Convoi pour la Grèce: Exarchia version 3: Calliope, Yangos et Cornelia

04/04/2015

J ‘ai passé la journée avec Lucie hier. C’était chouette, on a parlé pendant des heures. Lucie est aussi bavarde que moi, elle s’intéresse à des tas de choses, il existe encore des gens curieux, quel bonheur… Elle m’a parlé de son travail, de l’Afrique. On a parlé de Chomsky, de Bourdieu, des anar, des comportements de mimétisme, du conformisme, de la reproduction des identités… On s’entend vraiment bien.

Depuis le début, la providence est de mon côté. A chaque fois qu’une situation semble se compliquer, c’est en fait pour déboucher vers un petit miracle. Un mal pour un bien. 

Comment ça a commencé? Je connais Seb, qui m’a mis en contact avec Laetitia, qui m’a mise en contact avec Costa et une employée de la mairie d’Athènes, qui m’a mise en contact avec Iena, qui m’a dit de venir Lundi au dispensaire. Au dispensaire j’ai rencontré Sophia, qui m’a emmenée au meeting, où j’ai rencontré Despina, qui m’a présenté Lucie et Calliope. Depuis le début j’ai une chance de dingue. Elisa pensait que c’était le Karma. Que j’étais récompensée d’avoir essayé d’aider. Lucie et moi on pense que quand on est avide d’écouter les autres et d’apprendre sur eux et leur situation, cela ouvre des portes et des opportunités. Les gens aiment qu’on les écoute, qu’on leur demande leur avis, de raconter leur expérience.

Ce matin on est allé au musée de l’Acropole. Encore de la chance: ça fait 3 jours que je dis que j’y vais le lendemain mais à chaque fois un RDV me fait changer mes plans. Et puis à chaque fois il faisait super beau, du coup ça n’aidait pas. Hier avec Lucie on s’est dit que demain matin, c’était musée un point c’est tout. Je me lève, il ne fait pas beau. Un temps parfait pour aller au musée. On a fait plein de points Kilanistoriques. 

 J’ai reçu un message de Despina hier soir: « My dearest Sarah, god! I totally forgot it, I m going tomorrow morning out for the weekend for an arts symposium in Peloponnesus I am so sorry that I forgot it and I’m so sorry that we have to change our plans,I am so honored to have met you and I am so amazed with your ethos ,people as you are important in every sense ,next time you decide to come over please contact me and tomorrow you will meet the professor Rigopoulou ,you will love her and the talk, let's stay in touch,thank you for your kindness thank you for all you do for Greece, hugs, your friend, Despina ». 

Je transmets aux copains ses remerciements. Je suis un peu triste, j’aurais aimé plus en savoir sur elle et lui faire de plus dignes au revoir et remerciements. 

 14h, Exarchia. Nous attendons Calliope  et Cornelia à une terrasse. C'est un moment que j’attendais avec impatience. Je sens que Calliope va m’apprendre des choses intéressantes. Lucie a terriblement faim. Calliope est un peu à la bourre, du coup je commande un truc à manger. Calliope arrive à ce moment là. Elle est accompagnée, mais ce n’est pas Cornelia. Yangos. Yangos ressemble a un armateur Grec riche, genre Onasis. Il dégage beaucoup de charisme. Il est très souriant. Il parle extrêmement bien français. Parfois presque sans accent. Il me demande où je vis en France. Il m’explique qu’il connait le sud de la France. Avec des copains ils ont pris un ancien bateau de guerre, en ont fait un théâtre et ont bourlingué avec du cap d’Agde à Lisbonne. Il m’explique que la région de Agde a été grecque. Que Agde ça vient du mot Agathe, qui signifie « la bienheureuse ».

Mon plat arrive. Calliope me dit que je n’aurais pas du commander, qu’elle voulait m’emmener dans un resto populaire du coin où ils font de la bouffe traditionnelle grecque. Garçon! Doggy bag. Je mangerai ça demain.

