca la masacre de Qamislo. A partir de 2010 el islamismo crece en la zona. Siria teje alianzas con Irán, China y Turquía y se instala una batalla por la hegemonía que opone por una parte a USA, Arabia Saudí y los suníes y por otra parte a Rusia, China, Irán y los chiíes. En 2011, la Primavera Árabe, que se inicia en Túnez y en Egipto, se extiende. La situación deriva en guerra civil en Siria e islamización del levantamiento sirio. La resistencia kurda se organiza en Rojava y empieza a caminar hacia lo que será la Autonomía Democrática, formando en ese año el ENKS, el Consejo Nacional Kurdo. En 2012, se crea el SKC, Consejo Supremo Kurdo, que busca ofrecer una solución política y democrática para el conjunto de Siria.

La resistencia kurda se gesta por tanto ya desde los años sesenta y se organiza de forma más autoconsciente a partir de los setenta. En 1978 Abdullah Öcalan y Mazlun Dogan, fundan el PKK, Partido de los Trabajadores de Kurdistan del Norte, de orientación marxista leninista. Este se organiza también en Siria e Irán a finales de los noventa, tras la caída de los principales regímenes socialistas y emprende una dura critica del estatismo. La cuestión kurda siempre había sido contemplada mas allá de la cuestión nacional, como empresa de liberación de la sociedad, inclusive en materia de género. Se orienta hacia soluciones no violentas ya desde el fin de la guerra fría. Es Abdullah Öcalan quien da en gran medida las bases teóricas de la resistencia kurda.

Tras ser obligado al exilio, Öcalan es en efecto apresado y encarcelado en aislamiento: de sus lecturas en la cárcel emergen los modelos de confederalismo democrático y autonomía democrática, que serán los cimientos de la experiencia de Rojava y se inspiran, entre otras cosas, en el municipalismo libertario de Murray Bookchin. Para él, el papel de la mujer es fundamental, puesto determina la realidad social. El feminismo es por tanto en la práctica un pilar del confederalismo democrático instalado en Rojava. En la perspectiva de Öcalan, el patriarcado constituye la base de la emergencia de las jerarquías y de la represión ejercida por el Estado. El centralismo, el capitalismo y el nacionalismo son una consecuencia del patriarcado, el proyecto kurdo quiere implementar frente a esto la Autonomía Democrática a todos los niveles de gobierno. La problemática de Rojava cruza por tanto las cuestiones étnica, religiosa y política-ideológica.

 

Valores

Aunque entronca con toda una tradición ideológica y política, el proyecto político kurdo es innovador. Se trata de un proyecto radicalmente antipatriarcal cuyas líneas de fuerza son la democracia radical, la consecución de la igualdad de estatus de género, a través de la promoción de la liberación de las mujeres y de la educación al feminismo de los hombres, la horizontalidad y el pluralismo étnico y religioso.

Pese a su origen teórico marxista, el confederalismo democrático no toma el proletariado como agente del cambio sino a la sociedad natural y orgánica. Por inspirarse además en el municipalismo libertario de Bookchin, camina resueltamente hacia una democracia radical, declinada en todos los niveles de las estructuras que pone en marcha. El proyecto se instala en un tejido social tradicional, en el que el papel de la mujer es todavía de cierta importancia. Los kurdos cristianos, además, le dan un papel mayor por cuanto que en sus religiones la mujer es la madre de Dios. Las perspectivas de igualdad de Öcalan terminan de conferir al proyecto político kurdo su carácter resueltamente antipatriarcal. La igualdad de género está reivindicada en todas sus esferas y las mujeres gozan además de autonomía en las estructuras que les están dedicadas. Por otra parte, da amplia cabida a la diferencia al esforzarse en integrar el pluralismo étnico y religioso en una región que generalizado la lógica de la exclusión. Al peso de una estructural estatal tiránica y construida de arriba hacia abajo opone la reivindicación de la horizontalidad. Como lo he demostrado en Lo simbólico es político, ¿qué proyecto político para acabar con la violencia relacional estructural? y en Los saberes de la violencia : para una No-Violencia política, terminar con la jerarquización y con la lógica de exclusión son dos de los factores por los que pasa terminar con la violencia relacional estructural.

El proyecto kurdo prosigue de forma coherente su línea antipatriarcal con el desarrollo de una economía comunitaria que lo sitúa en las antípodas de la organización capitalista. No se preocupa por maximizar la ganancia, sino por dar amplia cabida al factor humano. Se aplica en formar individuos autoconscientes y espiritualmente libres, impartiendo toda suerte de formaciones a través de diferentes instituciones, entre las cuales las academias Nuri Dersimi, cuya vocación principal es la de transmitir los valores del proyecto político kurdo al conjunto de la sociedad, con sus paradigmas ecológicos, democráticos y de liberación de género.

Asimismo, confrontado a la realidad de la violencia patriarcal, encarnada tanto en el Estado de al-Asad como en la ideología y la pulsión de muerte vehiculadas por el ISIS, el proyecto kurdo ha optado por centrarse en la autodefensa asegurada por sus fuerzas militares, las YPG/YPJ, que por la popularidad que han alcanzado sus combatientes mujeres constituyen por ahora su cara más visible frente al mundo.

