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Billet de blog 31 août 2024

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Autres

Faisons cette année une rentrée littéraire… C’est au printemps que j’ai eu le plaisir de voir publié mon premier roman, Autres. Il reprend mes thématiques de réflexion de ces dernières années -violences structurelles de genre, constructions genrées-, sous forme de fiction fantastique, mêlant également horreur et humour.

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Septembre 2024

Quitte à rentrer, autant faire, en toute modestie, une « rentrée littéraire » et présenter, plus qu’un premier roman, une première expérience d’écriture fictionnelle. J’ai eu le plaisir, à la fin de l’année 2023, d’écrire un roman fantastique, qui a été publié au printemps 2024. Bien que l’écrire m’ait demandé du travail, je ne m’y attendais pas moi-même, en réalité. Son écriture ne correspond pas à un projet longuement mûri, mais à la soudaine détermination surgie un matin sans crier gare, au réveil, alors que j’étais en arrêt maladie.

Autres narre la rencontre, improbable et interdite, d’un ornithologue venu réaliser des recherches aux îles Kerguelen, Alexandre, et d’une sirène, Mia. Bien que Mia se nourrisse d’êtres humains, les lois de son peuple lui interdisent tout autre contact avec eux. Alexandre ne découvre quant à lui l’existence de ces êtres terrifiants qu’au moment où il est objet de cet invraisemblable kidnapping. Sirène et humain tisseront au jour le jour des liens uniques, profonds et transgressifs, qui peu à peu les entraîneront vers un « ailleurs », dans un voyage qui pourrait s’avérer à sens unique et pour lequel les deux paieront les conséquences.

Je n’aurai pas l’impudeur d’expliciter les contenus auxquels renvoie pour moi cet écrit, mais je peux mentionner qu’une des spécificités du roman est qu’il n’avait pas été écrit pour être publié. Le détail semble insignifiant, je me suis pourtant rendu compte à travers les échanges auxquels la fiction a déjà donné lieu qu’il est loin d’être anodin. Si tout écrivain ou théoricien a toujours à l’esprit au moment d’écrire un « lecteur modèle », pour reprendre Umberto Eco, moi je n’ai écrit Autres que pour moi. Il s’agit, tout d’abord, d’un roman de guérison. Je me trouvais à l’époque en arrêt longue durée et je devais structurer mes journées, pour ne pas me laisser dériver ; je souhaitais évacuer, sans trop réfléchir, des vécus et des ressentis issus d’expériences pénibles ; j’avais besoin de rire, et j’ai pu le faire seule à mon aise, avec les facéties que contient le récit.

Le résultat que donne écrire une fiction pour l’écrire est troublant à plus d’un titre. Cela la dote d’une densité peu fréquente. On peut noter d’abord la diversité de genres littéraires, de styles et de références. On peut noter aussi les touches d’humour noir et le fond de réflexion existentielle. Des proches m’ont commenté avec étonnement que le texte était saturé de moi, peut-être que d’une certaine façon mon ombre s’est substituée au « lecteur modèle ».

La publication d’Autres ne découle pas pour autant d’un acte de narcissisme. Ce n’est en fait qu’après avoir terminé de l’écrire que je me suis posé la question de sa publication. J’ai fini par l’adresser à une maison d’édition, après réflexion, pour deux motifs. J’ai eu envie tout d’abord d’aller jusqu’au bout de la démarche : il s’agissait de laisser s’en aller une série d’expériences négatives. Puis, j’ai souhaité poser, comme à d’autres moments de mon existence, un acte politique. Rendre visible le chemin que parcourt toute survivante pour survivre. Finalement, j’ai choisi de le publier parce qu’il est possible de lire le roman de différentes façons et à différents niveaux de lecture, donc, pour le simple plaisir de lire, comme toute autre fiction, qui plus est fantastique.

En effet, je souhaite éclaircir, avant de poursuivre, qu’Autres ne contient pas de récit de témoignage stricto sensu. Il ne réfère pas mes expériences mais témoigne de ce que traversent la plupart d’individus en cette même situation. Il permet de réfléchir d’une autre façon à la violence relationnelle.