 Nous nous dirigeons vers le resto de Calliope. Sur le chemin elle m’explique qu’en Grèce, la presse mène une campagne de propagande très violente contre Syriza. Que toute la presse est acquise à la cause néolibérale. Au sein de la rédaction d’un journal, la moitié d’entre eux se sont cassés pour créer un journal de gauche radicale autogéré: « Le journal du Rédacteur» (traduction). Elle écrit pour ce journal. Ce journal depuis sa création est assez critique vis à vis de Syriza mais soutient quand même le parti. C’est très étrange, tout le monde ici me dit ça. Ils sont tous critiques envers Syriza mais les soutiennent malgré tout. Elle est très à gauche Calliope. Elle même a été candidate aux élections européennes pour Syriza. 

Du coup elle m’annonce la couleur. Elle voudrait écrire un papier sur moi pour le journal. Euuuuuuuuuh……….. Calliope, c’est très gentil mais je pense que ça ne va intéresser absolument personne mon histoire. Elle me dit que je me trompe. Elle me parle d’un autrichien qui après avoir lu un livre sur la situation grecque a fait le tour de l’Europe a vélo sans un sou pour parler aux européens de ce qui se passe. Les gens lui ont donné des sous pour aider les Grecs. Il a ramené les sous à Athènes. 7555 euros et quelques cents. Du coup, comme moi, il s’est démerdé pour savoir à qui cela pourrait profiter. Il a filé les sous à une sorte d’AMAP qui met en lien producteurs et consommateurs directement, sans intermédiaires. Au passage, cette structure récupère de la bouffe et autres produits qu’elle donne aux plus démunis. Calliope a écrit un article sur cette histoire. Ca a fait un tabac, ça a été relié par plein de blog et de sites. Je lui explique qu’il y a quand même un gouffre entre un mec qui a fait le tour de l’Europe à vélo et moi qui ai posé un congé sans solde de quelques jours et mes fesses dans un avion low cost…Ca vend moins du rêve. Elle me dit que ce n’est pas ça qui est important. Elle me dit que pour les Grecs, c’est bien plus fort que cela. Elle m’explique que les Grecs, se sentent vraiment et profondément humiliés par l’Europe et principalement les allemands. Et que c’est très important pour eux de voir que en Europe il y a des gens qui ne sont pas d’accord avec ce qui se passe. Ils se sentent culpabilisés et mis à l’index par nos gouvernements. Et de voir que dans le camp d’en face, le camp des puissants, le camp qui est position de domination, il y a des gens qui leur tendent la main. Ca leur montre que Merkel ou Hollande, ce n’est pas que eux l’Europe. Que si l’Europe doit avoir un sens, c’est celui ci. La solidarité citoyenne. Elle m’a décontenancé. C’est exactement ce qui m’a motivé à la base. Faire passer le message aux Grecs qu’ils ne sont pas seuls, qu’il y a des français qui les soutiennent, qui pensent à eux, qui ne soutiennent pas l’Eurogroupe et la Troika et qui refusent qu’on humilie ainsi un peuple. Je pense que Calliope a raison. C’est ça le vrai médicament. Plus important que les 35kg que j’ai ramené et le reste. Elle m’explique que ce que j’ai ramené avec moi, c’est un message, un espoir. Je commence alors à comprendre pourquoi tous les bras se sont ouverts quand je suis arrivée. Pourquoi on a été aussi gentil avec moi, pourquoi on m’a si bien accueillie. Parce que pour eux, une française qui sort de nulle part et qui vient leur expliquer qu’il y a plein de gens qui s’indignent ce qu’on fait subir à leur peuple et qu’on refuse de laisser faire sans ne rien dire, c’est un message d’espoir. Ils ont peur de l’avenir, ils ont peur du retour à la Drachme, ils ont peur de rester dans l’Euro, ils ont peur de la Russie, ils ont peur des revendications de la Turquie sur les îles de la mer Egée, ils ont peur de l’extrême droite, ils ont peur de Merkel. Et ils savent que l’échéance d’Avril puis de Juin arrivent et qu’ils ne vont pas y couper. Mais dans tout ce marasme, il y a quelques bras tendus. 

