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Billet de blog 24 déc. 2021

Pass vaccinal, vers un clivage. Appel aux Parlementaires

Lettre aux Parlementaires suite à l'annonce de M. Castex, sur le dépôt d'un nouveau projet de loi concernant le pass vaccinal

Sara Melki
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Madame, Monsieur les Parlementaires,

Nous venons vers vous une nouvelle fois, hélas, pour vous exhorter à refuser la dernière proposition du Gouvernement visant à remplacer le passe sanitaire par un passe vaccinal. 

Avec cette proposition, ce gouvernement continue de renier allégrement ses promesses aux Français, sans se soucier de l’impact que cela génère sur la défiance croissante des citoyens dans les institutions. Il continue de malmener le fonctionnement démocratique, en annonçant cette mesure à la veille des fêtes de fin d’année, en conduisant des pseudo-consultations des acteurs sociaux et en imposant la procédure accélérée pour l’analyse du projet de loi.  Sur le fond, il propose une mesure inefficace, liberticide et porteuse de tensions sociales dangereuses pour notre société et notre démocratie.  

La proposition du gouvernement repose sur l’hypothèse que la vaccination est la solution à la pandémie, et que le passe vaccinal est la bonne façon de l’imposer aux Français. Deux mesures qui s’avèrent inefficaces.

Le Gouvernement devrait en effet reconnaître qu’il s’est déjà lourdement trompé par le passé, en promettant en juillet 2021 que le passe sanitaire et la vaccination permettraient le retour à la vie normale. Il a généralisé l’obligation du passe sanitaire pour limiter les contaminations et pour imposer indirectement la vaccination. Il assurait alors qu’avec 80 % de la population adulte vaccinée, nous atteindrions l’immunité collective. Il s’est félicité de sa réussite début septembre. Force est de constater que son échec est patent. 

Les chiffres sont têtus. Ni le passe sanitaire ni la vaccination de 86 % de la population adulte n’ont empêché une reprise rapide des contaminations à partir de septembre. La courbe ci-dessous, éditée par Santé Publique France, est édifiante à cet égard. 

Taux d’incidence standardisé entre mai 2020 et décembre 2021

Source : Santé Publique France

La courbe montre l’évolution du taux d’incidence quotidien, c’est-à-dire du taux de personnes porteuses du virus car testées positives au Covid. À noter que l’on ne peut pas incriminer l’apparition de nouveaux variants pour expliquer la 5eme vague, puisque c’est le même variant delta qui dominait en été et en automne, jusque très récemment avant l’irruption du variant Omicron. Cette courbe dit que d’une part, le passe sanitaire est inefficace pour contenir les contaminations, et d’autre part la vaccination n’empêche ni d’attraper le Covid, ni de contaminer les autres citoyens. Cela signifie que même avec 100 % de vaccinés, le virus continuera à se circuler dans la population et à muter. Le passe et la vaccination ne permettront pas d’arrêter la circulation du virus. 

Certes, la vaccination limite les risques d’attraper les formes les plus graves de la maladie. Les données de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) du Ministère de la Santé indiquent que les non vaccinés ont en effet trois plus de risque de faire une forme grave que les vaccinés.  Mais ce qu’il faut bien voir, c’est qu’il y a aussi de nombreux cas de formes graves parmi la population vaccinée. Le vaccin a donc une efficacité toute relative pour réduire les formes graves, limitée dans le temps, à tel point qu’il est question maintenant d’envisager un rappel tous les 4 mois. Est-ce ce que nous voulons ? 

Pourtant le gouvernement persiste, et souhaite maintenant imposer un passe vaccinal, c’est-à-dire l’obligation à tout citoyen de prouver qu’il s’est fait vacciné dans les quatre ou cinq mois précédents pour avoir le droit de mener une vie sociale normale. Une folie. 

Pour justifier sa proposition, Jean Castex pointe les non vaccinés, qui mettraient en surcharge le système hospitalier. Selon lui, « les services de soins critiques et de réanimation de nos hôpitaux sont remplis, pour l’essentiel, de personnes non vaccinées ». Cette affirmation est mensongère. 

Il suffit de consulter les statistiques de la DREES pour constater qu’il y a à peu près autant de non-vaccinés que de vaccinés dans les services de soin critique. Par ailleurs, la courbe suivante, produite par Santé Publique France, montre clairement que le nombre de patients Covid en soins critiques, vaccinés et non vaccinés, reste pour l’instant très en deçà (3 000) des pics observés lors du début de l’épidémie (7 000), puis de la troisième vague (6 000 en avril 2021). 

Source : Santé Publique France

Ceci représente 16 % des 19600 lits en soins critiques en France, selon les statistiques de la DREES. Ceci ne signifie pas pour autant que tel ou tel service ne puisse être localement sous tension. Mais s’il y a pénurie de lits actuellement, c’est avant tout dû à la politique de fermetures de lits poursuivie par le gouvernement et au découragement des personnels hospitaliers, dont une partie a été suspendue ou a dû démissionner du fait de l’obligation vaccinale.

Enfin, on observe que le nombre de décès dus au Covid reste aux alentours de 250 / jour, contre 500 / jour en novembre 2020. Il apparait, d’après les premières données disponibles en provenance de l’Afrique du Sud et de Grande Bretagne, que le variant omicron estt  moins dangereux  (70% d’hospitalisations en moins bien que le delta) que plus transmissible.  

Plutôt que de reconnaître l’échec de sa stratégie, le gouvernement propose ainsi de conditionner la vie sociale de tout citoyen à une obligation vaccinale déguisée, et désigne comme boucs émissaires les non vaccinés, pour éluder ses responsabilités.    

Dans son allocution du 17 décembre, le premier ministre déclarait : « Il n’est pas admissible que le refus de quelques millions de Français de se faire vacciner mette en risque la vie de tout un pays et entame le quotidien d’une immense majorité de Français qui a joué le jeu depuis le début de cette crise ». Ces propos sont non seulement mensongers, mais disons-le tout net inacceptables de la part d’un Premier ministre qui désigne les non vaccinés comme boucs émissaires de tout ce qui ne marche pas à la vindicte populaire. Cette tactique lâche lui évite de répondre aux questions sur les fermetures des lits, le refus obstiné de permettre des actions de prévention et traitements précoces, les effets secondaires des vaccins et les impacts des mesures actuelles sur la santé publique en dehors du Covid. Ce faisant, il attente délibérément à la liberté de près de 6 millions de personnes, pour qui l'accès à la culture, l'accès à la santé, l'accès aux loisirs sont déjà limités par le pass sanitaire (car les tests sont payants pour les non vaccinés !), et le seront encore plus par le pass vaccinal ! 

En exagérant le péril, en attisant la peur, et en désignant les non vaccinés comme l'ennemi du peuple, Jean Castex rentre dans une logique très dangereuse de tension sociale aiguë.  

On peut aisément penser qu’il y a derrière cette stratégie un calcul politique de la part du Gouvernement. Alors même que LREM est au plus bas et qu’Emmanuel Macron ne convainc plus, rien de tel que l’exacerbation des périls et la désignation de boucs émissaires pour ressouder les « bons » français derrière leur chef et de son “conseil de défense ». Mais à quel prix ? On rentre malheureusement dans des eaux populistes très nauséabondes qui revivent de sinistre mémoires….

Nous vous demandons de voter contre cette nouvelle loi, autant inefficace que liberticide et dangereuse pour notre pays. 

Les Citoyens en Alerte

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