Au travers de la relation inévitablement violente qui s’installe entre un prédateur et sa proie, quand bien même elle serait de fascination, Autres s’interroge sur la teneur des relations violentes qui se déroulent dans un cadre sentimental. L’amour existe-t-il en ce cas, même comme possibilité ? Il est difficile d’en dire plus sans trop en dire, peut-être signalerai-je encore que, par le jeu de points de vue que permet la fiction, Autres questionne la violence elle-même, en tant que fait. Quel personnage est violent, dans cette prison réciproque que construisent Alexandre et Mia ? Qu’est-ce qu’est la violence ? Qu’est-ce qu’est faire violence ? Le violent peut-il, à son tour, être victime ? En cas d’affirmative, de qui ? Quelles sont les ressources qui s’offrent pour échapper aux individus pris dans ce type de relation ? Les questionnement qu’ouvre Autres sont probablement infinis, chacun.e pourra compléter par son expérience vitale ceux qu’il lui évoque, car la lecture est toujours une co-construction, elle réserve une place au lecteur/lectrice à chaque lecture.

Dans ses péripéties, le récit explore également les constructions de genre et s’en amuse. Qu’est-ce qu’est le masculin ? Qu’est-ce qu’est le féminin ? Existent-ils encore, tous deux, dépouillés des conventions qui les construisent ? Quelles sont les possibilités pour un être vivant de se configurer et se penser en leur absence ?

Tel un caléidoscope, Autres multiplie les points de vue sur le réel, grâce aux subjectivités variées de ses personnages, allant parfois jusqu’à le déréaliser. Il traverse les genres littéraires, sans jamais abandonner la satire sociale. Le lire tient, je pense, de la montagne russe, non seulement pour le panel esthétique qu’il offre, mais parce que sa narration ne comporte pas de centre : nous sommes tous « autres » ; nous sommes tous violents et vivants malgré l’engrenage, car la vie trouve à s’épanouir dans la marge.

Quoique me dépare le futur, Autres sera toujours spécial pour moi, pour plusieurs motifs. Il constitue une première expérience d’écriture fictionnelle. Au fil de son écriture, Mia et Alexandre ont acquis une certaine densité dans mon existence. Durant des mois, nous avons vécu ensemble tous les trois, tous deux gagnant en épaisseur, leur présence flottant autour de moi.

J’espère avoir suffisamment décrit Autres dans mon expérience pour éveiller la curiosité de celleux qui me lisent. Comme d’habitude, je reste ouverte à tout retour et même heureuse de recueillir les impressions qui émanent de tout horizon.

Sara Calderon, Autres, Paris, édition Vérone, 2024.

Illustration 1

CALDERON SARA - Autres (editions-verone.com)

Illustration 2

Gustav Moreau, Le Victorieux Sphinx (détail), 1886. 

Otros

Este año la “vuelta al cole” trae una novedad… Fue la primavera pasada cuando tuve la satisfacción de ver publicada mi primera novela, Otros. Retoma las temáticas sobre las que he reflexionado estos últimos años -violencias estructurales de género, construcciones de género-, bajo forma de ficción fantástica, mezclando también horro y humor.

Septiembre de 2024

Puesto que hay que volver al cole, que sea, con toda modestia, con una novedad literaria. Más que una primera novela, Otros constituye para mí una primera experiencia de escritura ficcional. Puede escribirla a finales de 2023, fue publicada en la primavera de 2024. Aunque haya tenido que trabajar en ella, no me la esperaba yo misma, en realidad. Su escritura no resulta de un proyecto planificado, sino del deseo de escribirla que me embargó una mañana, sin previo aviso, cuando estaba de baja por enfermedad.

Otros narra el encuentro, improbable y prohibido, de un ornitólogo, Alexandre, y una sirena, Mia, en las islas Kerguelen. Si bien Mia se alimenta de seres humanos, las leyes de su pueblo le prohíben cualquier otro tipo de contacto con ellos. Alexandre sólo descubre la existencia de esos seres terroríficos cuando uno, de forma inverosímil, lo secuestra. Sirena y humano tejen día a día vínculos únicos, profundos y transgresores, que poco a poco los transportarán hacia un lugar desconocido, en un viaje que bien podría no tener retorno y por el cual ambos pagarán un precio.  

No enumeraré por pudor los contenidos que la novela evoca para mí, pero si puedo mencionar que una de sus especificidades es que no ha sido escrita para ser publicada. El detalle puede parecer insignificante y sin embargo me he dado cuenta, a través de los intercambios de impresiones a los que ya ha dado lugar, que dista de ser anodino. Si bien en el momento de escribir todo escritor o teórico tiene en mente un “lector modelo”, por retomar a Umberto Eco, yo no he escrito Otros más que para mí. Se trata, para empezar, de una novela escrita para curarme. Me encontraba en aquella época de baja y debía estructurar mis jornadas, para no dejarme derivar; deseaba evacuar, sin reflexionar demasiado, vivencias y experiencias dolorosas; necesitaba reírme, y pude hacerlo a mis anchas, con las peripecias que integra la trama.