Lucie dit que les grecs ont une intelligence émotionnelle et qu’ils savent te faire sentir ce qu’il y a de bon en toi. Comment lui donner tort après ce que vient de me dire Calliope? Du coup si c’est pour dire aux grecs qu’il y a des français qui pensent à eux et qui les soutiennent, je suis d’accord.

 Nous nous installons à table. Lucie à coté de Yangos et moi de Calliope. Cornelia nous rejoint. Lucie passera l’après midi à parler avec Yangos et moi avec les filles.

Calliope veut savoir qui sont mes parents, connaitre leur histoire. Savoir d’où ça me vient. Je lui pose mes questions. Les grecs sont très angoissés à l’idée de sortir de l’Euro. Ils ont peur d’un retour en arrière immense. Ils ont peur des nationalismes. Ils ont peur que la Russie ne tente de mettre un pied en Europe en leur faisant subir leur hégémonie. Ils ont peur que les Turques revendiquent la mer Egée, principalement pour ses ressources sous marines et sa position géostratégique. Ils ont peur de se retrouver seuls face au reste de l’Europe. Ils pensent que s’ils étaient situés comme la Suisse au coeur de l’Europe, ce serait moins problématique une sortie de l’Euro. Mais depuis la chute de la démocratie Athénienne, la Grèce a systématiquement été attaquée, envahie, revendiquée de par sa position et ses ressources. Ils ont une pression des puissances alentours immense. Ca les effraie de se retrouver seuls. 

Avant les élections, Calliope pensait qu’il fallait sortir de l’Euro très vite. Elle pensait même qu’il était déjà trop tard en fait. Qu’ils auraient du en sortir avant que ce ne soit aussi catastrophique, ça aurait rendu la suite moins difficile. Mais Calliope pense différemment aujourd’hui. Elle a compris ce que fait Syriza et elle pense qu’ils ont raison. Le peuple n’était pas prêt. Syriza est très populaire et est en train de rallier tous les grecs, même ceux qui n’ont pas voté pour eux. Car alors qu’ils sont au pouvoir, ils parlent avec le peuple. Ce que les autres gouvernements n’ont jamais fait. La dictature encore moins. Syriza tente sincèrement de négocier avec la Troika, de faire quelques concessions. Ce que certaines personnes dont je faisais partie pensent, c’est que ces concessions à la Troika sont des trahisons à leur programme. La Troika elle, pense que ce sont des victoires pour elle et une preuve de la faiblesse de Syriza. Le peuple lui, perçoit cela comme des signes de la part de Syriza d’une véritable sincérité vis à vis de la Troika pour trouver une solution viable pour tout le monde, sans en arriver à l’extrémité du Grexit. Ainsi le peuple soutient de plus en plus massivement. Cornelia connait des personnes richissimes qui lui ont dit très récemment « Je suis Syriza ». Ce qui apparait, c’est que Syriza est en train de créer ce que Spinoza appelait un Impérium. Un affect commun si puissant, qu’il transcende tous les autres. Une valeur commune si importante, que les gens seront prêts à se battre pour elle et à la reconnaitre comme supérieure à leurs autres valeurs. Syriza est en train d’offrir au peuple une nouvelle dignité. Il négocie avec sincérité et en respectant la volonté des Grecs de tout essayer pour rester dans l’Europe. Ainsi si Tsipras et Varoufakis échouent, le peuple sera probablement disposé à les suivre dans la voie du Grexit. Car cette voie sera celle de la dignité, pas celle de l’humiliation. Le peuple sera prêt. C’est ce que Calliope et Cornelia pensent. 

Par un heureux hasard, Jules m’a envoyé un article de La Tribune (http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-comment-tsipras-a-renverse-la-situation-466309.html). Cet article parle de cela. Il voulait que je demande aux Grecs ce qu’ils en pensent. Je n’ai même pas eu besoin de leur poser la question. Calliope m’a spontanément dit que c’était ce qu’elle ressentait.

