Hommage à Rémi Fraisse par les opposant.e.s au projet CIGEO à Bure

Il y a trois ans, Rémi était assassiné à Sivens par les gendarmes. Le 15 aout, à Bure, Robin a failli perdre son pied après le lancer d'une grenade. Au delà de ces éléments tragiques, nous voulons rappeler ici notre entière solidarité. De Bure à Sivens, en passant par Notre dame des Landes, un mouvement commun émerge, et s'il ne se met pas "en marche", il est certain qu'il s'enracine !

Voici un texte lu en hommage à Rémi lors du rassemblement à Sivens le 22 octobre. Ecrit.e.s par des ami.e.s de Bure. 

 

On aurait aimé être ici avec vous aujourd’hui pour se retrouver ensemble. Observer trois ans après le drame, les jeunes pousses qui croîent, la nature qui se déploie dans les couleurs chatoyantes de l’automne. 

C’était il y a trois ans mais pour nous c’était comme si c’était hier. Rémi, tu es en nous. Tu nous habites. Tu peuples nos vies fugitives, nos désirs, notre révolte.

 Instinctivement, on écrit ton nom sur les murs. On le crie dans la rue face à ce monde d’acier et de béton stérile.  Tu nous accompagnes au quotidien dans notre lutte. Tu es partout, dans  le bois Lejuc, dans le murmure des trembles, la caresse d’une brise légère, la beauté d’un grand chêne. 

Il n’y a pas de renoncule dorée par chez nous, mais une vie tout aussi riche qui y  palpite, une vie pour laquelle on se bat corps et âme contre l’asphyxie du nucléaire et de sa poubelle radioactive. 

Rémi, du fin fond de la Meuse, on ne t’oublie pas, on ne pardonne pas.  Car rien n’est fini, rien n’est acquis. Nous sommes fragiles et le drame peut à chaque instant se reproduire. Notre ami Robin a failli perdre son pied le 15 aout dernier lors d’une manifestation à Bure.  Nous avons eu une trentaine de blessés. Face à la violence d’Etat, nous sommes tous des mutilés potentiels, des mutilés préalables, des mutilés sociaux. 

Il y a deux jours, quatre fourgons de gendarmes sont revenus devant la première barricade qui défend le bois Lejuc. Elle a été enflammée. Les militaires nous pointaient avec leur flashball juste pour nous mettre la pression.  Cette menace, c’est ce que nous vivons au quotidien comme c’est ce que vous avez vécu il y a quelques années. La bataille continue même si la géographie se déplace.  Il n’y a pas de frontière à nos luttes comme il n’y a pas de frontière au capital et aux forces du désordre. 

« Nous sommes corps à corps, nous sommes terre à terre, nous naissons de partout, nous sommes sans limite ».

Quelle joie nous avons eu de voir se créer partout, suite aux perquisitions que nous avons subi le 20 septembre,  des collectifs de soutien à notre lutte.  Les hiboux tarnais, le collectif toulousain, les aveyronnais… Sentir cette solidarité, ce « Nous » impalpable qui se construit et s’invente, c’est la plus belle chose que vous pouvez nous donner. 

Nous ne croyons pas qu’il s’agit simplement d’une convergence de lutte comme certains vieux routiers de la politique ne cessent d’invoquer lors de leur défilé morbide mais de quelque chose de bien plus profond : nous sommes une force qui va, une sensibilité commune qui défend un même rapport à la vie et au monde. 

Aujourd’hui, trois manifestations ont lieu à travers la France, à NDDL, à Bure et ici à Sivens.  Si nous sommes séparés physiquement nous savons que nous ne le sommes pas dans les cœurs.  A Bure, à Sivens, à NDDL, Il y a un mouvement commun qui émerge,  il ne se mettra surement pas « en marche », mais, c’est certain qu’il s’enracine.

Et Rémi, tu y as surement participé, dans le malheur, mais cela nous rappelle les vers de  Paul Eluard, 

« Un homme est mort qui n’avait pour défense 

que ses bras ouverts à la vie 

Un homme est mort qui n’avait d’autre route 

Que celle ou ‘on hait les fusils

Un homme est mort qui continue la lutte 

Contre la mort contre l’oubli 

 

Rémi est mort pour ce qui nous fait vivre

Tutoyons le sa poitrine est trouée

Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux 

Tutoyons nous son espoir est vivant » 

 

Un hibou de Bure 

 

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