Lo que emerge de escribir una ficción por el mero hecho de escribirla resulta perturbador por más de un motivo. La dota de una densidad poco frecuente. En primer lugar, se puede notar la diversidad de géneros literarios, estilos y referencias. Se pueden notar también los toques de humor negro y el fondo de reflexión existencial. Familiares y amigos me han comentado con sorpresa que el texto estaba saturado de mi presencia. Puede que, en cierta forma, mi sombra haya reemplazado al “lector modelo”.

Publicar Otros no emana sin embargo de un acto de narcisismo. Sólo al haber terminado de escribirla he pensado en publicarla. Tras reflexionar sobre ello, he terminado por mandársela a una editorial por dos motivos. En primer lugar, deseaba conducir a sus últimas consecuencias la experiencia: se trataba de dar salida a una serie de experiencias negativas. Deseaba también sentar un acto político, como en otras ocasiones. Hacer visible el camino que recorre toda superviviente para sobrevivir. Finalmente, he tomado la decisión de publicarla también porque resulta posible leer la novela de distintas formas y a diferentes niveles de lectura, por el simple placer de leerla, como sucede con cualquier otra ficción, tanto más si pertenece al género fantástico.

En efecto, antes de seguir deseo aclarar que Otros no contiene ningún relato de testimonio en sentido estricto. No refiere mis experiencias, sino que plasma lo que atraviesa la mayoría de individuos en dicha situación. Permite reflexionar de otra manera sobre la violencia relacional.

A través de la relación inevitablemente violenta que se instala entre un predador y su presa, así sea de fascinación, Otros se interroga sobre el tipo de relación violenta que se desarrolla en un marco sentimental. ¿Existe el amor en ese caso, así sea como posibilidad? Es difícil decir mucho más sin decir demasiado, me limitaré a señalar que, gracias al juego de puntos de vista que permite la ficción, Otros cuestiona la violencia en sí, en tanto que fenómeno. ¿Qué personaje es violento, en la prisión recíproca que construyen Alexandre y Mia? ¿Qué es la violencia? ¿En qué consiste ejercer violencia? ¿Puede el violento ser víctima a su vez? En caso de afirmativa, ¿de quién? ¿Qué recursos se ofrecen a los individuos atrapados en ese tipo de relación para escapar de ella? Es probable que los interrogantes abiertos por Otros sean infinitos, cada quien podrá completar con su experiencia vital los que le evoque, pues la lectura es siempre una co-construcción, reserva un espacio al lector@ en cada lectura.   

En sus peripecias, el relato explora las construcciones de género y se divierte con ellas. ¿Qué es lo masculino? ¿Qué es lo femenino? ¿Existen todavía despojados de las convenciones que los construyen? ¿Cuáles son las posibilidades para un ser vivo de configurarse y pensarse en su ausencia?

Cual un caleidoscopio, Otros multiplica los puntos de vista sobre la realidad, gracias a las subjetividades variadas de sus personajes, a veces hasta desrealizarla. Atraviesa los géneros literarios, sin abandonar nunca la sátira social. Leerla se asemeja, creo, a montar en una montaña rusa, no sólo por el panel estético que ofrece, sino porque la narración no tiene centro: todos somos “otros”; todos somos violentos y vivimos pese al engranaje, pues la vida encuentra cómo desarrollarse en la margen.

Sea lo que sea que me depare el futuro, Otros siempre será especial para mí. Constituye una primera experiencia de escritura ficcional. A lo largo de su escritura, Mia y Alexandre han adquirido densidad en mi existencia. Durante meses hemos vivido juntos los tres, ambos ganando en realidad, su presencia flotando a mi alrededor.

Espero haber descrito Otros suficientemente para despertar la curiosidad de quien me lee. Como siempre, permanezco abierta a todo intercambio e incluso feliz de recibir los comentarios que emanen de cualquier horizonte.

Sara Calderon, Autres, Paris, édition Vérone, 2024.

Illustration 3

CALDERON SARA - Autres (editions-verone.com)

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