Calliope me raconte qu’elle a très mal vécu lorsqu’un député européen de Syriza a demandé face aux caméras pardon au peuple Grec car il allait devoir trahir certaines promesses électorales. Le peuple, lui, a trouvé ça plutôt bien qu’un député se sente devoir leur rendre des comptes. Ils ont l’impression que Syriza essaie vraiment.

 Calliope me parle d’un colloque international qu’elle organise avec Yangos en Mai à l’université dans le département des arts et de gestion culturelle dont le sujet portera sur la situation grecque. Ils vont inviter l’autrichien pédaleur pour qu’il échange avec les grecs. 

Cornelia me parle d’une discussion qui a eu lieu entre Tsipras et Papas, un de ses ministres et ami d’enfance. Papas aurait dit avant les élections qu’il n’y avait que 3 voix possibles pour eux:

-Soit ils ne sont pas élu et c’est la fin de la coalition.

-Soit ils sont élus et réussissent à changer l’Europe et à sortir de la crise sans en sortir et le peuple en fera des héros.

-Soit ils sont élus, échouent dans leur tentative de changer l’Europe et auquel cas, comme ils auront été sincères dans leur tentative, le peuple leur pardonnera leur échec et se retournera vers les vrais responsables.

 Calliope me parle de ses études en France à l’EHESS, l’école qui me fait rêver, et à Paris 1. Yangos y a aussi fait une thèse à l’EHESS. C’est une brute dans son domaine. Il est spécialisé dans la folie et Dionysos à l’époque de la Grèce antique, les arts dramatiques et des tas de trucs. Elle me dit qu’elle a commencé en 1984. Je lui dis que c’est l’année de ma naissance. Elle me dit en me caressant le dos « oh mon petit! ». Ca me fait rire, je dis souvent « oh mon p’tit ». Elle me dit qu’elle veut me donner les coordonnées de son super copain à l’EHESS qui fait la psychanalyse d’illustres morts. Genre Staline, Hitler et Marx. Je lui dis que l’association n’est pas très heureuse pour Marx.  

Nous parlons des allemands et d’une chaine de télévision allemande, AZD, qui tente d’expliquer au peuple la réalité grecque, comment la dette a été crée et que ce que fait Merkel est toxique. Nous parlons d’un vidéo clip que leur chaine a diffusé, « V for Varoufakis » (https://www.youtube.com/watch?v=Afl9WFGJE0M), à voir, et pour laquelle je me suis prise le chou avec un copain. Je ne veux pas les influencer donc je leur demande sans rien dire ce qu’ils en ont pensé. Calliope et Cornelia me dit qu’elles ont beaucoup ri mais que cette vidéo a été interprétée différemment d’elles par plein de gens qui ne connaissant pas le contexte de sa réalisation, l’ont pris comme une moquerie vis à vis de Varoufakis. Merci. Je crois que nous vivons une époque tendue, très dangereuse politiquement, et que quand on fait de l’humour, on doit réfléchir deux minutes aux conséquences et à comment ça peut être pris. Rire oui, blesser des gens à terre, non. Toute liberté, celle d’expression y compris, s’accompagne de la responsabilité d’en faire bon usage. Sinon c’est l’enfer. Il parait qu’il est pavé de bonnes intentions. 

