Bure on ne nous atomisera jamais! Appel à mobilisation le 3-4 mars

Malgré la violente expulsion du Bois Lejuc, nous restons plus que jamais déterminés à lutter contre la poubelle nucléaire CIGEO. La forêt n'est pas seulement à nous, elle est en nous. Retrouvons nous ensemble le 3-4 mars à Bure pour échanger, se coordonner et construire une vigie à l'orée du bois pour surveiller les agissements de l'Andra, l'agence en charge du projet de poubelle radioactive.

Après l'expulsion du bois Lejuc jeudi 22 février, à grands renforts de gendarmes mobiles et de caméras embarquées de BFM TV, nous sommes profondément touché-e-s. Touché-e-s parce que des dizaines de lieux de vies et des souvenirs inquantifiables ont été, en l'espace de quelques heures, rasés par les bulldozers et les pelleteuses. Touché-e-s, parce qu'en plus de la forêt le 22 février c'est également la Maison de Résistance, lieu historique de rencontres et d'organisation de la lutte qui a été attaquée. Touché-e-s, parce que, à l'issue de cette journée, 2 hiboux sont en prison, en détention préventive. Touché-e-s parce que, immédiatement après la mise en scène médiatique du « retour de l'Etat », des hiboux et chouettes sont remonté-e-s dans les arbres pendant près de 4 jours pour narguer les nucléocrates.

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Cette expulsion fait mal, mais cela fait plus de 20 ans qu'à Bure nous luttons sans relâche contre un des pires projets mortifères qui soit. Depuis juin 2016, le bois Lejuc était occupé, défendu, habité, et les travaux y étaient bloqués. Cette forêt est devenue un des cœurs battants de la lutte, nous y avons vécu des moments magiques, il s'y est renforcé au cours des deux dernières années un mouvement de luttes multiples, complémentaires et déterminées. Que nous habitions à Bure au quotidien, ou à mille kilomètres, que nous luttions dans des associations ou des collectifs plus informels, cette forêt nous y avons mis énormément de nous-mêmes. Partout en France et en Europe des vies s'y sont accroché-e-s de mille manières. La forêt n'est pas à nous, elle est en nous, partout. Le soir du 22 février, plus de 70 rassemblements "pour" Bure se sont organisés : c'est une première historique. 

L’État n'a cessé d'insister sur la « quinzaine » d'opposants expulsé-e-s, comme toujours pour minimiser, réduire et caricaturer l'opposition. Mais le 22 février des milliers de personnes sont descendues dans la rue, à Bar-le-Duc, Nancy, Metz, Paris, Dijon, Nantes, Lyon, Blois, Albi, Mende, Leipzig, Gorleben, et des dizaines d'autres lieux. Pour accueillir cette réaction il n'y a pas de mots adéquats. 

Avant l'expulsion, nous avions pensé le 3 & 4 mars comme un week-end de rencontres inter-comités et de renforcement de l'occupation. Étant donné le changement de la situation, nous avons dû réfléchir, et nous sommes toujours en train de penser à l'évolution de ce week-end. Mais plus que jamais après l'expulsion le 22 février il nous est important de nous retrouver. Le 3 & 4 mars nous voulons tenir ces discussions que nous devions avoir. Nous voulons manifester que notre détermination est intacte. Le gouvernement a cherché à dissocier le mouvement entre des « délinquant-e-s » cagoulé-e-s à expulser, et des « associations écologistes » avec qui dialoguer d'urgence. Le seul dialogue que nous réclamons, c'est celui qui, entre nous, nous permet de construire une lutte large et inclusive qui dépasse les frontières de la Meuse. 

Pour être parfaitement sincères, la situation que nous vivons à Bure est imprévisible. Le programme du week-end n'est pas précisément déterminé. Une partie de la journée du samedi 3 mars (de la matinée au début d'après-midi) sera consacrée aux rencontres et discussions entre comités et tous-tes celles et ceux qui veulent lutter avec Bure partout où elles et ils sont. D'ores et déjà, nous mettons en place, du mieux que nous pouvons, avec toute l'énergie que nous avons malgré tout, une logistique pour accueillir au mieux les centaines de personnes, pour assurer des cantines collectives, etc. Toute l'aide dans l'autogestion de ce moment sera fondamentale, car c'est cette autogestion qui depuis quelques années a permis de mettre en échec en partie le projet de poubelle nucléaire. Nous avons toujours dit que Bure était partout, qu'il n'y avait pas un « centre » légitime de la lutte et ses « soutiens » mais que nous luttions ensemble, partout, à notre mesure. Plus que jamais cette chaîne de solidarité et de soins est cruciale. 

La suite du week-end, le samedi après-midi et le dimanche, va dépendre de nombreux autres facteurs, en particulier de la teneur du dispositif policier (répressif) qui sera déployé. Nous pensons à de nombreuses choses. Nul d'entre nous n'a envie d'un deuxième 15 août 2017, où il y a eu de multiples blessé-es dont un ami gravement touché au pied. La préfecture porterait l'entière responsabilité si elle faisait encore une fois le choix de la violence et de la brutalité, muselant ainsi la contestation qui ne cesse de grandir. Nous, nous souhaitons que lors de ce week-end tout le monde trouve sa place, peu importe son âge, son origine, ses habitudes militantes, et nous y porterons un maximum d'attention. Pour réaffirmer que la forêt est en nous. 

Nous rappelons que l'Andra, dont la propriété du bois est toujours contestée en justice, n'a pas le droit de faire des travaux dans la forêt. Nous appelons donc samedi après-midi à la construction d'une vigie autour du bois Lejuc pour surveiller ses agissements. Cette vigie sera la matérialisation de notre détermination. 

Nous invitons d'ores et déjà les comités de lutte existants, et tous ceux à venir, à ramener des banderoles symbolisant leurs comités, les luttes qu'ils et elles mènent ; des combinaisons blanches ("de peintre"?); des masques de hibou, de la peinture, etc... Nous appelons également à se renseigner sur la liste des besoins matériels et logistiques après l'expulsion (https://vmc.camp/2018/02/22/expulsion-bois-lejuc/ ) . 

Le 3 & 4 mars, mais aussi après, nous nous retrouverons pour discuter et construire ensemble d'un bout à l'autre de la France et de l'Europe, et pour renforcer toutes les occupations et installations qui se mènent et continueront de s'ancrer sur place. 

On ne nous atomisera jamais ! 

 

Signataires :

 

Quelques hiboux de Bure et d'ailleurs, Cedra, Eodra, les Habitants Vigilants de Gondrecourt

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