 

Proyecto político

La organización puesta en marcha en Rojava corresponde a un proyecto político revolucionario, que entronca con múltiples experiencias pasadas y actualiza numerosas reflexiones. La situación en Siria es hoy en efecto dual : la estructura administrativa puesta en marcha en Rojava convive con un Estado estructurado en base a valores prácticamente contrarios. El proyecto kurdo deriva del análisis según el cual la mentalidad estatista es la fuente de los problemas en Oriente Próximo. De este modo, busca superar los sistemas representativos e instalar una democracia radical en la que predomine la representación directa. La Autonomía Democrática está estructurada en base a un sistema de consejos que ha ido evolucionando con el tiempo. Se encuentra dividida en tres administraciones autónomas democráticas en Rojava : Cizîre, Kobani y Afrín. El doble liderazgo es una constante en este sistema, cada organismo está dirigido por un hombre y una mujer, y la maximización de la representación también, se encuentra repartida de forma equitativa por etnias.

En 2011 se crea el MGRK (Consejo Popular del Oeste de Kurdistán) para organizar y coordinar los distintos consejos y comisiones que existían para gestionar la vida cotidiana, aparecen como una alternativa real al Estado. En 2012 el nuevo orden social está listo : el MGRK se convierte en la entidad política responsable de las áreas liberadas. Instala un sistema en el que hay 4 niveles de consejos: comuna, consejo popular de barrio o de aldea, consejo de distrito, consejo popular del oeste de Kurdistán. En cada nivel hay ocho áreas de competencia: consejo de las mujeres –los hombres no participan en sus tomas de decisión-, consejo de defensa, consejo económico, comisión política, comisión de la sociedad civil, comisión de la sociedad libre, comisión de justicia, comisión de ideología. La coordinadora del consejo de distrito se llama Tev-Dem (Movimiento Sociedad Democrática), además de la representación de población que ya hay en otros niveles, entran también en este ONG, partidos políticos y movimientos sociales, también representados. A partir de 2012 la población caldea y árabe se integra a la estructura puesta en marcha por los kurdos. Tras 2015 las victorias sobre ISIS permiten crear redes de comunicación entre las ciudades y la estructura existente se convierte en algo sólido a largo plazo.

Además de los organismos que permiten representar de forma directa a la población, la organización puesta en marcha en Rojava busca hacer de cada individuo un ser espiritualmente libre y obtener su adhesión al proyecto del conjunto. Con este propósito, ha elaborado sucesivos contratos sociales que son producto de la negociación de fuerzas reales. El primero de ellos, elaborado en 2014, rechaza el Estado nación y el régimen centralizado, promueve la igualdad de género, la democracia, la política ecológica, los derechos sociales y la sociedad multicultural. El segundo, elaborado en 2016, agrega la liberación de las mujeres y la diversidad étnica y religiosa.

Uno de los elementos más innovadores de la experiencia de Rojava es el lugar que le reserva a las mujeres, sobre todo habida cuenta del marco en que se desarrolla. Las mujeres ocupan el 40% de todos los organismos y gozan de plena autonomía en aquellos que le están reservados: sólo las mujeres deciden sobre asuntos tales como las violencias ejercidas hacia las mujeres o los matrimonios de niñas. En 2005 nace Yekitiya Star, organismo que opera como paraguas del movimiento femenino. Lo habita una voluntad de crear instituciones femeninas en todas las áreas y de formar a todas las mujeres al proyecto de conjunto. Existen así también centros de educación e investigación sólo de mujeres, orientados a formarlas políticamente. Han desarrollado una ciencia específica, la jinealogía, o ciencia a las mujeres, término que a nivel etimológico hace también alusión al término kurdo “jin”, vida. Los medios kurdos que han sobrevivido les dan también mayor cabida a las voces femeninas para expresar sus vivencias y perspectivas. En este marco el papel de los hombres, que también pueden recibir rudimentos de jinealogía, ha evolucionado hacia un mayor desempeño de las tareas tradicionalmente femeninas. Las mujeres han integrado también plenamente la labor de defensa de la comunidad, con su participación en las YPG/YPJ.

Prácticamente todas las revoluciones han traicionado hasta ahora a las mujeres. En Rojava tenemos una de amplitud hecha por ellas hasta en la estructura administrativa, papel que siempre les ha sido difícil conquistar. A la vez que hace esto posible, el doble liderazgo sistemático aparece como elemento antipatriarcal. La toma de decisiones únicamente femenina y el desarrollo de una ciencia propia deja pensar que esta revolución caminará hacia un mundo menos violento, si le damos tiempo para ello.

 

Devenir

Hace tiempo que el proyecto kurdo vive con espadas de Damocles sobre la cabeza: primero la del ISIS, ahora la de Erdogan, siempre la del patriarcado. Las cumbres internacionales en las que hasta la fecha se ha tratado de resolver el conflicto sirio (2014, 2016) no han dado cabida al proyecto kurdo como interlocutor, inclusive si éste disponía ya de organismos que podían haber sido consultados.

Las fuerzas que podrían aliarse contra él –Erdogan, Trump, Putín- encarnan la resurgencia de todo lo peor que ha alumbrado el patriarcado. Recordemos que el número de feminicidios se ha multiplicado por dos en Turquía, que Trump ha obtenido que la resolución adoptada por la ONU contra la violación como arma de guerra no contemple el derecho al aborto, que el gobierno de Putín ha promulgado una ley contra la violencia machista en la cual la primera agresión física no da lugar a ningún tipo de sanción. Es la confrontación de dos órdenes y de dos visiones del mundo lo que en un futuro podría jugarse en Rojava. Es imperativo que la comunidad internacional se resuelva a caminar por fin hacia una geopolítica de lo humano. No sólo porque estos son valores más encomiables que el mero afán de lucro sino porque, como nos lo está demostrando ya la emergencia climática, en ello le va el futuro a la especie humana. El ser humano puede estar caminando hacia su extinción si no logra disminuir su impacto de muerte, Rojava es una oportunidad real de hacerlo por fin.

 

En España apoyamos a Iniciativa Feminista y a PACMA :

 

castellano

 

 

yo-voto-pacma

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.