Nous parlons de beaucoup de choses. Philosophie, politique, marxisme, éthique, anarchisme, déterminisme, Histoire. Je lui dis que j’ai lu récemment deux livres qui m’ont retourné. Qui ont secoué certaines de mes fondations politiques que je croyais inébranlables. Alors nous parlons du Comité Invisible, de Eric Hazan, de son histoire et des Editions La Fabrique. Elle connait bien les Editions La Fabrique. Je n’en reviens pas. Elle a lu plusieurs de leurs bouquins. Du coup je lui explique que c’est Lordon qui m’a fait découvrir Hazan. Qu’il m’avait dit que j’allais finir comme lui. C’est surement vrai. Du coup elle m’a demandé qui c’était Lordon. Je lui parle de son bouquin sur Marx et Spinoza et de sa théorie sur le capitalisme et la captation du désir. Je lui dis que Judith a fait une pièce merveilleuse sur ce bouquin. Elle me dit qu’elle aimerait la voir, que ça l’intéresse beaucoup. Je lui parle de Judith, de Raphael et de leur site Hors Série, puis de l’affaire Charlie Hebdo et de comment ce drame a touché beaucoup de gens. Du coup ça relance un débat sur l’humour, la satyre et l’éthique de responsabilité. Nous sommes d’accord. Elle n’aimait pas non plus beaucoup comment Charlie Hebdo avait tendance à s’acharner sur les musulmans.

 Il est tard, il est temps d’y aller. Cornelia doit aller à un meeting de gauchos. Elles ne s’arrêtent donc jamais. Cornelia me dit qu’elle a une chambre d’ami pour Lucie et moi, que l’on vient quand on veut, que ça lui ferait grand plaisir de nous accueillir. Calliope me dit qu’elle a une chambre d’ami pour Lucie et moi, que l’on vient quand on veut, que ça lui ferait grand plaisir de nous accueillir. Elle m’explique qu’elle a la chance de ne pas avoir trop souffert financièrement de la crise. Ils ont quand même perdu 35% de leur salaire. Mais Calliope écrit des livres aussi. D’ailleurs Yangos tient à payer l’addition. On se bat avec lui mais il balaye nos insistances d’un revers de la main. C’était un véritable régal ce repas. Pour mes papilles comme pour mon cerveau. Calliope, Cornelia et Yangos sont des gens passionnés, qui défendent les mêmes valeurs depuis leur jeunesse, ils y sont restés fidèles, qui ont perdus et sacrifié plein de choses pour leurs luttes politiques. Ils m’inspirent le plus grand respect. Calliope a 65 ans, elle ne les fait pas du tout et si j’arrive a être la moitié de ce qu’elle est lorsque j’aurai son âge, ce sera déjà bien.

Cette rencontre m’a vraiment fait quelque chose. Une femme comme Calliope, c’est une inspiration pour moi. Il y en a qui restent fidèles à leur idéaux de jeunesse toute leur vie.

 La fin de ce séjour, je vais le passer avec Lucie. Musées, resto, musique grecque et surtout discussions. Je ne m’ennuie pas une seconde avec elle. Je me sens sur la même longueur d’onde à de nombreux points de vue. Encore un cadeau de la providence.

 Je repars de la Grèce avec le sentiment d’avoir reçu mille fois plus que je n’ai donné. Ce que je dis est d’une banalité sans nom mais c’est vraiment ce que je ressens. J’ai appris beaucoup, rencontré des gens merveilleux par un hasard des plus extraordinaires. Je n’aurais pas pu dire au revoir à Sofia, Despina et Costa. Ca me fait quelque chose, pour une raison qui m’échappe je me suis attachée à ces gens en l’espace de quelques heures. Peut être parce que je me suis sentie très proche d’eux en très peu de temps. Costa et sa spontanéité, Sofia et sa préoccupation pour les gens en difficulté, Despina et son intérêt pour la culture. Je repars avec la conviction encore plus profonde que ce que l’Europe et en particulier Merkel et Junker font subir à la Grèce est un crime contre l’Humanité, une violence qui, je le crains, se paiera et risque de dégénérer. On n’humilie pas un peuple sans que cela ait des conséquences en général. Merkel risque de payer le prix fort pour ce que tout le monde perçoit ici comme de l’arrogance et une nouvelle expression de la volonté Allemande de domination de l’Europe. Ici dans les rues on la voit représentée en Hitler ou officier Nazi. Ca craint. Le peuple Grec est celui qui a le plus souffert de la seconde guerre mondiale, alors ce qui se passe a une résonance toute particulière en eux. Surtout qu’ils ont fermé les yeux sur toute une partie de la dette de guerre que l’Allemagne leur devait, ce qui a permis à ce pays de devenir une super puissance économique. Au nom de l’Europe et de ses principes, Merkel est en passe d’entrainer le continent vers la guerre, quelle qu’elle soit, alors que l’Europe a été crée pour assurer la paix après le traumatisme des années 40. Comment est il possible qu’elle ne le voit pas? J’ai un peu honte de faire partie d’une nation dont le gouvernement est complice de ce qui se passe. Je me sens impuissante. Je vois ce qui se dessine, les forces et rapports qui sont en train de se mettre en place et j’ai le sentiment que la connerie humaine l’emportera probablement, comme à chaque fois. Et dire qu’il y a des gens assez bêtes pour soutenir l’extrême droite chez nous, que ce soit le FN ou Soral. N’ont ils donc rien appris de l’Histoire? Leurs grands parents et parents n’ont ils pas assez souffert de la seconde guerre mondiale? J’ai peur de l’avenir. Et la division de la gauche française ne me donne pas grand espoir. Même nos meilleurs intellectuels de gauche se déchirent pour des conneries de principes à la con. C’est à celui qui sera le plus pur dans ses idées ou le plus salaud dans sa tentative de diffamation des autres. J’ai vu des gens sincères se faire détruire, des requins aux dents longues écraser des camarades, des antifas être aussi violents que ceux qu’ils dénoncent, des idéologues se vautrer dans leur inhumanité. La gauche française est plus que malade, elle est agonisante. Hollande, après la trahison de Mitterrand, vient de lui mettre le coup de grâce. La novlangue du PS a achevé de nous dépouiller de nos idées. Que la France se dise bien quelque chose, la situation de la Grèce, si nous ne changeons pas de cap, c’est notre avenir, notre futur. A l’échelle de l’Histoire de l’Humanité, la France a été un pays de grouillots la majorité du temps. Et les puissances s’effondrent toutes en quelques années. Que reste-il de l’Egypte des Pharaons, de l’Islam du Moyen âge, d’Athènes la démocrate, de la Rome de Jules César, de l’Empire Ottoman? Nous sommes une puissance en déclin et malgré tout nous campons sur notre arrogante position. La France n’est plus rien d’autre que le caniche des Etats Unis et de l’Allemagne. Même les Grecs se moquent de la tentative de Hollande de se faire passer pour aussi important que Merkel. Ces salauds le paieront. En attendant, nous pouvons informer tous les gens autour de nous de que le peuple Grec subit. Nous pouvons expliquer que le peuple Grec n’est pas la cigale que certains veulent faire croire. Que c’est un peuple qui ramasse depuis la seconde guerre mondiale. Nous pouvons dire pourquoi ils ont un tel problème avec les impôts. La dictature, l’occupation Turque, l’absence d’Etat providence. Il n’existe pas de peuple scélérat, de peuple fainéant, de peuple profiteur. Il n’y a que des déterminismes. Alors prenons conscience du notre pour en créer un nouveau. Et ensemble construisons l’Europe de la paix et de la démocratie, la vraie.

 Dans 4 jours c’est le 9 avril. La Grèce doit honorer une échéance de 458 millions d’Euros auprès du FMI. Elle ne les a pas.


(Suite et fin: http://blogs.mediapart.fr/blog/sarah-kilani/080415/convoi-pour-la-grece-epilogue

1ere partie du voyage: http://blogs.mediapart.fr/blog/sarah-kilani/070415/convoi-pour-la-grece-debut-improbable

2e partie: http://blogs.mediapart.fr/blog/sarah-kilani/070415/convoi-pour-la-grece-pharmakeio

3e partie: http://blogs.mediapart.fr/blog/sarah-kilani/070415/convoi-pour-la-grece-exarchia-version-1-anarchisme

4e partie: http://blogs.mediapart.fr/blog/sarah-kilani/070415/convoi-pour-la-grece-exarchia-version-2-une-soiree-inoubliable)

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